Caroline Regnaut L’individu indivisé .Révolution caroline regnaut L’individu indivisé...

Caroline Regnaut L’individu indivisé .Révolution caroline regnaut L’individu indivisé Caroline
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  • Rvolutionc a r o l i n e r e g n a u t

    Lindividu indivisCaroline Regnaut

    extrait

    La rvolution de la pense

    Les trois dimensionsdu symbole

  • 1

    Caroline Regnaut | La rvolution de la pense symbolique | La rvolution de la pense : Les trois dimensions du symbole

    La pense symbolique met en uvre des symboles, cest--dire des images (allgories, paraboles, mtaphores), donc des mots : mme les symboles graphiques, visuels, abstraits (une forme gomtrique, un paysage) ne sont symboles quen tant que mots, car la conscience humaine est une lecture mentale, elle est lan-gage. La pense symbolique interprte les mots autrement que selon le schma binaire qui fait correspondre un signifi un signifiant (un sens une forme), rduisant le symbole ntre quun signe, un attribut (par exemple la balance est le symbole de la justice). Cette interprtation trs superficielle est vraie de ce point de vue idolo-gique, mais elle est aussi balaye par lanalyse symbolique.

    Tout signe nest pas symbole. Pour quun signe soit symbole, deux conditions sont ncessaires : quil soit double, rpt, et quil soit glis-sant, phmre. Sinon il est signal, avertissement dun danger, me-nace dun chtiment divin, selon la pense archaque. Ces marques du symbole se lisent aussi dans le style du discours symbolique, uti-lisant le binaire rptition et progressant par glissement. Second constat important propos du signe : la distinction signifiant/signifi qui fait dun signe donn le porteur dun sens prdfini ne peut pas rendre compte du symbole. Le sens dun symbole nest pas donn a priori, il est issu du contexte, il est inventer chaque fois. Cest toute la diffrence entre une idologie du signe, qui applique des codes mystiques sur les mots, comme les disciplines sotriques entre autres, et une thorie de la connaissance, qui ne tord pas le sens pour le faire correspondre une hypothse, mais qui le fait merger par-tir du rel. Le messager (le rel) est le message (le sens).

    Un symbole nest pas seulement un mot double sens : le sens propre et le sens figur. Il est symbole en tant quil a trois composantes : morphologique (la forme, le dessin), analogique (la ressemblance, la similitude) et tymologique (le sens dorigine, la racine). Dans le langage courant, lanalogie est une faon de penser irrationnelle, fonde non sur un raisonnement logique mais sur une ressemblance (deux choses sont analogues, pareilles, lune est comme lautre), ce qui est la pente de toutes les drives (cette ressemblance induit des conclusions fausses). Lanalogie est habituellement la seule compo-sante retenue du symbole, tel point quelle est souvent son syno-nyme. Or ce sont bien ces trois niveaux dinterprtation articuls ensemble qui forment un systme de connaissance.

    La morphologie est le raisonnement par la forme concrte, le trac du signe, la structure externe dun corps (par exemple la morpholo-gie terrestre, la gomorphologie). Ltymologie donne le sens radi-cal du mot, sa vrit (etumos en grec veut dire vrai) par la filiation, lorigine. Lanalogie indique les rapports de similitude, de corres-pondance, elle largit la dimension du mot par les ressemblances

    Le rapport entre les symboles et les poques est une donne permanente : ce que les symboles taient pour les hommes de lAntiquit est ce quils sont pour nous aujourdhui.

    La pense symbolique permet de saisir le sens universel au-del des langues diffrentes, et pour cela elle met en relief paradoxalement ce qui est le plus spcifique dune langue, le plus profond, le plus original.

    Le latin (et le grec dont il provient) est la langue du fondement de notre pense.

    Ce que chacun peut trouver travers sa propre langue est universel.

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    Caroline Regnaut | La rvolution de la pense symbolique | La rvolution de la pense : Les trois dimensions du symbole

    de sens. tymologiquement le mot analogie, par son prfixe grec ana, indique un mouvement de remonte, de retour en arrire, de retournement, de renouveau, ce qui est caractristique de la pense symbolique. Lanalogie na rien dimprcis ni dalatoire, elle est au contraire trs rigoureuse, car elle reprsente une proportion math-matique. Philosophiquement elle dfinit une identit de rapports, A/B = C/D, autrement dit : B est A ce que D est C (et inverse-ment). Lanalogie dsigne un rapport constant entre les choses, la permanence du symbole, lternit. Elle correspond dans le discours la formulation prcise de mme que / de mme , autant/au-tant. Lanalyse de la morphologie correspond larticulation des-criptive non pas / mais linverse , et celle de ltymologie cest, en apparence/ en ralit , au fond , en vrit .

