Alimentation en Ehpad

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UFC-Que Choisir Mars 2015 Alimentation en Ehpad Une politique de prévention s’impose !

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  • UFC-Que Choisir Mars 2015

    Alimentation en Ehpad

    Une politique de prvention simpose !

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    Mars 2015 Direction des tudes UFC-Que Choisir

    Sommaire

    Synthse ............................................................................................................................ 3

    I. La nutrition des sniors, un enjeu de sant publique ........................................ 4

    1. Des besoins nutritionnels spcifiques pour prvenir la perte dautonomie................... 4

    2. Les maisons de retraite : un champ daction prioritaire ............................................... 6

    II. Enqute de lUFC-Que Choisir : quilibre nutritionnel et grille horaire, la double carence de lalimentation des sniors en EHPAD ......................................... 12

    1. Mthodologie de lenqute .........................................................................................12

    2. Horaires des repas : lintrt sanitaire des sniors trop souvent sacrifi au profit de lorganisation du personnel .......................................................................................13

    3. Les plaisirs de la table en demi-teinte ......................................................................18

    4. Les contraintes conomiques mettent en pril lquilibre nutritionnel .........................19

    5. Un suivi nutritionnel des rsidents trs insuffisant ......................................................22

    Annexe A - Les 10 critres nutritionnels danalyse des menus ................................. 23

    Annexe B - Tableau de rsultat de lanalyse des menus de 88 Ehpad ..................... 25

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    Synthse

    Entre 450.000 et 700.000 personnes ges sont touches par la dnutrition, pathologie rsultant de

    leur moindre capacit extraire de lalimentation les nutriments ncessaires au bon fonctionnement

    de lorganisme. En effet, contrairement ce que lon pourrait penser intuitivement, les besoins des

    sniors en nutriments sont suprieurs la population gnrale. Or si ces besoins ne sont pas

    couverts, ces carences peuvent causer lapparition de problmes de sant graves : perte dautonomie,

    dficit immunitaire, infections, escarres, fractures Ainsi, pour une personne dnutrie, le risque de

    mortalit se trouve multipli par un facteur allant de 2 4 et le risque de maladies est multipli par un

    facteur de 2 6.

    La dnutrition touche plus particulirement les sniors rsidant en maisons de retraite : entre 15 et 38

    % dentre eux, soit entre 100 000 et 200 000 personnes. Cest pour prvenir le dveloppement de la

    dnutrition dans ces tablissements, que les experts ont dfini plusieurs axes de recommandations :

    le respect des rythmes alimentaires, la qualit nutritionnelle et gustative de lalimentation, un

    environnement agrable, ainsi quun suivi individuel de ltat nutritionnel. Mais malgr une obligation

    gnrale dquilibre alimentaire dans ces institutions, les Agences Rgionales de Sant (ARS) sont

    trop faiblement incites en contrler lapplication, dautant plus que les recommandations

    nutritionnelles existantes ne sont pas obligatoires et quaucun contrle officiel nest ralis.

    Pour vrifier la qualit de lalimentation dans les Etablissement d'Hbergement pour Personnes Ages

    Dpendantes (Ehpad ), lUFC-Que Choisir a interrog les rsidents de 43 EHPAD et analys les

    menus de 88 autres tablissements rpartis dans 48 dpartements de France. Le premier

    enseignement de cette enqute est que dans trop dEHPAD lorganisation du personnel prime sur les

    horaires des repas. De fait, aucun des tablissements tudis nest conforme lensemble des

    recommandations horaires. Dans le but de limiter les heures de prsence du personnel, les grilles

    horaires sont fortement contractes en fin de journe. Ainsi le dner est servi 18h25 en moyenne, le

    record tant 18h00! Mais en servant le dner trop tt, on rallonge la priode de jene nocturne qui est

    trop longue pour 80 % des tablissements !

    Si les rsidents sont globalement satisfaits de la qualit du service et de leur alimentation, la qualit

    nutritionnelle pche en revanche par les conomies ralises notamment sur les sources de protines

    (viande rouge, poisson), au profit de plats pauvres en protines ou de plats industriels bon march ne

    correspondant pas aux habitudes alimentaires des sniors. Plus grave, des carences sont releves

    dans le suivi nutritionnel des rsidents : ainsi 18 % des tablissements sabstiennent de peser chaque

    mois les rsidents, alors mme quil sagit l du suivi minimal de sant de ces personnes.

    Au vu de ce constat alarmant et face au vieillissement de la population, une vritable politique de

    prvention simpose. A cet effet, lUFC-Que Choisir demande linstauration dune obligation

    rglementaire sur la qualit nutritionnelle et les rythmes des repas servis dans les Ehpad.

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    I. La nutrition des sniors, un enjeu de sant publ ique

    1. Des besoins nutritionnels spcifiques pour prv enir la perte dautonomie

    a. Jusqu 700 000 personnes ges dnutries

    On estime quau moins 10% des personnes de plus de 85 ans sont touches par la dnutrition, cette

    affection qui rsulte de la moindre capacit des personnes ges extraire les nutriments de leur

    alimentation. Au total, les estimations officielles situent entre 450.000 et 700.000 le nombre total de

    personnes ges souffrant de dnutrition1. Ce chiffre risque daugmenter paralllement

    laccroissement du nombre de personnes ges, en effet alors quon compte actuellement 12,2

    millions de personnes ges de plus de 60 ans, selon les projections de lInsee cette classe dge

    reprsentera en 2050, 22,3 millions de personnes.

    b. Des besoins nutritionnels accrus avec lge

    Les personnes ges ont des besoins nutritionnels spcifiques, aussi bien en termes de quantit que

    de qualit qui, sils ne sont pas couverts, peuvent tre moyen terme lorigine de dnutrition (tat

    pathologique rsultant dun apport nutritionnel insuffisant). Outre la perte dapptit, la sdentarit ou

    les facteurs psychologiques, cinq facteurs nutritionnels sont notamment lorigine de cette

    dnutrition :

    - Des besoins nergtiques accrus : Contrairement aux ides reues, on ne doit pas manger

    moins en vieillissant. En effet, mme si l'activit physique est gnralement diminue, la

    capacit utiliser les nutriments de lalimentation est moins bonne chez les personnes ges,

    ce qui ncessite des apports nergtiques gaux voire suprieurs ceux des sujets plus

    jeunes (au moins 2.100 kcal/jour),

    - Protines et fonte musculaire : la fonte musculaire, du fait de la rduction du poids et de la

    force de la personne, accentue les risque de dsquilibres, de chutes et donc de fractures.

