Alchimie Basile Valentin Azoth

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BASILE VALENTIN L’AZOTH OU LE MOYEN DE FAIRE DE L’OR 1 1

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    AZOTH OU LE MOYEN DE FAIRE LOR CACHE DES PHLOSOPHES

    DE FRERE BASILE VALENTIN

    PREMIERE PARTIE.

    ADOLPHE, VIEILLARD.

    Vnrable Vieillard, bien vous soit, vous apercevant il y a longtemps, de loin,

    seul proche de cet arbre, pensant je ne sais quoi en vous-mme, je ne puis plus

    tarder que je ne mapproche de vous, pour minformer du sujet de cette

    mditation.

    LE VIEILLARD.

    Pour vrai ( ! jeune Adolescent) maintenant il mest permis de connatre les

    choses qui me semblaient en mon jeune ge incroyables et hors de raison, car

    lorsque jtudiais, bouffi dorgueil, je me prsumais savoir toutes choses, et

    maintenant la fin de mon ge, je prends plaisir de rechercher avec grand soin,

    ce grand livre plein de difficult de la nature, encore que je vois toutefois toute

    occasion et longueur du temps, passer comme une eau coulante, et de quoi

    grandement je me plains.

    ADOLPHE.

    Cest la vrit ce que jadmire en toi ( ! Vieillard) quand je considre les

    affections si contraire entre nous : car il te semble que le temps senvole devant

    la saison, et les jours me semblent aller trop lentement, pour cette cause il y a

    longtemps que je dsire monter cheval et trouver compagnie plaisante qui me

    puisse ter la fcherie que mapporte le temps coulant si lentement.

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    LE VIEILLARD.

    Certainement, ami, je vous vois en la fleur de votre ge, dune face librale,

    partant je serai trs aise de savoir votre nom, et votre race, estimant que naurez

    dsagrable, si tout soupon de fraude t, je demande votre nom, et la

    condition de votre vie.

    ADOLPHE.

    Mon nom est Adolphe, et ma Patrie Hassie, laquelle ma enseign les lettres ds

    mon bas ge, et avanc en ge, jai laiss les tudes, et ai pris la marchandise, et

    nayant ni Tuteur, ni Gouverneur, mme administrant mes bien paternels, jai

    eu envie daller voyager, et voir les terres les plus loignes, et certainement

    avant toute chose, il me plairait daller Rome, matresse de lUnivers, avec

    compagnie, toutefois je dsire entendre votre conseil, comme homme bien vers

    lusage des choses et exprience.

    LE VIEILLARD.

    Mon conseil ne vous manquera pas, pourvu que vous ne refusiez dobir au

    bons avis que je vous donnerai, parce que jai moyen de vous en aider plus

    facilement, ayant la connaissance de ces lieux.

    ADOLPHE.

    Jestime quil me sera loisible de vous obir vous principalement qui tes

    vieux, et avez lexprience des choses : de grce montrez celui qui erre, et fuit

    les chemins obscur, vous jugerez avoir trouv un auditeur docile et attentif.

    LE VIEILLARD.

    Vous dites mon fils, que vous avez dsir de voir Rome, mais tenez-vous pour

    persuad que jai vu vritablement cette tte de lUnivers, mais tant

    maintenant fait plus sage par lge, je suis plus avis et attentif aux prils et

    dangers. Or suivant mon avis, ne veuillez converser longtemps en ces lieux, car

    ce lieu-l est la vrit, ce que je vous dirai plus amplement ci-aprs. Mais il me

    dplat grandement que je vous vois accuser la longueur du temps en si parfaite

    sant, bien que nous nayez endur la violence daucune maladie, tant en cette

    fleur dge. Je souhaite donc que vous estimiez ces choses devoir tre prises

    avec plus de considration, car vous voyez que jai plutt acquis ces choses en

    moins de temps, que je nai pass cette longueur de ma vie : il nest licite de

    passer le temps en oisivet, mais plutt soigneusement, et avec diligence,

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    sadonner la connaissance de Dieu et de ses uvres, et y employer les forces

    de nos sens, car nous sommes cr lImage de Dieu, cette fin et non pas la

    semblance des btes, qui ont t produites pour notre usage. Nos yeux donc

    soient ouverts, et nos oreilles attentives pour louer Dieu, fuir loisivet, et

    employer le temps aux tudes.

    ADOLPHE.

    Vritablement, mon Vieillard, il me semble avoir dj compris les choses qui me

    sont ncessaires, car jai acquis la connaissance de la langue latine, et la notice,

    recueillie de la doctrine Aristotlique. Japerois bien quil nest de besoin de se

    travailler tant en ces tudes principalement quand je reconnais que toutes

    choses sont imparfaites et vaines, et quil ny a aucun Matre ou docteur de lart,

    qui conduise les actions en telle sorte, sans fraude et tromperie, quil puisse

    acqurir dextrement la fin dsire. Ltude de lastronomie, qui devrait tre

    devant tous autres Arts trs certain, et indubitable, est du tout incertain,

    trompeur et inconstant, on fait pareil jugement de la Mdecine. Qui est celui qui

    considre les mauvaises coutumes et erreurs qui se glissent dans les esprit

    sacrs des Thologiens, vu que lon ne doit douter de la Sainte Ecriture, de sa

    fermet et constance, et nanmoins elle est presque prise en divers sens de tous,

    et ny a fin aucune des controverses, par icelle les uns piant la vie dautrui, les

    autres tuent lme, les autres pourchassent les biens, et ny a fin aucune de

    larcins, de rapines, de dbats, et querelles, et chacun a coutume de louer, et dire

    ces uvres tre, ou de grande doctrine, ou de prudence, ou de force. Mais

    encore que jeune, je ne puis consentir ces choses, bien que je ntudie plus

    principalement cause que je vois que le vrai but est de chacun presque

    dlaiss, & que ces jours passs il me fut reproch par un certain Villageois, que

    les plus doctes sont les plus mchants, & les plus pernicieux : & aucuns

    craignent (non sans raison) que les doctes porteront la peine de cette chose par

    leur propre mfait : Et ny a raison aucune pour laquelle nous nous retirons de

    la vraie & cleste doctrine, vu quelle nous a t divinement dlaisse par le

    Verbe Incarn, comme je lai ci-devant entendu de vous. Mais pour mieux dire,

    la sagesse humaine & le cercle inconstant des doctrines est imparfait, & crois

    que vous serez de mon opinion en ce.

    LE VIEILLARD.

    Il est bien vraisemblable, & je mattribue la connaissance de la langue latine,

    mais la notice des langues trangres na point de lieu propre, ni pculier, & ne

    semblent ncessaires aucunement : comme est la langue Hbraque, & Grecque,

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    par lesquelles la connaissance de tous les Arts nous a t anciennement

    enseigne, & nous voyons aussi que ces langues trangres sont principalement

    ncessaires aux maisons des Princes, cause des affaires diverses, & est un

    excellent don de Dieu, lequel parat lexemple de ceux qui difiaient la Tour

    de Babel, entre lesquels y eut confusion merveilleuse des langues, celle fin

    qupars par toutes les contres, & parties du monde, ils ne se pussent accorder.

    Toutefois ces choses taient tellement gouvernes de Dieu, trs bon, & trs

    grand : quils se servirent, & par la force du Saint Esprit (les dvots de tous les

    Gentils amasss) cette Tour, btiment fol, a t convertie par le ministre des

    Aptres, en Temple de Dieu, saint & sacr, dans lequel sont entendues les

    louanges de Dieu, car la confusion ne plat Dieu, comme au contraire le Diable

    est Auteur de discorde, & querelles, & Dieu en Trinit nous demande la paix, &

    la concorde, mme de toutes choses, Cette est la paix, apparaissant par-dessus

    tous, en laquelle le monde a t fait, & reluisent les Gouvernements des

    Royaumes en laquelle Jsus Christ notre Sauveur, & ses Disciples, nous ont

    laiss un exemple quil faut imiter avec soin. Et cette, ces choses suffiront de la

    connaissance des langues diverses, mais quant au salut des mes, il nest pas

    ncessaire demployer son ge pour acqurir la connaissance des langues, mais

    il est expdient que nous entendions les sermons sacrs des Prdicateurs, & que

    nous lisions les Ecritures Saintes avec diligence, comme ils sont, es principales

    trois langues, la langue naturelle est propose tous, de mme la Philosophie

    naturelle, & le soin dacqurir des biens de fortune. Mais les sages mondains, &

    les russ de ce sicle prennent chemin divers, non content du gouvernement

    ordonn de Dieu, cherchent les trangres & contraires : De l le prcieux trsor

    du temps est dissip, & les Ames en grand danger de succomber la fin du

    sicle, que Dieu visitera la dernire Ville de Jrusalem, cest--dire, le monde

    universel, & le jugera. Aussi semblablement paratront les trois ennemis

    capitaux, & principaux, les spirituels comme ils taient devant la venue de Jsus

    Christ, & sa Passion, mais son dernier avnement leur conseils seront vains &

    ridicules devant le Tribunal de Jsus Christ. Si donc il arrive que ceux-l

    viennent par ci-aprs, nous connatrons la fin du monde approcher : car en

    mme temps les diverses sectes des Pharisiens, Sadducens, & Essniens se

    lveront ; savoir si les Pharisiens Oprateurs ntaient pas arrts la terre,

    occups aux uvres externes, nayant connaissance de lEsprit, ni de la venue

    du Messie. Les Sadducens ne niaient-ils pas la rsurrection des morts ? Les

    Essniens remplis de lEsprit Anabaptiste ne combattaient-ils pas contre la

    Sainte Trinit ? le premier blasphme contre la puissance de Dieu, le second

    contre la misricorde, & le troisime plein dinjure contre le juste & vrai Esprit

    de Dieu. On connat de l que les hommes sont toujours contraires la loi de

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    Dieu, & bien quils fussent plusieurs en nombre & diversit de sectes, toutefois

    taient nommes les principales, lesquelles tchaient de nuire en la doctrine de

    la Sainte Trinit : car les uns dOrient, les autres dOccident, changeant

    seulement leurs noms, multipliaient de jour en jour en malice, & les juifs taient

    en petit nombre, & y avait peu de juifs qui fussent adonns au vrai culte,

    lesquels menant une vie secrte, avec grand soin, ils fuyaient les embches de

    ce monde. Il faut donc prouver tout esprit, mais quun chacun de nous

    sprouve soi-mme par le Verbe divin, comme par la pierre de touche ; que si

    ainsi est, cet Esprit en pluchant dun chacun la conscience, demeurera toute

    preuve ; Ces choses soient dtes de la connaissance des langues, & tenez pour

    certain que la conservation naturelle, journalire, & ternelle de lhomme & sa

    connaissance ne consiste seulement la recherche du corps animal, (car il

    nappartient quaux hommes derrer) mais plutt en lacquisition de la

    perfection de lune & lautre partie, cest--dire, tant du corps que de lesprit, au

    Verbe Divin, laquelle conservation linvestigation de nature doit suivre, car

    nous prenons de Dieu notre origine, nous retournons lui mme, & en icelui

    nous nous arrtons, car le Verbe est la seule rgle & le sceptre, & la nature la

    rgle de toutes cratures, prparant la voie pour lhabitation de lme & du

    corps, par lesquelles choses on connat certainement le sage, aimant Dieu.

