Adelita Husni-Bey - Sursock Museum | Sursock … Une Vague dans le puits (A Wave in the Well) En...

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1 Adelita Husni-Bey Une Vague dans le puits 21 octobre 2016 – 30 janvier 2017

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    Adelita Husni-BeyUne Vague dans le puits

    21 octobre 2016 30 janvier 2017

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    Avec nos remerciements NAHNOO, Jessica Chemali, Amal Husni-Bey et Faiza Husni-BeyGraphisme de lexposition : Mind the gapGraphisme de la brochure : Mind the gap Impression : Byblos Printing

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    La revendication dune galit nest pas seulement parle ou crite mais elle se matrial-ise prcisment lorsque des corps apparaissent ensemble ou, plutt, quand par leur action, ils crent lespace de lapparence. Cet espace est une fonction et un effet de laction, et ne fonctionne selon Arendt, que lorsque des relations dgalit sont maintenues.

    The claim of equality is not only spoken or written, but is made precisely when bodies ap-pear together or, rather, when, through their action, they bring the space of appearance into being. This space is a feature and effect of action, and it only works, according to Arendt, when relations of equality are maintained.

    Judith Butler, Bodies in Alliance and the Politics of the Street (2011)

    Sappuyant sur les techniques et lhistoire de la pdagogie critique, Adelita Husni-Bey travaille avec des individus en vue danalyser, de critiquer, et de mettre en vidence lin-teraction des forces qui faonnent leur vie.

    Pour Une Vague dans le puits, Husni-Bey a collabor avec lorganisation dirige par des jeunes NAHNOO pour animer un atelier ax sur laffect et lespace urbain Beyrouth. La politique et le monde politique sexpriment souvent en termes gnraux, comme par exemple la ncessit davoir plus despaces verts ou les avantages de la conservation du patrimoine culturel ; mais comment ces facteurs et rencontres nous font sentir en ralit dans notre quotidien ? Quprouve-t-on lorsquon on a accs un espace vert, lorsquon est sujet intimidation dans la rue, ou quand on vit ct dun poste de contrle ? Nous pouvons supposer que nous le savons, mais en se concentrant sur ces motions, nous pouvons mieux comprendre le pourquoi, et par la suite le comment dun changement.

    Les photographies prsentes dans cette exposition sont une lecture somatique, trs per-sonnelle de la ville. En distillant des forces abstraites jusqu les ramener un niveau indi-viduel, nous pouvons comprendre et visualiser comment ces forces parfois contradictoires agissent sur notre corps.

    After the Finish Line (Aprs la ligne darrive), uvre produite lors dune rsidence dun an la Fondation Kadist San Francisco, est un portrait de la culture de la comptition, incarne par la culture nord-amricaine des activits sportives organises dans les coles secondaires. Cr en collaboration avec un groupe dathltes adolescents blesss, le film se penche sur les pressions psychologiques et la stigmatisation sociale de lchec, et se demande do viennent ces pressions.

    Tourn au Caire, peu aprs la rvolution gyptienne de 2011, la vido Ard (Terre) sin-tresse laffrontement souvent tendu et ingal entre les plans de ramnagement et les rsidents locaux, et dans ce cas dans les quartiers informels de Gezirat al-Qursaya et de Ramlet Boulaq. La vido suit des conversations avec des rsidents locaux autour dune nouvelle loi dintrt public , attirant lattention sur les rapports de force entre la lgis-lature et la vie quotidienne.

    Nora RazianDirectrice des programmes et des expositions, Muse Sursock

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    Une Vague dans le puits (A Wave in the Well)

    En aot 2016, Adelita Husni-Bey a co-anim un atelier pour 7 participants, en collabora-tion avec le personnel du Muse Sursock et Jessica Chemali de lorganisation dirige par des jeunes, NAHNOO. Latelier tait ax sur la faon dont laffect faonne la mobilit des citoyens et donc leur capacit dagir autour de la ville de Beyrouth. Quels espaces sus-citent-ils des sentiments forts en nous ? Pourquoi ? Comment ces sentiments sont-ils relis des dynamiques sociales plus larges et des vnements ? Comment les sentiments et la mobilit sont-ils lis notre capacit de protestation ? Comment notre capacit traverser certains espaces est-elle affecte par notre appartenance une classe sociale, par notre sexo-spcificit, notre origine ethnique, notre croyance, notre allgeance politique, nos rcits personnels, et notre aptitude ?