    Plusieurs facteurs sont lorigine de cette perte musculaire, tels que la baisse de lactivit

    physique, la rsistance linsuline, etc, mais linsuffisance de protines est un dterminant

    majeur. Lapport gnralement recommand en protines de 0,8 g/kg/jour est insuffisant pour

    les personnes ges pour lesquelles les apports devraient tre de 1 1,2 g/kg/jour.

    1 Avis n 53 sur les besoins alimentaires des personnes ges et leurs contraintes spcifiques CNA 2005

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    - Calcium et ostoporose : l'ostoporose est une diminution de la masse et de la structure

    osseuse observe chez les sniors, entrainant une fragilit et donc un risque de fractures (col

    du fmur, poignets, vertbres). Elle concerne encore plus fortement les femmes et

    toucherait en France 20 % des femmes de 60 ans et 40 % de celles de 75 ans2. Les

    insuffisances dapport en calcium via lalimentation accroissent les risques dostoporose. Le

    mtabolisme du calcium tant altr par le vieillissement, les besoins sont plus levs chez

    les sniors : 1 000 mg 1 400 mg / jour (contre 800 mg pour la population gnrale).

    - Des carences en micronutriments : le sujet g prsente un risque lev de carence en

    minraux et vitamines en raison des modifications physiologiques associes au vieillissement.

    On observe souvent des dficiences en vitamines du groupe B, facteur de risque des

    maladies cardio-vasculaires et de dmence, ainsi quen antioxydants, facteur de risque

    d'aggravation de toutes les pathologies et d'acclration des processus de vieillissement.

    - Eau et dshydratation : les besoins en eau sont de l'ordre de 1 1,5 litre par jour. Il est

    important de les respecter, car la dshydratation augmente les risques de dcs.

    c. La dnutrition lorigine de pathologies graves

    Loin dtre anecdotiques, les consquences dune mauvaise alimentation sont particulirement graves

    pour les sniors : outre lamaigrissement et la fonte musculaire, une dnutrition peut tre lorigine de

    dficits immunitaires, dinfections urinaires et respiratoires, descarres, de chutes, de fractures3 Les

    experts voquent une spirale de la dnutrition, dcrite comme un enchanement de dgradations de

    ltat de sant initi par la dnutrition et dclenchant un premier pisode pathologique (tel quune

    chute ou une infection), entranant son tour une dnutrition supplmentaire, pouvant alors se

    traduire par un dficit immunitaire, puis dautres pisodes pathologiques plus graves, une

    immobilisation, lapparition descarres, etc Au global, on estime que la dure d'hospitalisation est

    multiplie par 2 4 pour les personnes dnutries, le risque de pathologies infectieuses par 2 6 et le

    risque de mortalit par 2 84.

    2 Programme National Nutrition Sant Objectifs gnraux : Calcium. 3 Stratgie de prise en charge en cas de dnutrition protino-nergtique chez la personne ge Haute Autorit de Sant avril 2007 4 Guide nutrition partir de 55 ans pour les aidants des personnes ges Programme National Nutrition Sant Septembre 2006

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    2. Les maisons de retraite : un champ daction prio ritaire

    a. Entre 15% et 38 % des rsidents dnutris

    Alors que daprs le rapport de 2005 du Conseil de lAlimentation, la dnutrition concernerait entre 1

    8 % des personnes ges rsidant domicile, cette pathologie toucherait bien plus fortement les

    sniors rsidant en maisons de retraite : entre 15 et 38 % des pensionnaires de ces institutions

    seraient affects, soit de lordre de 100 000 200 000 personnes5.

    b. Un secteur crucial, pourtant dlaiss par les Pouvoirs Publics

    i Des tudes rares et anciennes rvlant une prvention insuffisante

    Malgr ces chiffres proccupants, les Pouvoirs Publics nont pas men denqutes dampleur sur ce

    sujet. Il nexiste ainsi aucune enqute officielle nationale sur la prvention de la dnutrition dans les

    maisons de retraite. On dispose seulement dlments partiels, dont beaucoup sont dj anciens. On

    peut citer notamment :

    - une tude mene en 2003 auprs de 40 tablissements par lARS de Poitou-Charentes,

    - les apprciations donnes en 2005 par les experts du groupe de travail du Conseil National

    de lAlimentation,

    - une tude rgionale publie en 2009, lARS Nord-Pas de Calais sur les cots alimentaires en

    maisons de retraite,

    - des lments plus gnraux publis chaque anne par le cabinet daudit KPMG.

    Au global, ces diffrentes tudes ont rvl :

    Une qualit nutritionnelle alatoire : sagissant de la qualit nutritionnelle, lenqute de

    lARS de Poitou-Charentes indiquait que 85% des tablissements n'avaient pas de plan

    alimentaire correct. On observait notamment des plats de faible densit nutritionnelle au

    djeuner et des frquences insuffisantes de lgumes, de fruits, de poisson et de viande rouge.

    Les faibles budgets consacrs lachat des aliments semblent expliquer en partie ces

    constatations. Sachant que les experts considrent que le budget consacr aux denres

    5 Avis n 53 sur les besoins alimentaires des personnes ges et leurs contraintes spcifiques CNA 2005

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    devrait tre au minimum de 1,70 par repas, les budgets rels mis en uvre semblent trs

    souvent infrieurs. Ainsi une tude rgionale publie en 2009, par lARS Nord-Pas de Calais

    indique que pour une proportion significative des tablissements tudis, les budgets matires

    sont infrieurs 170.

    Des rythmes de repas trop resserrs sur la journe : lenqute de lARS de Poitou

    Charentes indiquait en outre que les horaires des repas taient trop resserrs dans la journe,

    et la dure du jene entre le repas du soir et du lendemain matin tait excessive et dpassait

    12 heures.

    Un suivi nutritionnel insuffisant : la mme enqute de Poitou-Charente, rvlait un suivi de

    ltat nutritionnel des rsidents trs insuffisant, puisque dans la grande majorit des cas les

    tablissements ne calculaient pas le score de dpistage nutritionnel (Mini Nutritionnal

    Assessment MNA) ni l'indice de masse corporelle (IMC). Cette analyse a t confirme

    deux ans plus tard par le Conseil National de lAlimentation qui indiquait dans ses travaux de

    2005, quen gnral la surveillance nutritionnelle ne s'tablit pas toujours ds la premire

    rencontre avec le mdecin coordonnateur de l'tablissement. La visite d'admission ne

    comprend pas systmatiquement le contrle du poids, de la taille ou le calcul de l'IMC, ni

    toujours un bilan sanguin, un questionnaire d'valuation des habitudes alimentaires, ou

    l'tablissement du MNA complet. La surveillance de l'tat nutritionnel n'est pas toujours

    rgulire, ne serait-ce que par un suivi du poids .

    ii Des Pouvoirs Publics peu incits contrler la qualit nutritionnelle des repas

    Sous le vocable gnrique maisons de retraite, on doit distinguer deux types principaux de

    structures : les Etablissements dHbergement pour Personnes Ages Dpendantes (EHPAD) qui

    sont des structures mdicalises et les Etablissements dHbergement pour Personnes Ages

    (EHPA) qui sont des structures non mdicalises et rserves des personnes non dpendantes.