    Aristote na pas en vraie connaissance de toutes ces choses, encore quil fut de

    grande doctrine, & excellent par-dessus tous, en subtilit de raison humaine, car

    il est permis de le voir aveugle aux choses de ce monde. Il en faut autant dire de

    ses sectateurs, encore que leur nom soie en grande estime & autorit envers

    plusieurs. Or devant toutes choses il faut exactement considrer le temps, &

    suivre ltude de vrit & justice de toute notre force, & implorer laide du Saint

    Esprit, qui nous largit la connaissance des choses spirituelles, & virilement

    prendre garde que par les vices nous ne tombions dans le labyrinthe de ce

    monde mais suivant le bien & quit, & ne permettant couler un jour ni heure

    sans travailler, toutes nos actions conduisions la gloire du nom de Dieu, & au

    profit du prochain.

    ADOLPHE.

    Vous avez si amplement parl de toutes ces choses, mon Vieillard, qu peine

    en ai-je retenu quelque partie, dont je vous puisse rpondre, je vois bien quil

    faut suivre le bien en toute diligence & soin, & nestime pas quil soit bon se

    hter de rpondre tous les points ensemble, mais lentement, & aprs y avoir

    bien song.

    LE VIEILLARD.

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    Il faut apprendre, mon ami, les choses que vous confessez ignorer encore, car je

    confesse que par le moyen des sages & anciens, je sais le chemin facile & dsir,

    lequel ne dsesprs pouvoir atteindre, pourvu que vous y apportiez la volont

    & diligence requise.

    ADOLPHE.

    Certes jai grand dsir dentendre de vous toutes ces choses, & emploierai toute

    mon tude & labeur pour satisfaire mon dsir, principalement quand je

    connais que toutes ces choses son utiles & honntes.

    LE VIEILLARD.

    Devant toutes choses est considrer avec beaucoup de raison la noblesse &

    excellence des sept dignits, lesquelles je vous mettrai par ordre maintenant,

    qui sont, la sant heureuse, & la charge soigneuse du temps, laquelle est triple,

    mais est rejeter le soin de la bonne grce, de lautorit & estimation humaine,

    comme aussi de la force, & de la puissance, & des richesses, & de sa propre

    commodit car ces quatre sont dons desquels ont accoutum les hommes

    dabuser, sans y prendre garde. Que si Dieu trs puissant, & trs grand, ne nous

    visitait cause diceux dons par afflictions & tentations, & quelques fois par

    mort soudaine, aussi ne patientait ( comme par manire de dire) de chtier les

    humains ( car devant lui il ny point gard des personnes, considration de

    dignit, aristarque lesprit de lhomme, ignore ce qui est, & se fait soir & matin )

    nous parviendrons facilement la contemplation & connaissance de ces biens.

    Mais un chacun de nous a aussi soin, aprs le salut de lme, de lternel &

    perptuelle sant, de la paix durable, de langlique beaut, de la force & cleste

    sapience & des trsors de la gloire, lesquelles choses nous nous promises, & en

    attendons le fruit & communication par notre Sauveur Jsus Christ, mais non

    pas en ce corps corrompu & gt. Si nous persvrons jusqu la fin de

    cheminer en Ses voies & enseignements, & jusqu larche vraie de

    considration. Car qui obira la volont Divine, dcouverte & dmontre au

    livre de vie, son nom ne sera effac de ce livre de vie, car nous sommes tous

    appels. Encore que vritablement je dsirerais dire quelque chose de la gloire

    de ce monde, laquelle est vraie, toutefois est nulle, & du tout morte, compare

    la gloire cleste, encore quelle soie un trsor trs prcieux, car je la reconnais

    telle, sinon quelle est caduque & vaine, non pas perptuelle & immortelle

    comme la gloire cleste, Jsus Christ. Or heureux & vraiment heureux ceux,

    lesprit desquels Dieu illumine par les afflictions, & les conduit jusque l o il

    semble que les choses temporelles nont point defficace, car alors le dbat

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    spirituel, la lutte & les armes, paraissaient ceux qui en usent : Mais je suis

    daccord que cette force dpend du seul Verbe de Dieu, & est concde aux

    hommes larticle de la mort, mais non pas tous ; de l aussi prenant les

    choses au rebours quelles ne sont, & faisant peu de compte de la vie cleste,

    nous menons une vie du toute oiseuse & voluptueuse, estimant que nous

    navons qua combattre la nature, bien quil en aille autrement, do vient la

    svrit en toute la vie de lhomme, qui fait office de tyran. De l est vident

    que lesprit de lhomme est assujetti aux passions & tourment, aussi comme

    lesprit a le premier pch, il a consomm les pchs en second lieu par son

    corps. En la mme faon le chagrin perptuel & laffliction prcdent la mort, &

    la fait paratre lhomme plus horrible que toutes les choses, & principalement

    ceux qui ont men une vie sale, vilaine, & malhonnte, alors le remords de

    conscience traverse les mes des hommes de mille tentations. Plt Dieu que

    nous connussions vraiment la gloire dicelui au temps de la grce offerte, & que

    la puissions comprendre des yeux, & des oreilles, comme constitus au

    prcdent, & lavenir, par son verbe, dans le quel sont cachs les trsors

    clestes & ternels, & qui demeurent aprs la fin & dsolation de toutes choses,

    bien que toutes choses soient remplies de la Majest Divine, & que dicelle

    toutes les cratures & uvres de ses mains portent tmoignage au Ciel, sous le

    Ciel, en terre, & sous la terre. Car en toutes ces choses, il tait loisible de

    contempler Dieu souverain, & matre en la puissance de sa vertu, & en sa bont

    : Que si nous considrons cela avec diligence, nous trouverons quil nous

    convient contempler les grands trsors de la sagesse, afin que, outre la

    connaissance de son verbe, tremblant devant sa face, cause de limbcillit de

    notre esprit, nous puissions acqurir iceux trsors ( qu grand peine pouvions

    nous jamais esprer) quand nous considrons Dieu trs grand & trs bon, avoir

    cr toutes choses par ordre, bon, & dcent en notre considration. Car lhomme

    contemple vraiment Dieu en Esprit, & peut se rjouir en icelui quand il sait quil

    est en Esprit lImage de Dieu, & quil veut conduire les actions de sa vie selon la

    loi de Jsus Christ, premier Adam, & prcurseur des actions, lutilit du

    prochain. Or en la vie future & parfaite, nous aurons connaissance entire de la

    gloire divine, sans aucun travail & peine nous apprendrons ce que en cette vie

    nous sommes contraints de dvorer en cette vie l, lhonneur & la gloire du

    nom de Dieu sera parfait, & demeurera perptuit, car nous avons aperu sa

    misricorde renouveler tous les jours, & sa gloire ne pourrait tre assez chante

    par la voix des Anges, & ne pouvons nous autre hommes assez diligemment

    rechercher & louer les divins mystres, si le Saint Esprit ne nous assiste. Or les

    mchants qui ne regardent qu leur profit particulier, ont toujours devant les

    yeux laffliction perptuelle de ce feu ternel la faim & la soif les accompagne, la

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    vision des Diables, la froideur & chaleur intolrable qui mme affligent &

    tourmentent les Dmons, encore quils ne puissent sentir les passions

    lmentaires mais seulement sentiront les peines ternelles & spirituelles,

    desquelles choses nous ne pouvons rien dire de certain, sinon ce que nous

    avons puis dans les mystres du Verbe Divin. Aussi que nous devons

    considrer & examiner lternit, & la dure du temps, qui sera jamais, & prier

    Dieu tous les jours, & tous moments afin quil nous dlivre de lennemi, qui

    tache de nous opprimer par infinies tentations & maux, en toutes nos voies &

    sentiers comme aussi les autres cratures & les lments, les corps clestes & les

    esprits qui sefforcent de nous nuire, si Dieu en cette partie ne nous aidait. Or

    sur toutes choses est ncessaire la prire fervente, par laquelle nous

    demandions laide & secours du Saint Esprit, afin quaids de sa grce, nous

    entendions & apprenions sans relche la parole de Dieu, par laquelle parole

    nous avons confiance en Dieu, qui est la rgle & la pierre de touche de notre vie,

    quand lui mme dit ; faites cela, & vous vivrez. Et en autre lieu, qui a pch

    fasse pnitence, & ne pche plus ; car il ne se rjouit pas de la mort du pcheur,

    mais veut sa conversion, & quil vive. Mais pour ce qui touche la connaissance

    de notre chair, il semblerait de prime face quil ny aucune puissance cleste,

    la colre de laquelle, & ses peines, seraient craindre, quand nous ne pouvons

    voir de nos yeux, & entendre autre chose, sinon choses caduques, mortelles, &

    terrestres, & non pas la volont Divine. Mais les choses sont bien autrement, car

    nous avons Moise, & les Prophtes, & la voix qui crie au dsert, qui annoncent

    la parole de Dieu, & sa volont, & prparent la voie, de laquelle nous soyons

    estims dignes en ce grand jour de notre mort, & universel jugement, quand

    toutes les actions des hommes seront examins selon la rgle du livre de vie, &

    le tmoignage de lesprit, & la sentence sera donne contre toute chair vivante,

    car alors les Infidles verront celui, duquel ils ont perc le ct, quand ils ne

    lont voulu voir invisiblement en esprit, & parfois, sils nont mis les doigts aux

    plaies lui faites par les juifs, considrant plutt les choses qui conviennent la

    nature de ce monde, que celles qui sont attribues au Roi Cleste.

    ADOLPHE.

    Il me semblait certainement entendre la prdication de quelque pasteur, bien

    que je ne puis nier que ces choses spirituelles me sont charge, & quil nest pas

    permis ordonner les actions de ma vie selon cette rgle, mais par aventure &

    aucunes fois on se plait davoir appris & parfait ces choses. Cependant toutefois

    je mefforcerai faire toutes ces choses diligemment, & autant quil me sera

    possible, & que les forces de notre imbcillit humaine le permettront, &

    dautant que vous avez fait mention du trsor de ce monde jai grand dsir de

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    savoir de vous qui est ce trsor mondain, car il me semble lavoir il y a

    longtemps connu, & quil ny en ait autre que les biens & richesses de ce monde,

    que sil y en un autre contraire mon opinion je souhaite grandement en

    savoir de vous la description & entire connaissance.

