A Tibetan Verb Lexicon: Verbs Classes and “absolutif” et “ergatif” entre guillemets comme...

download A Tibetan Verb Lexicon: Verbs Classes and “absolutif” et “ergatif” entre guillemets comme s’ils

of 21

  • date post

    02-Mar-2019
  • Category

    Documents

  • view

    213
  • download

    0

Embed Size (px)

Transcript of A Tibetan Verb Lexicon: Verbs Classes and “absolutif” et “ergatif” entre guillemets comme...

Compte Rendu1 Nathan Hill, CambridgePaul G. Hackett. A Tibetan Verb Lexicon: Verbs Classes and Syntactic Frames.Ithaca: Snow Lion Publications, 2003. xiv + 209 pages. $29.95. ISBN 1-5539-196-0

tude systmatique de la syntaxe Tibtaine na commenc quetrs rcemment. Ce livre est donc un vnement trs attendu. Ladmarche de ltude de M. Hackett sur la syntaxe tibtainesinspire au dpart de la linguistique informatique et de latraduction automatique. Les lecteurs de son livre seront vraisemblablementdes tres humains et non pas des machines. Par consquent, il sembletrange que son approche de la grammaire tibtaine suive cette perspective.Ntant pas un linguiste, et certainement pas un linguiste avec desinclinations informatiques, je ne peux valuer la contribution substantielleque ce travail apporte telle ou telle thorie. Je me limiterai plutt unediscussion de la faon dont il contribue ou non une comprhensioneffective de la grammaire tibtaine.En ltat actuel des recherches sur la syntaxe tibtaine beaucoup dequestions de base restent encore sans rponse. Il et t plus utile queHackett consacrt ses efforts ltablissement des ralits de la syntaxetibtaine, et moins de temps aux questions de traduction du tibtain enanglais. Une analyse factuelle de la grammaire tibtaine devrait tre unpralable toute traduction saine, particulirement pour ce qui est destraductions effectues par une machine manquant de Sprachgefhl.Lauteur a choisi pour son corpus exclusivement des textesbouddhiques dont la plupart sont traduits du Sanscrit. On peut se demandersi la description grammaticale dune langue peut effectivement tre faite enutilisant de telles sources. Il serait peut-tre plus simple de commencer avecdes textes narratifs. Si la grammaire anglaise ntait pas dj bien tudie,serait-ce une bonne ide que de la dcrire exclusivement avec destraductions de Hegel? Ce choix est dautant plus regrettable que le corpusphilosophique sanscrit est en train dtre tudi lexicographiquement par J.S. Negi (1993-) de pair avec la rdaction de son dictionnaire exhaustiftibtain-sanscrit. Enfin, daprs moi, la forme verbale la plus intressanteaussi bien dans le domaine morphologique que syntactique est certainementlimpratif. Or les impratifs se trouvent rarement dans la littraturephilosophique si on la compare la littrature narrative. En fait, je ne trouveaucun impratif dans le dictionnaire mais je nai pas lu chaque lemme. Silnest pas erron en soi dtudier la syntaxe verbale dans une telle littrature,ce nest nanmoins pas du tout le choix naturel.Un regard sur sa bibliographie montre une faiblesse particulire dansles rfrences la littrature tibtologique.2 Les deux livres jusqu'iciconsacrs ltude de la syntaxe tibtaine (Tournadre 1996, et Zimmerman1979) semblent avoir chapp Hackett. En particulier, le travail deZimmerman aurait mrit dtre consult parce que Zimmerman s'intressegalement la linguistique thorique. En fait, la bibliographie ne contient 1 Je tiens remercier ici Guillaume Jacques, Marianne Ginalski, et Raja Haddadpour leurs corrections du franais, et Bettina Zeisler pour ses remarques.2 Le Thumi dgongs gter par Dorje Wangchuk Kharto est donn sans date dans labibliographie, or le livre date de 1979.

L

Compte-rendu 79que des ouvrages en anglais, lexception de trois dictionnaires tibtain-tibtain (en fait seulement deux, vide infra). S'il ne peut pas consulter lestravaux susmentionns, au moins aurait-il d consulter les travaux deTournadre en anglais, ainsi que le compte rendu de Zimmerman par Miller(1982, en anglais) qui explique clairement certains problmesmthodologiques avec la linguistique thorique. Le seul prdecesseurquil ait consult est Wilson (1992). Cette dcision tait certainement uneerreur. Wilson et Hackett ont dcid de suivre la tradition tibtaine sur lenombre de cas en Tibtain. La tradition indigne grammaticale numre huitcas en imitant les huit cas du Sanscrit. Malheureusement, les systmesdinflexion nominale des deux langues ne sont pratiquement pas du toutcomparables. Hackett et Wilson donnent les cas suivants: 1. nominative(ming tsam), 2. objective (las su bya bai sgra), 3. agentive (byed sgra), 4.beneficiary/purposive (dgos ched kyi sgra), 5. originative (byung khung kyisgra), 6. connective (brel sgra). 7. locative (rten gnas kyi sgra), 8. vocative (bodsgra) (Wilson 1992: xii). Leur choix de maintenir dans certains cas lestermes traditionnels latins et dans les autres de calquer le terme tibtainreste totalement arbitraire. On se demande pourquoi namitive etcallitive ne sont pas prfrables nominative et vocative quandbeneficiary/purposive remplace le terme plus simple et mieux connu dedatif. Sur son choix terminologique Wilson dit:

What I wish specifically to avoid in the traditional Westernapproach to Tibetan is the use of Latin grammaticalcategories, for example the use of the terms accusative,instrumental, dative, ablative and so on as names of the Tibetandeclensions. These came into Western grammars of Tibetanby way of Western grammars of Sanskrit. The rationale forusing these terms for Tibetan is clear and seems sensible but,in fact, is not. Sanskrit and Latin are both Indo-Aryanlanguages; they share a common root, and thus aregrammatically similar. Tibetan, however is a member ofthe Tibeto-Burman group of languages, a group not related tothe Indo-Aryan group. (xxx italiques dans loriginal)Il crit indo-aryen quand il veut crire indo-europen, et les languesgntiquement lies ne sont ncessairement grammaticalement semblables.Par exemple, le galique et le npalais sont tous deux des langues indo-europennes mais ne sont pas proches par leur structure grammaticale. Maisce nest pas suffisant de changer les noms des cas : il faut aussi en modifierlanalyse. En donnant la mme analyse, mais avec un changementterminologique, Wilson ne fait que confondre sa description.Par contre Hackett dit:

Some scholars have objected to the uses of Sanskrit or Latinequivalent grammatical terms in reference to Tibetanlinguistic categories. I do not consider their objections to besubstantially grounded... I will use these Latinate terms freelyin the body of this text (xiii n. 2)

Revue dEtudes Tibtaines80

Evidemment, ces chercheurs sont anonymes et leurs arguments nencessitent pas une rfutation. Les sentiments de Hackett et Wilson sontdonc tout fait diffrents, bien quils donnent exactement la mmedescription. Il est clair que ces auteurs nont pas tudi le Latin. Le castibtain appel nominative par Hackett et Wilson serait traduit en Latinpar un accusatif dans la moiti des occurrences.Le rapport entre le systme casuel Latin et Tibtain est bien expliqupar Giradeau dans la prface de son dictionnaire Latin-Tibtain. Sonexplication est aussi la premire explication correcte de lergativit enTibtain. Concernant le cas nominatif il crit : 1. Nominativus simplex est vocabulum ipsum sineadditamento, vel cum particulari ephatica ni.Si est subjectum verbi, cui adest complementum,scribitur cum signo instrumentali : V. g. nominativussimplex : bdag po yin dominus est ; dpon pos yi ge bri dominusscripturam exarat.Nominativus qui facit actionem verbi habentiscomplementum, ceu nominativus instrumentalis aut agens,notatur variis signis, juxta sequentes regulas(1916 : ivitaliques et type en gras dans loriginal).Et sur laccusatif, il crit :

5. Accusativus vel nullum signum habet, vel utiturla prsertim post verba indicantia mentis operationes : V. g.shing rmo agrum arare : pa ma la dga parentes amare (1919 : vitaliques et type en gras dans loriginal).Hackett consacre une petite section la description de lergativit. Ilexplique brivement mais clairement ce quest lergativit. Mais malgr cettedescription, il appelle toujours absolutif le nominatif. Il donne mme lestermes absolutif et ergatif entre guillemets comme sils taient moinsprcis. Il est ainsi surprenant de lire une phrase comme In addition, ClassV verbs take their objects in the nominative (4). Le terme absolutif estdj un classique employ dans les descriptions des langues ergatives, et jene vois aucune raison pour ne pas lemployer en Tibtain. Quant au sujetqui consiste donner des tiquettes une structure grammaticale, vanDriem (2001: 649) dit sagement:

The advantage of any conventional label is that it has atradition of application to a more or less well-defined set ofanalogous, albeit non-equivalent grammatical categories.Par contraste, Hackett (en suivant Wilson) maintient des tiquettes latinesquand il nexiste pas danalogue bien dfini et innove ainsi sans aucuneraison.

Compte-rendu 81Il semble que nos deux auteurs pensent que les grammairiensindignes ont raison du fait mme quils sont indignes. Il faut noter que latradition tibtaine grammaticale nest pas vraiment indigne au sens o la

grammaire de Pini ou de Fujitani Nariakira (1738-1779) est indigne. Lesystme sanscritique dcrit parfaitement bien la langue sanscrite mais nedcrit pas bien le Tibtain ni le Franais, ni aucune autre langue. Lephnomne qui consiste dcrire une langue comme si elle en tait uneautre est relativement commun. On peut citer lexemple classique du grecpar rapport au latin. Le nom du cas accusatif (accusativus du verbe accuso) estune traduction du mot grec du mot (lui-mme de demander) qui signifie dans ce cas une cause mais peut signifier aussiune accusation. Mais les grammairiens latins lont traduit paraccusativus bien que sa fonction nait aucun rapport avec laction daccuser(Allen et Greenough 338). galement, quand le savoir hollandais arriva auJapon, les grammairiens japonais quittant leur tradition propre dcrivirentleur langue comme sil sagissait du Nerlandais (Miller 1975: 1249-53). Leslangues indo-europennes comme le sanscrit sont radicalement diffrentesdes langues tibto-birmanes et cest simplement une erreur que de dcrire letibtain comme sil sagissait du sanscrit.Le choix de la tradition grammaticale tibtaine danalyser labsolu