AU CŒUR DE LA COMPASSION

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  • Commentaire des

    TRENTE-SEPT STANCES SUR LA PRATIQUE DES BODHISATTVAS

    de Thogm Zangpo

    DILGO KHYENTS

    AU CUR DE LA COMPASSION

  • Le monde ne serait-il pas meilleur si chacun se souciait plus des autres que de soi-mme ? Lamour et la compassion dont nous sommes capables peuvent non seulement se cultiver pour devenir plus forts, mais ils peuvent aussi devenir infinis, incondi-tionnels et parfaits. Cest cet entranement du cur et de lesprit que lermite Gyals Thogm de Ngultchou, qui vcut au Tibet au XIVe sicle, nous convie dans ses Trente-Sept Stances sur la pratique des bodhisattvas. Dans ce pome relativement bref, il parvient rassembler tous les enseignements du clbre Bodhicaryavatara de Shantideva, uvre qui, dj, exposait la quintessence des textes du Grand Vhicule consacrs lesprit dveil.

    On trouvera ici un commentaire exhaustif des Trente-Sept Stances par lun des plus grands matres contemporains du bouddhisme tibtain, Dilgo Khyents Rinpoch (1910-1991). la lumire de sa connaissance et de sa compassion, cet rudit, pote et visionnaire apporte une explication claire et essentiel-lement pratique de tous les aspects de la pense et de laction des bodhisattvas, ces enfants des Vainqueurs dont lexistence incarne toutes les vertus de laltruisme la fois le plus sage et le plus dbrid.

    DILGO KHYENTS

    AU CUR DE LA COMPASSION

    Commentaire des

    TRENTE-SEPT STANCES SUR LA PRATIQUE DES BODHISATTVASde Ngultchou Thogm Zangpo

    P A D M A K A R A

  • On trouvera toutes les publications des ditions Padmakara

    sur le site : www.padmakara.org

    ditions Padmakara, Le Plantou, 24580 Plazac, Francejuin 2008

    www.padmakara.org e-mail : [email protected]

    ISBN 978-2-916915-38-8

    Maquette : Lydie Berta

    www.centrenationaldulivre.fr

    978-2-916915-81-4

    http://www.centrenationaldulivre.fr/http://www.padmakara.orghttp://www.padmakara.orgmailto:[email protected]

  • Le bouddha Shakyamuni

  • Padmasambhava

  • Ngultchou Thogm

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  • Nous remercions la Fondation Tsadra pour sa participation gnreuse la ralisation de cet ouvrage.

  • Au cur de la compassion

    Les Trente-Sept Stances

    sur la pratique des bodhisattvas

    de Gyals Thogm Zangpo

    commentes par

    Dilgo Khyents Rinpoch

    Traduit par le Comit de Traduction Padmakara

    P A D M A K A R A

  • Introduction des traducteurs

    En 1984, Dilgo Khyents Rinpoch (1910-1991) donna un enseignement en Dordogne Tashi Pelbar Ling, son cen-tre europen qui portait sur la pratique de la voie du Grand* Vhicule. Cest probablement lexpos le plus dtaill que lon ait enregistr de lui sur ce sujet. Il y commentait un texte que les Tibtains tiennent en trs haute estime, les Trente-Sept Stances sur la pratique des bodhisattvas, compos au XIVe sicle par Gyals Ngultchou Thogm.

    Ce pome profond et concis est bien connu des Tibtains et, au fil des sicles, dinnombrables pratiquants en ont tir des bienfaits considrables. Trs souvent enseignes et commen-tes par de grands matres de toutes les coles du bouddhisme tibtain, les Trente-Sept Stances sur la pratique des bodhisattvas condensent sous une forme facile mmoriser la quintessence dune uvre majeure du Grand Vhicule, le Bodhicaryavatara, qui est le chef-duvre de Shantideva.

    Le commentaire ici traduit puise la sagesse et lexp-rience sans gales de Khyents Rinpoch, et il sadresse avant tout aux disciples qui voudraient pratiquer quotidiennement ces instructions. Les explications magistrales qui en sont don-nes rvlent aussi la cohrence et lhomognit parfaites des

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  • diffrents niveaux et aspects des enseignements bouddhistes, ds lors quils sont assimils et appliqus comme il convient.

    En prparant la version anglaise de cet enseignement, Matthieu Ricard a recueilli auprs de Khyents Rinpoch dautres claircis-sements, qui ont t insrs dans les notes. Ce dernier avait ga-lement tenu ajouter quelques citations, dont certaines dun commentaire trs dtaill de LEntranement de lesprit en sept points, crit par son propre matre Shchn Gyaltsap Rinpoch.

    En avant-propos, on trouvera de larges extraits dune bio-graphie trs inspirante de Ngultchou Thogm, que lon doit lun de ses disciples, Palden Ysh. Quand Matthieu Ricard senquit du bien-fond de nen traduire que des morceaux choisis, Khyents Rinpoch rpondit avec bienveillance : Il ny a rien derron cela. Tout comme une cuillre de mlasse permet de connatre la saveur et la douceur dun pot entier, ces extraits nagiront pas moins efficacement que lintgralit de la biographie pour veiller la foi du lecteur.

    Nous tenons exprimer notre profonde gratitude Pma Wangyal Rinpoch sans lequel cet ouvrage naurait jamais vu le jour.