    LE VIEILLARD.

    Savoir si jestim que tu dsire la connaissance entire de ce quand tout le

    monde brle de le savoir: Mais aies cela pour assur, que ce trsor est lessence

    spirituelle & pleine de vertu non seulement abondance en richesses mais aussi

    en science de mdecine : & certes d un tel breuvage mdicinal, par lequel les

    hommes sont dlivrs de maladies insupportables par la faveur & grce divine ;

    Auxquelles maladies mme un autre mdecin ne peut donner soulagement. Or

    ce mystre surpasse de beaucoup toute lexcellence de lor & de largent, &

    aiguillonne la raison humaine, & est plein de mystres qui semblent aux autres

    incroyables : de toutes ces choses vous pouvez lire la rvlation Hermtique de

    Thophraste, je ne vous veux pas dire maintenant quel il est, car ce mystre est

    un secret cach ds le commencement du monde, jusque ici, & est telle la

    volont de Dieu, & ne vous rvlerai plus amplement ce sceau de Nature, la

    faon des anciens Philosophes, & ses secrets sont assez apertement & au long

    dclars pur les auteurs, mais par providence divine il a t concd que ce

    mystre soit rvl aux pieux & dvots sectateurs de cet art, car ds le

    commencement il connat toutes les choses futures, & telle est la providence

    divine, aux pieds de laquelle les hommes doivent jeter les faisceaux dorgueil.

    ADOLPHE.

    Encore que vous vous soyez efforc jusquici de cacher ces choses par une

    couverture pure spirituelle, toutefois connaissez & entendez maintenant ce que

    vous voulez infrer de l, car ce mystre est la vrit & la pierre des Philosophes

    mentionne en leurs crits, compose de la premire matire : savoir est, de Sel,

    Soufre & Mercure. Tous les livres font mention de cette pierre Philosophique &

    tous les jours ont t mis en lumire plusieurs crits, & mmes ai connu

    quelques-uns qui adonns cet art, & men ont confr, & ont accoutum de

    montrer des esprits, lesquels moi-mme ai changs en quelques lieux. Et encore

    qu la vrit ils soient soigneusement & artificiellement travaills, toutefois

    sont corrompus, & malicieusement changs diceux. De l limprimeur & le

    vulgaire, ignorant, se sont tromps & le gain est pour ce seul raptaceur, do je

    reconnais un grand scandale. Outre ces choses nous ne voyons daucuns la fin

    & leffet de lart. Et les artistes sont semblables au rare & noir Cygne, qui ont

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    trouv son vrai usage, aussi qu plusieurs es coles les prceptes de lart sont

    tenus pour fables & sornettes, ce que jai entendu des plus doctes, qui disputant

    avec les artistes, les ont appels rappetasseurs, imposteurs, & impudents,

    cause du peu de certitude &de constance quils ont en leur art, & jamais je ne

    croirai que ces extracteurs de lart puissent produire de lor & de largent des

    autres mtaux infrieurs, ou bien je pense quils les font, ou par la vertu divine,

    ou par enchantements, ou par le mystre des dmons, principalement quand

    jai entendu que plusieurs taient souponns, non sans cause, avoir familiarit

    avec les dmons. Mais je dsire entendre de vous (home vnrable) plus

    soigneusement, cause que je vois que vous en avez la certitude, bien que vous

    refusiez de me rvler les mystres principaux de lart : Mais ordonnez de cet

    art, & donnez plus sain jugement de la transformation des secrets de nature,

    savoir si ce don est concd aux hommes de Dieu, trs bon, & trs grand car

    quand jy pense ; je suis grandement tonn quand principalement il me

    souvient avoir lu quelques choses sur ce sujet, & me semblait moins pouvoir

    entendre leur sens, & que les trompeurs de lart ont accoutum duser de

    manire de parler, cach & diffrant des autres, de l procdent les dpenses

    vaines de tant dannes, de frais & de labeurs immenses, quil nest loisible de

    crier que lesprance est du tout douteuse incertaine & trompeuse qui nourrit

    les enfants de lart, principalement quand le vrai effet de cet art nest vu en

    aucune part.

    LE VIEILLARD.

    Mais, ami, je vous montrerai la fin & je vrai effet de cet art, afin que vous

    sachiez la certitude dicelui, & que je la possde vraiment, mais que cela soit dit

    de la pierre, & vous persuadez que jai vraie connaissance de la racine de cet

    arbre, ensemble avec les choses ncessaires cette tude, laquelle racine

    toutefois est inconnue de tous les autres, & du vulgaire. Ne vous lassez pas

    quand vous verrez que je serai plus long que de coutume quand je disputerai

    de ces choses : car la raison de cet art le requiert, & les choses principales

    premires & excellences doivent procder en aprs les terrestres. Or je

    rpondrai ci aprs avec plus de longueur & avec questions que vous mavez

    proposes dmontrerai videmment avoir dit choses vraies.

    ADOLPHE.

    Je dsirerais devant toutes choses savoir la raison pour laquelle nous ne

    connaissons aucuns artistes qui aie acquis la perfection, & sache exactement la

    transmutation des mtaux, au contraire cet art est mpris des plus doctes, qui

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    toutefois bon droit en devraient avoir lentire connaissance, quand

    principalement il nest sans fruit & utilit, bien que je naie entendu, ni vu en

    aucun lieu, aucun qui ait acquis par ce moyen les richesses de Crsus. Et encore

    vu que vous vous attribuez la connaissance de cet art, vous tes pauvrement

    vtu en Hermite. Mais si javais la connaissance de la procdure de cet art

    excellent & porte richesse, jamasserais de grands trsors, & les richesses du

    monde, & achterais des tats & dignits si grandes, que les plus puissants Rois

    du monde sen pouvanteraient, & en auraient envie, car les artistes faux en

    promettent de mme aux autres toutefois je dsire entendre votre opinion de

    ces choses.

    LE VIEILLARD.

    Il Semble que votre opinion soit semblable celle du vulgaire de ce monde, &

    de tous les fols qui cherchent avec soin les trsors des richesses corruptibles, &

    les allchements des volupts, lintention des philosophes & leur avis est bien

    autre, car ceux ne sont dignes du nom de philosophes, qui courent aprs telles

    folies, mais ceux qui sadonnent soigneusement la connaissance entire des

    mystres divins, & emploient leur tude & labeur au servisse de Dieu, trs bon

    & trs-grand, chassant deux la vanterie, lambition, & le soin damasser des

    richesses terrestres, encore que ncessaires, & que Dieu nous les largisse

    misricordieusement pour cette vie, les tudes de ce secret sont bien autres,

    lintention est bien diffrente qui soccupe en la seule acquisition laborieuse de

    largent & richesses, & au superbe fat des dignits en haine desquels les

    Philosophes ont de coutume voiler ces mystres de lart, de peur dencourir la

    violence, & oppression de la famille de Nembrot. Et est mme raison pourquoi

    ces secrets sont cachs ces bateleurs, & joueurs de passe-passe, car il

    sensuivrait en la publication de ce mystre une grande confusion & trouble de

    chaque ordre de ce monde, vu que toutefois la distinction des ordres a t

    tablie de Dieu, & quelle soit trs ncessaire pour entretenir les hommes en

    paix & concorde : car Dieu trs bon & trs grand a tellement pars cette

    distinction dordres & degrs entre les humains, que les uns serviraient aux

    autres, & les conserverait en paix jusqu ce quils fussent conjoints les uns des

    autres, tout ainsi que le Philosophe Artiste spare lun de lautre, lme, le

    corps, & lesprit, & les conjoints semblablement. Or celle divine sparation de

    Dieu trs bon & trs grand, ne doit tre faite daucun, sil na le commandement

    du Verbe de Dieu, de rprimer les mchants, pource que seul il est lunique

    vrit & justice, & ce qui est tiers cela, ce nest que blasphme & abomination

    devant Dieu. Car de l le Magistrat qui tient la place de Dieu, a pris entire

    puissance divine, aussi sera la punition & vengeance de la loi contre celui qui

  • BASILE VALENTIN LAZOTH OU LE MOYEN DE FAIRE DE LOR 13

    13

    rpand le sang humain contre ce prcepte, car Dieu naccepte personne. Or cette

    sparation divine est avec diligence considrable, & en grande estime. Mais il

    semble que ces choses soient dites hors de propos, qui toutefois apportent

    grand profit & utilit au genre humain, & pour cette cause il ma sembl bon

    lajouter, & la vrit au livre dEzchiel le Prophte, il est fait mention de

    quatre vents, qui soufflrent les os morts, qui taient environns de chair par

    icelui, & l mme est parl de lesprit, qui a dtenu ces ossements, mmement

    de la dissipation & retour des vents. Nous voyons aussi en lagonie de la mort

    toutes les parties des hommes tre spares lun de lautre, car alors les quatre

    lments, lesprit, & lAme, lesquels sont manifests du nom desprit, sont

    dpartis, & se sparent lun de lautre : En leur lieu, leau & la terre lmentaire

    sont conjoints, & un autre air aussi & feu, sont paissis. Lesprit astral de la vie,

    lhomme interne & invisible, retourne au Ciel, & est lev sur les lments,

    lme va au sein dAbraham, suivant les promens de Dieu, & repose sur

    lautel, jusqu la consommation du monde, & que toutes choses soient ac-

    complies. Nous voyons aussi comme la terre nous fournit de viandes

    journalires dans lesquelles est cach cet esprit des Elments, comme la

    nourriture, & aussi cleste essence, en pareille raison nous avons aussi la

    nourriture de leau & du feu, par lequel nous conserverons le temprament du

    corps terrestre, lequel contient le feu & leau spirituelle, pour renforcer lesprit

