aider les parents

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www.strategie.gouv.fr Centre d’analyse stratégique Aider les parents à être parents RAPPORTS & DOCUMENTS Septembre 2012 Questions sociales Rapport coordonné par Marie-Pierre Hamel et Sylvain Lemoine

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    Centredanalysestratgique

    Aider les parents tre parents

    RAPPORTS & DOCUMENTSSeptembre 2012

    Questions sociales

    Rapport coordonn par Marie-Pierre Hamel et Sylvain Lemoine

  • Aider les parents tre parents Le soutien la parentalit,

    une perspective internationale

    Rapport coordonn par

    Marie-Pierre Hamel et Sylvain Lemoine,

    Centre danalyse stratgique

    En collaboration avec

    Claude Martin, CNRS

    Septembre 2012

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    Avant-propos

    Lensemble des pays dvelopps fait preuve aujourdhui dun apptit croissant pour les services de soutien la parentalit, dans un contexte de transformation des structures familiales et dintrt port la logique de linvestissement social . Dans cette perspective, ce rapport du Centre danalyse stratgique se fixe une triple ambition. La premire est dclairer les dbats franais sur cette question par une approche rsolument internationale. En fonction des contextes nationaux, les rponses apportes divergent : des pays ont tendance cibler certains publics, dautres dveloppent des politiques gnralistes destines lensemble des parents. En partenariat avec des experts franais et trangers, nous avons souhait relever les tendances communes aussi bien que les singularits nationales. Notre deuxime ambition est de nourrir la rflexion par des exemples concrets. Une cinquantaine de pratiques sont ainsi clairement dcrites dans ce rapport et rpertories en annexe. Il sagit de mettre en vidence les dispositifs les plus prometteurs mais galement ceux qui ont le plus suscit notre curiosit. Ce projet a donc en partie t conu comme une bote outils et ides pour les acteurs de ces politiques publiques. Notre troisime ambition est de porter un message : les pouvoirs publics ont intrt dvelopper les services de soutien la parentalit en complment des services visant concilier vie personnelle et vie professionnelle, et en complment des prestations montaires familiales. Il sagit non seulement de rpondre une demande mais galement de promouvoir le bien-tre des parents et le bien-devenir des enfants. Pour ce faire, il convient de banaliser le recours ce type de services en vitant tout risque de stigmatisation ou de prescription, et en rpondant de manire concrte aux nouveaux besoins exprims ou ressentis par les parents.

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    Sommaire

    Bonnes pratiques ____________________________________________________7

    Tendances et enseignements__________________________________________9

    Premire Partie : Les stratgies nationales

    de soutien la parentalit

    Chapitre 1 Gnalogie et contours dune politique publique mergente Claude Martin _______________________________________________25

    Chapitre 2 Tendances et typologies des politiques et services de soutien la parentalit en Europe Janet Boddy ________________________________________________51

    Chapitre 3 Le rle de lUnion europenne Mary Daly __________________________________________________71

    Chapitre 4 Les programmes daccompagnement des parents en Angleterre Jane Lewis _________________________________________________77

    Chapitre 5 Le rle de ltat en France Florence Lianos (DGCS) avec la collaboration de Vronique Delaunay-Guivarch (CNAF) ______________________85

    Deuxime Partie : Objectifs, publics et caractristiques

    des programmes de soutien la parentalit

    Chapitre 6 Lvaluation des programmes Marie-Pierre Hamel _________________________________________101

    Chapitre 7 Les objectifs des programmes : agir sur le comportement des enfants, des parents et sur la relation enfant-parent Marie-Pierre Hamel _________________________________________111

    Chapitre 8 Des programmes cibls ou universels Marie-Pierre Hamel _________________________________________127

    Chapitre 9 Le recours la sanction et lincitation financire Sylvain Lemoine ____________________________________________147

    Postface Les programmes performants de parentalit

    Julien Damon ______________________________________________167 Annexe Rpertoire des actions de soutien la parentalit identifies

    linternational _____________________________________________173

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    Bonnes pratiques

    1 Diversifier les objectifs, les services et les modalits dintervention pour rpondre lhtrognit des besoins et des attentes des parents. Les interventions peuvent se faire dans un cadre collectif ou individuel, dans des lieux ddis ou au domicile des parents (Parent Under Pressure Australie), dans la dure ou de faon ponctuelle. Les actions de formation et de soutien peuvent prendre la forme de cours plus ou moins magistraux ou bien sappuyer sur des activits de loisirs (My Time Australie). Elles peuvent utiliser des supports lectroniques comme des sites Internet (Encyclopdie sur le dveloppement des jeunes enfants Canada) ou des vidos (Video-feedback to Promote Positive Parenting Pays-Bas), etc.

    2 Articuler une offre gnraliste avec une autre destine rpondre aux besoins spcifiques de certains publics, de faon couvrir toute la population. Par exemple, des programmes pour les parents dadolescents (Surviving Teenagers tats-Unis), pour les pres (Centre for Fathering Singapour, Soires de gars Canada), pour les parents de diffrentes origines culturelles (Helping Youth Succeed in Southeast Asian Families tats-Unis), pour les parents qui se sparent, pour les familles monoparentales (Gingerbread Royaume-Uni), etc.

    3 Dvelopper lvaluation des actions de soutien la parentalit pour mettre en vidence leur impact sur les trajectoires scolaires, professionnelles et personnelles.

    4 Banaliser le recours ces services et mlanger les publics grce une politique de communication ambitieuse et coordonne. Aller au-devant des parents pour mieux les informer sur les services de soutien disponibles : systmatiser lenvoi dinformations certains moments cls de la vie ; dvelopper les guichets uniques, quil sagisse de sites Internet ou de centres dinformation (Teen Parents Support Programme Irlande) ; proposer des informations dtailles sur le contenu des programmes, la mthode, les outils, le droulement des sances, etc.

    5 Dvelopper les programmes anims par les parents pour les parents, laide dune formation et dun accompagnent spcifiques (Home Instruction for Parent of Preschool Youngsters Isral).

    6 Faciliter laccs aux services de soutien en les dveloppant dans les lieux dj frquents par les parents (services daccueil de la petite enfance, tablissements scolaires, services de sant, voire lieu de travail). Par exemple, proposer des programmes sur le lieu de travail (Talking Parents, Healthy Teen tats-Unis), ou accessibles partir des coles (Adolescent Transitions Program tats-Unis, Parent Academy Programs tats-Unis), et regroupant en un mme lieu plusieurs services comme des services de garde et de soutien la parentalit (Toronto First Duty Canada, Childrens Centres Royaume-Uni).

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    Tendances et enseignements

    1 Une politique publique au primtre lastique Les contours des politiques de soutien la parentalit ne sont pas toujours clairement dfinis et peuvent varier selon les pays. Nanmoins, les politiques et programmes analyss dans ce rapport obissent trois principes communs, qui permettent den identifier la spcificit par rapport lensemble des programmes de soutien aux parents.

    Premier principe, les programmes doivent sadresser avant tout aux parents. Des interventions diriges vers les enfants, mme si elles peuvent chercher favoriser un bon dveloppement, nentrent donc pas dans ce cadre. On pense aux programmes de soutien scolaire, aux aides pour surmonter des addictions ou des troubles du comportement chez les adolescents, laide psychologique, etc. Par exemple, un programme de soutien scolaire nest pas considr ici comme du soutien la parentalit, alors quun programme conseillant les parents dans laccompagnement ducatif de leurs enfants entre dans ce champ. Deuxime principe, les actions de soutien la parentalit visent explicitement amliorer le bien-tre de lenfant ou des parents. De nombreux services peuvent avoir une influence positive sur lenfant sans relever ncessairement du soutien la parentalit. titre dexemple, si le conseil conjugal est gnralement exclu du champ du soutien la parentalit car il est centr avant toute chose sur le couple, la mdiation familiale entre dans le champ de ltude, puisquil sagit daider les couples rsoudre leurs conflits pour favoriser le bien-tre de lenfant et garantir la meilleure coparentalit possible lorsque le couple se spare. Dernier principe, les programmes de soutien identifis cherchent agir sur les comptences parentales. Si la mise en place de crches, le dveloppement de politiques de conciliation entre vie personnelle et vie professionnelle, la cration de congs parentaux ou de prestations familiales offrent un soutien vident aux parents, ils nentrent pas directement dans le cadre des actions de soutien la parentalit au sens du prsent rapport1, puisque lobjectif recherch nest pas de promouvoir les comptences parentales ou la relation parent-enfant. On peut en ce sens distinguer le soutien la parentalit de lensemble des services de soutien aux parents.

    (1) Lensemble de ces sujets fait par ailleurs lobjet de travaux du Centre danalyse stratgique. Voir par exemple, parmi les publications rcentes : Quel avenir pour laccueil des jeunes enfants ? , La Note danalyse, n 257, janvier 2012 ; Quelles politiques daccompagnement des parents pour le bien-tre des enfants ? Une perspectives internationale , La Note de veille, n 85, dcembre 2007.