    Sagissant des EHPAD, les Pouvoirs Publics sont, en thorie, censs sintresser la qualit

    nutritionnelle des repas. En effet, ce type dtablissement doit obligatoirement signer une convention

    tripartite avec lAgence Rgionale de Sant et le Conseil Gnral, sur la base dun modle de cahier

    des charges qui inclut explicitement la qualit nutritive des repas parmi les indicateurs suivre. Mais

    le Conseil National de lAlimentation (CNA) estime que le mode de facturation spcifique aux EHPAD

    limite cette incitation6. En effet, les Pouvoirs Publics (Assurance maladie et Dpartement) ne financent

    pas les frais dalimentation et ne sont donc pas directement intresss la qualit de cette prestation.

    6 Avis n56 sur les besoins alimentaires des personnes ges et leurs contraintes spcifiques Conseil National de lAlimentation Dcembre 2005

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    En rponse cette proccupation, le principe de lquilibre nutritionnel des repas a t rendu

    obligatoire en 2012 dans tous les tablissements sociaux et mdicaux-sociaux accueillant des

    sniors, mais cette disposition na t suivie par la publication daucun texte dapplication prcis.

    Quant aux recommandations nutritionnelles publies en octobre 2011 par le Groupe d'Etude des

    Marchs Restauration Collective et Nutrition (GEMRCN), ceux-ci sont dpourvus de tout caractre

    obligatoire. En consquence, aucun contrle officiel ce jour nest ralis sur la qualit nutritionnelle

    des repas servis en institution.

    iii - Un dsintrt des pouvoirs publics expliqu par un cot alimentaire la charge des rsidents et des familles

    En labsence de donnes prcises sur le budget global de la restauration en institution, on ne peut

    que recourir une estimation de ce cot. Sur la base de donnes partielles issues du cabinet KPMG ,

    on peut estimer que le cot global mensuel de la restauration par rsident dans les tablissements

    publics, est compris entre 330 et 400 selon le mode de gestion. Le cot total de lhbergement

    varie entre 2.900 par mois et par rsident pour les tablissements publics et 3.019 pour les

    tablissements privs non lucratifs. Le reste charge pour le rsident dpend trs fortement de la

    situation gographique : il est en moyenne de 2.424 par mois en Ile-de-France et de 1.810 par

    mois pour le reste de la France. La restauration reprsente donc une part significative de reste

    charge : entre 13 et 23 % (aprs dduction des frais pris en charge par lAssurance maladie et les

    Conseils Gnraux). Sauf cas particuliers (rsidents bnficiant de laide sociale, financements

    apports de manire volontaire par un Conseil Gnral) les frais de restauration restent intgralement

    la charge du rsident ou de sa famille.

    c. Recommandations scientifiques : les quatre axes pour prvenir la dnutrition

    Afin de prvenir lapparition de la dnutrition, les experts insistent sur la ncessit dintervenir trs en

    amont, en agissant sur lensemble des causes lorigine de cette affection. En effet, outre les causes

    directes que sont des quantits insuffisantes daliments ou une mauvaise qualit nutritionnelle,

    dautres causes indirectes telles quune mauvaise qualit gustative, des repas servis trop tt, des

    locaux peu accueillants, etc, feront que la personne aura moins envie de se nourrir correctement et

    pourra entrer dans la dnutrition.

    Cest pourquoi, la prvention de la dnutrition repose sur quatre axes essentiels :

    1 - Respecter les rythmes alimentaires particuliers des personnes ges,

    2 - Fournir une alimentation de bonne qualit (nutritionnelle et gustative),

    3 - Proposer un cadre incitant les personnes manger (environnement, sociabilit),

    4 - Suivre ltat nutritionnel de chaque pensionnaire.

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    i - Des rythmes alimentaires adapts

    Les recommandations formules par les experts ont toutes pour objectif de favoriser la prise

    daliments tout au long de la journe :

    - 4 repas quotidiens obligatoires : dans lobjectif davoir un nombre suffisant doccasions o

    les rsidents peuvent manger, le Groupe d'Etude des Marchs Restauration Collective et

    Nutrition (GEMRCN) demande que soient servis obligatoirement 4 repas au cours de la

    journe (petit djeuner, djeuner, goter, dner). Bien quil constitue un apport plus limit, le

    goter est donc considr dans le cas de lalimentation des personnes ges comme repas

    part entire. En outre, dans le cas des personnes ayant des besoins nutritionnels augments,

    ou qui auraient des difficults consommer un repas complet, le GEMRCN, demande quune

    ou plusieurs collations puissent tre donnes au cours de la journe, voire de la nuit.

    - Des dures minimales propres chaque repas : la dure accorde chaque repas est

    galement importante pour des personnes qui, pour beaucoup dentre elles, peuvent avoir

    besoin de plus de temps pour salimenter, notamment du fait de problmes de mastication ou

    dune moindre autonomie. A cet effet, le CNA (Conseil National de lAlimentation) demande

    que les dures minimales des services soient de 30 minutes pour le petit djeuner, une heure

    pour le djeuner et de 45 minutes pour le dner.

    - Des intervalles minimaux entre les repas : Dans son Livret daccompagnement destin

    aux professionnels de sant (septembre 2006), le PNNS indique quavec l'ge, apparaissent

    des troubles de la rgulation de la glycmie. Pour pallier aussi bien lhypoglycmie, que

    lhyperglycmie, il est essentiel que les personnes ges aient un rythme alimentaire rgulier.

    Pour cela, le PNNS recommande dune part un temps minimum entre chaque repas de 3

    heures (du fait du rallongement de la dure de la digestion et pour viter les reflux gastriques

    dans le cas de prises alimentaires trop rapproches). A linverse, pour viter une

    hypoglycmie trop marque au rveil, le PNNS demande que la priode de jene nocturne

    soit infrieure 12 heures.

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    Le graphique ci-dessous rsume lensemble des recommandations horaires sur le service des

    diffrents repas :

    ii - Une alimentation de qualit

    Le Groupe d'Etude des Marchs Restauration Collective et Nutrition (GEMRCN) a publi en

    octobre 2011 et remis jour le 2 aot 2013, sous lgide du Ministre des finances, des

    recommandations nutritionnelles dtailles adaptes aux besoins spcifiques des personnes

    ges. Lquilibre nutritionnel dfini dans ces recommandations repose notamment sur la

    notion de frquences de consommation. On dfinit ainsi sur une priode de 20 jours, le

    nombre minimal de service des aliments les plus importants du point de vue nutritionnel. A

    linverse, des frquences maximales de service sont dfinies pour les aliments dont la

    consommation doit tre limite.