    Ci-dessous des extraits de la sance de feedback tenue au Muse Sursock le 2 sep-tembre 2016, entre les participants latelier et Husni-Bey.

    Adelita : Alors, quavons-nous fait ? Peut-tre que la question la plus difficile est, pourquoi ? Pourquoi lavons-nous fait ?

    Mariam : Nous tions en train dessayer de voir comment certains lieux de la ville peuvent susciter certaines motions, et nous tions toujours en train de les relier notre vcu, mais nous tions aussi en train de les relier des vnements sociaux qui peuvent avoir conduit ces facteurs. Nous tions en train de relier lmotion lappartenance sociale, la sexo-spcific-it Nous pensons des raisons qui sont au-del du domaine personnel, qui sont dordre plus collectif. Finalement, nous voulions comprendre comment la ville peut-tre dfinit ou faonne dune certaine manire notre comprhension de notre capacit dagir et notre citoyennet.

    Adelita : Quel sentiment latelier vous a-t-il laiss ? Vous disiez quil est difficile dex-primer vos sentiments en public ?

    Ali : Cest triste. Il est difficile de les exprimer, parce que vous savez que les sentiments sont l, mais vous ne pou-vez pas les exprimer, vous ne savez pas

    comment le faire. Par la suite, vous ralisez que vous ne voulez pas quon en prenne connaissance, mme si cest au sujet dun lieu. Vous avez diffrents endroits Beyrouth et ses banlieues, vous avez les points de contrle, vous avez les lieux ferms et barricads. Tout est simplement ferm, ferm, ferm. Vous navez pas des-pace public ouvert, ils sont ferms. Donc, voil, vous apprendrez garder tout lin-trieur. Cest laffect de la ville. Peut-tre que si nous vivions dans une ville plus ouverte, alors il nous aurait t plus fac-ile dexprimer nos penses et sentiments. Mais nous avons trop longtemps vcu dans cette ambiance o nous navons pas les conditions optimales pour exprimer nos opinions ou sentiments. Ainsi, grce latelier, jai commenc penser de nou-velles faons dexplorer ma ville, de nou-velles faons de regarder une ville et den parler publiquement.

    Marcelle : Nous ne sommes pas habitus sentir un lieu, mme lenvironnement. Le premier exercice a t trs difficile. Lorsque nous regardions ensemble la rue. Ctait bizarre, amusant, et trs difficile.

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    Cartes dessines au cours de latelier anim par Adelita Husni-Bey pour lexposition Une Vague dans le puits, aot 2016.

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    Adelita : Quelque chose manquait-il nos histoires des lieux o nous sommes alls ? Je sais que beaucoup dlments sont personnels, et vous ne pouvez pas vraiment dire ce qui manque dans le rcit dune personne que vous ne connaissez pas. Mais y-a-t-il des expriences que la ville a vcues que nous navons pas vrai-ment abordes ? Je parlais un ami lib-anais il y a quelques jours, et il me disait quil faisait des recherches sur un livre, et se demandait pourquoi la guerre civile navait pas beaucoup t discute. Il parlait du fait quil interviewait des gens surtout au sujet des premires phases de la guerre, ou ce qui est mythifi comme tant le pre-mier incident, lorsque le bus palestinien a t attaqu dans le quartier chrtien. Il a trouv le gars qui appartient le bus, et le bus est toujours l, et il a essay de le ven-dre pendant 20 ans, et personne na voulu lacheter. Jai pens que ctait une belle mtaphore pour illustrer quon ne veuille pas dterrer ces souvenirs matriels de ce quun traumatisme peut tre ou est.

    Cest videmment trs diffrent selon... Je ne sais pas... Je pensais ce sujet, parce que je pense la guerre civile beaucoup dernirement, tant donn que je reviens de Libye o jai pu vivre la guerre dune certaine faon. Ma famille est tout fait privilgie, je parle donc du point de vue dune personne dont les pertes sont infin-iment limites par rapport dautres, mais qui existent nanmoins. Jai perdu ma maison denfance ; la plupart des lments matriels de mon enfance ont pratique-ment disparu. Il sagit de conflits et dhis-toires tout fait diffrents, mais toujours est-il quil sagit dune guerre civile, et il y a cet lment de chaos, dincertitude et de purs traumatismes qui est ancr dans mon esprit, et jai tendance le cacher aussi.