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    2 Une proccupation croissante dans lensemble des pays de lOCDE

    2.1. Un dveloppement de services au carrefour des transformations familiales et des volutions contemporaines des modles sociaux

    Dans lensemble des pays de lOCDE, on assiste au dveloppement de services de soutien la parentalit. Ces derniers se situent au point de rencontre entre une demande accrue des familles et un volontarisme des pouvoirs publics. Dune part, les parents ressentent et expriment un besoin de soutien concernant lducation de leurs enfants. Cela tient dabord lvolution des structures familiales : nombreuses sont les sparations, les familles recomposes et les familles monoparentales. Cela tient ensuite lvolution du statut de lenfant dans les socits contemporaines qui questionne les pratiques de tous les parents. Pour schmatiser, les parents qui levaient leurs enfants selon un modle familial prtabli ont laiss place des parents soucieux dassurer lpanouissement denfants quil sagit daider trouver leur voie. Dans les familles, lautorit se teinte de ngociation et les certitudes laissent place aux questions. Dautre part, les pouvoirs publics semparent de la question avec un fort volontarisme depuis une vingtaine dannes. Il existe plusieurs raisons cela. Une premire est de promouvoir lgalit des chances et la lutte contre la pauvret, tant il apparat que les carences ducatives sont dterminantes dans les trajectoires des futurs adultes. Une deuxime explication rside dans lmergence, principalement dans les pays anglo-saxons, de la notion de responsabilisation des parents. Selon cette dernire, les carences ducatives des parents constituent une explication dterminante des incivilits des mineurs. Il sagit donc dinciter, voire de contraindre, les parents entrer dans des programmes de soutien, non sans controverse. Une troisime raison de lintrt des pouvoirs publics se trouve lattention croissante quils portent la logique dinvestissement social. Cette dernire contribue transformer progressivement les diffrentes initiatives de soutien aux parents en vritables politiques publiques. Partageant le constat selon lequel les modles sociaux se proccupent davantage de rparer les consquences des risques sociaux plutt que de les prvenir, plusieurs acteurs ont sensibilis les dcideurs publics investir dans lenfance et la jeunesse. Le soutien la parentalit fait lobjet dune attention croissante des pouvoirs publics, en complment des politiques de soutien financier aux familles, des politiques ducatives ou daccueil des jeunes enfants. partir des familles vulnrables ou considres comme problmes , on assiste un largissement du public concern. Cest prcisment cette volution qui permet destomper ou de dpasser les critiques dordre thique qui ont pu tre formules lencontre dun interventionnisme public dans la sphre familiale, accus de prescrire plus que de soutenir. Sil est par nature difficile disoler limpact des programmes de soutien la parentalit de lensemble des dispositifs de soutien aux parents, un certain nombre de

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    recherches mettent en vidence leurs effets positifs, ce qui fournit vraisemblablement une quatrime raison de leur popularit croissante. Ces travaux mesurent limpact de dispositifs de soutien sur le bien-tre des parents, la relation parents-enfants et les enfants ainsi que sur leur acquisition de comptences. Les prestations montaires apportent indniablement un soutien aux familles. Mais elles ne constituent quune partie de la rponse1 aux besoins des parents pour favoriser le dveloppement de leur enfant, en complment des services ducatifs. La question se pose donc de savoir dans quelle mesure ces volutions structurent les transformations en cours des politiques sociales et familiales. Certains identifient un changement structurel, alors que dautres observent simplement un ajustement des politiques publiques aux nouveaux besoins sociaux.

    2.2. clairage sur le cas franais La France nchappe pas cette attention croissante accorde au soutien la parentalit. Il existe de nombreuses initiatives portes par le secteur associatif, les collectivits locales ou la branche famille de la scurit sociale. Les dispositifs qui entrent rglementairement dans ce champ visent :

    accrotre la confiance des parents dans leurs comptences parentales, au travers des Rseaux dcoute, dappui et daccompagnement des parents (REAAP) ;

    apaiser les conflits intrafamiliaux (mdiation familiale et espaces de rencontre) ;

    accompagner les enfants et leur famille dans le parcours scolaire (Contrat local daccompagnement la scolarit - CLAS) ;

    informer les parents sur les dispositifs (Points Info Familles - PIF) ;

    informer les couples, notamment autour des questions de sexualit et de vie familiale (conseil conjugal et familial).

    Les REAAP ont vocation cordonner les services qui sadressent lensemble des parents, sur la base du volontariat. Les parents se rencontrent dans diffrents lieux (centres sociaux, coles, crches, ludothques, salles municipales, etc.) et autour dactivits (groupes de parole, confrences-dbats, activits parents-enfants etc.), avec ou sans lappui de professionnels du secteur (mdiateurs familiaux, travailleurs sociaux). Il sagit de renforcer, par le dialogue et lchange, leur capacit exercer pleinement leur responsabilit parentale. La Cour des comptes a consacr une partie de son rapport annuel 2009 lvaluation des dispositifs de soutien la parentalit2. Les principales critiques quelle a formules portent sur lempilement de dispositifs disperss gographiquement et mal articuls entre eux ; sur le dfaut de rflexion relatif laccs des parents linformation ; sur le manque dvaluation des dispositifs ; sur la question du pilotage ; et sur le caractre pars de financements par ailleurs mal connus et souvent incertains. Ces financements proviennent en effet de sources trs diverses qui les rendent difficiles consolider. En 2010, les actions daccompagnement la parentalit comptaient pour environ 120 millions deuros, dont environ 50 % financs par la (1) Mayer S. E. (1998), What Money Cant Buy. Family Income and Childrens Life Chances, Harvard: Harvard University Press. (2) Cour des Comptes (2009), Rapport public annuel 2009, Paris, La Documentation franaise.

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    CNAF (le reste par ltat et les collectivits territoriales). Ces soutiens sont en majorit offerts gratuitement aux parents. Les dpenses publiques consacres aux dispositifs de soutien la parentalit sont difficilement comparables dun pays lautre, le primtre de ce champ daction ntant pas stabilis. Laccompagnement scolaire ou la mdiation familiale peuvent tre inclus ou non dans ce primtre. Les comparaisons nationales sont dautant plus imprcises que les financements privs peuvent tre importants. ltranger, les fonds publics ne sont en effet pas la seule source de financement de ces dispositifs. Des programmes peuvent tre financs par des fonds privs, notamment sous la forme dinitiatives philanthropiques. Aux tats-Unis, le programme Harlem Childrens Zone (voir infra) est par exemple financ par une combinaison de fonds publics (14 %) et privs (79 % entreprises, fondations, particuliers)1. Dautres programmes sont entirement la charge des parents. Prcisons enfin que des programmes standardiss sont souvent vendus des organisations publiques (coles, centres de protection de lenfance, services sociaux, etc.) qui les mettent ensuite en uvre. Au-del de certaines spcificits nationales, tous les pays observs font face deux questions identiques. La premire est didentifier loffre de services pouvant le mieux rpondre aux besoins de tous les parents. La seconde est de permettre laccs effectif ces services.

    3 tablir une offre diversifie garante dune rponse aux besoins de tous les parents

    3.1. Proposer des services aux objectifs et modalits dintervention varis Les programmes de soutien la parentalit poursuivent trois objectifs. Premier objectif, agir sur le comportement, le bien-tre et les connaissances des enfants. Sont ici pris en compte les problmes comportementaux, les troubles daddiction ou le renforcement de comptences scolaires. Les services poursuivant cet objectif visent par exemple soutenir les parents dans laccompagnement de leurs enfants, en amliorant leurs connaissances scolaires, en leur donnant des conseils pratiques, en dveloppant les liens entre lcole et les parents ou en les incitant surveiller lassiduit en cours de leurs enfants. Aux tats-Unis, les Parent Academy Programs visent ce que les parents jouent un rle plus actif dans la scolarit de leurs enfants en leur proposant, dans les locaux mmes de lcole de leurs enfants, des cours sur le fonctionnement du systme scolaire, sur la faon daider leurs enfants faire leurs devoirs, etc.2 Au Canada, un guide intitul What Parents Can Do to Help their Children Succeed in School a t publi par le Conseil des directeurs dtablissements scolaires de lOntario3.

    (1) Harlem Childrens Zone (2011). Helping 11,403 kids - One at a Time, HCZ 2011 Biennial Report. New York: HCZ. (2) Action no 6. (3) Action no 7.

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    Deuxime objectif, agir sur le comportement, le bien-tre et les connaissances des parents. Il sagit de renseigner les parents sur le comportement des enfants, de leur donner des conseils pratiques, de leur permettre dexprimer les difficults rencontres, etc. Le programme australien Positive Parenting Program (PPP), adopt dans de nombreux pays, cherche par exemple amliorer les comptences, les connaissances et la confiance des parents en leurs capacits afin de favoriser le bon dveloppement des enfants1. Autre exemple, des Canadiens ont cr une Encyclopdie sur le dveloppement des jeunes enfants disponible en ligne2. Troisime objectif, amliorer la communication et les interactions positives entre les parents et les enfants. En Finlande, le gouvernement a par exemple lanc un plan national en 16 propositions dactions pour rduire lutilisation de chtiments corporels (Dont Hit the Children). Au Qubec, des Soires de gars, o les pres et leurs fils sont invits des soires lecture conues pour eux, sont organises dans une cole afin de renforcer leurs liens3. En fonction de lobjectif poursuivi, la forme prise par ces actions est trs variable :

    informations : par Internet, par tlphone, missions de radio, de tlvision, appli-cations pour tlphone portable, vidos, CD-Rom, manuels, cahiers dexercices, etc. ;

    soutien en groupe / rencontres individuelles ;

    interventions ponctuelles / interventions planifies dans la dure ;

    soutien offert domicile / soutien offert dans un lieu public ;

    programmes assurs par des professionnels / par des parents-formateurs ;

    programmes standardiss / programmes locaux / activits de loisirs parents-enfants axes sur le soutien.

    Certains services proposs aux parents peuvent aussi prendre la forme dactivits de loisirs comme des cours de thtre, de cuisine, des sjours de vacances, etc. Ces activits, plus ludiques et parfois moins intimidantes que des programmes de soutien formels , peuvent fournir loccasion, par la prsence de professionnels, de dispenser des conseils aux parents. Elles peuvent galement servir orienter des parents vers des services de soutien la parentalit plus spcifiques. Cette diversit des services et modalits dintervention est dterminante, puisque les besoins, les prfrences et les attentes des parents varient.

    BONNE PRATIQUE 1

    Diversifier les services et les modalits dintervention pour rpondre lhtrognit des besoins et des attentes des parents.

    On constate enfin une forte htrognit dans le profil et le niveau de qualification des professionnels. Au Royaume-Uni, le travail avec les enfants et les familles est souvent dlgu des personnes qui ont peu de qualifications. Ailleurs en Europe, les professionnels en charge sont majoritairement titulaires de diplmes de niveau bac ou

    (1) Action no 12. (2) Action no 17. (3) Action no 24.

