Carl Rogers Être vraiment soi-même - psycho · PDF fileGeneviève Odier Carl...

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  • Genevive Odier

    Carl Rogerstre vraiment soi-mme

    LApproche Centre sur la Personne

    Odier G.book Page III Jeudi, 19. janvier 2012 9:55 09

    Groupe Eyrolles, 2012ISBN : 978-2-212-55291-1

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    Chapitre 1

    Quelques lmentsbiographiques

    Exercer son droit revient parler pour soi, exposer ses prfrenceset ses choix, tout en faisant son chemin travers le monde1.

    BARRY GRANT

    Carl Rogers, un des psychologues amricains les plus renom-ms de sa gnration, a fond lApproche Centre sur la Personne. Ila pos les bases de cette approche humaniste en sappuyant sur sesexpriences personnelles et professionnelles, et la dveloppejusqu sa mort. Il avait cur dlaborer ses dcouvertes partirde sa clinique dans une dynamique empirique et phnomnolo-gique. Avec lui, on se situe demble dans le prsent, dans la per-ception fine de ce qui surgit au moment mme o cela est vcu.

    Afin de mieux comprendre la pense de Carl Rogers, il est impor-tant de connatre quelques parcelles de son histoire personnelle etdavoir un aperu du milieu culturel et social dans lequel il a vo-lu. Linfluence manifeste de ce contexte mrite dtre prcise,car elle donne un sens plus exact du terreau do mergeront sestravaux.

    1. Grant B., La psychothrapie centre sur la personne, une rencontre de personne personne , ACP-PR, n 9, La Queue-lez-Yvelines, 2009.

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    Les premires annes

    Carl Ransom Rogers est n le 8 janvier 1902 Chicago, auxtats-Unis. Quatrime dune fratrie de six enfants, qui compte unefille et cinq garons, il est lev dans un cadre religieux et moralextrmement strict. La famille Rogers est protestante et cest dansun milieu traditionaliste et vangliste quil grandit. Ses parents,protestants fondamentalistes, tous deux issus de familles implan-tes en Amrique depuis plus de trois cents ans, ont gard un esprit pionnier dont Carl hrite et qui lui donna probablement cecaractre novateur et entreprenant qui le caractrisera tout au longde sa vie. Enfant, il nest pas en trs bonne sant et on lui prte unetrop grande sensibilit, ce qui contribue sans doute le rendre soli-taire. Il se console en lisant et en schappant dans un monde ima-ginaire. Ces longues heures studieuses lui donnent une avanceconsidrable sur les garons de son ge. Il dveloppe trs jeunecette capacit de concentration et de constance dans les tudes. Cesaptitudes lui permettent de se distancier de ses camarades, signe deprmaturit du prcurseur quil deviendra. Cest pourtant auprsdeux quil trouve la chaleur qui fait indubitablement dfaut lamaison.

    La svre ambiance familiale ne laisse aucune place aux divertisse-ments. Lisolement, le travail et la prire sont de rigueur. Bien queses parents aiment leurs enfants et leur prodiguent une grandeattention, ils exercent sur eux un contrle permanent qui donnepourtant limpression de leur laisser une certaine libert. La ralitest tout autre et cest une autodiscipline austre qui rgit le com-portement de chacun. Les rgles ne sont jamais clairement expri-mes, elles sont implicites et respectueusement appliques, nesuscitant aucune contradiction. Lducation, soutenue par uneimplication religieuse rigide, est rigoureuse et sans complaisance.Carl Rogers se souviendra longtemps des litanies de sa mre.Deux particulirement lui reviennent souvent en mmoire. Lapremire exprime la conviction quils sont suprieurs aux autres etla seconde que, dans le meilleur des cas, le pcheur est misrable

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    relativement Dieu. Cest cette hirarchie que Rogers sopposera,et peut-tre peut-on reconnatre ici ce qui deviendra plus tard chezlui un leitmotiv : lgalit entre les personnes. Il nadhrera pas cette fatalit qui implique que lhomme ne puisse pas spanouir nise librer sans instance suprieure qui rglerait sa vie. Devenu tu-diant, il prend got cette sensation de libert qui lui deviendrachre. Ses premires relations, en dehors de la famille, lui ouvrentla voie de la dcouverte, et son enthousiasme, bien quempreintdun certain idalisme, ne cessera de stimuler ses recherches.