    Dana : Je pense aussi la guerre civile, peut-tre que nous, en tant que nouvelle gnration qui ne la pas vcue, nous avons tendance la romancer, et nous avons tendance beaucoup en parler. Mais lancienne gnration, les personnes qui lont vcue, elles ne veulent pas la glorifier, vous savez ou conserver quelque chose qui leur rappelle la guerre. Si vous tes un out-sider ou si vous ntes pas du pays, juste le fait de ne pas avoir vcu la guerre peut vous amener essayer de la romancer.

    Mariam : Je ne sais pas combien cela est sain, cest comme si vous vouliez nier ce qui est arriv. Vous ne lavez pas en fait affronte, vous avez juste d faire face ses consquences.

    Dana : Mais ils lont vcue.

    Mariam : Oui, je sais, mais nous vivons les consquences, parce que nous navons pas choisi de faire face ce qui est arriv, en quelque sorte. Je sais quil est difficile de plaire tous ceux qui y ont particip, et le problme est que la plupart dentre eux sont en fait en train de ruiner le pays en ce moment. Je ne crois pas que ce soit psychologiquement sain de ne pas aborder la question.

    Adelita : Cest comme sil y avait toutes ces histoires inacheves. Alors peut-tre quau lieu dun grand rcit o il doit y avoir un vainqueur, il y a une complexit cette histoire. Il est vraiment important dtre en mesure de raconter cette histoire quelle que soit la langue que vous utilisez, aussi complexe soit-elle.

    Ali : Je suis daccord, mais je regarde aut-our de moi et chaque groupe a ses propres martyrs, chaque groupe a sa propre his-toire, chaque groupe a son propre Liban. Alors, que dois-je faire ?

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    Adelita : Peut-tre plus quune histoire collective, peut-tre que cest entendu quil ny aura jamais une seule histoire. Ltat est fond sur cette ide quil y a une seule histoire, et que lhistoire, cest cette chose , et cest ainsi que ltat dtient le pouvoir dune certaine faon. Mais en ayant diffrents rcits, vous obtenez des espaces confus, mais jai aussi limpres-sion quils peuvent tre trs productifs sils sont traits au lieu dtre enterrs... mais je perois cela comme un parfait tranger.

    Pour revenir latelier, je pensais lem-bourgeoisement. Nous nous sommes rendus dans quelques espaces. Le site de Marcelle tait un espace quelle a peru comme sale , elle le souhaitait plus propre et utilis. Sur le site de Lina, Gemmayz, nous nous sommes attards sur des espaces qui ntaient pas du tout ngligs et taient effectivement embour-geoiss. Ils taient vraiment maintenus-peut-tre parce quils se trouvent dans des quartiers plus chics et parceque aussi ils font lobjet de plusieurs investisse-ments. Je pense quune grande partie du travail que nous avons fait, tournait aut-our de cela quels espaces sont main-tenus et quels espaces ne le sont pas ? Et quelles sont les raisons qui expliquent le soin apport certains lieux ? Jai senti que a avait beaucoup voir avec la classe, les manires parfois contradictoires dont les diffrentes classes comprennent les soins et lutilit . Je me demandais ce que vous pensez de lembourgeoisement, car il semble se produire rapidement dans certains espaces ?

    Mariam : Je pense que lembourgeoisement est galement li la guerre, et au cen-tre-ville par exemple, nous avons Soldiere. Ils ont dtruit ce qui existait, et ont com-menc construire ces normes complexes.

    Ali : Ils ont dtruit une grande partie de lhistoire de Beyrouth.

    Mariam : Vous pouvez aller au centre-ville, cest trs vide et inhabit, et ils veulent vhiculer une image qui ne reflte pas vrai-ment les gens et les circonstances que nous sommes en train dy vivre.

    Ali : Dans nimporte quel pays, vous avez un centre-ville. Peut-tre quil nest pas fait pour les populations locales mais plus pour les touristes. La vision de Soldiere nest pas une vision 5 ou 6 ans, cest une vision 10, 20, 30 ans. Il nest pas pour nous.

