Alexandre Dumas - Dieu dispose II

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La Bibliothèque électronique du Québec.

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  • Alexandre Dumas

    DDiieeuu ddiissppoossee

    BeQ

  • Alexandre Dumas

    Dieu dispose roman

    Tome second

    La Bibliothque lectronique du Qubec Collection tous les vents Volume 735 : version 1.0

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  • Du mme auteur, la Bibliothque :

    Les Louves de Machecoul Les mille et un fantmes

    La femme au collier de velours Les mariages du pre Olifus

    Le prince des voleurs Robin Hood, le proscrit

    Les compagnons de Jhu La San Felice Othon larcher

    La reine Margot Vingt ans aprs

    Les trois mousquetaires Le comte de Monte-Cristo Le vicomte de Bragelonne

    Le chevalier de Maison-Rouge Histoire dun casse noisette et autres contes

    La bouillie de la comtesse Berthe et autres contes

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  • Dieu dispose

    II

    dition de rfrence :

    Paris, Michel Lvy Frres, Libraires diteurs, 1866. Nouvelle dition.

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  • I

    Passion buissonnire Samuel avait peut-tre dautres raisons que sa

    rencontre avec Lothario sur le boulevard Saint-Denis, pour croire que le neveu du comte dEberbach tait all du ct dEnghien et de Frdrique.

    Que Samuel le st ou quil le souponnt seulement, la ralit tait que Lothario avait profit de cette belle et radieuse journe davril pour faire une de ces heureuses et furtives promenades quil risquait souvent depuis linstallation de Frdrique Enghien.

    Ce matin-l, les affaires de lambassade expdies, et jamais secrtaire navait reu plus de compliments pour son exactitude et sa rapidit, Lothario avait donn ordre son domestique de seller deux chevaux.

    Les chevaux prts, il tait sorti, son domestique le suivant.

    Toutefois, Lothario ntait pas all directement Enghien. Soit pour dpister la surveillance qui pouvait lpier sa sortie de lhtel et pour quon se mprt sur

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  • la route par o il allait, soit parce quil avait quelque chose faire auparavant, au lieu de tourner du ct du boulevard, il avait tourn, tout au contraire, du ct du quai.

    Suivant alors la Seine jusquau quai Saint-Paul, il stait arrt la porte dun htel qui regardait lle Louviers et le Jardin des Plantes.

    Il tait descendu de cheval, avait remis la bride son domestique, et tait entr dans la cour de lhtel, o, dans ce moment, un fiacre aux stores baisss stationnait, mystrieux, attendant quelquun ou cachant quelque chose.

    Mais, sans y prendre autrement garde, Lothario avait travers la cour et avait dj mont quelques marches de lescalier, quand un tourbillon roula du haut de lescalier sans crier gare, brusque, aveugle, irrsistible.

    Lothario neut que le temps de se ranger, de crainte dtre renvers du choc.

    Mais, en arrivant prs de lui, le tourbillon sarrta subitement.

    Ce tourbillon ntait autre que notre ami Gamba. Comment ! Gamba, dit Lothario en souriant, cest

    vous qui voulez mcraser ? Moi, craser quelquun ! sexclama Gamba bless,

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  • et surtout un ami ! Ah ! vous moffensez dans ma souplesse. Voyez comme je me suis arrt net et court. Un cheval de mange, lanc au galop, naurait pas mieux fait. Plutt que de vous craser, jaurais cabriol sur la rampe, jaurais bondi au plafond, je vous aurais enjamb sans vous toucher. Vous vous croyez donc plus frle quun uf, mon cher monsieur, que vous avez peur du roi de la danse des ufs ? Sachez quen marchant sur un poulet, mes pieds ne lui procureraient que la sensation dune douce caresse. Vous craser !

    Pardon, mon cher Gamba, reprit Lothario. Je navais pas lintention de vous humilier dans votre noble fiert dartiste.

    Je vous pardonne, dit Gamba. Seulement, vous avez eu tort de vous ranger. Cest mal davoir dout de moi.

    Je ne douterai plus, je vous le promets, dit Lothario. Mais que diable faisiez-vous donc dgringoler du haut de cet escalier, et vous escrimer avec ces marches ? Vous vous exerciez ?

    Non, je le confesse, dit Gamba embarrass, ce ntait pas le passe-temps dsintress dun quart dheure donn lart ; jemployais lart aux besoins de la vie. Jusais de mon agilit dans le but goste darriver plus vite dans la cour. Je faisais... ce quon appelle vulgairement descendre les degrs quatre

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  • quatre. Je suis attendu en bas. Est-ce que par hasard, demanda Lothario, ce serait

    pour vous ce fiacre aux stores baisss qui simpatiente ? Un fiacre !... Ah ! oui... peut-tre, rpondit

    Gamba, mal laise et confus. Alors, allez-vous-en, homme de la noce ! reprit

    Lothario avec un sourire qui redoubla la rougeur de Gamba.

    Oh ! ce nest pas ce que vous croyez, reprit le frre dOlympia. Il y a bien un fiacre, mais il ny a personne dedans.

    Vous ressemblez votre fiacre, dit Lothario, vous baissez les stores de votre discrtion.

