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Oeuvre de Henri Bergson

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  • 1 / 72 E-Lyre Classiques WWW.LYRE-AUDIO.COM

    Henri BERGSON (1859-1941) Le Rire

    Essai sur la signification du comique

    E-Lyre Classiques www.lyre-audio.com

    Collection fonde par Alexis Brun

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    TABLE DES MATIRES CHAPITRE I DU COMIQUE EN GNRAL ....................................................... 3 Premire Partie ........................................................................................................................... 4 Deuxime Partie .......................................................................................................................... 6 Troisime Partie ...................................................................................................................... 11 Quatrime Partie ..................................................................................................................... 14 Cinquime Partie ..................................................................................................................... 17 CHAPITRE II LE COMIQUE DE SITUATION ET LE COMIQUE DE MOTS ...... 26 Premire Partie ........................................................................................................................ 27 Deuxime Partie ....................................................................................................................... 39 CHAPITRE III LE COMIQUE DE CARACTRE ............................................... 48 Premire Partie ........................................................................................................................ 49 Deuxime Partie ....................................................................................................................... 61 Troisime Partie ...................................................................................................................... 63 Quatrime Partie ..................................................................................................................... 65 Cinquime Partie ..................................................................................................................... 69

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    CHAPITRE I DU COMIQUE EN GNRAL Que signifie le rire ? Quy a-t-il au fond du risible ? Que trouverait-on de commun entre une grimace de pitre, un jeu de mots, un quiproquo de vaudeville, une scne de fine comdie ? Quelle distillation nous donnera lessence, toujours la mme, laquelle tant de produits divers empruntent ou leur indiscrte odeur ou leur parfum dlicat ? Les plus grands penseurs, depuis Aristote, se sont attaqus ce petit problme, qui toujours se drobe sous leffort, glisse, schappe, se redresse, impertinent dfi jet la spculation philosophique. Notre excuse, pour aborder le problme notre tour, est que nous ne viserons pas enfermer la fantaisie comique dans une dfinition. Nous voyons en elle, avant tout, quelque chose de vivant. Nous la traiterons, si lgre soit-elle, avec le respect quon doit la vie. Nous nous bornerons la regarder grandir et spanouir. De forme en forme, par gradations insensibles, elle accomplira sous nos yeux de bien singulires mtamorphoses. Nous ne ddaignerons rien de ce que nous aurons vu. Peut-tre gagnerons-nous dailleurs ce contact soutenu quelque chose de plus souple quune dfinition thorique, une connaissance pratique et intime, comme celle qui nat dune longue camaraderie. Et peut-tre trouverons-nous aussi que nous avons fait, sans le vouloir, une connaissance utile. Raisonnable, sa faon, jusque dans les plus grands carts, mthodique dans sa folie, rvant, je le veux bien, mais voquant en rve des visions qui sont tout de suite acceptes et comprises dune socit entire, comment la fantaisie comique ne nous renseignerait-elle pas sur les procds de travail de limagination humaine, et plus particulirement de limagination sociale, collective, populaire ? Issue de la vie relle, apparente lart, comment ne nous dirait-elle pas aussi son mot sur lart et sur la vie ? Nous allons prsenter dabord trois observations que nous tenons pour fondamentales. Elles portent moins sur le comique lui-mme que sur la place o il faut le chercher.