    Nora : Ce qui est intressant ici est que vous parlez de la faon dont une entreprise prive est en train de changer la ville, vous ne parlez pas en ralit de la municipalit ou dune politique quelconque. Cest ce que jai trouv intressant dans cette discussion. Comment Solidere a-t-elle un tel impact et o est lautre vision de Beyrouth ? Comment cela fonctionne-t-il ensemble ?

    Ali : Cest un effet de laprs-guerre, parce quelle a donn le pouvoir aux politiciens, elle na pas donn le pouvoir lEtat ou aux municipalits.

    Dana : Ce nest pas le rsultat de la guerre, cest le rsultat de quelquun qui a achet tous ces bien-fonds, les a privatiss puis ne les a construit que pour raliser des bnfices.

    Adelita : Mais ltat intervient gnrale-ment dans la rglementation, ne pourrait-il pas dans ce cas l?

    Je sens qu chaque fois quil y a chevauche-ment entre une socit prive et des bn-fices privs et ltat, vous perdez ce lien entre ltat et le citoyen. Parce que la socit prive sempare de ce lien sans tenir compte de la municipalit. Comme ici au Muse Sursock, lide quil y a toujours des gardes la porte et aux portails.

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    Ali : En marchant prs du garde, je le regar-dais, attendant quil me dise quelque chose. Je marchais, et le regardais comme pour lui dire : Dites-moi quelque chose, dites-moi ! Je ne pensais pas pouvoir entrer au Muse Sursock.

    Mariam : Pour en revenir ce sentiment, et propos de Solidere, au centre-ville vous ne pouvez pas prendre de photos dans certains lieux, parce qu chaque fois que vous voulez prendre une photo, un garde vous arrte pour vous dire, arrtez, mon-trez-moi. Mes amis ont t harcels et les gardes ont fouill toutes les photos quils avaient prises pour les supprimer.

    Dana : Cest paradoxal mais vous avez presque le sentiment de ne pas tre en scurit lorsque vous marchez en raison de la scurit. Vous vous sentez comme sur-veill, et vous ntes pas libre de faire ce que vous voulez, mme si cest un espace public.

    Adelita : Quelquun est-il all prs de l o nous avons laiss certains plexis ? Sont-ils toujours l ou ont-ils disparus ?

    Dana : Ils avaient disparu ds la premire nuit ! Je suis si due !

    Ali : Je suis all 4 heures plus tard Ramlet el Bayda et jai trouv quils taient tou-jours l. Je viens de voir Hamra, celui install au Picadilly.

    Adelita : Comme un processus, vous laissez quelque chose quelque part et quelquun dautre peut le prendre. Ils peuvent avoir une relation gratifiante avec lui lorsquils considrent que cest une chose trange quils rencontrent, ou lutiliser comme quelque chose de trs pratique, comme une table.

    Mariam : Ou ils se sentent vraiment offenss par lui et le jette la poubelle !

    Ali : Ils peuvent utiliser celui de Ramlet el Bayda comme une planche voile, jespre.

    [Rires]

    Adelita : Ils pourraient juste finir la dcharge. Quelquun la dcharge peut se demander Quest-ce que a peut bien tre?

    Adelita : Pour en revenir la notion de citoyennet, la raison pour laquelle jai pens utiliser une surface transparente et dessiner cette figure trs anonyme, cest essentiellement parce que vous pouvez devenir un fantme. Si vous vous trouvez dans un espace o la citoyennet ou la capacit dagir nest pas une question cen-trale dans lesprit des gens, vous devenez littralement des fantmes plutt que des tres humains dans un espace. Et donc les enjeux que vous avez dans la ville dans son ensemble deviennent moins impor-tants en quelque sorte. Pour moi, cest une rduction de la capacit dagir ou des notions de ce que signifie la citoyennet en tant que reprsentation fantomatique dune personne.

    Sasha : Jaime lide que ce soit phmre, mais personnellement, je ne voulais pas que mon plexi disparaisse. Je voulais quil reste pour un certain temps pour quun certain nombre de personnes puisse recon-natre sa prsence, et reconnaisse quune intervention a eu lieu et que cest un lieu qui invite une intervention. Pas nces-sairement, pour consacrer du temps la lecture de ce que jai crit, mais pour recon-natre le site, et quune activit sy droule.