    Mais mme si la qualit nutritionnelle est irrprochable, il est galement important que les

    aliments proposs plaisent aux rsidents, faute de quoi, ils ne seront pas mangs. Cest

    pourquoi, le Conseil National de lAlimentation a recommand que la qualit gustative,

    ladaptation aux habitudes alimentaires et la varit soient galement considres comme des

    critres prioritaires.

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    iii - Les plaisirs de la table

    Dans son avis n53, le Conseil de lAlimentation, recommande de : favoriser les plaisirs de

    la table (prsentation des plats, accueil et encadrement ). Il faut galement s'efforcer de

    maintenir le lien social travers le partage alimentaire (en particulier en favorisant la prise des

    repas la salle manger dans les tablissements d'hbergement, encourager la socialisation

    travers le partage (convivialit, locaux, repas thme, de ftes, du dimanche,

    d'anniversaire, produits du terroir, etc.), et la transmission des savoirs et des traditions

    alimentaires

    iv - Un suivi nutritionnel et une prise en charge individualise

    Les autorits sanitaires (PNNS, HAS) insistent sur la ncessit de dtecter la dnutrition le

    plus tt possible. Compte tenu des risques induits par la dnutrition, la Haute Autorit de

    Sant (HAS) recommande7 quen institution, le dpistage de la dnutrition soit ralis une fois

    par mois, notamment par le biais de la mesure du poids et de son volution dans le temps, le

    calcul de lindice de masse corporelle (IMC), lestimation de lapptit ou des apports

    alimentaires.

    Ce suivi est particulirement important car en cas de risque de dnutrition, il peut tre

    propos, selon le cas : une aide pour salimenter, une adaptation facilitant la consommation

    (repas mix, petites bouches), des soins bucco-dentaires, une surveillance des

    consommations alimentaires etc. Cest seulement en cas dchec de ces actions que des

    complments alimentaires devront tre prescrits.

    Sagissant des rgimes, encore couramment prescrits aux personnes ges, le CNA pointe

    labsence de bnfice des restrictions alimentaires et surtout leurs consquences nfastes.

    Par exemple les rgimes sans sel nont plus dintrt au-del dun certain ge, sauf cas

    exceptionnel, et diminuent la saveur des repas, alors mme quil est essentiel de rveiller

    lapptit des personnes ayant tendance perdre progressivement le got. En consquence, le

    CNA recommande de limiter les rgimes restrictifs et plus gnralement, toute restriction

    alimentaire volontaire.

    7 Stratgie de prise en charge en cas de dnutrition protino-nergtique chez la personne ge Haute Autorit de Sant - Avril 2007

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    II. Enqute de lUFC-Que Choisir : quilibre nutrit ionnel et grille horaire, la double carence de lalimentation des sniors e n EHPAD

    Compte tenu de la forte proportion de personnes dnutries en Ehpad et en labsence dtudes

    officielles rcentes, il paraissait important de vrifier lapplication des pratiques de prvention. Cest

    dans ce contexte que lUFC-Que Choisir a men une enqute auprs de 131 tablissements, entre

    novembre 2014 et janvier 2015.

    1. Mthodologie de lenqute

    Dj en 2006, lUFC-Que Choisir stait intresse aux tablissements recevant des personnes ges

    sous langle du suivi nutritionnel et de lalimentation, en envoyant leurs directions des questionnaires

    portant notamment sur le personnel prsent au moment des repas (effectifs, formation), les menus

    proposs, les modes de gestion et de distribution des repas, la procdure du suivi nutritionnel des

    rsidents (prsence dun mdecin coordonnateur, bilan nutritionnel larrive du rsident, matriel de

    pese, etc ). Les rponses donnes par les 159 tablissements (dont trois quart dEhpad), ainsi que

    lanalyse des menus, avaient permis par exemple de montrer un dficit dans le suivi nutritionnel des

    rsidents, ainsi que certains dsquilibres dans lalimentation propose. Mais pour cette nouvelle

    tude, nous avons souhait interroger les rsidents eux-mmes sur ce quils observent chaque jour

    sur leur alimentation.

    Nota : compte tenu des interlocuteurs diffrents entre les deux tudes (les directeurs dtablissements

    en 2006 vs. les rsidents eux-mmes en 2015) et des thmatiques abordes diffrentes, la

    comparaison en termes dvolution nest possible que sur un nombre limit de questions.

    a. Un sondage auprs des rsidents dans 43 Ehpad

    Nous avons interrog entre novembre 2014 et janvier 2015, des rsidents dans 43 Ehpad par

    le biais des bnvoles de nos associations locales. Nous leur avons pos une cinquantaine de

    questions portant sur les horaires des repas, la qualit de lalimentation et des locaux, ainsi

    que sur le suivi nutritionnel. Ce mode denqute reposant sur lapprciation personnelle des

    rsidents, il nautorise pas faire une exploitation des rponses individuelles pour chaque

    Ehpad. On peut en revanche exploiter avec une bonne marge de confiance les rponses

    donnes en moyenne pour chaque question.

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    b. Une analyse des menus dans 88 tablissements

    Sagissant de la qualit nutritionnelle des repas, nous avons collect les menus servis dans 88

    Ehpad sur une priode de 20 jours conscutifs, servis entre avril 2014 et fvrier 2015, mis en

    ligne sur les sites des tablissements ou transmis par nos bnvoles.

    Ces menus ont t analyss sur la base de 10 critres nutritionnels majoritairement issus des

    recommandations du GEMRCN (voir dtail en annexe) et sur la pertinence des plats proposs

    par rapport aux habitudes de consommation des sniors. Nous avons en outre ajout une

    apprciation plus qualitative mais qui nentre pas dans la notation des tablissements. Cette

    apprciation porte sur la qualit du travail pour llaboration des grilles de menus et tient

    compte de :

    - la cohrence du plan alimentaire (varit des viandes sur les 20 jours, garniture de

    fculent et de lgumes prsente sur la journe),

    - la qualit des plats au dner (varit des plats et limitation des produits industriels de

    faible densit nutritionnelle),

    - la diversit des recettes

    Lensemble du questionnaire, lanalyse des menus et des rsultats de lenqute ont t raliss avec

    laide de Marie-Line HUC, ditticien-nutritioniste conseil, membre du Club experts nutrition et

    alimentation (CENA) et experte dans le domaine de la restauration collective.