    intrieur. Car comme la terre ces deux choses en soi, pareillement le Ciel, qui

    est dit quintessence, car il est bien plus noble que les lments, & est la viande

    de lesprit ; comme le Verbe de Dieu est la nourriture des mes, & est fait corps,

    afin de donner la batitude cleste au corps, lme, & lesprit, encore quil ne

    soit viande & nourriture corporelle, mais le lien & sceau de la promesse, & du

    livre de la vie, en tmoignage de la vrit, cause de notre foi petite, & de la

    connaissance faible de la divinit, tant Dieu aime grandement les choses

    naturelles & spirituelles, & veut que toute sa crature soit en lhomme, & en la

    conjonction de Jsus Christ, par lequel les pchs sont pardonns. Car comme le

    Verbe divin est le principe de toutes choses, pareillement aussi est le principe

    de limage de Dieu, car pour couter le Verbe de Dieu : de cette fleur du Saint

    Esprit commence la foi, de la semence de cette fleur nat un arbre des bonnes

    uvres, encore que les bonnes uvres, ne mritent le salut ternel, mais la foi

    au verbe de Dieu ce que nous disons impossible. Ensemble tre fol devant notre

    face, ce verbe est un amour magntique par lequel il nous attire lui avec les

    bons & ne peut tre spar de personne, ny a pareil amour Astral magntique,

    & la nature terrestre lesquelles choses on doit considrer avec la balance trs

    exactement, comme est grandement considrer en la connaissance de nature,

    ce que lhomme intrieur fait en la nature, lequel homme intrieur est invisible

  • BASILE VALENTIN LAZOTH OU LE MOYEN DE FAIRE DE LOR 14

    14

    & cleste, mais lme est super-naturelle & super-cleste, desquelles choses

    nous ne savons rien que ce qui nous a cit rvl de Dieu. Or la nature propos

    les esprits naturels, encore quils soient grands, & ont le soin dune

    considration secrte, & lhomme corporel ne peut entendre les choses spiri-

    tuelles si lesprit de vrit ne lui tait rvl par le Roi des esprits, & le Saint

    Esprit, par icelui tous les arts, la sapience & la science sont examins, cet esprit

    excite aux Chrtiens un feu super-clestiel damour, & un esprit magntique de

    sapience, & nous enflamme & nous lave de pure eau, & nous rend nets, afin que

    nous fassions pnitence pour nos pchs, & que ne mourions tous les jours en

    nos offenses, do vient le rcit frquent de leau & du feu, du sang & de lesprit

    de leau, qui est celui qui donne la vie, car notre pch est de couleur sanguine,

    & la rcompense du pch la mort noire, la croix & laffliction, mais des dvots

    & pieux la robe blanche & la couronne de gloire. Ces choses amplement dites

    suffisent maintenant : venons lexplication des questions de vous proposes,

    lesquelles je vous dirai par ordre, & montrerai la certitude de cet art par la

    chose mme, en telle sorte que vous nen pourrez douter. Or quand ce qui

    appartient lautre objet par lequel vous tenez que plusieurs doctes ont une

    connaissance fort petite de cet art, sachez que cest la volont de Dieu, & que

    cela est fait pour quelque considration & certain profit, car Dieu rprouve

    toute superbe & ambition & donne ce trsor aux humbles & pauvres & non pas

    aux grands & aux enfants de ce monde, lequel trsor lhomme doit mettre

    charge selon la loi du Seigneur pour son honneur & gloire, & pour soulager les

    pauvres, de peur que pleins doisivet ne dlaissions la charge de notre vie,

    mais que nous fassions les uvres de notre vocation suivant la volont, de

    Dieu. Que si ce trsor se donnait tous quelle confusion ( je vous prie) serait ce

    entre les mortels : Et ne vois pas par quelle raison se pourrait vrifier le dire de

    Sirac : Mon fils, si tu veux plaire & servir Dieu prpare-toi au jour de

    laffliction ? ce qui est die vritablement de la pauvret, diserte & imbcillit

    humaine, comme vous pourrez facilement conjecturer de vous-mme, & nest

    aussi baill aux hommes duser de ce trsor comme bon leur semble, car la

    nature de lhomme est malicieuse & dprave. Or ne rvlez ce secret

    personne, & ne le donnez lme superbe avaricieuse & ambitieuse, car cest

    lhonneur & la seule gloire de Dieu, mais fais ainsi, si la fortune te favorise,

    garde-toi de tenorgueillir, si elle tourne garde-toi de succomber, car Dieu est

    larbitre de lune & lautre fortune, & les modre comme il lui plat, & nest

    moindre vertu devant la science acquise, la rechercher avec soin que la tenir

    secrte quand on la sait, car si vous laviez rvle autrement quil nest permis,

    cet art trs grand part le nom & dignit dart. De l un certain Philosophe dit

    Cache cet uvre devant les yeux, de tous, comme la parole en ta langue, & le

  • BASILE VALENTIN LAZOTH OU LE MOYEN DE FAIRE DE LOR 15

    15

    feu en tes yeux, mme ne dispute en toi-mme de cet uvre, que le vent ne

    porte les paroles un autre, lesquelles tapporteraient de lincommodit. Je

    vous ai fidlement averti de ces choses, cest vous dy prendre garde, afin que

    vous ne soyez tourment de corps & dme. Or labus de ces dons trs

    excellents de Dieu, est trs grand, lesquels Dieu donne de sa propre grce &

    libralit, aussi est-ce une grande ignominie & lchet de ces dons

    Philosophiques soient ritres, & foulez aux pieds, & que les sciences soient

    gts mchamment des ignorants, pour laquelle ignominie aussi ils ne pourront

    voir cette lumire. Or le crime davarice & de luxure a tellement crevs curs

    des enfants de ce monde, que la Foi & la Justice nest pas garde leurs

    domestiques, & tous droits sont subvertis. Je vous en rciterai un exemple,

    lequel jai vu de mes yeux. Il demeure en certaine ville un homme trs riche &

    regorgeant de biens, pre de plusieurs enfants avares, chiche & ne se fait pas du

    bien soi-mme cause de lavarice, il amassait de grands trsors ses enfants,

    lesquels nourris par la mre en toute abondance de choses assurs des richesses

    de leur pre, passant le temps en oisivet, luxure & dbauche, & comme ils

    croissaient en ge, aussi leur mchancet & vie multipliait & comme le pre ft

    dcd, tous les jours dpensant prodigalement en festins & banquets leurs

    biens paternels, plongs dans les vices & mchancets, attendaient, insenss

    quils taient, laccroissement des richesses ( comme il avait t auparavant fait)

    mais en vain : sentant de jour en jour la diminution de leur bien & richesses

    rduits en grande pauvret, ne laissaient de commettre de grandes

    mchancets, exposs au dshonneur & lignominie, le reste de leur vie. Or

    toutes ces choses ont t la cause quils ont t mal instruits, bien que

    premirement ils eussent t enseigns en la connaissance des meurs & des

    sciences. Car en ce reluit la volont de Dieu, qui veut que les ordres & degrs

    des hommes soient distincts & spars, & que les uns servent les autres : Aussi

    tous les hommes en leur vocation & ordre sont serfs & mercenaires : Car notre

    Sauveur & Seigneur lui mme fait des uvres serviles, & a lav les pieds de

    ses disciples, mais lhonneur des uns est moindre ; des autres plus grand &

    nous sommes, comme il plat Dieu nous bnir. Do la rgle a t ordonne du

    pre de famille Dieu trs bon & trs grand, en la manire que tu serviras en ta

    vocation, de mme je te rcompenserai. Or Dieu en un jour distribue tellement

    les grands trsors des richesses, quils semblent surpasser de beaucoup les

    richesses des plus puissants Rois, & toutefois ses trsors ne diminuent point,

    mais au contraire, tant plus il aura donn, tant plus il abonde, & cest pourquoi

    Dieu doit tre aim devant toutes choses & sur toutes choses. Nous voyons

    arriver fort souvent des humaines richesses que celui qui amasse des biens par

    avarice, mourant laisse un successeur libral prodigue, suivant le dire des

  • BASILE VALENTIN LAZOTH OU LE MOYEN DE FAIRE DE LOR 16

    16

    doctes : Que les richesses ajoutent des cornes au pauvre, & prcipitent le plus

    souvent celui qui les possde en extrme malheur, & aux tourments ternels de

    lenfer. Car si quelquun a eu en abondance les biens & richesses de ce monde, a

    grand peine se soucie-t-il de la vraie sant, & ne pense la paix cleste, & ne

    studie par libralit daider les pauvres, au contraire met toute sa diligence &

    tout son soin pour faire amas de grandes richesses, & cependant oublie Dieu, &

    les uvres de pit. Or les jeunes hommes sont en grand danger en ces

    allchements du monde, encore que la prudence supple au dfaut quelquefois

    de lge, mais les pieux sont contraints de boire le calice des afflictions, les

    mchants tant rserv aux peines denfer. Mais ce qui est plus dplorer cest

    que chacun se moque & se rie de ces choses, & que tous les enfants de ce sicle

    ne travaillent qu laisser des richesses & des honneurs a leurs enfants sans

    conscience, qui leur raconte sans moquerie quil faut chercher devant toutes

    choses la sapience divine, sans laquelle rien ne peut subsister en ce monde, do

    vient que le ver de la conscience ronge les curs dos misrables de diverses

    tentations en lagonie de la mort ; car les hommes nont accoutum de chercher

    le salut de leur me en vraie & parfaite humilit.

    ADOLPHE.

    Il semble que les choses que vous venez de dire soient contraires entirement au

    but auquel vous prtendez, bien que je reconnatre que ce que vous avez dit soit

    en ma faveur : toutefois ajouts diligemment le reste, car jen attends la fin bien

    attentif. Cependant jai dsir de savoir, comment ce fait que cet art & les

    mystres des Philosophes ne sont rvls aussi aux autres, & quils ne les

    connaissent, vu que nous voyons tous les autres arts souvent tre sus du

    peuple, & quelquefois en y pensant exactement jentre en grand soupon savoir

    si cela est vrai.

    LE VIEILLARD.