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    Aprs la ligne darrive

    Vous trouverez ci-aprs des extraits de Dans le nuage, une publication produite parall-lement au film Aprs la ligne darrive (2015). Dans cette publication, Adelita Husni-Bey a retranscrit des sances enregistres avec un psychologue cognitif et comportemental (CBP) bas San Francisco, spcialis dans loptimisation des performances. Contrairement lopinion populaire, travailler en tant quartiste est un travail extrmement prcaire et qui est souvent mal pay. Cela laisse aussi cette profession le plus souvent des per-sonnes privilgies qui disposent dautres moyens de subsistance sur lesquels compter. Dans ces extraits, Husni-Bey discute de la ralisation du film Aprs la ligne darrive, ainsi que des pressions du travail sur le psychisme travers son exprience dune attaque de panique cause par le stress li au travail.

    AHB : Euh, je nen avais jamais eu aupar-avant et je ne savais pas ce que ctait. Je veux dire, cela na jamais t diagnostiqu mais je narrivais pas respirer et je suis tombe dans ma chambre dhtel. Jai essay darriver jusqu la fentre pour respirer, puis jai essay davaler un peu deau mais je ne pouvais pas avaler leau. La chose principale est que je ne parve-nais plus respirer et que mon corps tait compltement hors de contrle, je sentais quil ne ragissait pas du tout. Et dire que lanxit ou le travail ma amen cet tat. Ou du moins jai associ le fait que jtais surmene et stresse cet tat. Ctait vraiment intressant pour moi parce que beaucoup de mes uvres tournent autour de la question que cest super stressant et difficile de vivre sous le capitalisme. Et maintenant raliser cette uvre avait un effet sur moi. Jai donc fini par mallonger et me calmer et je me souviens avoir pens que jaurais pu mourir. Mais jtais calme, je ne savais pas quoi faire, jtais vraiment impuissante et jai pens que jaurais pu paniquer davantage mais je me sentais calme et puis mon cur a ralenti et jai pu respirer. Des mois aprs, jai continu avoir peur que cela ne se reproduise nou-veau. Depuis, jai juste essay dtre plus

    modre dans ce que je fais, mais lango-isse est toujours l si jai des choses faire.

    CBP : Parce que lanxit est trop grande ?

    AHB : Ouais, jai limpression de toujours me mettre dans une situation o il y a trop de choses faire et trop peu de temps, et donc je men veux pour a.

    CBP : Et votre exposition est quelle sujet?

    AHB : Cest quel sujet? Mon exposition est en partie sur la comptition.

    CBP : Oh !

    AHB : Et jai travaill avec des adolescents. Une grande partie du travail que je fais est dordre ducatif, ou base sur la pdagogie, donc jobserve des modles denseigne-ment de gauche. Et jessaie de travailler sur des ides avec des personnes plus jeunes. Dans ce cas, jai essay de travailler sur lide de comptition, parce que jtais tel-lement touche par a. Jai travaill avec un groupe de jeunes athltes qui avaient subi des blessures durant une compti-tion. Nous avons pass quelques semaines ensemble faire quelques sances pour essayer de dmler leurs sentiments et voir comment leurs blessures pouvaient tre individualises. Loin des sentiments

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    de culpabilit et de honte lis lchec, et voir comment surmonter ces senti-ments, mais aussi les relier ce qui les a amens dabord souhaiter le succs. Et cest, de faon systmique, le cur de la question. Et jessaie aussi de dmler mes problmes tant donn que je passe par le mme processus, ce qui rend notre con-dition commune mais jai limpression davoir perdu le sentiment, comme si jtais la recherche du sentiment quelque part, peut-tre sous un rocher.

    CBP : Eh bien, retournez en arrire.

    AHB : Recommencer ?

    CBP : Retournez en arrire, quand vous avez commenc le film, quel genre de sig-nification avez-vous voulu quil ait ?

    AHB : Euh, je voulais quil porte sur la comptition et sur la faon dont ces jeunes athltes sont concerns par la compti-tion. Et la fin, je veux que les athltes, aprs latelier que nous avons eu, soient en mesure de dire, daccord, nous sommes passs ensemble par ce processus, et nous avons parl de ce quest la comptition et nous nous sommes exprims ce sujet.