    2. Horaires des repas : lintrt sanitaire des sn iors trop souvent sacrifi au profit de lorganisation du personnel

    Aucun des 43 Ehpad enquts sur les horaires des repas, nest conforme lensemble des

    recommandations relatives aux horaires. En effet, les horaires de fin de journes sont fortement

    raccourcis avec pour effet dune part de contracter lintervalle de temps ncessaire entre le goter et

    le dner, et dautre part de rallonger le jene nocturne au-del de la valeur limite.

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    a. Petit djeuner : les dures minimales sont respectes, mais des services parfois trop longs empitent sur lintervalle avec le djeuner

    Source : enqute UFC-Que Chosir

    Le petit djeuner dure 1h10 en moyenne, au global on respecte donc haut la main la

    recommandation de 30 minutes dfinie par le CNA. Dailleurs, on ne relve aucun

    tablissement en dessous de cette dure minimale. A linverse, on relve que certains

    tablissements proposent le petit djeuner sur une plage horaire trop longue (six

    tablissements soit 14 % de lchantillon le servent pendant deux heures ou plus !), cela peut

    mme avoir un effet contreproductif en raccourcissant lintervalle de temps entre le petit-

    djeuner et le djeuner (voir partie suivante). Ainsi, alors que le PNNS demande au minimum

    3 heures entre chaque repas, pour la priode du matin (entre le petit-djeuner et le djeuner),

    un tablissement sur deux ne respecte pas lintervalle minimal.

    b. Djeuner : une dure trop courte dans un cas sur 5

    Source : enqute UFC-Que Choisir

    La dure moyenne du djeuner est dune heure, soit la recommandation minimale. Mais dans

    le dtail (voir graphique ci-avant) on note que pour 8 tablissements (prs dun tablissement

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    Mars 2015 Direction des tudes UFC-Que Choisir

    sur 5) cette dure est clairement insuffisante (entre 45 minutes et 30 minutes selon le cas),

    alors mme quil sagit du repas le plus important de la journe. A linverse, 10 tablissements

    proposent un temps de repas trs confortable dau moins 1h30.

    c. Goters servis trop tt : un tablissement sur deux perd une occasion de complter les apports alimentaires

    Mis part deux tablissements, les EHPAD enquts proposent systmatiquement un goter,

    ce qui montre que la recommandation du GEMRCN davoir 4 repas obligatoires dans la

    journe est globalement bien applique.

    La dure moyenne releve pour le goter est de 30 minutes ce qui parat raisonnable, mme

    sil nexiste pas de recommandation de dure minimale pour ce repas. En effet, sagissant du

    repas le plus lger de la journe, il apparaissait sans doute moins ncessaire aux experts de

    dfinir une dure pour cette prise alimentaire. Mais au-del du temps strictement ncessaire

    pour salimenter, il est quand mme important que le temps disponible soit suffisamment long,

    ne serait-ce pour que les rsidents ne le ratent pas ! Or sur ce point, nous avons relev 5

    tablissements (soit 12% de lchantillon) o le goter dure seulement 15 minutes ce qui est

    vraiment trop court.

    Alors que la majorit des tablissements servent le goter partir de 16h00, dans un tiers des

    cas le goter est servi trop tt avant 15h30. On a mme relev un tablissement (EHPAD

    Lon Rouveyrol Aubenas dep.t 07) o le goter est servi ds 14h30. Parfois, il ny a

    quune heure et demie entre le moment o les rsidents sortent du djeuner avant de

    reprendre un goter ! Si lon ajoute cela des dures de repas de midi un peu trop longues,

    on a au global plus dun tablissement sur deux qui ne respecte pas lintervalle de temps

    minimal entre le djeuner et le goter. Or dans ces cas, on perd ainsi une occasion de

    complter les apports nutritionnels en aliments sources de protines tels que les produits

    laitiers, car les rsidents, nayant pas encore faim, risquent de ne pas profiter de ce goter.

    d. Dner : dans 8 tablissements sur 10 le repas servi trop tt aggrave le jene nocturne

    En moyenne, la dure du dner est dun peu plus dune heure, par consquent au-dessus de

    la recommandation de 45 minutes minimales tablie par le CNA. On relve cependant 4

    tablissements qui ne respectent pas cette recommandation et qui expdient le dner en 30

    minutes.

    Mais cest sur lheure du dner que lon relve le plus gros problme : celui-ci commence

    gnralement beaucoup trop tt : 18h25 en moyenne, le record tant 18h (Rsidence Le

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    Mars 2015 Direction des tudes UFC-Que Choisir

    rocher fleuri Laval Dep.t 53) ! Sur ce point aucune amlioration nest constate par

    rapport notre enqute de 2006, qui rvlait que 80 % des repas taient servis avant 18 h 30

    !

    Ce service trop prcoce a tout dabord un impact sur lapptit des rsidents puisquils

    arriveront au dner sans avoir vraiment faim. De fait, dans 80% des tablissements le dlai

    entre le goter et le dner, est infrieur 2h30.

    Source : Enqute UFC-Que Choisir

    Pire : pour un tiers dentre eux le dlai est de moins de 2 heures (voir tableau ci-dessus) !

    Pourtant cet intervalle de temps entre le goter et le dner est certainement le plus important

    respecter, car les rsidents doivent avoir suffisamment faim au moment du dner pour manger

    correctement en prvision de la nuit.

    En servant le dner trop tt, on rallonge galement la priode de jene nocturne. Ainsi, dans

    trois quart des tablissements, le service du dner est dj termin 19h30. Le record

    observ tant 18h30 ! Ceci explique quau final 80 % des tablissements ne respectent

    pas la dure maximale recommande pour le jene noc turne !

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    Le graphique ci-dessus illustre comment le fait davancer lheure du dner, a un impact

    doublement ngatif : la fois sur le dlai entre le goter et le dner, mais aussi sur le jene

    nocturne. Ainsi par rapport aux recommandations des experts (grille horaire du haut), dans le

    tiers des tablissements les plus mal nots (grille horaire du bas), le dner commence

    18h15, soit seulement 1h45 aprs la fin du goter. Quant la fin du dner elle est en moyenne

    19h15, ce qui implique un jeune nocturne de 12h45, dpassant de dheure la dure

    maximale ne pas dpasser. On note en outre pour ces tablissement des dlais entre les

    autres repas de seulement 2h40 par rapport au minimum dfini dans les recommandations, ce

    qui l encore contribue perturber lalimentation des rsidents.

