5 Analyse stylistique des Sermons de Fatima al-Zahrâ'...

of 210 /210
5 Analyse stylistique des Sermons de Fatima al-Zahrâ' (p) Compilé,traduit, annoté et édité par : Abbas Ahmad al-Bostani Publication de la Cité du Savoir Première édition Mars 2013 (Version électronique) Éditeur Abbas Ahmad al-Bostani (La Cité du Savoir) C.P. 712 Succ. (B) Montréal, Qc., H3B 3k3 Canada E-mail : [email protected] [email protected] [email protected] Site internet : http://www.bostani.com Isbn : 978-2-922223-49-1 © Copyrights : Tous droits réservés

Embed Size (px)

Transcript of 5 Analyse stylistique des Sermons de Fatima al-Zahrâ'...

  • 5

    Analyse stylistique des Sermons de Fatima al-Zahr' (p)

    Compil,traduit, annot et dit par : Abbas Ahmad al-Bostani

    Publication de la Cit du Savoir

    Premire dition Mars 2013

    (Version lectronique)

    diteur Abbas Ahmad al-Bostani

    (La Cit du Savoir) C.P. 712 Succ. (B)

    Montral, Qc., H3B 3k3 Canada

    E-mail :

    [email protected] [email protected] [email protected]

    Site internet :

    http://www.bostani.com

    Isbn : 978-2-922223-49-1 Copyrights : Tous droits rservs

  • 6

    ******************* Table des Matires

    Notes explicatives de l'diteur : Le miracle littraire du Noble Coran et l'infaillibilit littraire du Sermon de Fatimah al-Zahr' (p) .................................................... 6 L'analyse stylistique du 1er sermon de Ftimah al-Zahr (p)....................................................................... 38 Sermon 2 : Le Texte du sermon ........................................ 122 L'analyse du sermon 2 ............................................... 132 Le Texte du : Sermon 1 ............................................... 162

    ********* ******** Notes explicatives de l'diteur Le miracle littraire du Noble Coran et

    l'infaillibilit littraire du Sermon de Fatimah al-Zahr' (p)

    Bismihi Ta'l Allah le Sublime a dot chaque prophte d'un miracle pour qu'il prouve la vracit de sa mission divine et que les gens prennent conscience de l'existence de Dieu, de Sa Toute-Puissance et de Ses autres attributs. Et il n'est pas fortuit que le miracle du dernier Prophte, le sceau de la Prophtie - le Message divin final - soit de nature littraire, en l'occurrence, le noble Coran. Mais

  • 7quelle est l'importance ou la particularit de cette nature littraire du dernier Livre divin ? La fonction de la littrature ou de l'art littraire est de rendre visible ce qui ne sauterait pas aux yeux normalement, perceptible ce qui pourrait passer inaperu, de nous faire prendre conscience de ce dont sommes souvent inconscients, de frapper notre imagination, de nous pousser la rflexion et la mditation. Et comme disait Paul Valry, la littrature ou l'art littraire est "le dveloppement de certaines proprits du langage" afin que celui-ci soit plus pntrant et touche le trfonds du lecteur. Or, on sait qu'en pdagogie, dans tout apprentissage la charge affective est un facteur trs important dans la perception et la fixation de la matire enseigne ou du message communiquer. Et vu que la littrature se dfinit comme tant l'usage esthtique du langage, l'esthtique joue un rle essentiel dans l'engendrement de cette charge affective. L'homme n'est pas une entit purement pensante ou intellectuelle; il a des dimensions spirituelles, mtaphysique, sensorielle etc. Il a une me et un cur qui ne participent pas de l'intellect et qui ont leur propre univers, leurs propres activits, leurs propres vrits et leurs propres "sens" immatriels. Le Message final divin pour l'humanit doit donc toucher toutes les dimensions de l'homme pour qu'il puisse en saisir et percevoir toute la porte. De l le choix du sommet de l'art littraire qui caractrise le dernier Livre divin.