    Si la pense symbolique est un concept philosophique, on peut voir dans le De rerum natura son aspect morphologique Lucrce y dcrit les choses, la pense symbolique , dans lnide son aspect analo-gique ce rcit est lallgorie de la recherche de la pense , et dans lvangile enfin son aspect tymologique le Christ dit par son corps ce quest la pense. Lucrce prsente le concept par sa forme travers un discours philosophique, une description abstraite ; Virgile, travers lallgorie du concept, par Ene, personnage conceptuel; lvangile, travers une personne incarnation du concept, Jsus-Christ (Jsus est la personne, Christ le concept). La valeur des paraboles qui caractrisent le discours du Christ nest pas uniquement allgorique, mais surtout tymologique : cette nouvelle lecture est propose en toutes lettres par Jsus, mais ni ses disciples ni les commentateurs historiques ne lont lu ainsi, ils ont gard la grille de lecture traditionnelle.

    Les trois dimensions du symbole sont les trois dimensions de toute chose mentalement apprhendable, sans aucune hirarchie entre elles (cest une lecture simultane). Sappliquant la connaissance, la morphologie concerne la chose (la forme dlimite qui contient linfini, cest--dire la vue de lintrieur), lanalogie se rapporte au monde extrieur (linfiniment grand) et ltymologie renvoie au noyau intrieur (linfiniment petit). Sappliquant ltre, la mor-phologie renvoie au moi (la forme de lego qui contient le je, le soi), lanalogie concerne les autres (le monde, la socit, les dogmes), et ltymologie, le langage (le sens, le sacr). Ainsi ltre, le rel et la pense sont les trois aspects du monde, appels dans lvangile le pre, le fils et le saint esprit. Le pre est le je en tant quexpression de la toute-puissance de la connaissance veille (le je suis que dit le nom de Jsus, redoubl : je suis dans le pre et le pre est dans moi , Jn, 14, 11), le fils reprsente ce qui est produit par cette facult de cration (filius signifie uvre : la sagesse a t reconnue juste daprs ses uvres , a filiis suis, Mt, 11, 19), et le saint esprit dsigne la parole, le verbe. Ce que la religion appelle trinit correspond

    Nous sommes de la pense, du texte, de la toile tisse (textus est le tissu). Le chanteur, comme le conteur et lditeur, est essentiellement un donneur de textes.

    La pense symbolique est une pense paradoxale, qui admet quil y ait des choses sans explication rationnelle.

    La pense idologique, qui nadmet pas le paradoxe (un raisonnement qui se heurte son contraire) ni laporie (un raisonnement qui naboutit pas) qui sont reconnus par la pense scientifique, en mathmatique par exemple , est une pense totalitaire, abusive.

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    Caroline Regnaut | La rvolution de la pense symbolique | La rvolution de la pense : Les trois dimensions du symbole

    cette lecture triple du symbole. Les trois lments alchimiques de la transmutation des mtaux en or symbolisent aussi ces trois dimen-sions du rel : le soufre reprsente ltre, le mercure est la matire, le rel, et le sel est le langage, le principe actif.

    Le double sens du symbole, propre et figur, donne lui aussi la des-cription fondamentale du monde. La thorie de la rvolution de la pense, fonde sur le concept de la pense symbolique, permet de connatre quil y a deux mondes, deux ralits, le rel concret et le rel symbolique. Le concret est la mtaphore du symbolique (du grec meta-trans et phora-position, transposition dun terme concret la place dune ide). Par analogie avec le double sens du symbole, lautre monde est accessible la connaissance. Ce que le sens figur est au sens propre, lautre monde lest au monde concret. Le monde est rellement double, le visible et linvisible (visibilium et invisibi-lium) pour la religion, en ralit deux mondes lisibles lun comme lautre. Ce que la religion nomme lau-del est ce second monde sym-bolique, qui est bien ici et nulle part ailleurs.

    Ces deux mondes sont tout aussi rels lun que lautre, symbolique nest pas le contraire de rel. Lanalogie nest pas la cration dun monde imaginaire alatoire, elle est un rapport de correspondance rigoureuse qui permet de penser limpensable. Rien nest impensable pour la pen-se symbolique, ce qui nest pas pens nest pas, car le rel entier est produit de la pense. Cela peut se dire aussi : tout est pensable, mme limpensable. Si dieu est limpensable, alors il nexiste pas. Et dire dieu existe , hors de tout dogme religieux, pour le philosophe, cela veut dire aussi que limpensable nexiste pas, puisquil est nomm. Mme pour les religions o le nom de dieu est imprononable, il est nom, signe graphique, et en tant que tel, il est pens. Il ny a pas dimpensable ni dinconnaissable, il ny a quune pense insuffisamment travaille.

    Alors si dieu est la pense, qui se pense elle-mme dans ses dimen-sions symboliques, la religion seffondre, nul besoin de lappeler dieu. Pour saisir le sacr, le plus profond et le plus puissant de lhomme, le concept de dieu est inutile. Quon lappelle dieu ou seigneur, ou quon ne lappelle pas, cest sans importance philosophique. Nombre de phi-losophes ou de penseurs occidentaux ou orientaux parlent de dieu tout en ayant une pense non religieuse (Lucrce et Virgile, par exemple). Inversement, des philosophe