    Et puis je voulais arriver ce point o ils seraient capables de prendre des dcisions, ou de tirer des conclusions sur la faon dont leur dsir de participer la compti-tion a t produit politiquement. Comme nous sommes dans un milieu nolibral et bien quon puisse sentir que le dsir est interne, il nous est en fait impos du fait de la manire dont nous sommes struc-turs comme sujets transforms en per-sonnes. Certains dentre eux ont parl de la faon dont ils se sentent honteux ou coupables, ou affirm quils passent par un processus de gurison. Et lide tait de tenter de sortir de ce moule pour que nous puissions rflchir sur la gurison col-lective bien que je ne sache pas toujours ncessairement quoi cela ressemble.

    CBP : Ou comment les blessures sont des occasions de grandir.

    AHB : Oui, beaucoup dentre eux ont soulign cela mais nous avons ce rcit si profondment enracin en nous. Sur comment nous chouons, et puis com-ment nous avons besoin dtre plus fort, et de plus en plus froce, et meilleur, et plus efficace, et plus masculin etc. et cest

    Adelita Husni-BeyAprs la ligne darrive, 2015 Vido, couleur, son, 1239, anglais avec sous-titrage en arabe Avec laimable autorisation de lartiste et de Laveronica arte contemporanea

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    lindividualisation. Je suppose que cest l o lorigine de la comptition se trouve, en tant seul contre un autre ou mme comme une unit mais face ladversaire ou dautres la fois dans le processus de gurison ou de devenir. Cest une expri-ence trs isolante. Je suppose quune partie de ce processus suppose de nous apprhender comme des units spares, puis nouveau divises par des sphres de privilge, comme la classe sociale et la sexo-spcificit, etc. Bien sr mme si sur le plan pistmologique, ces diffrences nous aident comprendre, et donc faire de la politique.

    CBP : Et o avez-vous film cela ?

    AHB : Cupertino, dans une partie dsaf-fecte dun centre commercial, ce qui fait que le film nest pas un pure documentaire, mais relie les athltes cet espace symbol-ique, comme un signifiant de lconomie de march, peut-tre des formes un peu anci-ennes de lconomie de march. Mais ces processus prennent du temps, cest difficile dvaluer ds le dpart combien de temps ils vont prendre, do mon anxit.

    CBP : Mmmhmm, ce nest pas que vous ne travaillez pas, cest juste que votre efficac-it est difficile et votre processus nest pas un processus que vous pouvez organiser lavance. Ainsi, le fait davoir une date limite vous amne vraiment travailler intensment pour vous pousser savoir o vous voulez aller. Vous savez, chacun a une manire diffrente de travailler, et la beaut des expositions cest quelles ont une date limite trs claire. Et combien dexpositions avez-vous dj particip ?

    AHB : Wow. Hmm, dans le pass ?

    CBP : Mmmhmm

    AHB : Je pense que je suis plus ou moins active depuis 2007. Je dirais environ 13 expositions par an. Les nouveaux projets de cette ampleur, jen ai probablement trois quatre par an, et ils exigent beaucoup motionnellement et mentalement. Ils me poussent dans des directions auxquels je pense, et je suis contente du rythme, a me permet de continuer rflchir, mais cest toujours pnible cause de la quan-tit dnergie que jy mets. Et alors jai une crise danxit et je ne peux plus fonction-ner, a se rpte.

    CBP : Eh bien, a dure depuis longtemps.

    AHB : Oui.

    CBP : Et assez intensment, et tant donn que vous fonctionnez de cette manire, cela va prendre un certain temps pour changer votre modle en termes de niveau de rponse. Parce quune des choses comprendre, cest quest-ce qui dans lanx-it vous aide et vous fait mal.

    AHB : Mmm, mais nest-ce pas une partie du sentiment? Peut-tre que nous navons pas un language pour cette fluidit des affects.

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    Extraits des textes suivants

    Ivan Illich, Deschooling Society, Marion Boyars Publishers Ltd; New edition (July 1, 2000)Paulo Freire, Pedagogy of the Oppressed, Penguin Education, Penguin Group (CA); 2nd edition (January 1, 1996)Judith Suissa, Anarchism and Education, a Philosophical Perspective, Routledge International Studies in the Philosophy of Education (Numbered) (Book 16), PM Press; 2nd edition (September 15, 2010)

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    Ard : La Loi dintrt public

    Entre 2013 et 2014, Adelita Husni-Bey a collabor avec les activistes Nazly Hussein et Salma El Tarzi ainsi quavec lurbaniste Omnia Khalil sur latelier et le film Ard. Ard (Terre) a runi les rsidents de Gezirat al-Qursaya et de Ramlet Boulaq, dont les moyens de sub-sistance ont t menacs par un plan de renouvellement urbain de proportions piques, Le Caire 2050. Fournissant aux groupes une maquette illustrant leurs quartiers dans le futur une fois que le dveloppement aura eu lieu Husni-Bey et les rsidents de ces quartiers ont discut de la loi quAbdel Fattah el-Sisi avait lintention dutiliser pour pous-ser le plan de lavant. Ci-aprs des extraits de cette loi, appele la Loi dintrt public :

    Article I : Lexpropriation de proprits pour lintrt public.