  • 8Le sermon de Fatima al-Zahra (p) est un chef-d'uvre littraire porteur d'un message universel aussi bien pour les Musulmans de son poque que pour la umma tout au long de son futur. De mme qu'il est inconcevable de parler du mrite du noble Coran sans voquer son aspect littraire, de mme il est difficile de saisir la valeur du sermon de la fille du Prophte (P) sans jeter un regard scrutateur sur le rle primordial de l'art littraire qui le sous-tend. Malheureusement, si d'innombrable auteurs et savants ont expliqu et comment le contenu smantique et conceptuel de ce sermon, rares sont ceux qui en ont abord l'aspect littraire, car pour pouvoir procder l'analyse et l'tude de cet aspect il faut avoir une formation pousse dans ce domaine. L'auteur du prsent essai possde pleinement cette qualification en plus de sa haute comptence dans les diffrentes sciences islamiques, ce qui lui a permis de nous rvler des significations et des subtilits aussi bien rhtoriques et esthtiques que conceptuelles et smantiques qu'on ne trouve pas ailleurs. Par exemple, aprs avoir expliqu d'abord que le sermon dbute par un exorde ou une formule de commencement ou d'ouverture de tout discours, sermon, lettre etc, que l'Islam avait introduite et qui consiste en la prsentation des louanges Allah d'une part, et la prononciation des Deux

  • 9Attestations de foi islamique1, de l'autre, l'auteur s'applique nous montrer quelques aspects de l'art avec lequel la noble Fatimah (p) a dispos les douze premires phrases ou units linguistiques de la premire partie de l'exorde de son discours, le pourquoi de cette disposition et son rapport avec le message qu'elle voulait transmettre. Il nous fait remarquer que ces douze units linguistiques sont reparties en quatre groupes (de trois phrases homognes), diffrents aussi bien par la forme que par le contenu. A) Dans le premier groupe de trois phrases la noble Fatima (p), prsente de trois manires les louanges Allah pour Ses bienfaits :

    1-(Louanges Allah pour les bienfaits qu'Il nous a prodigus)2 Alhamdu lillhi al m anama 2- (Remerciements Lui pour ce qu'Il nous a inspir)3 Wa lahu-ch-chukru al m alhama 3- (doubles louanges Lui pour ce qu'Il nous a offert avant mme de l'avoir mrit)4 Wa-th-thanu bi-m qaddama

    1"Ach-hadu anl ilha illllh wa ach-hadu anna Muhammadan abduhu war asluhu" (J'atteste qu'il n'y a d'autre divinit qu'Allah et j'atteste que Muhammad est son serviteur et Messager).

    2 3 4

  • 10B) Dans le second groupe, elle dcrit de trois manires les bienfaits d'Allah : 1-De tous les bienfaits dont Il a commenc nous faire grce sans contrepartie de notre part5 Min ummi niamin ibtadh 2-Pour la plnitude des bienfaits redoubls qu'il nous accorde6 Wa subghi lin asdh 3-Et pour l'intgralit des grces qu'il n'a cess de nous offrir7 Wa tammi minanin wlh C) Dans le troisime groupe elle souligne l'immensit de ces bienfaits : 1- (bienfaits) dont le nombre infini ne saurait tre dcompt8 jamma an-il-ihi adadah 2- et dont l'infinit chappe toute possibilit de compensation9 Wa na an al-jazi amadah 3- Et dont l'ternit dpasse la perception (ou l'entendement)10

    5 6 7 8 9

  • 11Wa tafwata an al-idrki abadah

    D) Dans le quatrime groupe, elle nous dit de trois manires qu'Allah demande Ses serviteurs de Le remercier et de faire dire Ses louanges pour qu'Il continue et augmente Ses bienfaits : 1- Et Allah les (Ses serviteurs) a incit L'en remercier pour qu'Il continue les (Ses grces) leur prodiguer infiniment11 Wa nadabahum li-stizdatih bi-ch-chukri li-t-tilih 2- Et Il a demand aux cratures de Le louer pour qu'Il les augmente12 Wa-s-tahmada il-l-khaliqi bi-ijzih 3-Et Il les a pousss obtenir autant de grces dans l'au-del13.14 Wa than bi-n-nudbi il amthlih Concernant la forme, comme on peut le voir, la symtrie et l'harmonie constituent un trait marquant dans les quatre groupes et les douze phrases qui les composent. Chaque groupe se distingue par des finales identiques (rimes) : A : 1- anama, 2- alhama, 3- qaddama

    10 11 12

    13 Ou selon une autre interprtation : Il leur a demand d'obtenir encore de meilleures grces.

    14

  • 12Alors que la rime de chaque groupe diffre de celles des autres : A : ama, B: h, C- adah, D: ih Ainsi, de mme que le thme (contenu) change d'un groupe l'autre, comme nous l'avons indiqu plus haut, de mme la rime et les rythmes (forme) changent d'un groupe l'autre, comme on vient de le voir. L'auteur qui s'tait dj pench d'une manire exhaustive sur les diffrents aspects ou branches de l'art littraire aussi bien dans le noble Coran que dans les diffrents textes (sermons, lettres, du'', hadiths etc) des Quatorze infaillibles15, souligne que dans ces Textes scripturaires il n'y a jamais de synonymes ni rptitions dans une mme situation partielle, et nous montre qu'il en va de mme dans cette partie de l'exorde dont nous traitons ici. En effet, on peut remarquer que dans ces douze phrases qui abordent pourtant un thme bref (les louanges Allah) aucun mot (substantif, verbe, adjectif) ne se rpte, y compris le mot Allah qui constitue cependant le centre de ce thme, et dont la rptition est vite artistiquement par le recours subtil aux pronoms possessifs, pronoms personnels complments d'objets et indirects etc16.