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    ont suivi une formation professionnalisante de trois annes en pdagogie ou dans des disciplines similaires. Premire tendance : une varit de professionnels travaillent souvent ensemble, soit dans le cadre de missions interinstitutionnelles, soit au sein dquipes pluri-disciplinaires (psychologues, travailleurs sociaux, avocats, mdiateurs, personnel mdical, etc.). Une seconde tendance, observe notamment en France et en Isral, est de proposer un soutien par les parents eux-mmes. Ces derniers peuvent partager leurs expriences, ou tre plus spcifiquement forms pour mettre en uvre certains programmes standardiss. Aux tats-Unis, les programmes de Positive Discipline qui visent apprendre aux parents discipliner leurs enfants avec empathie sont par exemple mis en uvre par des parents-formateurs1.

    3.2. Proposer des programmes de soutien adapts tous les parents Pour couvrir toute la population, des services gnralistes ou universels ayant vocation bnficier tous les parents peuvent tre associs des services sadressant des catgories particulires de parents, confronts ou non difficults importantes, ce qui pose la question de la cohrence densemble de ces dispositifs. Les critres utiliss pour cibler les publics sont principalement de trois ordres. Premirement, des critres socioconomiques permettent didentifier les familles les plus vulnrables conomiquement, ce qui ne signifie pas que tous ces parents rencontrent des difficults assumer leur fonction parentale. Prcisons que des initiatives peuvent tre ouvertes tous, mais quelles peuvent cibler des lieux lorsquelles sont mises en uvre dans des quartiers prioritaires. Les programmes amricains Head Start et le HighScope Perry Preschool Curriculum comptent parmi les initiatives les plus clbres conues pour favoriser la russite denfants issus de milieux dfavoriss2. Deuximement, sont mobiliss des critres lis au comportement des enfants (absentisme, incivilits). Les parents font lobjet de dispositifs daccompagnement et de suivi particulirement soutenus qui peuvent, dans leur acception la plus extrme, devenir obligatoires ou prendre la forme de sanctions financires ou judiciaires. Il ressort des valuations que les effets de ces dispositifs ne tiennent pas tant aux incitations ou aux sanctions qu la qualit de laccompagnement mis en uvre. Troisimement, des critres permettent didentifier des familles en fonction des configurations familiales ou culturelles, de caractristiques des parents ou des enfants. On peut citer titre dexemples : a) La prise en compte de la culture dorigine des parents. Il sagit doffrir un soutien en plusieurs langues, mais aussi de vritablement adapter les programmes la culture de certaines populations. Aux tats-Unis, le programme Helping Youth Succeed in Southeast Asian Families cherche prvenir les conflits entre les parents et les adolescents originaires de ces pays en tenant compte des traditions ducatives de ces populations3. En Sude, le Solstralen Family Center propose aux parents dorigine (1) Action no 14. (2) Actions no 4 et n 1. (3) Action no 33.

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    trangre divers services dont des conseils pour dvelopper lattachement parents-enfants, de faon faciliter leur intgration dans la socit1. Dautres initiatives, comme le programme amricain Positive Parenting Through Divorce cherchent aider les parents qui divorcent faire les meilleurs choix pour leurs enfants2. b) Le soutien aux parents dadolescents. Alors que le soutien la parentalit est le plus souvent associ des initiatives pour la petite enfance, il ne faut pas oublier que ladolescence est une priode qui fait natre de nombreuses questions chez les parents. Sans attendre lapparition de conflits importants ou de troubles graves du comportement, et dans une vise prventive, des parents peuvent tre la recherche de conseils sur la meilleure faon dinteragir avec les enfants, dinformations sur cette priode, etc. Il est alors important doffrir des services de soutien cohrents destination des parents dadolescents. Le programme Parenting Wisely (American Teen), par exemple, propose un CD-Rom ou un cours en ligne pour aider les parents rduire les problmes comportementaux de leurs adolescents3. c) Le soutien aux pres. Les pres veulent dornavant assumer davantage leur fonction parentale. Ils cherchent sinvestir et vivre pleinement leur paternit. Laugmentation des sparations et des divorces accrot galement leur demande de conseils. Singapour, le Centre for Fathering propose par exemple des ateliers de formations de une deux heures sur le dveloppement et lducation des enfants4. Au Qubec, il existe dans la rgion de Lanaudire un Comit rgional pour la promotion de la paternit qui organise entre autres des activits pour renforcer les liens entre les pres et leurs enfants5. d) Le soutien aux familles monoparentales. Il sagit non seulement daider les parents seuls faire face aux ventuelles difficults financires et organisationnelles, mais aussi de rpondre leurs questionnements relatifs lducation des enfants. Au Royaume-Uni, lassociation Gingerbread fournit par exemple un soutien et des conseils aux familles monoparentales.

    BONNE PRATIQUE 2

    Articuler une offre gnraliste avec une autre destine rpondre aux besoins spcifiques de certains publics de faon couvrir toute la population (parents dadolescents, pres, parents de diffrentes origines culturelles, parents qui se sparent, familles monoparentales, etc.).

    3.3. Proposer des services dont lefficacit est value Il est par nature difficile disoler la plus-value dun programme de soutien la parentalit, les familles tant destinataires de multiples services qui interagissent. Pour autant, de nombreux experts tentent den valuer les effets. Une premire catgorie dtudes pointe tout dabord les insuffisances des prestations montaires visant assurer un meilleur avenir aux enfants des familles en difficult. Le soutien la parentalit, au mme titre que les services de soutien aux

    (1) Action no 34. (2) Action no 28. (3) Action no 35. (4) Action no 31. (5) Action no 32.

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    parents tels les services de garde et dducation de qualit, est alors peru comme un complment essentiel aux prestations montaires1. Ces rsultats plaident de manire plus globale pour un dveloppement de politiques gnralistes de soutien la parentalit, dpassant le cadre originel des publics jugs les plus vulnrables. Une seconde catgories de travaux, raliss principalement aux tats-Unis et fonds sur des valuations exprimentales longitudinales (evidence-based), a permis dvaluer leffet de certains programmes sur les enfants, mais aussi de quantifier les bnfices en termes de trajectoires scolaires, professionnelles et personnelles, ainsi que la rduction des cots sanitaires et sociaux quils induisent. Lvaluation du HighScope Perry Preschool a par exemple suivi, sur plus de quarante ans, des cohortes denfants ayant pris part au programme, en les comparant des groupes de contrle2. Une troisime catgorie dvaluations a plutt port sur latteinte, souvent court terme, des objectifs que se fixent les programmes de soutien pour les parents et leurs enfants. Des pays comme les tats-Unis, les Pays-Bas ou le Royaume-Uni ont dvelopp des programmes de soutien la parentalit qui ont fait lobjet dvaluations scientifiques concluantes. Le programme nerlandais Video-feedback to Promote Positive Parenting (VIPP), valu de nombreuses reprises avec des groupes contrle, a par exemple pour objectif de donner confiance aux parents dans leur capacit tre de bons parents 3. Ceux-ci sont alors amens rflchir certaines interactions avec leurs enfants ces interactions ayant t filmes. Autre exemple, le programme dorigine isralienne Home Instruction for Parents of Preschool Youngsters (HIPPY) est aussi evidence-based et mis en uvre dans de nombreux pays4. Il vise, laide de fiches dactivits que les parents proposent leurs enfants et de conseils individualiss, favoriser la russite scolaire de ces derniers.

    BONNE PRATIQUE 3

    Dvelopper lvaluation des actions de soutien la parentalit pour mettre en vidence leur impact sur les trajectoires scolaires, professionnelles et personnelles.

    4 Garantir laccs effectif de tous les parents aux services de soutien

    Les pays ayant dvelopp les initiatives les plus prometteuses sont ceux qui ont accord une attention particulire laccs effectif des parents loffre labore. Le manque dinformation sur les services, la crainte dtre stigmatis, le manque de temps ou lloignement gographique sont autant de causes de non-recours aux services de soutien.

    (1) Mayers S. E. (1997), What Money Cant Buy, Family Income and Children Life Chances, Harvard: Harvard University Press. (2) McCain N., Mustard J. F. et McCuaig K. (2011), Le point sur la petite enfance 3. Prendre des dcisions, agir, Toronto: Margaret & Wallace McCain Family Foundation. (3) Action no 3. (4) Action no 2.

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    4.1. Mieux informer sur les services disponibles Le manque dinformation est lune des premires difficults pour accder aux services de soutien. Diverses solutions permettent cependant aux pouvoirs publics de mieux les faire connatre. La premire est daller au-devant des parents certains moments cls de leur vie. Il sagit de les informer sur les programmes des moments o ils sont susceptibles davoir besoin dun soutien la parentalit. Cette prise de contact peut se faire lors de la dclaration de grossesse, loccasion de la naissance dun enfant, lorsque les parents dclarent se sparer ou divorcer, loccasion dun dmnagement, si un des enfants ou un des parents est malade ou dcde, lorsque des parents consultent pour des problmes daddiction, lors de lentre la crche, la maternelle, lcole primaire, mais aussi au collge et au lyce. Une deuxime solution est de regrouper les renseignements disponibles. La cration de sites Internet qui rpertorient toutes les actions de soutien la parentalit disponibles sur un territoire est un moyen simple et efficace (pour les parents maniant loutil informatique). Un Rpertoire des programmes dducation parentale disponible en ligne existe par exemple au Canada. La mise en place de guichets uniques dinformation constitue aussi une piste. En Irlande, des centres locaux (Teen Parents Support Programme) permettent aux adolescents qui ont ou attendent un enfant de se renseigner sur tous les services de soutien, y compris la parentalit, dont ils peuvent bnficier dans leur rgion1. Prcisons que le fait de situer ces guichets dans des lieux que les parents sont amens frquenter, comme les coles ou les services de garde, peut faciliter laccs linformation. Une troisime solution est de bien renseigner les parents sur les objectifs et le contenu des actions. Le fait dobtenir une information trs dtaille sur le contenu des programmes, sur leur droulement (anonyme ou non, en groupe ou non, avec prise de parole en public ou non, etc.), permet aux parents de choisir loffre la mieux adapte. Bien renseigner les parents sur les objectifs et le contenu des actions proposes doit de plus permettre de lever un autre frein la participation souvent identifi, celui de la crainte de programmes trop prescriptifs. Des parents peuvent craindre de sentendre dire comment faire alors quils recherchent plutt une coute, des discussions entre parents, des informations sur le dveloppement de lenfant, des conseils pratiques, etc.