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    Mars 2015 Direction des tudes UFC-Que Choisir

    3. Les plaisirs de la table en demi-teinte

    a. Satisfecit global sur lenvironnement et la qualit des repas

    Au global, les rsidents sont assez satisfaits de la qualit du service dans les tablissements

    enquts : prs de 90 % des rsidents interrogs considrent que le personnel est

    attentionn. La salle manger, la manire dont la table est mise, ainsi que la prsentation des

    plats, sont jugs positivement dans les mmes proportions, mme si et l sont parfois

    voqus le caractre bruyant des locaux, le manque dintimit, le manque de propret de la

    vaisselle, des tables non nettoyes entre les repas.

    Si lalimentation est juge bonne et varie dans plus de 80 % des cas, on note que dans un

    quart des cas, les plats ne sont pas servis la bonne temprature (gnralement trop froids).

    Lorsque le plat principal ne plait pas, un choix alternatif devrait tre propos. Or bien que la

    situation samliore par rapport notre enqute de 2006 (60 % des tablissements dclaraient

    ne proposer aucun choix), il reste cependant inadmissible quaucune alternative ne soit

    encore propose dans prs dun quart des Ehpad, car dans ce cas une partie des rsidents

    risque de ne pas manger suffisamment dun plat qui ne lui convient pas.

    Si dans trois quart des tablissements le vin est compris dans la prestation, il est regrettable

    quil soit absent dans 9 tablissement, ou encore quon le fasse payer en sus dans 3 EHPAD,

    alors quil participe rendre le repas plus attrayant.

    b. Une convivialit a minima lors des repas

    Bien que les experts insistent sur limportance de prendre les repas en commun pour

    renforcer leur convivialit, dans prs de la moiti des tablissements, le petit djeuner est

    servi en chambre. La charge de travail associe au service en salle manger est sans doute

    en cause.

    Pour les repas table, le placement nest pas libre dans 80 % des cas. Ceci favorise dautant

    moins la convivialit, que dans un quart des cas, les rsidents nous ont dit quil est difficile de

    changer de place une fois quelle leur a t attribue.

    Sagissant des petits extras qui rompent la monotonie, il est noter que tous les rsidents que

    nous avons interrogs ont la possibilit dinviter pour les repas des personnes extrieures

    ltablissement. En revanche il est regrettable que plus dun tiers des tablissements

    norganisent pas de repas festifs en dehors des ftes traditionnelles, ni dateliers de cuisine.

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    Mars 2015 Direction des tudes UFC-Que Choisir

    c. Peut mieux faire sur la prise en compte des attentes des rsidents

    Les EHPAD doivent obligatoirement mettre en place une commission des menus dans

    laquelle sigent des reprsentants des rsidents et qui a pour objet de les faire participer

    llaboration des menus ou faire part des problmes rencontrs. Ils doivent galement

    disposer dun Conseil de la vie sociale qui traite plus gnralement de tous les problmes que

    les rsidents sont susceptibles de rencontrer dans lEhpad.

    Mais une proportion significative des personnes que nous avons interroges nont pas pu

    nous confirmer si ces instances taient effectivement en place : 20 % dans le cas du Conseil

    de la vie sociale et 30 % pour la commission des menus. Soit ces instances existent, mais les

    rsidents nen taient pas informs ce qui nest pas admissible, soit elles sont absentes ce qui

    est non conforme avec la rglementation !

    4. Les contraintes conomiques mettent en pril l quilibre nutritionnel

    Frquences releves par critre pour le tiers dta blissements le plus mal not

    Source : enqute UFC-Que Chosir

    Sur les 88 tablissements dont nous avons tudis les menus, aucun dentre eux ne respecte

    lensemble des critres. Les principales difficults portent sur le respect des frquences dfinies pour

    les sources de protines (viande et poisson), ainsi que sur les desserts de fruits crus (cf. le graphique

    ci-avant qui illustre les frquences releves pour le tiers dtablissements le plus mal not). On relve

    galement une certaine insuffisance de produits laitiers et de garnitures de lgumes cuits.

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    Mars 2015 Direction des tudes UFC-Que Choisir

    a. Un dficit en protines de qualit

    Alors que lapport en protines est essentiel, notamment pour le maintien de la masse

    musculaire, beaucoup trop dEhpad conomisent sur la viande rouge et le poisson, pour les

    remplacer par dautres sources de protines moins chres (volaille, porc, ufs). Quant aux

    pices de viande choisies, on peut avoir des craintes sur la matrise de leur cuisson, alors

    quune viande trop dure sera mal consomme par des rsidents.

    i - Insuffisance sur les viandes de boucherie dans la moiti des tablissements

    La moiti des tablissements tudis ne respectent pas ce critre crucial dfini dans la

    recommandation du GEMRCN, lorsque lon comptabilise les viandes servies sur les deux

    repas de la journe. Cest encore pire pour le dner, o la plupart des tablissements ne

    proposent pas ce type de viande (buf, agneau, veau) : ainsi dans 86 % des Ehpad

    aucune viande de boucherie non hach na t servie au dner sur la priode tudie. A

    titre dexemple aux Cdres Valence ou lEhpad Salem Barr (67) on na servi

    quune seule fois en un mois de la viande de boucherie !

    Lorsque lon tudie dans le dtail les recettes, on note quil sagit de rtis ou de viandes

    mijotes (bourguignon, pot au feu, buf mode, sauts). Ces viandes sont certes en

    cohrence avec les habitudes alimentaires de la gnration des rsidents dEhpad, mais

    elles rclament un soin particulier aussi bien dans le choix du muscle que dans la

    technique de cuisson, sinon la texture risque dtre dure et difficile mastiquer. Or mme

    si lenqute ne portait pas sur les qualits organoleptiques des aliments servis (qualit

    gustative et tendret) on peut mettre en relation la frquence leve de ce type de plats

    avec les problmes de texture frquemment voqus par les professionnels, ainsi que

    dans lavis du Conseil National de lAlimentation. On remarque galement que les abats

    sont assez prsents dans le choix des viandes (14 % du total), certes leurs qualits

    nutritionnelles sont intressantes pour un prix raisonnable, mais leur prsence assez

    significative dans les menus peut constituer un problme, car les abats sont susceptibles

    de rebuter une partie des rsidents.

    ii - Dficit de poisson dans un tablissement sur deux

    La moiti des tablissements tudis ne respecte pas le critre de frquence de service

    dfini sur le poisson (voir annexe). Pire : quinze tablissements (soit 17 % de

    lchantillon) ont servi moins de la moiti de la frquence de poisson recommande.

    iii - Trop de plats pauvres en protines dans 8 cas sur 10

    Pour compenser labsence de viande ou de poisson en plat principal, les tablissements

    ont alors recours des plats composs (farcis, hachs reconstitus, lgumes gratins,

    fculents en sauce crme ) moins chers mais souvent trs pauvres en protines : 82 %

    des tablissements sont non conformes sur ce critre ! Nous avons mme trouv deux

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    Mars 2015 Direction des tudes UFC-Que Choisir