    Vous avez entendu par-ci devant quil a t impos silence aux enfants de lart

    afin que cette science fut tenue cache cause de la puissance des tyrans de ce

    monde, & des mchancets des paillards superbes, des usuriers, des luxurieux

    & des autres sclrats. Car tous les Philosophes cachent la vraie connaissance de

    cette science avec grand artifice, dautant que aucuns ayant acquis la possession

    de cette divine science, en ont mal us, ont perdu son usage & perverti les

    commodits, aucuns ayant t vexez par une more fcheuse, & les autres tant

    prvenus de la mort. Or il est besoin que lauditeur & le possesseur de cet art

    soit humble, pieux, taciturne, & dbonnaire. Quand Dieu donc vous aura largi

  • BASILE VALENTIN LAZOTH OU LE MOYEN DE FAIRE DE LOR 17

    17

    la science & possession de cet art, gouvernez-vous en cette sorte, & ne lallez

    vendre a & l, mais plutt employs vous soigneusement & avec grande

    diligence la connaissance plus secrte des choses, & avec uvres de votre

    vocation, & fais du bien ton prochain & a ton ennemi, car la loi du

    Christianisme nous oblige cela : Il faut aussi rsister de toutes nos forces aux

    ennemis de la foi, & soigneusement sefforcer en cela, afin que les autres

    prpars louer Dieu , ils chantent avec nous sa misricorde, mais cause de

    lingratitude plusieurs choses sont caches, & lignorance engendre beaucoup

    de maux, la science au contraire augmente les biens, & est le rayon de la

    lumire. Il y eh plusieurs qui sefforcent & emploient la recherche de cet art,

    mais ils ne studient aux vertus ncessaires, principalement a le tenir secret. Ils

    tombent en une mme infortune que ce Phaton duquel parle Ovide, lequel ne

    su conduire le chariot de Phbus son pre, aussi convient avec grand soin

    garder ce trsor. Que si lhomme a considr seulement les paraboles et les

    mystres, quil pense tre abondamment satisfait, quand il voit en la nature le

    sceau et image de la divine bont tre imprime, car la nature parfait toutes

    choses diligemment, & certes plus parfaitement que lhomme mme, qui

    toutefois est la trs noble crature & plus proche de Dieu, raisonnable & aime

    de Dieu, do parat lexcellence de lhomme sur toutes autres cratures, & pour

    cette cause Dieu trs bon & trs grand lui a aussi propos les prceptes & la vie

    ternelle.

    ADOLPHE.

    Je confesse la vrit quil faut ici considrer de grandes choses, jattends

    toutefois brivement votre opinion des paraboles, principalement quand vous

    avez dit souvent quil les convenait bien plucher.

    LE VIEILLARD.

    Mais pour mieux dire il les convient considrer devant toutes autres choses, &

    pource jen ai fait mention telle que jai laiss presque les autres choses sans en

    parler, lesquelles sont infinies & non pas ncessaires. Car qui a eu connaissance

    de cette uvre, il connat par soi-mme quil ne faut donner occasion aux

    opinions errantes, car ces moqueurs sefforcent quelquefois vendre ces choses

    au simple peuple sous le sacr nom de la bible, lequel a de coutume les prendre

    grandes brasses, aussi est ce chose impie & un blasphme de parangonner

    autre uvre la divine puissance, car le verbe de Dieu est lchelle de Jacob : Et

    Jsus Christ est seul mdiateur & la rgle, par lequel toutes choses sont mises au

    livre de vie, en mme raison nous voyons en notre uvre naturelle, la vie & la

  • BASILE VALENTIN LAZOTH OU LE MOYEN DE FAIRE DE LOR 18

    18

    mort, la rsurrection & la cration de tout le monde, les nombres, la mesure & le

    poids, laccroissement, les forces & efficace des Etoiles & des Elments, en

    premier lieu du Soleil & de la Lune, car par le Soleil la vie descend selon ce quil

    plait a Dieu, & pour cette cause est compare au Soleil, & appele de son nom,

    car tout ainsi quil est en haut, ainsi il est en bas, par lequel les merveilles sont

    accomplies. Aussi le Soleil purpurin, rouge & dor, est mle & femelle, &

    serviteur de tout lunivers : contenant en soi les richesses universelles. Il est

    besoin noter deux choses en ceci, comme dune chose & de deux, car Dieu trs

    bon & trs grand, cre quelque chose de rien. Or cette chose tait une chose de

    laquelle toutes les choses tant clestes que terrestres sont produites, car Dieu

    dit, soit fait, & il tait. Quand donc toutes choses ont t cres par son verbe, &

    aprs icelui tait la nature universelle spare de la chose & bonne eu son

    essence tait aprs Dieu, & tait son bon plaisir, car il tait trs bon, mais il

    stait retir quelque chose soudain de lui, & navait dur jusquau temps du

    grand monde, & cause de ce, il tait requis une autre chose, car par une chose

    il ne pouvait durer, comme il avait t fait ds le commencement cause de la

    crature la plus dbile, laquelle Dieu dsirait ensemble, & disait croissez &

    multipliez, alors on multipliait tellement, que rien ne prissait la fin du sicle,

    car ctait la bndiction du Seigneur, laquelle par son verbe il dpartt

    lhomme, & toutes choses font paracheves jusque la fin par trs grande

    obissance, & sont conduites par le Saint Esprit, de mme en est-il Adam, & a

    Eue, au masse & la femelle. Il faut observer ici comment la cration se parfait

    par lun & par lautre, laugmentation, multiplication, & conservation, & par le

    troisime ladministration, comme par lesprit, ces choses doivent tre

    examines diligemment. Louange & honneur Dieu en Trinit. En outre Dieu

    commandait & descendait lhomme incontinent quant lessence, et lui

    assujettissait tout sans aucun dfaut, & lui donnait puissance de manger de tous

    les fruits du Paradis, except le seul arbre de science, du bien & du mal, le fruit

    duquel lui avait t dfendu, par aventure cause de la malice du Diable la

    volont duquel finalement il se soumit par la dsobissance, car il faut connatre

    seulement le bien, & fuir le mal, par lequel le chemin est donn lennemi, car

    Dieu est seul Seigneur qui conduit & administre toutes choses, & les cratures

    lui sont toutes sujettes : le commandement introduit le pch quand les

    hommes ne sen prenaient pas garde, par linstinct & savoir du Diable, & de sa

    propre volont : car le premier pch tait blasphme & lIdoltrie,

    obscurcissant par ignorance toute science, mais pour dire mieux, convertissant

    en science, en connaissance du mal, jusqu maintenant, & en tous vices,

    mchancets & arts du Diable, auxquels on renonce au Sacrement du Baptme,

    savoir en la rgnration & rnovation de notre vie, au nouveau Adam, comme

  • BASILE VALENTIN LAZOTH OU LE MOYEN DE FAIRE DE LOR 19

    19

    au bois de vie, qui a t t nos parents au Paradis terrestre de la vie terrestre,

    toutefois promis en la semence dune femme, Christ qui est larbre de vie &

    spirituelle & corporelle, par lequel non seulement lme reoit la vie, mais aussi

    le corps. Car tout ainsi quAdam chass du Paradis tait envoy au monde,

    jardin de tnbres & dafflictions, pour la mortification du sang & de la chair, de

    mme si nous entendons la manne, cest--dire le pain cleste, le verbe de Dieu,

    & que nous vivions selon ses commandements, & que nous croyons le verbe

    lequel a t fait chair, par icelui nous reprendrons la vie, & seront transports

    de la maison dignorance au Paradis cleste, & comme la mort emportait &

    ravissait Adam, ainsi elle nous contraint de demeurer bon gr mal gr par le

    seul verbe de Dieu, Jsus Christ, duquel toutes choses sont, car nous mourons

    au vieil Adam, & nous ressuscitons en Jsus Christ nouveau Adam, comme il

    nous a prcd cest pourquoi il est larbre de vie duquel nous devons manger

    bannis en cette maison dafflictions, & la vrit, comme au premier Adam a

    t dfendu le fruit du Paradis par un certain moyen, aussi pareillement

    estimons ny avoir autre rgle, commandement, ou voie, ni a droit ni a gauche

    outre le verbe de Dieu, compris au livre de vie, lequel ferm de sept sceaux

    Jsus Christ a ouvert. Mais si nous dsirons connatre choses plus grandes, &

    manger du fruit de larbre de science du bien & dis mal, lon dira que nous

    voulons servir deux matres, cest dire, Dieu & au Diable, prenant le

    mensonge pour la vrit, & rprouvant la vrit comme mensonge, aussi nous

    recevons rcompense digne de nos uvres, & a t fait que nos premiers

    parents ont t chasss de la prsence de Dieu vivants car Dieu nest pas

    semblable lhomme, mais les hommes one t faits son image, afin quils

    obissent ses commandements, & quils ny diminuent ni ajoutent : quand

    nous sont proposes la sapience & la science qui nous sont concdes en viande,

    du verbe Divin, duquel lhomme vt, & sont tires du livre de vie jardin

    spirituel. Car toute chose bonne est dicelui, & par icelui toutes choses sont

    faites, lesquelles il est permis comprendre des yeux & des mains, car la visible

    est fait de linvisible, de mme la foi prend son commencement de loue de la

    Foi, les bonnes uvres cest dire de linvisible le visible, & du verbe le

    Chrtien est engendr. Or les choses sont telles afin que lhomme de mme

    raison agisse & opre, non pas quil se forme des questions oiseuses & frivoles

    de la toute puissance divine, car cest le vouloir de Dieu, & la toute puissance

    qui a aussi baill lhomme semblable patron & exemple : mais Thomas

    incrdule ne pouvait parvenir cela quand il connaissait seulement la nature

    humaine & la Science, & le Ciel lmentaire infrieur, & en premier lieu les

    choses intrieures comme leau & la terre, qui toutefois sont rceptacles &

    prisons de la mort. Or cette Philosophie est rprouve de S. Paul, en laquelle il

  • BASILE VALENTIN LAZOTH OU LE MOYEN DE FAIRE DE LOR 20

    20

    ni a nulle perfection, car la seule Philosophie cleste est consomme par la foi,

    esprance & charit. En ce lieu il est noter, que comme toutes choses sont

    conserves par le verbe de Dieu, & que nous devons croire la parole qui est

    sortie de la bouche de Dieu, ainsi Jsus Christ a dfr cet honneur son Pre,

    que rien nest acquis sans foi, mais la plus grande partie des hommes ne croient

    les choses lesquelles ils ne voient, & ne considrent que Dieu le Pre, Dieu le

    Fils & Dieu le S. Esprit ne peut tre vu de nos yeux chargs de pchs, comme

    aussi les rayons de son visage qui surpasse de beaucoup en splendeur le Soleil :

    Les hommes nont pu voir cause de la nature pcheresse, quand il tait avec

    eux en forme visible ; & lorsquil tait en ce monde, encore que Jsus Christ

    nous assiste corporellement & soit la dextre de Dieu, cest--dire en la sacre

    sainte puret & Dit, comme il a accompli la volont de son Pre & est all aux

    enfers, & a mont aux Cieux en chair & en Esprit, & parachev tout en tout. Qui

    est dentre les hommes celui qui puisse trouver en cherchant la grandeur &

    sagesse de Dieu, nous savons que le Ciel est son sige, & la terre est lescabeau

    de ses pieds. Nous ne pouvons nous informer des choses clestes, ni connatre

    sinon celles qui ne sont donns du verbe Divin, & lesquelles S. Paul a vues, &

    na tenu compte de dire, mais nous a laiss le Verbe ce cleste pain comme un

    sceau dans lequel consiste le salut de nos mes, savoir la volont de Dieu, vrai

    arbre de vie, afin que nous buvions son sang & mangions sa chair, & que nous

    croyons fermement que toutes nos choses sont, si les paroles de linstitution

    sont dites. Ainsi la parfaite nature dmontre plusieurs merveilles en un seul

    miroer, de laquelle semble avoir parl assez quand les choses de lEcriture

    Sainte sont assez connues par icelle. Or celui qui fait la volont de Dieu vois

    toutes choses & les connat comme aussi certains dentre les Sages Paens &

    Ethniques ont connu.