    BONNE PRATIQUE 4

    Banaliser le recours ces services et mlanger les publics grce une politique de communication ambitieuse et coordonne.

    Aller au-devant des parents pour mieux les informer sur les services de soutien disponibles : systmatiser lenvoi dinformations certains moments cls de la vie ; dvelopper les guichets uniques (sites Internet ou centres

    dinformation) ; proposer des informations dtailles sur le contenu des programmes,

    la mthode, les outils, le droulement des sances, etc. (1) Action no 37.

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    4.2. Prendre en compte les contraintes matrielles des parents Des parents ont par ailleurs des difficults daccs en raison de facteurs matriels comme le manque de temps ou lloignement gographique de loffre. Des parents accdent parfois difficilement aux services proposs en raison de facteurs temporels ou gographiques. Contre cet cueil, une premire possibilit est de dvelopper les initiatives de soutien la parentalit en entreprise. Des programmes disponibles sur les lieux de travail peuvent en effet faciliter laccs pour des parents aux horaires chargs, etc. Lide de proposer des actions de soutien la parentalit sur les lieux de travail pose cependant la question de la confidentialit des services proposs. Des publics peuvent en effet avoir des craintes pour le respect de leur vie prive sils sont amens parler de leur propre situation en participant un programme. Si ce programme prend place sur leur lieu de travail ou dans lcole de leur enfant, cette crainte peut tre exacerbe. Il sagit donc de veiller bien informer les parents sur la confidentialit des changes. Ces programmes en entreprise prsentent un double avantage, puisquils sont matriellement plus faciles daccs et quils contribuent banaliser le recours aux services de soutien. Ils peuvent mme contribuer leur donner une image positive. Ils prsentent cependant linconvnient de mler vie prive et vie publique et doivent donc tre proposs un ensemble de salaris suffisamment important pour lever les rticences. Aux tats-Unis, le programme Talking Parent, Healthy Teens est par exemple destin aux parents dadolescents travaillant dans diverses entreprises californiennes. Des interventions ont lieu une fois par semaine, raison de huit semaines, sur le lieu de travail des parents pour les aider mieux communiquer avec leurs adolescents1. Lvolution des modes de vie pose la question des horaires pendant lesquels les parents peuvent bnficier de ces services. Si ces derniers sont offerts pendant les heures de travail, ils ne profitent pas un large public. En consquence, selon les publics viss, en plus denvisager un soutien sur les lieux de travail, une deuxime solution est de veiller mettre en uvre des programmes de soutien en soire ou en fin de semaine. Une troisime solution pour rpondre aux contraintes matrielles, et pour lutter plus prcisment contre lloignement gographique, est de mettre en uvre des actions de soutien disponibles en ligne, la tlvision, la radio, un conseil par tlphone ou encore une aide au domicile des parents. Dans la rgion de Boston aux tats-Unis, le programme tlvis Parenting in Action, diffus alternativement en anglais et en espagnol, offre diffrents conseils aux parents2. Le programme australien Parents Under Pressure sadresse pour sa part aux familles qui rencontrent diverses difficults qui peuvent influer sur leur rle de parents. On pense des parents qui ont des problmes de dpendance aux drogues, qui ont des troubles mentaux tels que la dpression, ou qui souffrent de difficults matrielles ou de conflits familiaux. Lobjectif est daider ces parents dvelopper des relations positives et stables avec leurs enfants3. Une quatrime solution pour faciliter laccs en levant certaines contraintes matrielles est de regrouper des services en direction des parents dans un seul lieu

    (1) Action no 40. (2) Action no 13. (3) Action no 19.

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    ou dintgrer les programmes de soutien dautres services universels (voir infra). Un parent peut de cette faon demander des conseils en allant chercher son enfant la crche ou lcole, ce qui a lavantage de limiter ses dplacements.

    4.3. Prvenir les risques de stigmatisation Le risque de stigmatisation a depuis longtemps t identifi pour expliquer le non-recours ces services. Les parents peuvent ressentir un sentiment de honte percevoir certaines prestations dassistance et, inversement, une forme de fiert ne pas y faire appel. En suivant un programme de soutien la parentalit, des parents peuvent par exemple craindre dtre considrs comme de mauvais parents . Ce risque sest accru au dbut des annes 2000 avec le dveloppement de programmes de soutien rendus obligatoires dans le cadre de politiques publiques de responsabilisation des parents afin de prvenir les incivilits de certains mineurs. Pour prvenir ce risque, une premire solution peut tre de proposer une offre dlivre par des parents-formateurs. La rencontre avec des parents qui ont vcu les mmes situations peut limiter le sentiment dtre diffrent . Il convient cependant de veiller la qualit des interventions proposes en sassurant que ces parents sont bien forms et quils bnficient dune supervision adquate.

    BONNE PRATIQUE 5

    Dvelopper les programmes anims par les parents pour les parents, laide dune formation et dun accompagnement spcifiques.

    Une deuxime manire de lutter contre la stigmatisation est de dtailler le contenu des actions de soutien proposes. Donner des informations prcises sur les services disponibles est un moyen dattnuer certaines craintes concernant notamment la prise de parole en public ou le caractre prescriptif du programme. Il apparat en outre essentiel de formaliser lanonymat (ou non) et la confidentialit des changes. Une troisime solution consiste proposer des actions de soutien individualises, le cas chant au domicile. En spcifiant que ces actions ne relvent pas de la protection de lenfance, on peut faciliter la participation de certains parents qui redoutent le regard des autres.

    4.4. Mieux articuler services cibls et services universels De faon plus gnrale, laccessibilit des programmes est dtermine par la manire dont sont articuls les services vocation universelle et ceux destins prendre en compte les besoins propres certains publics. Une premire bonne pratique consiste proposer les offres de soutien lintrieur mme dun service dj existant vocation universelle. Il peut simplement sagir douvrir un bureau pour les parents dans des services de garde ou dans des tablissements scolaires, de la maternelle au lyce, o les parents peuvent aller se renseigner et demander conseil. Ces bureaux peuvent tre grs par des services extrieurs, ou par des personnels internes spcialement forms cet effet.

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    Aux tats-Unis, lAdolescent Transitions Program cherche aider les parents grer les difficults quils peuvent rencontrer dans leurs relations avec leurs adolescents. Laccs au soutien se fait partir de Family Resources Centres accessibles tous les parents le plus souvent dans les coles1. De manire plus ambitieuse, des pays comme le Danemark ont entre autres opt pour un soutien gnralis qui est totalement intgr aux services dducation, de garde ou de sant2. Les parents peuvent alors demander conseil aux personnels mmes de ces services, ou encore des personnels qui leur sont troitement associs.

    BONNE PRATIQUE 6

    Faciliter laccs aux services de soutien en les dveloppant dans les lieux dj frquents par les parents (services daccueil de la petite enfance, tablissements scolaires, services de sant, voire lieu de travail).

    Une deuxime bonne pratique consiste regrouper plusieurs services, offres dans une structure du type centres de la famille ou de lenfance , o les parents peuvent avoir accs des services plus ou moins intgrs comme des services de garde, daccueil priscolaire, de sant, de soutien la parentalit, de loisirs, de soutien scolaire, etc. Lavantage de regrouper des services de soutien avec dautres services est videmment de donner au soutien la parentalit une plus grande visibilit tout en simplifiant la vie des parents. En Finlande, tous les parents ont accs dans leur municipalit un bureau (les Child Guidance and Family Counselling Centers) o des conseillers sont disponibles pour rpondre leurs questions sur lducation de leurs enfants, o leurs enfants peuvent aussi tre examins par des psychologues, des mdecins, et o des services de mdiation familiale sont offerts3. En Sude, les Familjecentraler sont des centres de la famille implants dans certaines municipalits. Destins entre autres faciliter lintgration de populations dorigine trangre, ils combinent diffrents services tels le conseil aux parents sur lducation et le dveloppement des enfants, des services de garde, des activits culturelles, des cours de langue, etc.4 Aux Pays-Bas, les Centrum voor Jeugd en Gezin (Centres de la jeunesse et de la famille) sont plutt chargs de coordonner des services destins aux parents, dont les services de soutien la parentalit. Situs dans des structures existantes comme des centres de soins pour enfants, ils offrent des conseils ducatifs et des informations sur les services, tels que les services de garde, disponibles sur un territoire5. Cette intgration peut tre plus ou moins forte. Il peut sagir simplement de regrouper des services dans un mme lieu, ou de fusionner les budgets, la gestion et les personnels. Au Canada, dans la ville de Toronto, les parents ont accs des centres (Toronto First Duty) o plusieurs services leur sont offerts de faon intgre (garde, ducation, soutien la parentalit). Les personnels sont en ce sens regroups sous une seule description de poste, les budgets de ces services sont communs, tout

    (1) Action no 45. (2) Action no 42. (3) Action no 43. (4) Action no 44. (5) Action no 47.

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    comme leur gestion, ce qui permet des conomies budgtaires pour des services traditionnellement cloisonns1. Une troisime bonne pratique, qui sarticule gnralement avec les deux premires, consiste adosser les services ciblant certains publics aux services gnralistes. Ce type daccs en cascade est une solution pertinente pour lutter contre la stigmatisation et amliorer la connaissance des services. Les Childrens Centers au Royaume-Uni offrent par exemple un soutien tous les parents mais peuvent aussi les orienter vers des services plus spcialiss.

    * * *

    Plusieurs pays dveloppent des services de soutien la parentalit en complment des prestations montaires et dautres types de services de soutien offerts aux familles. Il sagit de rpondre une demande croissante, mais galement de promouvoir le bien-tre des parents et le bien-devenir des enfants. Au vu des exemples trangers, le succs de ces politiques rside dans leur capacit rpondre aux besoins de tous les parents et dans les stratgies mises en uvre pour favoriser leur accs. L'enjeu est de ne pas donner l'impression de prescrire un soutien des pres et des mres qui se sentiraient jugs dfaillants mais bien de rpondre trs concrtement aux nouveaux besoins exprims ou ressentis par les parents.