    Ehpad (Les cdres Valence - 26 et lEhpad Quatelbach Sausheim - 68) o ils

    reprsentent la moiti des plats principaux servis le soir !

    iv - Des plats inadapts aux habitudes alimentaires des sniors

    On note que le recours aux produits prts consommer est frquent et notamment aux

    dners. Ces produits qui ne correspondent pas aux habitudes alimentaires des seniors,

    sont souvent dficitaires en nutriments de qualit. Ils peuvent constituer un indice de

    labsence de cuisiniers dans la prparation des dners des tablissements. Il est

    galement possible que ces grilles de menus soient dictes par des cuisines centrales

    servant surtout des coles. Ainsi dans 22% des EHPAD, on propose trop souvent cordon

    bleu, nuggets, pavs fromagers, fricandelles et autres rissolettes.

    b. Un Ehpad sur deux non conforme sur les fruits

    Un tablissement sur deux ne respecte pas le critre de frquence de service sur les fruits

    crus servis en dessert. Dix dentre eux servent peine la moiti de la frquence

    recommande. Or, pour que loffre de fruit soit apprcie et consomme par les rsidents, il

    faut que les fruits achets soient maturit et que du personnel soit disponible pour aider les

    personnes les plucher. Mais au vu des faibles frquences observes sur ce critre, on peut

    craindre que beaucoup dEHPAD naient pas fait leffort ncessaire et quils aient prfr

    recourir dautres types de desserts.

    c. Un quart de non-conformit sur les produits laitiers

    Prs dun quart des Ehpad nest pas conforme aux frquences de service pour les produits

    laitiers. Ce sont notamment les dners servis en 4 composantes8 qui sont le plus concerns

    par ce dficit. Ainsi pour les Ehpad o les dners sont majoritairement en 4 composantes,

    peine 13 produits laitiers ont t servis sur la priode tudie, sur les 20 recommands.

    Si lon trouve frquemment des dners 4 composantes dans les Ehpad (un tiers des dners)

    on peut supposer quil sagit dune rponse logique, au moindre apptit des rsidents et la

    volont de ne pas gaspiller, mais on peut craindre en revanche une baisse significative des

    apports nutritionnels.

    8 Alors quun repas 5 composantes comprend : une entre, un plat principal, une garniture, un produit laitier, et un dessert. Le repas 4 composantes ne propose au choix quune entre ou un dessert.

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    Mars 2015 Direction des tudes UFC-Que Choisir

    5. Un suivi nutritionnel des rsidents trs insuffi sant

    a. Pas damlioration notable du suivi nutritionnel depuis 2006

    Sagissant de la pese rgulire des rsidents, peu de progrs ont t observs par rapport

    notre prcdente tude de 2006. Alors que 27 % des tablissements sabstenaient de peser

    chaque mois les rsidents, ils sont encore 18% en 2015, alors mme quil sagit dune mesure

    aussi simple mettre en uvre que capitale pour dtecter les premiers signes dune

    dnutrition. Quant lintervention dun ditticien dans le suivi de ltat nutritionnel des

    rsidents, notre enqute rvle quelle reste trs rare : sa prsence est signale dans

    seulement 7 % des tablissements et dans 63% des cas, il sagit dinterventions trs

    ponctuelles, de lordre dune fois dans lanne voire moins !

    b. Alimentations particulires, une alerte sur les rgimes restrictifs

    Sagissant de ladaptation des repas aux difficults de certains rsidents, les aliments mixs

    sont indispensables pour les personnes qui souffrent de problmes dentaires et qui ont du mal

    mastiquer. Il est donc trs satisfaisant que ces rgimes soient proposs dans la quasi-

    totalit des tablissements. A linverse, les experts recommandent de ne pas prescrire de

    rgimes restrictifs (sans sel, allgs en matires grasses notamment), hors pathologie

    particulire majeure. En effet, partir dun certain ge, les bnfices sur la sant de ces

    rgimes sont faibles au regard de limpact ngatif dune alimentation peu gouteuse qui sera

    rejete. Or dans les tablissements enquts, il semble malheureusement encore trop facile

    dobtenir de tels rgimes. Ainsi les rgimes sans sel sont disponibles dans 93 % des

    tablissements et les rgimes allgs dans 70 % dentre eux.

    c. Dans prs de la moiti des Ehpad, les personnes dpendantes au rgime commun

    Il est regrettable que dans 19 des Ehpad tudis (44%), ce soit le mme personnel qui doive

    tout la fois assurer le service des rsidents autonomes et dans le mme temps soccuper

    des pensionnaires dpendants qui mangent un rythme plus lent et qui ncessitent une

    attention toute particulire difficilement compatible avec un service de restauration classique.

    La difficult nourrir correctement ces personnes par un personnel dvou mais souvent

    dbord a dailleurs t mentionne dans plusieurs commentaires ajouts en marge du

    sondage.

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    Mars 2015 Direction des tudes UFC-Que Choisir

    Annexe A - Les 10 critres nutritionnels danalyse des menus

    Sur les 14 critres de frquence de service que comprennent les recommandations du Groupement

    d'Etude des Marchs en Restauration Collective et de Nutrition (GEMRCN), nous avons retenu 6

    critres pouvant tre vrifis sans ambigut, auxquels nous avons ajout le critre PNNS dun produit

    laitier chaque repas (soit deux critres : 1 au djeuner + 1 au dner). Nous navons pas repris en

    revanche les critres impliquant davoir accs aux spcifications techniques dcrivant les produits.

    Pour les besoins de ltude, nous avons dfini un critre nutritionnel sur les plats principaux sans

    viande, ni poisson, ni uf proposs au dner. Enfin, nous avons dfini un critre cumulatif qui tient

    compte de la ralisation des critres les plus dterminants parmi ceux dj cits pour pouvoir

    atteindre les objectifs nutritionnels.

    Dtail du systme de notation de la qualit nutrit ionnelle

    Analyse des djeuners

    1. Prsence dentres de crudits ou de lgumes cuits (10 mini sur 20 repas)

    2. Prsence dun produit laitier chaque repas

    3. Limitation des plats pauvres en protines (2 maxi sur 20 repas)

    Analyse des dners

    4. Prsence dun produit laitier chaque repas

    5. Plats principaux ne contenant ni viande, ni poisson, ni ufs

    Analyse des journes alimentaires : en cumulant djeuners et dners

    6. Prsence des plats base de poisson (6 minimum)

    7. Prsence des plats base de viande non hache de boucherie (6 minimum)

    8. Prsence des garnitures de lgumes (objectif : 17)

    9. Prsence des desserts de fruits crus (12 minimum)

    10. Cumul de critres considrs comme dterminants pour atteindre les objectifs

    nutritionnels.