    Un chercheur en puissance

    Rogers a douze ans lorsque sa famille dmnage la campagne.Son pre, ingnieur, veut se consacrer lexploitation dune fermeselon les dernires mthodes de pointe. Le jeune Carl voit, dans cequi ressemble un exil, outre lexpansion de la situation financirede ses parents, leur proccupation dloigner leurs enfants dven-tuelles mauvaises influences de la ville. Cependant, son pre, quivalorise le labeur, encourage ses fils crer leurs propres entrepri-ses. Toutes les expriences la ferme ont pour objectif de favoriserune dmarche de prise dautonomie. Carl Rogers met profitcette stimulation et lisolation est pour lui loccasion dexplorer lanature. Il y puise de prcieux enrichissements qui prendront unegrande signification dans ses futures rflexions. Lecteur infatiga-ble, il dvore des livres scientifiques et commence se familiariserainsi avec les procdures et la mthodologie. 14 ans, jtudiaislaborieusement des centaines de pages du livre de Morison : Alimen-tation et Nutrition, apprenant faire des expriences, comparer desgroupes de contrle avec des groupes exprimentaux. [] Jappriscombien il est difficile de vrifier une hypothse1.

    Lexprience ne sarrte pas l. En parcourant la fort aux alen-tours de la ferme familiale, il observe, avec patience et obstination,

    1. Rogers C.R., Le dveloppement de la personne, Dunod, Paris, 1968, 2005 pour ladernire dition.

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    le principe volutif de la nature. Son intrt pour le phnomnede croissance nat sans doute de ces longues promenades solitairesau cours desquelles il examine les animaux, les plantes et toutes lesespces vivantes, leurs comportements et leur maturation. Il y voitcomment, malgr la rudesse de la vie en milieu rural, le processusde dveloppement se maintient, et cela en dpit des lments ext-rieurs parfois trs peu favorables. Cest avec un tonnement teintdmerveillement quil scrute ladaptation des espces leur envi-ronnement et leur capacit dfier les difficults du quotidien. Cesont l les prmices de sa foi dans la formidable aptitude de lindi-vidu lpanouissement. Avec une constance inpuisable, Rogerstente de percer les secrets du mouvement de la vie. Ces lans dechercheur sancrent dans une ralit tangible et le conduisent dvelopper son intrt pour lvolution du vivant. Son apprhen-sion fine de chaque phase de la transformation de la chenille enpapillon pourrait tre considre comme le point de rfrence dudroulement du processus thrapeutique.

    Cest donc tout naturellement que Rogers sengage dans des tu-des dagronomie. Il sinscrit luniversit du Wisconsin en 1919.Ces premires annes sont marques par une nouvelle forme derelations et dexpression, notamment grce la prsence dun pro-fesseur qui encourage son groupe dtudiants prendre des initia-tives, se refusant les diriger. Cet homme, peu banal, sme unegraine dans lesprit de Rogers. Lautogestion des groupes devien-dra un concept fondamental dans ses recherches et ses expriencesthrapeutiques. Rogers dveloppe aussi, sa grande satisfaction,des rapports amicaux, chaleureux et durables que son loignementrural et les dmnagements frquents de la famille Rogers lontempch dtablir dans son enfance. Paralllement ses tudes,inscrites dans un milieu trs chrtien, Rogers participe des dis-cussions passionnes sur la religion. Stimul par ces dernierschanges, il trouve rapidement dans ce domaine une nouvelle voieplus adapte ses ides mergentes et envisage trs srieusementde devenir pasteur. Il garde de son ducation religieuse certains

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    principes dont quelques-uns du thologien Paul Tillich1 quiinsiste sur limportance de la dimension intrieure de la vie reli-gieuse. Sa ferveur chrtienne senflamme tout en se dtachant delorientation des croyances familiales. Elle spanouit dans unedimension loigne de la froide rigueur quil a connue jusqualorspour se diriger vers une vibrante humanit. Il troque lagronomiepour lhistoire de la religion afin de mieux se prparer au pastorat.Cest peu prs cette priode quil est choisi avec quelquesautres jeunes Amricains pour participer un voyage en Chinedans le cadre de la fdration des tudiants chrtiens. Son tonne-ment et sa joie sont indniables. La perspective de cette aventuresuscite chez lui un grand intrt et un formidable enthousiasme.Le voyage a lieu en 1922, il durera six mois.

    Un voyage capital

    Le choc culturel qui se produit pendant ce voyage en Chineperce une brche dans la vision du monde de Rogers. Cette ouver-ture ne cesse de slargir et vient confirmer son mouvement verslindpendance. Rogers remarque, parmi la grande varit deshommes et des femmes quil rencontre, que chacun, avec la mmesincrit et la mme honntet, peut adopter des doctrines reli-gieuses ou des concepts philosophiques trs divergents des siens.Cest un veil permanent la diversit. Tout naturellement, celalentrane dvelopper considrablement son champ dinvestiga-tions intellectuelles, sociales et religieuses. Quel contact a-t-il ta-bli en Orient ? A-t-il t inspir par des penseurs, philosophes ouMatres de grandes traditions millnaires qui prconisent une pr-sence absolue la ralit dans une acceptation paisible de ce quiest ? A-t-il rencontr ces fascinants personnages qui exhortent lalibert ? Nous nen savons rien