    (1) Action no 48.

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    Premire Partie

    Les stratgies nationales de soutien la parentalit

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    Chapitre 1

    Gnalogie et contours dune politique publique mergente

    Claude Martin Sociologue, directeur de recherche CNRS,

    directeur du Centre de recherche sur laction politique en Europe1

    Depuis une vingtaine dannes se dveloppent dans de nombreux pays que ce soit en Europe, aux tats-Unis ou en Australie des dispositifs qualifis d accompa-gnement des parents , de soutien la parentalit , de parenting support ou parenting programs. On assiste galement linstitutionnalisation de ce domaine daction publique mergent au travers de textes fondateurs ou de dispositifs institutionnels. Au plan europen, le Conseil de lEurope a ainsi publi et diffus en 2007 une srie de prescriptions et danalyses concernant la parentalit positive ou positive parenting, selon la langue adopte2. La France sest pour sa part dote depuis novembre 2010 dun Comit national de soutien la parentalit, un organe de gouvernance rattach au Premier ministre qui a pour objectif de contribuer la conception, la mise en uvre et au suivi de la politique et des mesures de soutien la parentalit dfinies par ltat et les organismes de la branche famille des organismes de la scurit sociale , comme lindique le site dinformation sur cette instance3. Le dveloppement de cette thmatique au plan international nest pas le fait du hasard mais la preuve, sil en tait besoin, que sesquissent dans de nombreux pays dvelopps des politiques publiques qui pourraient avoir certaines spcificits au regard du primtre, des instruments et des objectifs habituels des politiques familiales. Assiste-t-on pour autant un changement de paradigme dans les politiques publiques de la famille et de lenfance (au sens dun changement dobjectif), un policy shift, comme disent les Anglo-saxons4, ou bien sagit-il dun simple renouvellement des instruments daction ? moins quil ne sagisse que de

    (1) UMR 6051(CNRS-Universit Rennes 1-Science Po Rennes-EHESP). (2) Conseil de lEurope (2006), La parentalit positive dans lEurope contemporaine, Confrence des ministres europens chargs des affaires familiales, XXVIIIe session, 16-17 mai, Lisbonne, Portugal. Voir aussi Daly M. (2007), Parenting in Contemporary Europe. A Positive Approach. Strasbourg, Council of Europe publishing. (3) www.solidarite.gouv.fr/espaces,770/enfance-famille,774/dossiers,725/soutien-a-la-parentalite,1794/le-comite-national-de-soutien-a-la,2090/. La Direction gnrale de la cohsion sociale a galement accueilli les 6 et 7 octobre 2011 un Peer review de la Commission europenne intitul Building a Coordinated Strategy for Parenting Support, dmontrant lengagement du gouvernement franais sur cette thmatique. (4) Pour plus de dtails sur lanalyse du changement dans les politiques de la famille en Europe, voir le numro thmatique coordonn par Margitta Mtzke et Ilona Ostner (2010), Change and continuities in recent family policies , Journal of European Social Policies, n 20. Pour le cas franais, voir dans ce numro notre article, Martin C. (2010), The reframing of family policies in France: Processes and actors , Journal of European Social Policies, n 20, p. 410-421.

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    ladaptation de politiques dj anciennes, un revival adoss une nouvelle terminologie ? Ces questions sont ouvertes. Il ne faut sans doute pas se laisser aveugler trop rapidement par lide de changement. La nouveaut de ces expressions peut masquer une gnalogie complexe, certaines de ces pratiques ayant des racines lointaines et varies dans chaque histoire nationale1. Pour claircir ce que recouvrent ces dispositifs de soutien la parentalit, non pas au sens de leur description empirique (plusieurs contributions voqueront cet aspect) mais plutt de leur gense, nous proposons dans ce chapitre introductif de revenir sur deux questions initiales : celle de la dfinition de la notion de parentalit et celle de la gnalogie de ces interventions en direction des parents, pour permettre ensuite didentifier de possibles lignes dinterprtation de la diversit des formes actuelles dintervention et de politiques.

    1 Dfinir la parentalit : un concept transdisciplinaire Si elle simpose aujourdhui dans diffrents registres de discours, politiques, mdiatiques et savants, la notion de parentalit nest pas dnue dambigut. Sa dfinition est complexe et cette complexit saccrot encore si lon a recours plusieurs langues, ne serait-ce que langlais. Dans chaque idiome, le champ smantique mobiliser combine des notions comme parent, paternit et maternit ou des expressions comme rle parental, fonction parentale, responsabilit parentale, voire obligations et autorit parentales. En anglais, on peut a minima distinguer parenthood et parenting. Si le premier terme semble correspondre sensiblement au nologisme parentalit , le second pourrait ncessiter dautres innovations smantiques en franais comme parentage ou action de parenter , pour dsigner au mieux les pratiques des parents2. Cette complexit de la notion est en partie nourrie par le fait que plusieurs disciplines de sciences humaines et sociales contribuent sa dfinition : lanthropologie, du fait des liens avec le concept de parent ; la psychologie, voire plus largement les diffrentes coles de psychologie clinique, allant de la pdopsychiatrie la psychanalyse en passant par la psychologie du dveloppement (de lenfance lge adulte) ; mais aussi les sciences juridiques ou encore la sociologie. Dans chaque champ disciplinaire, le travail de dfinition de ce terme a une histoire et sinscrit dans des priodes et des tapes de construction diffrentes.

    (1) Nous nous employons actuellement comparer ces dispositifs et programmes de soutien la parentalit dans quatre pays europens (Allemagne, France, Pays-Bas, Royaume-Uni) dans le cadre dun programme de recherche international de lAgence nationale de la recherche (programme PolChi Open Research Area), avec nos collgues Mary Daly, Trudie Knijn, Jane Lewis et Ilona Ostner. Voir le site du projet www.uni-goettingen.de/en/213091.html. (2) Didier Houzel, se rfrant aux travaux de H. et M. Papouek, traduit ainsi leur notion dintuitive parenting par parentage intuitif . Houzel D. (dir.) (1999), Les enjeux de la parentalit. Paris, ministre de lEmploi et de la Solidarit, ditions Ers, p. 153. Pour la rfrence source, voir Papouek H. et Papouek M. (1987), Intuitive parenting: A dialectic counterpart to the infants integrative competence , in J. D. Osofsky (ed), Handbook of Infant Development, New York: Wiley and Sons, p. 669-720.

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    1.1. Approche psychanalytique Dans la gnalogie de la notion de parentalit, on peut reconnatre une certaine antriorit lapproche psychanalytique. Grard Neyrand, qui a propos rcemment un bilan sur cette notion1, considre comme fondateur larticle Parenthood as a developmental phase de Therese Benedek, publi en 1959 dans le journal de lassociation amricaine de psychanalyse. Mais on pourrait tout aussi bien se rfrer Erik H. Erikson, ce clbre clinicien dobdience analytique, form par Anna Freud, et qui lon doit la thorie des huit stades de dveloppement psychosocial : un stade de lge adulte apparat marqu par le souci de la gnration qui suit, ce que lauteur a appel la gnrativit (generativity versus stagnation)2. Ce souci de lautre serait caractristique dune nouvelle tape ou crise de dveloppement qui peut conduire lindividu aussi bien au dsir denfant, lenvie de le guider dans sa propre croissance, qu se proccuper du bien-tre collectif, du destin de la plante, du souhait de laisser une trace de son passage, etc.3 Ces travaux dErikson sont contemporains de ceux de Benedek. Quoi quil en soit, sans entrer dans les dtails de cette gnalogie conceptuelle, soulignons que cet ensemble de travaux de la fin des annes 1950 sinscrit dans la ligne des approches analytiques des stades du dveloppement psychique, considrant que de multiples transitions prolongent les tapes initiales de lenfance et de ladolescence. Parmi ces transitions du dveloppement, Benedek suggre de rflchir la manire dont on devient parent au travers dun processus psychique dlaboration dune position parentale interne au sujet , en somme un processus menant ltat dtre parent 4. Erikson y voit pour sa part une crise structurante, une transformation psychique profonde, quil relie davantage avec les caractristiques des socits, dans une perspective plus socio-anthropologique. Si lon suit son analyse, nous pourrions peut-tre mme identifier des poques, des pisodes de lhistoire humaine, o cette capacit dvelopper la gnrativit est susceptible dtre fragilise ; des poques o, comme il lavance lui-mme en 1959 : lincapacit atteindre ce stade de dveloppement pourrait venir dun manque despoir, de "croyance dans lespce" 5. Cette ide de la transformation personnelle en parent a, en tout tat de cause, trouv de nombreux prolongements dans les dcennies qui vont suivre. On peut par exemple mentionner la perspective de Bruno Bettelheim, ce psychanalyste de grand renom, qui

    (1) Neyrand G. (2011), Soutenir et contrler les parents. Le dispositif de la parentalit, Toulouse, Ers. (2) Erikson E. H. (1959), Identity and the Life Cycle, International University Press, republi par Norton and the Company Incorporation en 1980. Erikson E. H. (1982), The Life Cycle Completed, Rikan Entreprises LTD, republi par Norton and the Company Incorporation en 1998 avec Joan M. Erikson. (3) La gnrativit correspond tout dabord au souci de faire advenir et de guider la gnration suivante, mme si existent des personnes qui, par mauvaise fortune ou du fait de vritables dons spcifiques dans dautres domaines, ne mettent pas en uvre cet instinct pour leur progniture mais pour dautres formes de proccupations altruistes et de crativit, qui peuvent absorber lquivalent de cette responsabilit parentale. La chose essentielle est de comprendre que cest une tape de la croissance dune personnalit saine et que lorsque cet enrichissement choue, prend place une rgression de la gnrativit vers un besoin obsessionnel de pseudo-intimit, accompagn souvent dune sensation diffuse de stagnation et dappauvrissement interpersonnel (notre traduction, Erikson E. H. (1959), op. cit., p. 103, dition de 1980). (4) Neyrand G. (2011), op. cit., p. 43 et 44. (5) Notre traduction, Erikson E. H. (1959), op. cit., p. 103.