    ADOLPHE.

    Vous avez t si long en vos paroles que jen ai oubli la plus grande partie,

    toutefois je dsire entendre cela de vous, savoir, si cet uvre de nature ne

    contient pas en soi un esprit qui soit cause de mutation, pource quil me semble

    que vous avez fait mention du second nombre qui est multiplication, il est

    requis pour cet effet un esprit vital.

    LE VIEILLARD.

    A la vrit lesprit vital minral est en cette uvre qui se parfait aprs quil est

    prpar, suivant la dignit par lArtiste : car Dieu par sa bont infinie a

    constitu lhomme, Seigneur de cet esprit, afin que dicelui il formt autre

  • BASILE VALENTIN LAZOTH OU LE MOYEN DE FAIRE DE LOR 21

    21

    chose, savoir un nouveau monde par la force du feu, selon lordre &

    commandement donn de Dieu. Et cause de ce lhomme ne parachvera rien

    du tout, & est requis que toutes ses choses se fassent en la crainte de Dieu, par

    un moyen honnte & une pure conscience. Que sil y en a dentre le vulgaire qui

    ne parvienne la fin de cet art, quil ne soit scandale, encore quil soit devant

    les yeux des hommes, que chacun la voit, & souvent est employ dautres fins,

    toutefois plusieurs ignorent son vrai usage, ne sachant pas que ce grand trsor

    est entour de ces tnbres, do souvent cest or trs pur environn dpaisse

    obscurit & de rouillure, est laiss dans la boue & vilenie, lesquelles choses sont

    ainsi faites par le droit ordre de Nature. Les Philosophes plus sages oyant

    seulement le nom de Mercure connaissent ce trsor & lont devant les yeux,

    bien quil soit invisible & spirituel, toutefois il est matriel, & est une vierge trs

    chaste qui na point connu dhomme. Substance fragile, do on la nomme lait

    virginal, le miel terrestre des montagnes, lait, urine des enfants, & semblables

    autres noms : & en toutes ces choses plusieurs Artistes lont recherche mais ils

    ne lont trouve, car elle est prpare de matire mtalliques & trs bonne.

    ADOLPHE.

    Lor nest-il pas cette matire cause de sa noblesse, & quil est le plus parfait

    mtal, il me semble que toutes vos paroles tendent l.

    LE VIEILLARD.

    Non la vrit, mais il est besoin que vous entend ici de moi auparavant autres

    choses, car vous vous arrtiez trop ardemment encore aux trsors de cet or

    terrestre, & navez pas assez conu ce que jai dit, & vritablement je vous

    mettrai par crit le dernier & principal mystre de cet art, & bien que en ce

    prsent discours il me semble y avoir quelques doutes, il nest pas utile

    toutefois de les expliquer plus clairement, & vritablement ce trsor nest pas

    cet Or mondain commun ni lArgent, Mercure, Soleil, Antimoine, Nitre, Soufre,

    ni autre chose semblable, mais cest lesprit de lOr & le Mercure, qui est

    nomm des Philosophes la premire & seconde matire propre & seul de la

    nature & de la proprit, Or trs pur Oriental nayant senti la force du feu, sur

    tous excellent, plus mou & ais fondre que lOr du vulgaire. Il est vrai

    mercure de lor & antimoine, attirant ses qualits des corps sil est liqufi. Sa

    prparation nest autre chose que le bien laver & le mettre en menues parties

    par leau & le feu, comme toutes les autres choses sont en la mme faon pr-

    pares : afin quils soient agrables Dieu & aux hommes. Il convient

    exactement connatre quest ce que sublimation, distillation, sparation,

  • BASILE VALENTIN LAZOTH OU LE MOYEN DE FAIRE DE LOR 22

    22

    digestion, purification, coagulation, & fixation, & rechercher diligemment cet

    uf de nature, dsir de plusieurs ds le commencement. De ceci il y a

    plusieurs crits, & entre autres du Comte de la Marche Trvisanne Bernard, &

    des autres, lesquels je te montrerai la fin, & ajouterai plusieurs paraboles.

    LE VIEILLARD.

    Quand je considre que lusage de cet art doit tre acquis par beaucoup de

    sueur, & que sa possession en est prilleuse, & quil convient faire la vocation

    o nous sommes appels de Dieu a le plaisir que tavais pris auparavant me

    rend plus humble quand je vois que jai t tromp de vaine esprance.

    ADOLPHE.

    Estimez-vous que je vous aie dit ces choses comme par manire dacquit, quil

    faut travailler grandement, & quil faut exercer les uvres de misricorde

    envers les pauvres, non pas envers tous les pauvres, mais ceux qui le sont

    vraiment, & avoir soin des orphelins, & des veuves, pour la gloire & lhonneur

    du nom de Dieu. Or lhonneur est du Dieu plutt qu nul autre, lors les

    consolations sont demandes du Verbe divin, car le Verbe de Dieu prcde

    grandement la nature, comme le serviteur suit le matre, & le pre excelle en

    dignit la-mre. Il faut donc faire en sorte, comme si de cela il ne nous en

    appartenait rien du tout, mais plutt travailler diligemment selon notre

    vocation pour lutilit du prochain, & le profit de la Rpublique, & dtruire les

    maux quapporte lignorance, car sans relche la raison & le corps doivent faire

    bien, car loisivet est loreiller de Satan, & est dfendue sous grave peine,

    dautant que de l proviennent toutes les normits, la luxure, lavarice,

    lhomicide, le mensonge, les impostures, & fraudes, imitant en cela leur nature

    mme. Or notre uvre jamais nest oisif, mais travaille & opre sans cesse jour

    & nuit, jusqu ce que le temps sixime de ses semaines soit complet, & que son

    Sabath approche, car alors il repose & honore son Seigneur, lhomme auquel il

    doit servir selon le commandement de Dieu, obissant ses lois. En la mme

    sorte les hommes doivent travailler, jusqu ce que nous entrions au Royaume

    ternel de Dieu. Voire mais toutes ces choses se font. Nature presque y

    contredisant, & nous fchons quand nous entendons quil faut travailler

    assidment pour le vivre, jusqu ce que nous retournions en terre, de laquelle

    nous sommes faits, cause que loisivet & le dsir de commander plaisent

    tous galement, qui est loccasion que nous sommes paresseux & ftards en nos

    oraisons & prires, bien que lon doive prier Dieu pour imptrer toutes choses :

    nous mprisons les uns comme pauvres, cause quils ont petit revenu,

  • BASILE VALENTIN LAZOTH OU LE MOYEN DE FAIRE DE LOR 23

    23

    cependant avaricieux, & que nous sommes obligs de bien faire nos ennemis,

    toutes les mchancets ont pris place en nous, comme sont la colre, lavarice, la

    haine, linimiti, la mutuelle dfiance, & cause dicelles le trs excellent bien

    nous est t, comme aussi celle science de mdecine qui est cache en ce bien,

    est inconnue des autres Mdecins plus doctes : Car ce trsor ne sapprend pas es

    coles des Mdecins, mais cach demeure devant leur yeux, en la mme faon

    que lesprit interne de la Sainte Ecriture tait scell aux Pharisiens, qui tait le

    vrai Messie, & la mdecine de lme, encore quil ft au milieu deux. Aussi il

    rendt grces Dieu son Pre de ce quil avait cach ce trsor aux sages de ce

    monde, & laurait dclar aux petits : De mme aussi est dit de notre mdecine

    naturelle, que la volont de Dieu doit prcder quand elle est demande par

    ardente prire, comme en toutes les autres choses mondaines, cette volont

    divine dispose toutes choses : & de l saperoit la vanit de ces mdicaments

    de simples & sirops, qui courent entre les mains de ces faiseurs donguent, avec

    la perte de la renomme & estimation des mdecins, au grand dommage des

    malades. Mais qui plus est, ces sirops sont bus par un trs certain

    endommagement, & mort diceux, & les dpenses faites par les malades sont

    converties pour entretenir la superbe & luxure, comme il ni pas longtemps

    quun panure homme se plaignait avoir t tromp diceux, & avoir employ

    presque tous ses biens, & perdu sa substance, si un homme de petite & basse

    fortune ne lui eut aid. Ainsi nous voyons que plusieurs ont seulement ce soin,

    quils veulent tre en recommandation la Postrit, comme Dieux, cependant

    ils ngligent da tout le soin & diligence daider leur prochain, dtudier les

    bons livres, par lesquels la connaissance universelle de cet art sacquiert. il est

    de besoin donc tous de se peiner, en ce qui peut sparer le bien du mal, cest-

    -dire, quils connaissent par modestie, patience, & humilit la vertu & les fruits

    du bon arbre, avec la racine triple, de mme aussi honorent les fruits de lme,

    la Foi, lEsprance, & la Charit, afin que nous sachions que cest que vrit &

    justice, tant de lme que du corps, cest--dire, du bien cleste & corporel, et

    afin que nous puissions facilement comprendre cette chose. La science

    Thologique & juridique nous est donne de Dieu pour ce quen icelles consiste

    la puret & saintet de nature, & la vertu luvre de la vocation, & la justice est

    singulire sapience, lumire, & philosophie, cause de laquelle Salomon

    surmontait de beaucoup tous les autres hommes. Et la vrit Dieu mme a

    ordonn un chacun les uvres de sa vocation, & a command un chacun de

    nous, de conduire ses actions prudemment, pieusement, & justement en sa

    vocation & devoir de la vie, selon la rgle du Verbe Divin, comme serviteur de

    Dieu, & qui rendra compte de toutes choses devant le Tribunal du juge de

    toutes les nations, & devant lequel tous les faits des hommes seront rvls. Or

  • BASILE VALENTIN LAZOTH OU LE MOYEN DE FAIRE DE LOR 24

    24

    tout bien vient de Dieu, ensemble dicelui descend le sage & le fol, le riche & le

    pauvre, le fort & le faible : & qui mprise le pauvre & imbcile, il mprise celui

    qui la cre, car tout bien est de Dieu, & tous les maux viennent du Diable,

    comme fontaine & origine de tout mal. Mais par un particulier conseil de Dieu,

    le mal en cette vie tyrannise & donne de la fcherie aux pieux & gens de bien :