    Article II : Lintrt public dfini comme :- Premirement ; la construction de routes, rues, ou leur largissement; modification, le pavage, ou la construction de quartiers compltement nouveaux.

    - Deuximement ; les projets de drainage sanitaire et les projets hydrauliques.

    - Troisimement ; les projets dirrigation et de drainage.

    - Quatrimement ; les centrales lectriques. - Cinquimement ; la construction de ponts

    et de leurs voies de surface, de bretelles daccs, de voies infrieures et les modifi-cations relatives.

    - Siximement ; les projets de transport.- Septimement ; lamlioration des infra-

    structures urbaines et rurales.- Huitimement ; toutes les activits qui sont

    considres comme tant dintrt public en vertu de toute autre loi.

    Dautres activits dintrt public peuvent tre ajoutes en vertu darrts pris par le conseil des ministres.

    Les proprits situes lextrieur du plan initial peuvent tre expropries si lentit responsable dcide que cela est ncessaire, ou parce que leur tat actuel, esthtique-ment, nest pas conforme lamlioration demande.

    La dfinition de lintrt public est con-forme au dcret prsidentiel.

    Adelita Husni-BeyArd, 2014Vido, couleur, son, 2320, arabe avec sous-titrage en anglaisAvec laimable autorisation de lartiste et de Laveronica arte con-temporanea

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    Adelita Husni-BeyNe en 1985 Milan en Italie Elle vit et travaille New York, aux tats-Unis

    Adelita Husni-Bey organise des ateliers, sminaires, publications, mis-sions de radio, des archives et des expositions axs sur lutilisation de modles pdagogiques collectivistes, non-comptitifs dans le cadre dtudes urbaines. Au cours de ses dix ans de travail comme artiste et pdagogue, Husni-Bey a travaill avec des activistes, des juristes, des co-liers, des potes, des tudiants, et des enseignants sur la comprhension de la complexit de la collectivit. Pour faire bien ce qui ne peut jamais tre bien : ce que nous devons lautre.

    Parmi ces expositions rcentes : Movement Break, la Fondation Kadist, San Francisco, 2016 ; Undiscovered Worlds, New York High Line, New York, 2015 ; Really Useful Knowledge, Muse de la Reina Sofia, Madrid, 2014 ; Utopia for Sale? Muse MAXXI, Rome, 2014 ; et Playing Truant, Gasworks, Londres, 2012.

    uvres exposes

    Twin Gallery 1

    Aprs la ligne darrive, 2015 Vido, couleur, son, 12 min 39 sec, anglais avec sous-titrage en arabeAvec laimable autorisation de lartiste et de Laveronica arte contemporanea

    Twin Gallery 2

    Une Vague dans le puits, 2016Photographies provenant de latelier Une Vague dans le Puits , anim par lartiste en collaboration avec NAHNOO, qui a eu lieu en aot 2016, dans diffrents lieux, Beyrouth.7 impressions jet dencre sur papier, 2016Avec laimable autorisation des auteurs participantsProduction : Muse Sursock Conception de latelier : Adelita Husni-BeyPhotographies par : Christopher BaakliniAuteurs participants : Mariam El-Amin, Dana Harake, Lina Hassoun, Hala Itani, Marcelle Khatib, Adel Nehme et Ali Sharara.

    Ard, 2014Vido, couleur, son, 23 min 20 sec, arabe avec sous-titrage en anglaisAvec laimable autorisation de lartiste et de Laveronica arte contemporanea

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    Une Vague dans le puits fait partie dune srie dexpositions dans les Twin Galleries, prsentant des travaux rcents de jeunes artistes mergeants.

    Muse SursockRue de lArchevch Grec OrthodoxeAshrafieh, Beyrouth, Libanwww.sursock.museum