Camus Envers Et Endroit

download Camus Envers Et Endroit

of 47

  • date post

    03-Jul-2015
  • Category

    Documents

  • view

    102
  • download

    0

Embed Size (px)

Transcript of Camus Envers Et Endroit

Albert CAMUSphilosophe et crivain franais [1913-1960]

(1958)

LENVERS ET LENDROITESSAI

Un document produit en version numrique par Charles Bolduc, bnvole, professeur de philosophie au Cgep de Chicoutimi Courriel: cbolduc@cegep-chicoutimi.qc.ca Page web personnelle dans Les Classiques des sciences sociales Dans le cadre de: "Les classiques des sciences sociales" Une bibliothque numrique fonde et dirige par Jean-Marie Tremblay, professeur de sociologie au Cgep de Chicoutimi Site web: http://classiques.uqac.ca/ Une collection dveloppe en collaboration avec la Bibliothque Paul-mile-Boulet de l'Universit du Qubec Chicoutimi Site web: http://bibliotheque.uqac.ca/

Albert Camus, Lenvers et lendroit. (1958)

2

Politique d'utilisation de la bibliothque des Classiques

Toute reproduction et rediffusion de nos fichiers est interdite, mme avec la mention de leur provenance, sans lautorisation formelle, crite, du fondateur des Classiques des sciences sociales, Jean-Marie Tremblay, sociologue. Les fichiers des Classiques des sciences sociales ne peuvent sans autorisation formelle: - tre hbergs (en fichier ou page web, en totalit ou en partie) sur un serveur autre que celui des Classiques. - servir de base de travail un autre fichier modifi ensuite par tout autre moyen (couleur, police, mise en page, extraits, support, etc...),Les fichiers (.html, .doc, .pdf, .rtf, .jpg, .gif) disponibles sur le site Les Classiques des sciences sociales sont la proprit des Classiques des sciences sociales, un organisme but non lucratif compos exclusivement de bnvoles.

Ils sont disponibles pour une utilisation intellectuelle et personnelle et, en aucun cas, commerciale. Toute utilisation des fins commerciales des fichiers sur ce site est strictement interdite et toute rediffusion est galement strictement interdite. L'accs notre travail est libre et gratuit tous les utilisateurs. C'est notre mission. Jean-Marie Tremblay, sociologue Fondateur et Prsident-directeur gnral, LES CLASSIQUES DES SCIENCES SOCIALES.

Albert Camus, Lenvers et lendroit. (1958)

3

REMARQUE

Ce livre est du domaine public au Canada parce quune uvre passe au domaine public 50 ans aprs la mort de lauteur(e). Cette uvre nest pas dans le domaine public dans les pays o il faut attendre 70 ans aprs la mort de lauteur(e). Respectez la loi des droits dauteur de votre pays.

Albert Camus, Lenvers et lendroit. (1958)

4

OEUVRES D'ALBERT CAMUSRcitsL'TRANGER. LA PESTE. LA CHUTE LEXIL ET LE ROYAUME

EssaisNOCES. LE MYTHE DE SISYPHE. LETTRES UN AMI ALLEMAND. ACTUELLES. [Chroniques 1944-1948] ACTUELLES II. [Chroniques 1948-1953] CHRONIQUES ALGRIENNES, 1939-1958 [Actuelles III] L'HOMME RVOLT. LT. LENVERS ET LENDROIT. DISCOURS DE SUDE. CARNETS (mai 1935 fvrier 1942). CARNETS II (janvier 1942 mars 1951).

ThtreLE MALENTENDU. CALIGULA. L'TAT DE SIGE. LES JUSTES.

Albert Camus, Lenvers et lendroit. (1958)

5

Adaptations et traductionsLES ESPRITS, de Pierre de Larivey. LA DVOTION LA CROIX, de Pedro Calderon de la Barca. REQUIEM POUR UNE BONNE, de William Faulkner. LE CHEVALIER DOLMEDO, de Lope de Vega. LES POSSDS, daprs le roman de Dostoevski.

Albert Camus, Lenvers et lendroit. (1958)

6

Cette dition lectronique a t ralise par Charles Bolduc, bnvole, professeur de philosophie au Cgep de Chicoutimi et doctorant en philosophie lUniversit de Sherbrooke, partir de :

Albert CAMUS [1913-1960] LENVERS ET LENDROIT. Paris : Les ditions Gallimard, 1958, 127 pp. Collection : Les essais LXXXVIII.

Polices de caractres utilise : Pour le texte: Comic Sans, 12 points. Pour les citations : Comic Sans, 12 points. Pour les notes de bas de page : Comic Sans, 12 points.

dition lectronique ralise avec le traitement de textes Microsoft Word 2008 pour Macintosh. Mise en page sur papier format : LETTRE (US letter), 8.5 x 11) dition numrique ralise le 22 avril 2010 Chicoutimi, Ville de Saguenay, province de Qubec, Canada.

Albert Camus, Lenvers et lendroit. (1958)

7

Albert CAMUSphilosophe et crivain franais [1913-1960]

LENVERS ET LENDROIT

Paris : Les ditions Gallimard, 1958, 127 pp. Collection : Les essais LXXXVIII.