    & bien que le Diable par sa propre malice sefforce de dresser le mal aux

    dtriment des hommes, toutefois tout mal sert de bien Dieu & aux dvots, car

    le Diable mme est contraint de servir malgr lui la gloire Divine. Et notre

    pch est seul loccasion pourquoi le mal est ml avec le bien en cette vie, nous

    nourrissant cependant la bont & misricorde divine, & mme fin les dix

    commandements nous sont baills de Dieu, afin que nous sparions le mal du

    bien, pour fuir la damnation Eternelle. Mais facilement peut-on voir qui est la

    face du monde, & le soin, & les larrons avares qui se disent Chrtiens, par le

    Sacrement de Baptme, imitent par les exactions immodres dusures la

    perfidie & pillerie des Juifs, quand ils pensent avoir fait la volont divine,

    lorsquils ont ravi les biens des Ethniques & trangers, ( par lequel nom ils ont

    accoutum dappeler les Chrtiens) & que le Sauveur du monde menace de

    peines Eternelles, ceux qui offensant leur prochain par usures & exactions,

    dpendant leurs biens en festins & banquets ; comme ceux qui faisant bonne

    chair, prennent par fraude les biens des orphelins & des veuves, & la vrit

    ces deux genres dhonneur , avaricieux, & luxurieux, doivent tre conjoints &

    mis en mme balance. Mais la vie de ces riches Patriarches, Abraham, Isaac,

    Jacob, Joseph, & Job, a t prcieuse, juste, & pleine de modestie, & dobissance

    envers Dieu, car ils prfraient lhonneur de Dieu toutes autres cratures, &

    cheminant en puret de vie, & en justice, ils priaient Dieu avec ardeur &

    efficace. Et tout ainsi que plusieurs en lancien Testament possdaient de

    grandes richesses, conjointes par le lien de constance. De mme la pauvret a

    accueilli plusieurs Adorateurs de Jsus Christ au nouveau Testament, toutefois

    il est requis semblable constance, crainte & amour envers Dieu. De toutes ces

    choses jestime que vous avez suffisamment entendu loccasion pourquoi ce

    mystre & secret a t cach dsormais devant les yeux de plusieurs, quand le

    Diable peut facilement dtourner de la voie droite, par les vaines volupts de ce

    monde, car il nous sduit en la connaissance de tout mal, & mchant, & sclrat,

    a sduit Adam notre premier parent, le plus sage de tous, mais pour dire

    mieux, par sa cautelle tous les Saints sont tombs en choses mauvaises, & pour

    nos pchs. Et pource lire de Dieu a t pandue sur nous, & toutes choses sont

    vendues aux mortels par grand labeur, soin & sollicitude : car cest le Calice de

    la Croix, dans lequel nous boirons du fruit de vigne avec notre Sauveur Jsus

    Christ, jusqu ce grand jour de Sabath, & repos Eternel du sicle avenir, ou

  • BASILE VALENTIN LAZOTH OU LE MOYEN DE FAIRE DE LOR 25

    25

    nous demeurerons sous un autre espce, & passerons celui qui pareillement

    nous avance & se hte de venir nous, laquelle flicit nous conduise Dieu

    trs bon & trs grand par notre Mdiateur & le Saint Esprit, auquel nous

    sommes conjoint par alliance de filiation, & auquel nous sommes tenus obir,

    en faisant les bonnes uvres, & foulant aux pieds les mauvaises, afin que nous

    lui offrions de nouveaux Juifs, un esprit contrit & rendant Dieu les vux que

    nous avons faits. En ces choses lEsprit de Dieu opre, par la Foi, Esprance, &

    Charit, tout ainsi comme le dsir brlant & la coutume parfait beaucoup de

    choses en nature qui semblent incroyables, & il y peu dhommes qui

    studient dacqurir patiemment la connaissance de Dieu, mais plutt suivent

    les biens mortels, terrestres, & caduques, adonns aux volupts, lambition, &

    la puissance mondaine. Cest pourquoi Jsus Christ spare son Royaume du

    monde, & rejette de soi le soin des choses mondaines , encore quil aie

    connaissance de toutes choses, & quil soit la mme fontaine & source. Ces

    choses toutefois mprises, il a annonc le Royaume de la sapience divine

    lequel il faut rechercher devant toutes choses, & moi-mme lordonne : mais je

    dsire savoir votre opinion l-dessus.

  • BASILE VALENTIN LAZOTH OU LE MOYEN DE FAIRE DE LOR 26

    26

    ADOLPHE.

    Certainement la vrit me contraint confesser que toutes ces choses sont ainsi

    disposes, & que mon avis saccordait de point en point avec lopinion des

    enfants de cette lumire : Mais dautans que jentends choses du tout contraire

    ma croyance, il la faudrait changer. Or je ne doute point, & me semble du tout

    indubitable, que ce mystre & secret ne peut tre rvl & communiqu a tous,

    principalement quand en tous les arts qui nous sont donns, tant de la nature,

    quenSeigns par un matre. Je considre que lon y doit tenir un mme chemin,

    car pour en acqurir la connaissance, la grce divine est requise, lindustrie, la

    diligence, & ardente tude conjoint avec grand labeur, comme ces choses sont

    dsires en toutes les autre s ncessits de la vie. Or en ce qui mappartient

    certainement parlant de cette vie voluptueuse jendurerais patiemment la

    compagnie de ces entre-metteurs, de ces bien-entendus, de ces gourmands, &

    de ces ddaigneurs (quand jay vu advenir quelques-uns un grand heur &

    flicit sans travail ) & emploierais lusage de ce trsor la puissance &

    ambition, & acqurir de grandes richesses.

    LE VIEILLARD.

    Et quoi vous ignorez que la puissance est donne aux Rois & Princes de ce

    monde, afin quils rpriment la malice des hommes, au lieu de Dieu trs bon &

    trs grand, & honorent la justice, la vrit, pit, & obissance, & les multiplient

    afin que toutes choses soient ordonnes en cette vie prudemment. Et tout ainsi

    que le juge politique a de coutume de punir les mchants par le glaive sculier :

    Ainsi les Pres spirituels & magistrats Ecclsiastiques gouvernent le peuple

    Chrtien par le glaive de lEsprit du Verbe de Dieu, & de ses commandements,

    & aprs avoir apport les plaies par la maldiction de la Loi, ils les oignent de

    lhuile de justice & gurissent, si ce nest que les transgresseurs rejettent la

    bont & cure des plaies, toutefois ces blessures de la conscience ne doivent tre

    guris par les Ecclsiastiques par le glaive temporel, comme nous voyons

    Aaron, Mose, & Josu, avoir eu les offices sparez jusqu ce quils entrassent

    en la terre de promission, & est aussi command aux sujets dobir, au juge &

    Magistrat ordonn de Dieu, de peur que enfls dorgueil, ils ne sattribuent

    eux mmes les Magistrats par devoirs, & ravissent les dignits par pression,

    fraudes, ou puissances, sils ne sont lgitimement appels, car qui slvera par

    dessus les autres, il sera humili, pour ce quil provient dambition & arrogance

    laquelle Dieu rsiste grandement : car la superbe est une Idoltrie excrable

    sur toutes choses, cause que Dieu est seul grand & puissant, & lequel institue

  • BASILE VALENTIN LAZOTH OU LE MOYEN DE FAIRE DE LOR 27

    27

    & gouverne selon si volont & bon plaisir tous les ordres & degrs de la

    puissance sculire, connaissant pleinement toutes choses dans la lumire &

    tnbres, crateur & auteur de tout ordre de Justice, & des cratures, empchant

    les arbres & les montagnes monter plus haut au Ciel, refrnant les sectes

    ravissantes, & rprimant la force & cruaut des Gants & tyrans : car ceux qui

    rsistent a Dieu & sont contraires ceux quil a choisis, au lieu de bien ils nont

    que du mal, bien que le Soleil commun leur claire, Dieu ravissant la force de

    leur puissance miraculeusement par un tourbillon de vents, de laquelle chose

    nous rendent tmoignage les exemples journaliers. Outre ces gens ils se

    trouvent certains qui mnent les grands esprits, ayant quelque science des arts

    mdiocres, mineurs & petites des Gentils, levant la puissance de Dieu trs bon

    & trs grand, & menant une vie Epicurienne. Il se faut bien donner de garde

    deux, principalement quils sont de nature encline mal, bien que nous

    ignorions comment le monde a t fait par le verbe de Dieu, & est procd

    lesprit de ce verbe, & que lImage de Dieu est cache ; ce que Mose voyait par

    derrire en la roche, & que en ce temps-l Jsus Christ ne pouvait tre vu des

    yeux corporels.

    ADOLPHE.

    Vous fates dtranges digressions, & bien loignes de ce que vous avez

    commenc, voulant claircir les questions spirituelles. Jai grand dsir

    dsormais dentendre la description de votre proposition, encore quil me

    semble en avoir entendu quelques choses de vous, lesquelles je ne prenais pas

    garde, quelles devaient tre diligemment balances.

    LE VIEILLARD.

    Lon doit chercher dun mme pas la connaissance des biens divins & humains,

    dautant que les biens & externes donnent entre la flicit temporelle une

    seule fois, & que la volont de Dieu est immuable, afin que jour & nuit nous

    mditions sa loi : car dicelle le salut de lme provient, & lhomme connat que

    toutes choses doivent tre demandes par prires de cette fontaine de biens,

    quil faut rejeter le soin des choses terriennes, & les biens qui nous sont donns,

    les convient garder en humilit & modestie, car aussi la puissance & astuce du

    Diable parait trs grande sur toutes choses, & personne ne pourrait viter sa

    force & sa ruse, si la misricorde de Dieu ne nous gardait. Que peut tre estime

    la flicit, le profit & lexcellence de lhomme, encore quil soit rempli de biens

    & de richesses, si les maladies de lme ne sont guries, & ne sont tes ? Ctait

    le plus grand bnfice que Dieu nous ait laiss quand Jsus Christ notre

  • BASILE VALENTIN LAZOTH OU LE MOYEN DE FAIRE DE LOR 28

    28

    Sauveur conjoignait toujours la rmission des pchs la gurison des

    maladies.

    ADOLPHE.