    Non, je vous jure, poursuivit le bohmien, dont la pudeur seffarouchait des soupons de Lothario. Dabord, je nintroduirais pas une femme dans la cour de lhtel de ma sur. Ah ! bien oui, avec ses grands airs svres et dignes ! Elle lui ferait bonne mine, et moi ! Ah ! , vous allez la voir, et, soit dit en passant, elle vous attend avec une fire impatience ! nallez pas au moins lui mettre vos suppositions htroclites dans lesprit. Rien nest plus loin de la vrit dabord. Voici purement le fait. Vous savez que ma sur veut que personne ne sache quelle est revenue Paris. Si quelquun de sa connaissance mapercevait dans les

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  • rues, le frre ne tarderait pas dnoncer la sur. Je ne sors donc jamais quen voiture et cach derrire les stores. Il ny a rien autre chose derrire. Je ne vais pas en bonne fortune, je vais faire une simple course tout fait insignifiante.

    Et cest pour faire une simple course tout fait insignifiante, insista limpitoyable Lothario, que vous prouviez le besoin dabrger lescalier au moyen de sauts qui auraient cass les reins un chat.

    Eh bien ! non, dit le vertueux Gamba, dsesprant de se tirer honntement dun mensonge, jallais faire une course qui mintresse formidablement, au contraire.

    Ah ! vieux drle ! Jallais la poste aux lettres. Depuis le printemps,

    monsieur Lothario, jattends tous les jours une lettre qui peut me rendre trs heureux. Quil y ait de lamour ou non dans cette lettre, cela ne regarde que les chvres. Vous voyez quil ny a personne dans la voiture. Dieu veuille quil y ait quelque chose la poste ! Mais si ce nest pas aujourdhui, jy retournerai demain, et aprs demain, et toujours. bientt, il est lheure. Ma sur est chez elle. Jai lhonneur de vous saluer.

    Et, dun bond, Gamba fut au bas de lescalier, pendant que Lothario, riant de la rencontre, avait

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  • peine mont quelques marches. Comme Gamba lavait dit Lothario, Olympia

    vivait dans la solitude et dans lincognito. Elle navait pas voulu retourner dans ses appartements de lle Saint-Louis, o ses admirateurs et ses amis de Paris lauraient tout de suite retrouve. Revenue avec une ide quelle ne disait personne, elle tenait absolument rester cache et ignore de tous. Elle avait exig que Gamba ne sortt jamais sans prendre les plus grandes prcautions pour ne pas tre reconnu, et lavait menac de la perte de son amiti sil tait jamais aperu de personne, surtout du comte dEberbach ou de Samuel.

    Quant elle, elle ne sortait que trs rarement, la nuit, en voiture, pour respirer un peu lair. Elle avait pris un nom demprunt, et le portier de lhtel avait ordre de ne laisser pntrer personne jusqu elle, sous quelque prtexte que ce ft.

    Lothario seul tait except de la consigne. Elle avait, en effet, demand Lothario, avec

    insistance, de la tenir au courant de tout ce qui se passerait, et de venir lui dire, sans perdre une seconde, les moindres modifications qui pouvaient survenir dans la situation ou dans les dispositions de Julius.

    Lothario stait dabord expliqu cet intrt par un reste mal teint de lancienne amiti de la cantatrice

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  • pour le comte dEberbach. Quoiquil ne doutt pas que cette intimit net t pure, Olympia avait certainement pour lambassadeur de Prusse une sympathie et une affection quavait pu irriter et accrotre le mariage de Julius avec une autre. Mais Olympia parlait de ce mariage avec un dsintressement si sincre et avec un si franc oubli delle-mme, quvidemment elle sen occupait par bont bien plus que par jalousie, et que, si elle aimait Julius, ctait pour lui et non pour elle.

    Ce ntait pas seulement au bonheur de Julius quelle pensait, ctait aussi au bonheur de Lothario. Do lui venait cette cordiale sollicitude pour un jeune homme quelle navait fait quentrevoir peine ? Ce subit accs de tendresse ntait toujours pas de lamour, puisque lunique dsir dOlympia semblait tre de voir Lothario heureux avec Frdrique.

    De quelque point du cur quelle lui vnt, Lothario acceptait cette protection qui soffrait lui. Il se fiait la cantatrice, et ne lui cachait rien de ce qui pouvait lui arriver de bon ou de mauvais. Il ne se passait pas de semaine quil ne vnt, et plus dune fois, causer avec elle de ses esprances ou de ses craintes. Olympia lencourageait dans ses joies et le relevait dans ses dfaillances.

    Mais, cette fois-l, il y avait six grands jours quil

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  • navait paru lhtel du quai Saint-Paul. Olympia tait inquite. Qutait-il donc arriv ?

    Pourquoi ce mortel silence ? se dfiait-il delle ? tait-il malade ? Toutes les suppositions funestes lui avaient travers lesprit.

    Elle lavait attendu de jour en jour, puis dheure en heure. Enfin, la veille, elle lui avait fait tenir une lettre pleine de prire, le suppliant de la venir voir, sil ntait pas au lit.

    Son esprit agitait encore ses craintes, quand un domestique entra dans la salle o elle tait, et annona :

    M. Lothario. Quil entre ! scria-t-elle prcipitamment. Lothario parut. Elle courut sa rencontre. Ah ! vous voil, enfin ! dit-elle dun ton de