    15 Les Quatorze Infaillibles sont : Le Prophte (P), sa fille, Ftimah al-Zahr' et les Douze Imams d'Ahl-ul-Bayt (p). 16 Voici la liste des mots lexicaux (noms, verbes, adjectifs) qui composent les douze phrases de la premire partie de l'exorde, dont aucun ne se rpte :

  • 13Quant l'absence de synonymes, s'il est difficile pour un lecteur moyen de la remarquer dans le texte arabe du sermon, il est quasi inconcevable dans le texte franais. Car en effet, si par exemple, on recherche la traduction des mots "hamd", "chukr", " than' " (A 1,2,3) qui commencent respectivement les trois premires phrases de l'exorde dans les dictionnaires ou dans les diffrents textes o ils figureraient, on constate que souvent, ils sont traduits les uns et les autres indiffremment par "louange", "remerciement", "loge" etc, c'est--dire qu'ils sont conus comme des synonymes. Alors que l'auteur nous fait apparatre les nuances subtiles et trs significatives qui les distinguent et dont l'importance et l'utilit se rvlent dans la partie qui suit de l'exorde et du sermon. Il nous fait dcouvrir par exemple que le mot " than' " (A 3) qu'on traduit gnralement par "louange, loge etc" tout comme "hamd", a la mme racine que le mot "ithnayn" (deux), et signifie "double louange" ou "louange redouble", qui concorde et s'harmonise avec le mot " l' " qui apparatra dans le deuxime groupe (B 3) et qui signifie "doubles bienfaits", marquant une (Alhamdu), (li-llhi), (anama), (chukru), (alhama), (thanu), (qaddama), (ummi), (niamin), (ibtadh), (subghi), (l), (asdh), (tammi), (minanin) (awlh), (jamma), (ihi), (adadah), (na), (jazi), (amadah), (tafwata), (idrki), (abadah), (nadabahum), (istizdatih), (chukri), (ittilih), (istahmada), (khaliqi), (ijzlih), (than), (nudbi), (amthlih)

  • 14nuance significative, l aussi, avec le mot "ni'am" (B 1) qui signifie "bienfaits" tout court17.

    17 L'auteur nous montre un exemple plus significatif de l'absence de synonymes dans le passage suivant du sermon, o sont dpeints certains aspects de la personnalit du Prophte (P), et relats sa slection comme Messager par Allah le Sublime auprs de l'humanit:

    Il l'a choisi et lu avant de le missionner ikhtrahu wa-ntajabahu qabla an arsalahu

    et Il l'a slectionn avant de l'avoir envoy

    wa-tafhu qabla an ibtaathahu Et Il l' nomm avant de l'avoir cr

    wa sammhu qabla an ijtabhu Dans ce passage le sermon a utilis des mots prcis qui sarticulent autour du sens de la slection (ou pour exprimer la slection), mais qui diffrent les uns des autres, ce qui dcle linfaillibilit linguistique de de Fatima (p). Ces mots (ikhtrahu, intajabahu, ijtabhu, itafhu) qui paraissent avoir des significations semblables ou mme des synonymes pour un lecteur ordinaire, ont chacun un sens diffrent des autres. Ainsi likhtiyr infinitif de ikhtrahu drive de ce qui est khayr / bien, itif renvoie ce qui est limpide ou pur, ijtib cest faonner une chose la nature inne de lhomme, et intijb vient de najb cest--dire ce qui est prcieux dans une chose, ou ce qui a une grande valeur et ainsi de suite. Par ces nuances, l'auteur du sermon vise montrer que le Prophte (P) incarne la puret sur tous ses plans, sous tous ses aspects, tous ses niveaux et dans toutes ses sortes, et que ces traits divers dans sa personnalit et son envoi vers lhumanit, arm de telles nobles qualits indiquent quAllah a observ en lui les vertus tous les niveaux, puis la missionn auprs de lhumanit. Il ne fait pas de doute que cette slection fonde sur ces nobles caractristiques a trait aux positions et vnements qui se dessinent, en plus du fait que le Message lui-mme requiert ladite slection pour servir de bon modle aux autres.