    Les enseignements oraux de Dilgo Khyents Rinpoch et les diffrents textes prsents ici ont t traduits par le Comit de Traduction Padmakara : du tibtain pour le texte principal, et de langlais pour le commentaire, par Kim-Anh Lim et Patrick Carr, qui remercient chaleureusement Christian Bruyat et Gwnola Le Serrec, ainsi que John Canti, Anne Zonzon, Bri-gitte Souverain et Catherine Saint-Guily pour leurs prcieuses relectures et leurs conseils aviss.

    Khyents Rinpoch a transmis oralement ces prcieuses ins-tructions il y a plus de vingt ans, et nous nous rjouissons de pouvoir les offrir aujourdhui tous les lecteurs et pratiquants francophones.

    AU CUR DE LA COMPASSION

  • Gyals Ngultchou Thogm 1295-1369

    Cest au Tsang, dans le Tibet central, et plus prcisment Phuljoung qui se trouve quelques kilomtres au sud-ouest du monastre de Sakya, que naquit le grand sage Gyals Ngultchou Thogm. Son pre Keunchok Pal, Gloire des Trois* Joyaux , et sa mre Tchakza Boumdreun, Cent mille lampes de Tchakza , avaient en commun un esprit pur et une foi profonde dans le Dharma*. Sa mre ressentit durant toute sa grossesse une joie immense, et sa compassion allait grandissant. Lorsque lenfant naquit, ses parents lappelrent Keunchok Zangpo, Bon comme les Trois Joyaux .

    Ds quil commena parler, chacun vit quil ntait que compassion. Un jour, assis sur les genoux de sa mre, il se mit pleurer chaudes larmes alors quun coup de vent entranait au loin une feuille.

    Pourquoi pleures-tu ? demanda sa mre.Lenfant montra du doigt la feuille qui sloignait et rpondit : Le vent emporte un animal vers le ciel !Une autre fois il savait dj marcher , Gyals Thogm

    sortit, puis rentra quelques minutes plus tard, tout nu, la grande surprise de sa mre :

    Quas-tu fait de tes vtements ? Quelquun avait froid dehors.

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  • Sa mre alla voir de qui il sagissait, et elle dcouvrit que son fils avait recouvert de ses habits un buisson blanc de givre ; il avait mme pris soin de placer quelques pierres sur les pans du manteau pour le lester.

    En jouant avec ses amis, Gyals Thogm ne se souciait jamais de gagner ; il tait mme dsol quand un autre que lui perdait. Sil partait la recherche de petit bois, il se rjouissait quand ses camarades en trouvaient, dt-il lui-mme rentrer les mains vides. Et sil tait le seul en trouver, il aidait ses compagnons dans leur recherche ou leur donnait son propre bois pour quils ne se fassent pas gronder. Par ailleurs, en guise de jeux, il construisait de petits stoupas ou faisait semblant de recevoir et de transmettre des enseignements.

    Sil lui arrivait dtre triste, il retrouvait sa joie ds quil tenait quelques pages dun texte saint entre ses mains. Par contre, si quelquun brossait un vtement au-dessus de livres du Dharma* ou leur manquait de respect de toute autre manire, il en prou-vait instantanment de la peine. Bref, linstar de tous les grands sages, Gyals Thogm souffrait plus que les tres qui souffraient, et sa joie dpassait la leur quand ils taient heureux.

    Il perdit sa mre trois ans, et son pre cinq ans. Ensuite sa grand-mre lleva jusqu sa propre mort. Gyals Thogm, alors g de neuf ans, fut confi son oncle maternel Rinchn Tashi, Joyau de bon augure , auprs duquel il resta jusqu ses quatorze ans. Cet oncle lui apprit lire et crire, et il ltablit aussi sur la voie spirituelle. Gyals Thogm lui en fut toujours reconnaissant.

    Un jour, le garon sadressa ainsi son oncle : Dsormais, tu peux renoncer tout attachement pour

    cette vie et te consacrer la pratique du Dharma. Je mendierai pour te procurer manger et boire ; jhonorerai ainsi la bont que tu as eue pour moi.

    AU CUR DE LA COMPASSION

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  • Ladolescent tint parole, et, ds lors, loncle et le neveu vcu-rent comme il avait t dit.

    quatorze ans, ayant compris que les joies du cercle* des existences nont gure plus dattraits quune terrifiante fosse de charbons ardents, Gyals Thogm reut lordination simple, et cette occasion, on lui donna le nom de Zangpo Pal, Gloire dtre bon .

    Ltude, la rflexion et la mditation comptant parmi les activits qui conviennent aux moines, Gyals Thogm fut ins-truit ds lge de quinze ans par de nombreux matres1 de toutes les coles. Sa diligence pour ltude ne faiblissait jamais, et il devint rapidement dune rare rudition. Il retenait parfois ds la premire coute la plupart des textes quil tudiait, et il en saisissait le sens profond sans difficult. Comme il pouvait mme rpondre en public aux questions de doctrine les plus subtiles, ses matres dclarrent un jour quil tait un deuxime Asanga2. Ds lors, on le connut sous le nom de Thogm Zangpo, Bon comme Asanga ; il navait que dix-neuf ans. Sa connais-sance des soutras* et des tantras* slargissait, et, en mditant, il parvint lexprience vritable du sens des enseignements. Sa sincrit, sa motivation et son assiduit taient telles que, en un mois de retraite, il progressait davantage sur la voie de la rali-sation spirituelle que tout autre pratiquant en trois ans.

    lge de v