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    a rflchi sur la fonction parentale dans son clbre ouvrage intitul Pour tre des parents acceptables (A Good Enough Parent) (1988). Plutt que de formuler des recommandations, jouer les experts et imposer un cahier des charges, il avance des suggestions, propose une posture : lever un enfant est une entreprise crative, un art plutt quune science 1. Il faut autre chose que des explications et des conseils : il faut aider les parents comprendre tout seuls ce qui se passe dans la tte de lenfant 2, sans doute dautant plus dans la priode contemporaine marque par laffaissement dun certain nombre de traditions. Si lenfant qui vient au monde fait de ses gniteurs des parents, respectivement une mre et un pre, le processus qui conduit assumer ces rles et ces fonctions, occuper ces places, nest ni spontan ni immdiat, mais correspond une transformation identitaire et psychique importante enracine dans lhistoire familiale et la succession des gnrations. Pour Serge Lebovici qui a dvelopp la psychiatrie du nourrisson en France, la parentalit est donc autre chose que la parent biologique : pour devenir parent, il est ncessaire davoir fait un travail pralable sur soi-mme, qui consiste dabord comprendre quon hrite quelque chose de ses propres parents [] Mais les parents ont besoin aussi dtre parentaliss par leur enfant [] Ainsi, je dfinis la parentalit comme le produit de la parent et aussi le fruit de la parentalisation des parents 3. Do la ncessit sans doute de distinguer, comme le proposent de nombreux cliniciens, la maternalit et la paternalit . Ainsi, le psychiatre et psychanalyste franais Paul-Claude Racamier va sintresser au vcu subjectif ou lexprience des mres, et ce faisant au processus de construction, ou au dfaut de construction, de la maternalit dans les cas de psychoses post-partum4. Serge Stolru propose une synthse de ces travaux dans un dictionnaire de psychopathologie de lenfant et avance la dfinition suivante : La maternalit dun sujet est lensemble organis de ses reprsentations mentales, de ses affects, de ses dsirs, et de ses comportements en relation avec son enfant, que celui-ci soit ltat de projet, attendu au cours de la grossesse, ou dj n. Le dveloppement ci-dessus est entirement transposable la paternalit et, plus gnralement, la parentalit 5. Si cette tradition psychologique6 privilgie la transformation du sujet au travers de ses interactions immdiates et symboliques, une autre tradition a contribu la dfinition de la parentalit : lanthropologie.

    1.2. Approche anthropologique Pour les anthropologues, la notion de parentalit a galement de profondes racines, notamment du fait des relations quentretenaient certains dentre eux, comme Ruth

    (1) Bettelheim B. (1987), Pour tre des parents acceptables, Paris, Robert Laffont, p. 30. (2) Bettelheim B. (1987), op. cit., p. 16. (3) Entretien de Lebovici dans Solis-Ponton L. (2002), La parentalit. Dfi pour le troisime millnaire. Un hommage international Serge Lebovici, Paris, PUF, p. 8 et 9. (4) Racamier P-C., Sens C. et Carretier L. (1961), La mre et lenfant dans les psychoses du post-partum , Lvolution psychiatrique, n 26 (cit par Neyrand G., 2011, op. cit.). (5) Stolru S. (2000), Aspects conceptuels , entre parentalit dans Houzel D., Emmanuelli M. et Moggio F. (dir.), Dictionnaire de psychopathologie de lenfant et de ladolescent, Paris, PUF, p. 491 (cit par Neyrand G., 2011, op. cit.). (6) Pour complter lapproche psychologique, voir galement Quentel J-C. (2001), Le parent. Responsabilit et culpabilit en question, Bruxelles, de Boeck universit, et Coum D. (dir.) (2001), Des parents ! quoi a sert ?, Toulouse, Ers.

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    Benedict ou Margaret Mead, avec des psychanalystes tel Erik H. Erikson. Mais on peut aussi, comme le suggre Maurice Godelier, faire rfrence la fameuse dclinaison propose par Esther Goody1 des cinq principales fonctions de la parentalit (entendez ici parenthood ) : lengendrement ; le nourrissage (lever, nourrir et protger) ; lducation ; lattribution didentit (assortie de droits et notamment de droits lhritage) ; la dtention de droits et de devoirs lgard de lenfant. Si la spcificit des apports de la psychanalyse ou des travaux de psychologues la comprhension de la parentalit tait de saisir la transformation de lindividu en parent, celle de lanthropologie consiste privilgier le rle des socits dans le formatage de cette fonction parentale, de prendre la mesure de ses variantes selon les socits, mais aussi de reprer ses invariants. Cette curiosit pour la manire dont sont dfinis, conus et encadrs les rles de pre et de mre est consubstantielle de linterrogation des anthropologues sur les systmes de parent. Et cette curiosit remonte fort loin dans lhistoire de la discipline. Maurice Godelier mentionne ainsi un texte sur la parentalit quil estime assez fondateur, bien que mconnu2, publi en 1930 par Bronislaw Malinowski. Du fait de la centralit de la parent comme objet principal de cette discipline, il est parfois difficile de faire la part entre lune et lautre notions : parent et parentalit. Dans son essai sur les Mtamorphoses de la parent, Maurice Godelier fait de la parentalit une sorte de complment de la parent, un ensemble culturellement dfini des obligations assumer, des interdictions respecter, des conduites, des attitudes, des sentiments et des motions, des actes de solidarit et des actes dhostilit qui sont attendus ou exclus de la part dindividus qui au sein dune socit caractrise par un systme de parent particulier et se reproduisant dans un contexte historique donn se trouvent, vis--vis dautres individus, dans des rapports de parents enfants 3. Dans cette dclinaison, il est manifeste que la parentalit ne concerne pas que les gniteurs, mais bien tous les adultes en position doccuper ou dassumer un rle parental, ce qui explique aussi que la comprhension des systmes de parent soit ncessaire pour apprhender ce que recouvre la parentalit. En effet, comme il lcrit encore : les fonctions positives et ngatives que doivent ou peuvent assumer vis--vis denfants des individus considrs comme faisant partie de leurs "parents", il est clair que ces fonctions sont pour la plupart divisibles et partageables et peuvent donc tre redistribues de faons trs diverses, mais toujours selon des normes socialement et culturellement justifies entre le pre et les parents du ct du pre, la mre et les parents du ct de la mre, les allis, etc., et ce selon le sexe, lge des individus et leur distance en termes de parent par rapport lui 4. Pour Agns Fine, une autre anthropologue contemporaine, parler de parentalit quivaut en somme poser la question suivante : Qui est parent ? Celui qui donne ses gnes ou celui qui donne naissance ? Celui qui prend soin de lenfant et llve ? Celui qui lui donne son nom et lui transmet ses biens ? Autant de composantes de la parentalit qui sont dissocies dans dautres socits, mais qui se recouvraient

    (1) Goody E. (1982), Parenthood and Social Reproduction. Fostering and Occupational Roles in West Africa, Cambridge University Press. (2) Malinowski B. (1930), Parenthood. The basis of social structure , in V. F. Calverton et S. D. Schmalhausen (dir.), The New Generation: The Intimate Problems of Modern Parents and Children, New York: The Macaulay Comp., p. 113-168. (3) Godelier M. ( 2004), Mtamorphoses de la parent, Paris, Fayard, p. 239-240. (4) Godelier M. (2004), op. cit, p. 242-243.

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    jusqu une date rcente dans nos socits 1. Les socits occidentales contemporaines dcouvriraient en somme aujourdhui ce qui constituait des interrogations classiques des anthropologues tudiant les socits dites primitives ou traditionnelles. Agns Fine insiste galement sur le rle croissant de la volont individuelle dans la cration de la parent , et aussi sur lvolution du statut des femmes. Aujourdhui, chacun est convaincu, en effet, que la formation ou la rupture du couple et la constitution de sa descendance sont une affaire personnelle : nous choisissons le nombre de nos enfants, le moment o nous les avons, nous pouvons devenir parent avec un nouveau conjoint, sans conjoint, devenir parent tout en tant strile ou homosexuel 2. Cest pourquoi elle souligne lexistence dune tension entre le sang et la volont 3. Et cest ce niveau que nous pouvons faire un lien entre la perspective anthropologique et lapport du droit de la famille. Ainsi, manifestement, en psychologie, en anthropologie comme en droit, et bien sr en sociologie du droit4, une distinction slabore progressivement sur la question de la parent et de la filiation entre celui qui est le gniteur et celui qui assume le rle parental, entre la parent biologique et la parent sociale, entre lengendrement et le care. Bien sr, ces deux composantes peuvent tre lies et assumes par un mme individu, mais cela nest pas ncessairement le cas, ce qui peut conduire un certain nombre de dilemmes, notamment en matire juridique.

    1.3. Approche juridique Dans un petit ouvrage collectif publi la suite dune journe dtude de la Maison des droits de lenfant et intitul De la parent la parentalit, la juriste Claire Neyrinck avance quelques lments de dfinition supplmentaires : le recours ce nologisme qui na reu ce jour aucune dfinition, ni dans le dictionnaire de langage usuel5, ni comme terme juridique, rvle une demande, un besoin 6, celui de consacrer une comptence parentale. En effet, la comptence renvoie une aptitude de fait alors que la parent renvoie une place juridique. Est mis en place de parent non pas un ascendant, mais celui qui remplit correctement un rle de pre 7. En somme, si lon a eu besoin dun terme nouveau, cest pour mieux distinguer les parents (pre et mre), autrement dit ceux qui sont dabord nomms en rfrence leur rle dengendrement ou de gniteurs (biologie) institu par du droit, de la fonction de parent, qui est susceptible dtre assume par une pluralit dacteurs un moment donn, quils soient ou non les gniteurs. La parentalit nest donc, pas plus que la parent, une notion rserve aux seuls gniteurs. Cest aussi ce sur quoi insiste une

    (1) Fine A. (2001), Pluriparentalit et systme de filiation dans les socits occidentales , in D. Le Gall et Y. Bettahar (dir.), La pluriparentalit. Paris, PUF, p. 78. (2) Fine A. (2001), op. cit., p. 69. (3) Fine A. (2001), op. cit., p. 80. (4) Thry I. (1996), Les droits de lenfant et le lien social , in R. Dandurand, R. Hurtubise et C. Le Bourdais, Enfances, Presses de luniversit Laval. (5) Ceci nest plus vrai en 2011. Parentalit est dfini ainsi : fait dtre parent lgalement et psychologiquement dans Le-dictionnaire.com ou dans le Larousse, fonction de parent, notamment sur les plans juridique, moral et socioculturel . (6) Neyrinck C. (2001), De la parent la parentalit , in Bruel A., Faget J., Jacques L., Joecker M., Neyrinck C. et Poussin G., De la parent la parentalit. Paris, Ers, p. 15. (7) Neyrinck C. (2011), op. cit., p. 26. Voir aussi Fine A. et Neyrinck C. (dir.) (2000), Parents de sang, parents adoptifs, Paris, LGDJ.