Albert Camus, Lenvers et lendroit. (1958)

8

Table des matiresPRFACE LRONIE ENTRE OUI ET NON LA MORT DANS LME AMOUR DE VIVRE L'ENVERS ET LENDROIT

Albert Camus, Lenvers et lendroit. (1958)

9

[9]

JEAN GRENIER

Albert Camus, Lenvers et lendroit. (1958) 10

[9]

Lenvers et lendroit. (1958)

PRFACE

Retour la table des matires

[11] Les essais qui sont runis dans ce volume ont t crits en 1935 et 1936 (javais alors vingt-deux ans) et publis un an aprs, en Algrie, un trs petit nombre dexemplaires. Cette dition est depuis longtemps introuvable et jai toujours refus la rimpression de LEnvers et lEndroit. Mon obstination na pas de raisons mystrieuses. Je ne renie rien de ce qui est exprim dans ces crits, mais leur forme ma toujours paru maladroite. Les prjugs que je nourris malgr moi sur lart (je men expliquerai plus loin) mont empch longtemps denvisager leur rdition. Grande vanit, apparemment, et qui laisserait supposer que mes autres crits satisfont toutes les exigences. Ai-je besoin de prciser quil nen est rien ? Je suis seulement plus sensible [12] aux maladresses de LEnvers et lEndroit qu dautres, que je nignore pas. Comment lexpliquer sinon en reconnaissant que les premires intressent, et trahissent un peu, le sujet qui me tient le plus cur ? La question de sa valeur littraire tant rgle, je puis avouer, en effet, que la valeur de tmoignage de ce petit livre est, pour moi, considrable. Je dis bien pour moi, car cest devant moi quil tmoigne,

Albert Camus, Lenvers et lendroit. (1958) 11

cest de moi quil exige une fidlit dont je suis seul connatre la profondeur et les difficults. Je voudrais essayer de dire pourquoi. Brice Parain prtend souvent que ce petit livre contient ce que jai crit de meilleur. Parain se trompe. Je ne le dis pas, connaissant sa loyaut, cause de cette impatience qui vient tout artiste devant ceux qui ont limpertinence de prfrer ce quil a t ce quil est. Non, il se trompe parce qu vingt-deux ans, sauf gnie, on sait peine crire. Mais je comprends ce que Parain, savant ennemi de lart et philosophe de la compassion, veut dire. Il veut dire, et il a [13] raison, quil y a plus de vritable amour dans ces pages maladroites que dans toutes celles qui ont suivi. Chaque artiste garde ainsi, au tond de lui, une source unique qui alimente pendant sa vie ce quil est et ce quil dit. Quand la source est tarie, on voit peu peu luvre se racornir, se fendiller. Ce sont les terres ingrates de lart que le courant invisible nirrigue plus. Le cheveu devenu rare et sec, lartiste, couvert de chaumes, est mr pour le silence, ou les salons, qui reviennent au mme. Pour moi, je sais que ma source est dans LEnvers et lEndroit, dans ce monde de pauvret et de lumire o jai longtemps vcu et dont le souvenir me prserve encore des deux dangers contraires qui menacent tout artiste, le ressentiment et la satisfaction. La pauvret, dabord, na jamais t un malheur pour moi : la lumire y rpandait ses richesses. Mme mes rvoltes en ont t claires. Elles furent presque toujours, [14] je crois pouvoir le dire sans tricher, des rvoltes pour tous, et pour que la vie de tous soit leve dans la lumire. Il nest pas sr que mon cur ft naturellement dispos cette sorte damour. Mais les circonstances mont aid. Pour corriger une indiffrence naturelle, je fus plac mi-distance de la misre et du soleil. La misre mempcha de croire que tout est bien sous le soleil et dans lhistoire ; le soleil mapprit que lhistoire nest pas tout. Changer la vie, oui, mais non le monde dont je faisais ma divinit. Cest ainsi, sans doute, que jabordai cette carrire inconfortable o je suis, mengageant avec innocence sur un, fil dquilibre o javance pniblement, sans tre sr datteindre le but.

Albert Camus, Lenvers et lendroit. (1958) 12

Autrement dit, je devins un artiste, sil est vrai quil nest pas dart sans refus ni sans consentement. Dans tous les cas, la belle chaleur qui rgnait sur mon enfance ma priv de tout ressentiment. Je vivais dans la gne, mais aussi dans une sorte de jouissance. Je me [15] sentais des forces infinies : il fallait seulement leur trouver un point dapplication. Ce ntait pas la pauvret qui faisait obstacle ces forces : en Afrique, la mer et le soleil ne cotent rien. Lobstacle tait plutt dans les prjugs ou la btise. Javais l toutes les occasions de dvelopper une castillanerie qui ma tait bien du tort, que raille avec raison mon ami et mon matre Jean Grenier, et que jai essay en vain de corriger, jusquau moment o jai compris quil y avait aussi une fatalit des natures. Il valait mieux alors accepter, son propre orgueil et tcher de le faire servir plutt que de se donner, comme dit Chamfort, des principes plus forts que son caractre. Mais, aprs mtre interrog, je puis tmoigner que, parmi mes nombreuses faiblesses, na jamais figur le dfaut le plus rpandu parmi nous, je veux dire lenvie, vritable cancer des socits et des doctrines. Le mrite de cette heureuse immunit ne me revient pas. Je la dois aux miens, [16] dabord, qui manquaient de presque tout et nenviaient peu prs rien. Par son seul silence, sa rserve, sa fiert naturelle et sobre, cette famille, qui ne savait mme pas lire, ma donn alors mes plus hautes leons, qui durent toujours. Et puis, jtais moi-mme trop occup sentir pour rver dautre chose. Encore maintenant, quand je vois la vie dune grande fortune Paris, il y a de la compassion dans lloignement quelle minspire souvent. On trouve dans le monde beaucoup dinjustices, mais il en est une dont on ne parle jamais, qui est celle du climat. De cette injustice-l, jai t lo