  • Henri BERGSON Le Rire Essai sur le comique en gnral

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    Premire Partie Voici le premier point sur lequel nous appellerons lattention. Il ny a pas de comique en dehors de ce qui est proprement humain. Un paysage pourra tre beau, gracieux, sublime, insignifiant ou laid ; il ne sera jamais risible. On rira dun animal, mais parce quon aura surpris chez lui une attitude dhomme ou une expression humaine. On rira dun chapeau ; mais ce quon raille alors, ce nest pas le morceau de feutre ou de paille, cest la forme que des hommes lui ont donne, cest le caprice humain dont il a pris le moule. Comment un fait aussi important, dans sa simplicit, na-t-il pas fix davantage lattention des philosophes ? Plusieurs ont dfini lhomme un animal qui sait rire . Ils auraient aussi bien pu le dfinir un animal qui fait rire, car si quelque autre animal y parvient, ou quelque objet inanim, cest par une ressemblance avec lhomme, par la marque que lhomme y imprime ou par lusage que lhomme en fait. Signalons maintenant, comme un symptme non moins digne de remarque, linsensibilit qui accompagne dordinaire le rire. Il semble que le comique ne puisse produire son branlement qu la condition de tomber sur une surface dme bien calme, bien unie. Lindiffrence est son milieu naturel. Le rire na pas de plus grand ennemi que lmotion. Je ne veux pas dire que nous ne puissions rire dune personne qui nous inspire de la piti, par exemple, ou mme de laffection : seulement alors, pour quelques instants, il faudra oublier cette affection, faire taire cette piti. Dans une socit de pures intelligences on ne pleurerait probablement plus, mais on rirait peut-tre encore ; tandis que des mes invariablement sensibles, accordes lunisson de la vie, o tout vnement se prolongerait en rsonance sentimentale, ne connatraient ni ne comprendraient le rire. Essayez, un moment, de vous intresser tout ce qui se dit et tout ce qui se fait, agissez, en imagination, avec ceux qui agissent, sentez avec ceux qui sentent, donnez enfin votre sympathie son plus large panouissement : comme sous un coup de baguette magique vous verrez les objets les plus lgers prendre du poids, et une coloration svre passer sur toutes choses. Dtachez-vous maintenant, assistez la vie en spectateur indiffrent : bien des drames tourneront la comdie. Il suffit que nous bouchions nos oreilles au son de la musique, dans un salon o lon danse, pour que les danseurs nous paraissent aussitt ridicules. Combien dactions humaines rsisteraient une preuve de ce genre ? et ne verrions-nous pas beaucoup dentre elles passer tout coup du grave au plaisant, si nous les isolions de la musique de sentiment qui les accompagne ? Le comique exige donc enfin, pour produire tout son effet, quelque chose comme une anesthsie momentane du cur. Il sadresse lintelligence pure. Seulement, cette intelligence doit rester en contact avec dautres intelligences. Voil le troisime fait sur lequel nous dsirions attirer lattention. On ne goterait pas le comique si lon se sentait isol. Il semble que le rire ait besoin dun cho. coutez-le bien : ce nest pas un son articul, net, termin ; cest quelque chose qui voudrait se prolonger en se rpercutant de proche en proche, quelque chose qui commence par un clat pour se continuer par des roulements, ainsi que

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    le tonnerre dans la montagne. Et pourtant cette rpercussion ne doit pas aller linfini. Elle peut cheminer lintrieur dun cercle aussi large quon voudra ; le cercle nen reste pas moins ferm. Notre rire est toujours le rire dun groupe. Il vous est peut-tre arriv, en wagon ou une table dhte, dentendre des voyageurs se raconter des histoires qui devaient tre comiques pour eux puisquils en riaient de bon cur. Vous auriez ri comme eux si vous eussiez t de leur socit. Mais nen tant pas, vous naviez aucune envie de rire. Un homme, qui lon demandait pourquoi il ne pleurait pas un sermon o tout le monde versait des larmes, rpondit : je ne suis pas de la paroisse. Ce que cet homme pensait des larmes serait bien plus vrai du rire. Si franc quon le suppose, le rire cache une arrire-pense dentente, je dirais presque de complicit, avec dautres rieurs, rels ou imaginaires. Combien de fois na-t-on pas dit que le rire du spectateur, au thtre, est dautant plus large que la salle est plus pleine ; combien de fois na-t-on pas fait remarquer, dautre part, que beaucoup deffets comiques sont intraduisibles dune langue dans une autre, relatifs par consquent aux murs et aux ides dune socit particulire ? Mais cest pour navoir pas compris limportance de ce double fait quon a vu dans le comique une simple curiosit o lesprit samuse, et dans le rire lui-mme un phnomne trange, isol, sans rapport avec le reste de lactivit humaine. De l ces dfinitions qui tendent faire du comique une relation abstraite aperue par lesprit entre des ides, contraste intellectuel , absurdit sensible , etc., dfinitions qui, mme si elles convenaient rellement toutes les formes du comique, nexpliqueraient pas le moins du monde pourquoi le comique nous fait rire. Do viendrait, en effet, que cette relation logique particulire, aussitt aperue, nous contracte, nous dilate, nous secoue, alors que toutes les autres laissent notre corps indiffrent ? Ce nest pas par ce ct que nous aborderons le problme. Pour comprendre le rire, il faut le replacer dans son milieu naturel, qui est la socit ; il faut surtout en dterminer la fonction utile, qui est une fonction sociale. Telle sera, disons-le ds maintenant, lide directrice de toutes nos recherches.