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    autre juriste, Franoise Dekeuwer-Dfossez, lorsquelle diffrencie parentalit et parent en voquant le caractre vcu, quotidiennement partag de la parentalit : La famille mnagre, celle qui vit sous un mme toit, a des fonctions de parentalit lgard des enfants qui y sont levs, cest--dire quelle leur donne les moyens, matriels, ducatifs et affectifs, de devenir des adultes. Cette fonction est accomplie quel que soit le statut juridique de ces enfants. Il ne faut pas confondre avec la parent, qui inscrit un enfant dans une ligne gnalogique. La parentalit peut changer, tre dvolue successivement ou mme simultanment plusieurs personnes. La parent, elle, est beaucoup plus exclusive 1 . Un premier exemple de cette distinction ncessaire entre parent et parentalit est fournie par la parent adoptive ; une parent fonde sur une fiction juridique , pour reprendre les termes de Claire Neyrinck2. Les parents adoptifs ont ceci de particulier quils ne sont pas les gniteurs, mais que le droit fait deux les parents de lenfant. Limportant rside ici dans le fait quils remplissent la fonction parentale, exercent une parentalit et doivent tre consacrs dans cette fonction. Mais au-del de cette fiction juridique et instituante de la parent, qui inscrit lenfant dans une ligne et une gnalogie en dehors de toute vrit biologique, la notion de parentalit permet aussi de rendre compte de ceux qui jouent un rle parental, plus ou moins permanent ou ponctuel, et dont la lgitimit nest pas fonde sur un statut ou une place juridique mais sur une comptence. Ils font fonction de parents, mme sils nont parfois aucun lien de parent avec lenfant3. Le beau-parent4 est une de ces figures qui interrogent les frontires de la parent et de la parentalit. En effet, mme sil demeure souvent un tranger juridique pour des enfants quil participe lever, il (ou elle) joue le plus souvent leur gard un rle parental, cest--dire dveloppe au quotidien un type de lien, la fois affectif et social, inscrit dans une position gnrationnelle, mais aussi des pratiques de socialisation, qui sapparentent un lien parental ou quasi parental5. Pour autant, cette figure parentale de fait reste exclue dune vritable reconnaissance juridique en France (sauf en cas dadoption simple des enfants de son ou sa partenaire), et ce malgr linstauration en mars 2002 de la formule de dlgation-partage qui ne lui est pas spcifiquement rserve. Le beau-parent a donc longtemps t conduit assumer hors du droit une certaine forme de parentalit. Et cette fonction parentale occupe et assume sera dautant plus lgitime quelle renverra une comptence acquise et reconnue par son environnement. Grard Neyrand a repris lui aussi cette ide de fiction juridique , dj dveloppe par Irne Thry6 au sujet de ladoption, et il la tendue aux procrations mdicalement assistes (PMA), pour distinguer diffrentes composantes de la parentalit : le biologique, le social et le psychologique. Le modle originel de la parentalit noue

    (1) Dekeuwer-Dfossez F. (2001), La filiation en question , in F. Dekeuwer-Dfossez et al., Inventons la famille, Paris, Bayard, p. 18. (2) La filiation adoptive procde de la fiction ; Neyrinck C. (2001), op. cit., p. 20. (3) Comme dans lexemple des familles daccueil. Voir Cadoret A. (2001), Placements denfants et appartenance familiale : une pluriparentalit ncessaire , in Le Gall D. et Bettahar Y., op. cit., p. 95-111. (4) Le beau-pre, au sens de nouveau compagnon de la mre, ou la belle-mre en tant que nouvelle partenaire du pre. (5) Le Gall D. et Martin C. (1993), Transitions familiales, logiques de recomposition et modes de rgulation , in M-T. Meulders-Klein et I. Thry (dir.), Les Recompositions familiales aujourdhui, Paris, Nathan. (6) Thry I. (1993), Le Dmariage. Justice et vie prive, Paris, Odile Jacob.

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    chaque fois spcifiquement trois registres qui participent dun plus vaste domaine que celui du parental : ceux de lalliance, de laffiliation et de la socialisation Dans ce modle originel, les trois registres sont nous autour de la personne des parents qui en constituent le support la fois biologique, socio-juridique et concret. Ladoption court-circuite le registre de lalliance reproductrice en substituant aux parents biologiques dfaillants une ou deux personnes qui vont saffilier lenfant et prendre soin de lui Ladoption montre bien quil nest pas besoin quil y ait eu alliance sexue reproductrice pour quil y ait parentalit, donc que pour tre parent dans ses dimensions la fois sociale et pratique, il nest pas forcment ncessaire dtre gniteur, ni mme dtre un couple, voire dafficher des choix htrosexuels Ltape supplmentaire que lon franchit avec les PMA est la dissociation du rfrentiel biologique lui-mme et la rinterrogation des origines travers le prisme quen fournit la science La mre qui porte pour elle un embryon qui nest pas le sien et la mre qui porte pour une autre un embryon qui est le sien, si elles sont de faon diffrente mres biologiques nen montrent pas moins que les gniteurs ne sont pas des parents. Quil ne suffit pas dtre gniteur pour tre parent alors que lon peut tre parent sans tre gniteur 1. Face cette mise en abme de la filiation et de ses fondements juridiques, la principale rponse a longtemps t, et jusqu il y a peu, de construire lexclusivit des filiations, leur substitution et leur incompatibilit, en ayant recours y compris au secret sur la filiation biologique2. Mais cest dans les pays anglo-saxons que cette exclusivit a commenc tre mise en cause au plan du droit, notamment propos des beaux-parents et en ayant recours la notion de responsabilit parentale (Children Act de 1989 au Royaume-Uni3). Mais cest bien une analyse strictement juridique quinvite alors cet ensemble dides (voir le bilan et les propositions de Dekeuwer-Dfossez4).

    la lumire de cet apport des juristes, de leur souci de se fonder sur des textes pour parvenir faire usage de notions, on comprend le scepticisme de certains pour la notion de parentalit. Pour Franoise Dekeuwer-Dfossez, il vaut mieux amliorer les textes que de chercher dvelopper des dispositifs qui saccumulent, sans fondement juridique fort, pour obliger des parents assumer leurs responsabilits parentales , une notion non dfinie par le droit civil.

    1.4. Approche sociologique Une dernire discipline a investi la notion de parentalit : la sociologie, mi-chemin souvent entre une sociologie de la famille et une sociologie de laction sociale. Grard Neyrand5 rappelle ainsi un certain nombre dinitiatives et de travaux, depuis ceux du

    (1) Neyrand G. (2001), Mutations sociales et renversement des perspectives sur la parentalit , in D. Le Gall et Y. Bettahar (dir.), La pluriparentalit, Paris, PUF, p. 41-42. (2) Voir Fine A. (2001), op. cit., et Lefaucheur N. (2001), Accouchement sous X et mres de lombre , in D. Le Gall et A. Bettahar, op. cit., p. 139-175. (3) Pour un dveloppement, voir Finch J. (1989), Family Obligations and Social Change, Cambridge, Polity Press, et Finch J. et Mason J. (1993), Negociating Family Responsibilities, Londres, Tavistock/Routledge. Voir aussi Churchill H. (2011), Parental Rights and Responsibilities. Analysing Social Policy and Lived Experiences, Bristol, The Policy Press. (4) Dekeuwer-Dfossez F. (1999), Rnover le droit de la famille, Paris, La Documentation franaise. (5) Neyrand G. (2011), op. cit.

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    tournant des annes 1980 sur la monoparentalit1, aux travaux sur le rle ducatif des parents2 en passant par les travaux sur la mdiation familiale et laccueil parent-enfant des annes 19903. La plupart de ces travaux partent du constat des transformations quont connues les familles et les liens familiaux depuis les annes 1970, mais ils divergent parfois sur linterprtation quil faut donner des causes et surtout des effets de ces changements familiaux et des moyens de les rguler4. Il est en effet courant dopposer la famille des Trente Glorieuses stable, fconde, fortement institue par le mariage, garante de la perptuation des traditions , celle des Trente Piteuses 5, caractrise par la fragilit conjugale, la dsaffection pour linstitution, lmancipation des traditions et des carcans dont elles taient le vecteur. Indniablement, depuis le milieu des annes 1970, la famille franaise a profondment chang : elle est la fois moins fconde, moins souvent institue et plus instable, mais aussi compose de plus en plus souvent dun couple dit bi-actif, parce que les deux membres du couple travaillent. Actuellement prs de six mnages avec enfants sur dix sont composs de deux parents actifs et occups. Tout semble opposer ces figures de la famille contemporaine, au point que certains se plaisent continuer de parler en termes de crise, voire de dlitement des liens, pour mieux diffuser une image inquitante et appeler de leurs vux le retour de la famille-institution, seule garante de paix sociale et dquilibre6. Il est donc ncessaire de faire la part du constat et du diagnostic. Ces mutations auraient-elles eu raison des capacits des parents tre parents ? Que doit-on retenir de ce discours catastrophiste qui fait de la famille la cellule de base de la socit, le giron du civisme et de la citoyennet ? Y a-t-il pril en la famille, un pril qui justifierait une politique de retour un ordre ancien ? Tant que la Famille tait organise en rfrence la famille nuclaire et lgitime : une famille fonde sur le mariage (le statut), instituant en mme temps les places, les rles, les devoirs et obligations de chacun des parents ; une famille stable et fconde, avec une forte division des rles respectifs de lhomme et de la femme, les notions de parent, de pre et de mre, semblaient suffire. Mais avec les transformations quont subies les structures familiales, cette famille bi-parentale simple a t interroge de toutes parts et de nouveaux acteurs ont pris place dans le dcor familial. Ils ont t amens jouer un rle dans la socialisation des enfants, alors que dautres, au contraire, ont vu leur rle samoindrir, sestomper, voire disparatre, do lintrt pour toutes les formes de parentalit : monoparentalit, beau-parentalit, grand-parentalit, homoparentalit, en somme pluriparentalit 7.