    Ces choses sont la vrit trs certaines ; mais plusieurs ne le considre

    comme il faut, ce qui marrive bien souvent, & principalement quand je souille

    mon me de cupidits & volupts mondaines. Mais puisque lusage &

    possession des richesses, comme aussi cet uvre ne rpugne la volont de la

    nature Divine, jai bonne esprance que jy pourrai profiter selon le

    commandement & volont de Dieu trs bon & trs grand. Toutefois outre ces

    choses laveuglement des Pharisiens me dtient quelque peu, qui ne voulaient

    croire sils ne voyaient les miracles & signes de Jsus Christ, encore que je ne

    doute point que la foi mest donn par la grce de Dieu, ncessaire au salut de

    lAme : mais pour confirmer ma foi des miracles divin, & la connaissance des

    paraboles de ce trs excellent trsor, jattend plus exacte explication de vos

    paroles.

    LE VIEILLARD.

    Jai racont toutes ces choses ainsi amplement, afin que vous entendiez que ce

    trsor ne sacquiert par art magique, comme quelques uns estiment pouvoir

    acqurir autres choses par ledit art, auquel il ne faut mettre sa confiance, ni

    aucunement ajouter foi. Mais afin que je vous dmontre loccasion vraie pour

    laquelle elle doit tre cache des enfants de la science, & quelle ne doit tre

    donn un seul : car toutes choses ne sont donnes un seul. Do est tire

    lexcellente parabole de notre Sauveur Jsus-Christ, dans S. Matthieu, sixime :

    Que personne ne peut servir deux matres. Et afin que nous voyons que Dieu

    sest dmontr apertement soi-mme es uvres de la Nature, afin que ses

    uvres admirables soient connues de tous & vritablement cela se fait par

    divers s moyens & par contraires fortes de tentations & afflictions, non pas en la

    fange des volupts, & comme nous voyons Zache avoir t reu de Dieu,

    lorsquil tombait dans le vice de lEsprit, encore quil ft petit & de basse

    stature, toutefois il a voulu loger chez lui, pource quil avait un amour

    magntique envers Zache qui tait aussi donn en coulant aux autres : Mais

    par une commune tache de nature humaine : nous nous enorgueillissons

    lesprit, & fermons la fontaine de la douceur, comme si ce don nous tait donn

    pour notre seule utilit, quand plutt nous devons faire de bonnes uvres, &

    exercer les uvres de misricorde envers les pauvres : mais les sectateurs de ce

    monde, ces farceurs & bouffons se moquent aisment de toutes ces choses : car

  • BASILE VALENTIN LAZOTH OU LE MOYEN DE FAIRE DE LOR 29

    29

    les richesses changent les hommes & leurs meurs, & les pervertissent afin quils

    fassent choses du tout contraires, & tent le mords de justice : les richesses ont

    t appeles de Jsus Christ, Mammon. Davantage les richesses donnent la

    sapience, & la Sagesse des pauvres est de peu destime quand la bourse sonne,

    & largent parle, & pour cette cause il est difficile quun riche entre au Royaume

    cleste, mais Dieu connat & nourrt les pauvres Sages, doux & humbles,

    rduisant labondance des richesses en pauvret (pource quils estiment navoir

    besoin de personne ) & montre aussi que la sagesse de ce monde nest que folie

    devant toutes choses : ainsi trs joyeux cherchons le Royaume de Dieu, & prions

    avec le Prophte David que Dieu nous donne nos ncessits selon sa volont &

    notre pauvret, afin que nous ne nous dtournions du vrai chemin cause que

    la voie de ce monde est grandement lubrique, & dangereuse. Aussi Salomon

    Roi demande la Sagesse de Dieu, afin quil puisse le rgir & gouverner le

    peuple de Dieu, ton honneur & louange, & toutefois recevoir de grands

    trsors de Dieu, comme Salomon lui-mme dit, que la Sagesse criant en la voie

    fourchue invite un chacun son amour & tude : car la gloire Divine est grande

    & excellente, se dmontrant a nous en tous lieux & partout, & nous y invitants,

    mais il y a peut de gens qui considrent ces choses avec attention en cette vie

    mortelle laquelle senvolant bien vite, semble plusieurs nanmoins se retirer

    ngligemment. Le mystre de Dieu donc est grand envers ceux qui le craignent,

    & la lumire claire en tnbres aux bons, par la misricorde & justice de Dieu.

    Psal, 112. Afin donc que nous nemployons ce trsor prcieux du temps, & nos

    forces de lesprit & du corps acqurir & amasser des richesses, & imitions les

    ambitieux & superbes, faisons toutes choses en la crainte de Dieu pour le profit

    & utilit des bons, bien que imprudents.

    ADOLPHE.

    Bien que je confesse ces choses tre vraies, toutefois jai un scrupule en lAme,

    quand jentends lavis des Philosophes tre, quil faut demander tout par

    prires, ce trsor de Dieu, & le requrir.

    LE VIEILLARD.

    Il y a long temps que vous mavez ou dire quil faut chercher devant toutes

    choses le Royaume de Dieu, que Dieu nous ajoutera & donnera souhait toutes

    choses, & que lhomme ne peut pas vivre de seul pain, mais de tout verbe

    procdant de la bouche de Dieu. Or en la mme raison que le Diable a tent

    notre Sauveur, de mme jusqu aujourdhui il a de coutume nous tenter,

    principalement au temps que nous avons besoin de quelque chose : car o la foi

  • BASILE VALENTIN LAZOTH OU LE MOYEN DE FAIRE DE LOR 30

    30

    & la parole de Dieu ne nous assiste, nous dsesprons en nos afflictions, &

    sommes du tout abattus, & pour vrai dire, quand la fortune nous rit, le mme

    nous arrive : car nous suivons le Diable mme & louvreur de tout mal, & lui

    demandons aide ; icelui nous promet les choses qui ne sont pas en sa puissance,

    & nous prcipice aux tnbres dignorance : prfrant donc le pain cleste la

    manne terrestre de tant que nous pourrons : Ce que disent les Philosophes, quil

    faut prier Dieu, en la recherche de ce trsor, cest une chose vraie & bien dite car

    Dieu seul nous le donne, pourvu que nous lui dsignions les moments du

    temps & le moyen, & que ne prsumions pouvoir rsister sa volont : car il est

    seul la vrit, la Sagesse & la justice, rendant un chacun selon son mrite par

    le Saint Esprit, comme aussi il a t parts parmi les Aptres. Aussi pour cette

    cause il nous est command de demander tous les jours en loraison.

    Dominicale, notre pain quotidien, car nous ignorons les choses que nous

    devons demander Dieu, & souvent nous demandons les choses qui tourneront

    a notre dommage, bien quelles nous soient concdes pour nous tenter. Laide

    & secours seul du S. Esprit, la sant heureuse et les commodits de la Paix

    doivent tre demandes de Dieu : car dicelui descend toute science & sagesse,

    tant naturelle que spirituelle. Et Jsus-Christ dsirait ardemment le salut des

    hommes, & de la je dis que son Royaume ntait point de ce monde, & quil tait

    venu au monde afin de sauver les hommes : & les retirer des tnbres

    dignorance & des richesses terriennes, jusque finalement en avoir conduit

    aucuns au Royaume cleste, as pour cette fin il nous a baill par tradition cette

    oraison que nous appelions Dominicale, & nous a enseign comme nous devons

    dresser nos prires Dieu son Pre, duquel nous sommes enfants par adoption,

    quand ci-devant nous cheminions devant lui sous les crmonies de la Loi en

    crainte & peur servile. Outre ces choses jestime que vous savez que les choses

    naturelles sont sorties des surnaturelles, & que le Royaume de Dieu est Eternel,

    duquel procde le Royaume temporel. Nest il pas vraisemblable que le Ciel &

    le firmament a t en premier lieu prpar, & aprs llment, & le dernier de

    tous la terre ; aprs icelle a t fait lhomme, nouvelle crature & petit monde.

    Car Dieu commence premirement en lhomme pour tre en terre, comme

    centre du cercle, comme aussi il avait pris commencement du grand centre, &

    aprs la vie lme fut mise au corps de lhomme, la vie & me ternelle &

    immortelle : car cela est superclestiel & comme Ciel divin Astral & comme

    esprit essentiel de toutes cratures vivantes naturelles, ont t auparavant, &

    puis aprs le corps lmentaire comme en corps seul, centre de la terre, touch

    au doigt de Jsus Christ quand il la nomm sel de terre ; car le sel conserve

    toutes choses de pourriture, comme lon connat de lOcan, Mer naturelle du

    monde, quelle contagion sortirait de telle puanteur, si Dieu ne prservait par ce

  • BASILE VALENTIN LAZOTH OU LE MOYEN DE FAIRE DE LOR 31

    31

    sel cest Ocan, & aussi sil ny avait mouvement. Davantage on confre les

    pasteurs & ministres de la parole de Dieu au sel qui conserve de putrfaction

    les membres qui leur ont t commis par la prdication du verbe Divin, & le

    Saint Esprit, en cette mre du monde. Aussi notre premier pre Adam avait

    entire connaissance de toutes cratures, & nous successeurs dicelui,

    possdons grand peine quelques particularits, & reconnaissons mme que

    cette notre connaissance est imparfaite ; Aussi aux derniers temps plusieurs

    seront, congrgs en plusieurs, au lieu dun seul Adam, & dit-on que tous les

    arts devant le dernier jugement seront rvls apertement. Jamais il ne fut

    donn tant de science & de connaissance quil en a t concd Adam notre

    premier Pre, & Jsus Christ nouveau Adam, laquelle science il a laisse son

    Eglise, jusqu ce que nous entrions en la vie ternelle en laquelle toutes choses

    nous seront connues & rvles, & sera donn un chacun sa due rcompense :

    car en ce monde nous sommes tourments par diverses tentations fcheriez &

    ennuis, cause du pch par lequel le genre humain reoit de grandes

    incommodits par lennemi Satan, car ayant perdu la similitude de Dieu, nous

    faisons toujours le contraire de sa volont. Outre ces choses vous considrerez

    aussi ce que disait notre Sauveur quand il commande de chercher les trsors qui

    ne sont sujets la pourriture, ni la pillerie des larrons & voleurs, mais des

    trsors spirituels, dfendant les consciences des hommes quand ils sont

    extrmement tents, quand aussi lesprit & le corps cherchent en vain le secours

    humain, la crainte & peur ts ; car en ce moment de temps larmure cleste est

    grandement requise, & alors la force qui est des vertus Cardinales de ces

    mondains, desquelles nous nous appuyons au temps de la grce florissante,

    savoir est de la beaut, sagesse, richesse & puissance. La force semble toutefois

    caduque & fragile, compare la gloire divine, laquelle convient rechercher en

    Jsus-Christ seul & sa parole. Que si donc en ce temps de notre prgrination

    veillant & priant, nous faisons paratre notre Foi, Charit , Esprance, Modestie,

    Humilit & Patience, comme lEpouse de Jsus-Christ, afin que nous soyons

    conformes notre Ep