    Les 6 critres dterminants sont :

    1. Un produit laitier par repas

    2. Repre frquentiel des fruits respect

    3. Repre frquentiel des garnitures de lgumes respect

    4. Repre frquentiel des plats mini et plats maxi respect au djeuner

    5. Repre frquentiel des poissons respect

    6. Repre frquentiel des viandes non haches de boucherie respect

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    Mars 2015 Direction des tudes UFC-Que Choisir

    Calcul de la notation

    Dans le calcul de la notation, nous avons lgrement surpondr les critres les plus difficiles

    atteindre : plats sans viande poisson ou ufs, poisson non pan, viande non hache de

    boucherie, desserts de fruits crus, produits non gnrationnels et produits laitiers.

    A linverse, nous avons lgrement sous-pondr les critres les plus faciles atteindre :

    entre de crudits ou de lgumes cuits, garnitures de lgumes cuits et plats protiques

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    Mars 2015 Direction des tudes UFC-Que Choisir

    Annexe B - Tableau de rsultat de lanalyse des men us de 88 Ehpad

    Dpartement

    Commune

    Nom de ltablissement

    Apprciation

    1 Bourg-en-Bresse Ehpad Doyenn de Brou

    7 Aubenas Ehpad Lon-Rouveyrol

    13 Carnoux-en-Provence Rsidence Korian-Cl.-Debussy

    13 Salon-de-Provence Ehpad Verte-Prairie

    13 Chteaurenard Ehpad Canto-Cigalou

    15 Maurs Ehpad Roger-Jalenques

    17 Ars-en-R Rsidence dAutomne

    21 Longvic Ehpad Marcel-Jacquelinet

    21 Bligny-sur-Ouche Ehpad Auguste-Arvier

    22 Lamballe Groupe griat. du Penthivre

    23 Ajain Ehpad Les Signolles

    24 Salignac-Eyvignes Marcel-Cantelaube

    25 Avanne-Aveney Centre Jacques-Weinman

    26 Valence Ehpad Les Cdres

    27 Beuzeville Ehpad Les Franches-Terres

    29 Brest Rsidence de Kermaria

    31 Toulouse Domaine de la Cadene

    32 Saint-Clar Ehpad Lavalle

    34 Vic-la-Gardiole Ehpad lOccitane rsid. retraite

    34 Bziers Les Cascades

    35 trelles Hyacinthe-Hvin

    35 Corps-Nuds Rsidence de lYze

    35 La Bouxire Rsidence Val-de-Chevr

    35 Retiers Rsid. Pierre-et-Marie-Curie

    35 Chteaugiron Ehpad Les jardins du Castel

    35 St-Aubin-du-Cormier Maison Saint-Joseph

    35 Rennes Rsidence Le Clos-Saint-Martin

    37 Blr Ehpad de Blr

    37 La Riche Doyenn du Plessis

    37 Ligueil Ehpad Balthazar-Besnard

    37 Jou-ls-Tours Ehpad Debrou

    37 Preuilly-sur-Claise Ehpad Dauphin

    38 N.-Dame-de-lOsier Rsidence Bon Rencontre

    40 Maremne-Adour* Macs Ple Culinaire/Cdc

    40 Soustons Ehpad de Soustons (les 5-tangs)

    40 Souprosse Ehpad des 5-Rivires

    40

    Tartas

    Ehpad Grard-Minvielle

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    Mars 2015 Direction des tudes UFC-Que Choisir

    Dpartement

    Commune

    Nom de ltablissement

    Apprciation

    42 La Pacaudire E. de la Pacaudire (f. Grimaud)

    44 Bouguenais Rsidence La Croix-du-Gu

    44 Treillires Rsidence Les Bruyres

    44 Fgrac Rsidence des 3-Rivieres

    45 La Fert-Saint-Aubin Chteau Les Landes

    47 Duras Rsidence Bellevue

    51 St-Germain-la-Ville Rsidence du Parc

    53 Gorron Ehpad Saint-Laurent

    54 Laxou Rsidence dAutomne

    54 Nancy Ehpad Saint-Joseph

    56 Crdin Ehpad Ty-Mem-Bro

    56 Guer Ehpad du Docteur-Robert

    56 Clgurec Rsidence Belle-toile

    56 Noyal-Pontivy Rsidence Ty-Noal

    57 Moulins-ls-Metz Home de Prville

    59 Neuville-Saint-Rmy Rsidence dAutomne

    59 Bouchain Rsidence Dronsart

    59 Croix Rsidence les Orchides

    59 Lannoy Rsidence les Orchides

    59 Tourcoing Rsidence les Orchides

    63 Clermont-Ferrand Le Doyenn de lOradou

    64 Arthez-de-Barn Rsidence Le Temple

    67 Barr Maison de retraite de Salem

    67 La Petite-Pierre Maison de retraite Kirchberg

    68 Sausheim Ehpad Quatelbach

    69 Lyon Rsidence dAutomne

    69 Saint-Fons Le Hameau de la Source

    70 Gray Ehpad Cournot-Changey

    74 Annecy Rsidence La Prairie

    74 Annecy La Villa-Romaine

    75 Paris Ehpad Robert-Doisneau

    76 Barentin Ehpad Saint-Martin

    77 Lieusaint Repotel

    77 St-Pierre-l.-Nemours Rsidence de Chaintreauville

    77 Savigny-le-Temple Repotel

    78 Maurepas Repotel

    78 Verneuil-sur-Seine Rsidence Clemenceau

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    Mars 2015 Direction des tudes UFC-Que Choisir

    Dpartement

    Commune

    Nom de ltablissement

    Apprciation

    79 Mauz-sur-le-Mignon Associa. Rsidence de Vallois

    79 Niort Le Doyenn de la Venise-Verte

    79 Faye-lAbbesse Ehpad Bondin-Grandmaison

    79 Coulon Le Home de lEbaupin

    82 Caylus Val de Bonnette rsid. mutualiste

    84 Avignon Villa Bthanie

    85 Les Sables-dOlonne Rsidence dAutomne

    86 Chauvigny Ehpad Les Marronniers

    86 Svres-Anxaumont Ehpad La Brunetterie

    86 Les Trois-Moutiers Domaine des Trois-Chemins

    86 Mirebeau Ehpad Thodore-Arnault

    88 Saint-tienne-ls-Remiremont Ehpad Le Home-Fleuri

    91 Palaiseau Ehpad La Pie-Voleuse

    95

    Argenteuil

    Rsidence Les Penses