    (1) Lefaucheur N. (1985), Les familles monoparentales : les mots pour le dire , in F. Bailleau, N. Lefaucheur et V. Peyre (dir.), Lectures sociologiques du travail social, Paris, ditions ouvrires et CRIV ; Le Gall D. et Martin C. (1987), Les familles monoparentales. volution et traitement social, Paris, ESF ; Gaulejac (de) V. et Aubert N. (1990), Femmes au singulier ou la parentalit solitaire, Paris, Klincksiek. (2) Singly (de) F. (2009), Comment aider lenfant devenir lui-mme ?, Paris, Armand Colin. (3) Neyrand G. (1995), Sur les pas de la maison verte. Des lieux daccueil pour les enfants et leurs parents, Paris, Syros ; Bastard B., Cardia-Vonche L., Eme B. et Neyrand G. (1996), Reconstruire les liens familiaux. Nouvelles pratiques sociales, Paris, Syros. (4) Le Gall D. et Martin C. (dir.) (1996), Familles et politiques sociales. Dix questions sur le lien familial contemporain, Paris, LHarmattan. (5) Pour reprendre la formule-titre dun essai de Nicolas Baverez (1997) propos de lconomie franaise. (6) Voir par exemple Sullerot E. (1997), Le Grand remue-mnage. La crise de la famille, Paris, Fayard. (7) Le Gall D. et Bettahar Y. (dir.) (2001), La pluriparentalit, Paris, PUF ; Gross M. (dir.) (2000), Homoparentalits, tat des lieux, Paris, ESF.

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    Lintrt croissant pour la thmatique de la parentalit dcoule en partie de ces mutations de la sphre et des structures familiales, mais aussi des rles et des interactions entre parents et enfants depuis une quarantaine dannes. la complexit des trajectoires familiales correspondrait une complexification des places et des rles. Ces nouvelles configurations de la famille auraient en quelque sorte impos un renouvellement du lexique de la parent. Mais limportant rside peut-tre moins dans le fait que la famille ait chang que dans la difficult den interprter les causes et surtout les effets, notamment pour laction publique1. On peut donner de nombreux exemples des controverses qua suscites linterprtation de ces changements. Ainsi en est-il de lanalyse de la baisse de la fcondit par la communaut des sociologues et dmographes, mais aussi plus largement par un grand nombre dexperts convoqus pour mettre avis et recommandations. Les pouvoirs publics se sont bien sr depuis longtemps alarms de la chute continue du nombre moyen denfants par femme mettant un terme au baby-boom (de prs de 3 dans la priode 1945-1975 1,65 au milieu des annes 1990). Pour les uns, cette chute sensible, qui a concern des degrs variables lensemble des pays europens, a correspondu principalement la libralisation de la contraception, au dsir des femmes (et secondairement des hommes) de choisir le moment et le nombre des naissances pour quils soient compatibles avec leur activit professionnelle respective. Les parents auraient aussi peut-tre choisi de concentrer leur nergie, leurs ressources et leur affection sur un moins grand nombre denfants pour mieux assurer leur promotion sociale. Mais dautres auteurs, comme Evelyne Sullerot2 ou plus rcemment Louis Roussel qui parle de lenfance oublie 3, ont vu plutt dans ce repli de la fcondit la monte dun certain individualisme, dun adultocentrisme pour reprendre les termes dEvelyne Sullerot. Femmes et hommes auraient, aprs la rvolution culturelle de 1968, choisi de privilgier leur propre ralisation personnelle aux dpens de la famille et de lenfant et, tout particulirement, les femmes en refusant la prison domestique et lobligation de dvouement au bien-tre des autres (mari et enfants). Philippe Aris4 dfend, pour sa part, la thse de la fin du rgne de lenfant , notamment dans un numro de la revue Autrement au titre vocateur Finie, la famille ? publi en 1975. Le malthusianisme du 19me et du dbut du 20me tait asctique et destin promouvoir mieux des enfants moins nombreux. Le malthusianisme actuel est de nature hdonique : permettre un meilleur panouissement des individus et du couple, compromis par les enfants (cit par Singly5). Un grand nombre de professionnels de lenfance et de la famille, comme le magistrat Alain Bruel, sinquitent aujourdhui des consquences de ce processus et critiquent eux aussi les parents contemporains, ceux de laprs-rvolution culturelle de 1968, qui en seraient venus remplacer lautorit par lamour, non sans engendrer des problmes pour leur progniture : On est pass du registre thique au registre affectif : aux parents qui dcident et imposent ont succd des parents dont

    (1) Commaille J. et Martin C. (1998), Les Enjeux politiques de la famille, Paris, Bayard. Voir aussi Martin C. (2001), Changements et permanences dans la famille , in P. Huerre et L. Renard (dir.), Parents et adolescents : des interactions au fil du temps, Paris, Fondation de France, Ers. (2) Sullerot E. (1984), Pour le meilleur et sans le pire, Paris, Fayard. (3) Roussel R. (2001), LEnfance oublie, Paris, Odile Jacob. (4) Aris P. (1960), LEnfant et la vie familiale sous lAncien Rgime, Paris, Plon, 1960 ; (Paris, Le Seuil, 1973). (5) Singly (de) F. (2000), La place de lenfant dans la famille contemporaine , in J.-P. Pourtois et H. Desmet (dir.), Le Parent ducateur, Paris, PUF, p. 69.

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    lambition est daider lenfant dvelopper ce quil est cens possder comme talents et comme dsirs ; pour ces nostalgiques de 1968, il importe de se faire obir par amour, en aucun cas par crainte de la sanction ; cest lvitement qui risque alors, dfaut de conflit, de caractriser les rapports entre les deux gnrations, au risque de construire des personnalits narcissiques aux attentes dmesures, intolrantes la moindre frustration 1. Bruno Bettelheim, constatant lui aussi la monte de lindividualisation, laffaissement des traditions et la menace de lindividualisme, proposait au contraire, il y a prs de trente ans, de faire de laffection un rempart contre ce dernier, une source de scurit : Tant que le rle et les activits de chacun taient rgls par la tradition (cest--dire tant que lindividualisation ntait pas considre comme possible ni mme comme importante ou dsirable), la solidarit familiale tait assez facile maintenir. Elle imposait des limites la libert de chaque individu, mais ces restrictions taient considres comme allant de soi. Mais ds quil fut admis que chaque individu devait tre vraiment lui-mme et dvelopper sa personnalit son gr, les tensions parmi les membres de la famille se sont accrues et, dans les cas extrmes, sont devenues irrductibles [] Le seul antidote, le seul traitement, est la scurit [] Une famille ne peut tre heureuse que si tous ses membres, loin de chercher un coupable, prennent leur compte les difficults rencontres par lun deux [] Lamour et laffection sont devenus le lien essentiel qui assure la cohsion de la famille 2. Dans un chapitre du collectif intitul Le Parent ducateur3, Franois de Singly critique lui aussi ces arguments qui dnoncent plus ou moins directement lgosme des adultes ou cet individualisme ngatif . Les exemples quil accumule sur la priode contemporaine montrent au contraire que lenfant est toujours source de trs srieuses proccupations et dimportants investissements de la part des adultes. Il affine cette thse dans son ouvrage Comment aider lenfant devenir lui-mme ? (2009). Plutt quun hypothtique adultocentrisme, Singly constate un puisement dtre parent, du fait du dsir croissant de russir une mission perue comme de plus en plus dlicate. Cest pourquoi sa question de dpart est la suivante : pourquoi tre "bon parent" aujourdhui produit-il une telle sensation dpuisement ? (p. 9). Ce qui a rendu la tche si difficile par rapport au pass, cest selon lui prcisment que le modle du bon parent est pass dun prt--porter consistant imposer une identit la fois pour le parent et pour lenfant, un modle de ralisation de soi, une logique de sur mesure qui fait du bon parent un voyagiste qui doit organiser le voyage de ses enfants ou, dirions-nous pour notre part, un joueur de curling qui doit accompagner la trajectoire de lenfant sans rien lui imposer de brutal, tout en veillant suivre centimtre par centimtre sa trajectoire sur le miroir de la vie. Lenjeu est dautant plus crucial que dpendent de cette capacit ou comptence du parent contemporain deux finalits absolues pour notre temps : lautonomie et lindpendance de sa progniture. Singly prconise donc de trouver une troisime voie entre ces deux cueils que sont lobissance lautorit et le laisser-faire, une troisime voie ducative permettant lenfant de devenir lui-mme mais dans un cadre, fix par les parents, garantissant la scurit, la protection, et limitant les drives [] Si le rle de parent ne

    (1) Bruel A. et al. (2011), op. cit., p. 54. (2) Bettelheim B. (1997), op. cit., p. 535-536. (3) Singly (de) F. (2000), op. cit.

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    correspond plus lancien modle, il ne disparat pas pour autant. Le parent fixe un cadre, des limites pour que lenfant puisse, lintrieur, agir librement et savoir progressivement qui il est 1. On nest pas loin des suggestions de Bettelheim. Nous pourrions reprer le mme type de controverses scientifiques propos de la chute de la nuptialit, perue parfois comme le signe dun refus de sengager des adultes ; ou des naissances hors du mariage devenues trs frquentes et laissant, aux dires