  • 15Cette symtrie entre (A1, A2) et (B1, B2) dans la structure architecturale de l'exorde qu'on retrouvera souvent ne dnote pas seulement la beaut et l'esthtique du style, mais joue, comme on aura l'occasion de le constater, un rle dans la transmission du message dont l'exorde est porteur. On peut rsumer le contenu de cette partie de l'exorde comme suit : "Nous faisons les louanges d'Allah pour Ses diffrents bienfaits, bienfaits qu'Il nous accorde de diffrentes faons, et qu'il nous est impossible de compenser ou d'en connatre les limites, et Il nous demande de L'en remercier pour qu'Il les augmente". En exprimant ces notions sous forme de douze noncs repartis en quatre groupes, la noble Fatima visait vraisemblablement marquer une progression dans la prsentation de son message, afin que ces notions injectes petites doses montantes pntrent mieux et se fixent bien dans la conscience de ses interlocuteurs. C'est comme si quelqu'un exprime sa reconnaissance envers son bienfaiteur de la faon suivante : -Je le remercie des services qu'il m'a rendus -Je le remercie du fond du cur des grands services qu'il m'a rendus -Je ne sais pas comment le remercier d'avoir augment les services rendus -Je ne trouverais jamais assez de mots pour le remercier d'avoir continu augmenter les services rendus

  • 16Cette faon progressive de prsenter les choses nous fait mieux prendre conscience et de la profondeur de la reconnaissance de l'oblig envers son bienfaiteur, et de la grandeur des services rendus par ce dernier. En fait, la progression est un autre trait marquant du sermon. On la retrouve tout au long de celui-ci. Car toutes les parties du discours et tous les thmes qui y sont abords servent de prmisses la conclusion que Fatima al-Zahra vise tirer et au message final qu'elle entend dlivrer. Et comme nous le fait remarquer l'auteur de cet essai, le sermon ressemble une structure architecturale montante, dont les parties sont organiquement lies et convergent en montant vers le thme principal. Fatimah al-Zahra a exploit mme ce prambule afin de rappeler ses auditeurs le pouvoir califal et leurs soutiens, composs d'Emigrants18 et de Partisans19 - l'immensit des bienfaits qu'Allah leur avait prodigus, pour mieux leur reprocher vers la fin de son discours leur manque de reconnaissance envers leur Bienfaiteur, en ne respectant pas la volont et le testament de Son Prophte (P) Notons que le sermon de Fatima plane autour de deux sujets principaux, ou plus exactement un thme principal et un secondaire : l'usurpation de

    18 migrants, Muhjirne 19 Partisans : Anr

  • 17la proprit de Fadak, cadeau20 et legs du Prophte (P) laisse en hritage sa fille chrie, Fatima (p), et l'usurpation du droit exclusif des Ahl-ul-Bayt (p), commencer par l'Imam Ali (p) au califat ou la succession du Prophte (P). Le sermon s'adresse donc ceux le pouvoir califal et ses tenants- qui ont usurp ces deux droits et ont priv ainsi Fatimah (p) et l'imam Ali (p) d'en jouir conformment la Volont d'Allah, exprime par son Prophte (P). Alors que pour un lecteur non averti, le sujet central du sermon est l'usurpation de Fadak, et celui de l'usurpation du califat est accessoire, l'auteur du prsent essaie nous apprend que c'est le contraire qui est vrai, savoir que le souci principal et la proccupation centrale de la fille du Prophte (P) est la privation de l'Imam Ali (P) de son droit inalinable succder immdiatement au Messager d'Allah (P) aprs sa disparition. Il nous explique, en effet, que si pour le pouvoir califal, priver les successeurs lgitimes du Prophte (P), de la proprit de Fadak, c'est priver un adversaire et un concurrent en puissance, d'une source financire et conomique importante, donc d'une arme redoutable et redoute, pour Fatima al-Zahra (p) et les Ahl-ul-Bayt(P), investis de la mission divine de poursuivre l'uvre du Prophte (P) et de

    20 Ftimah al-Zahr' (p) avait affirm que Fadak tait un cadeau que le Prophte (P) lui avait fait de son vivant, mais Ab Bakr ayant refus le tmoignage de l'Imam Ali et d'autres Compagnons avec lui cet gard, la fille du Messager d'Allah (P), s'est abstenue dans ce sermon de soulever cet aspect de Fadak, se contentant de le rclamer en tant qu'hritage, ce droit tant une des vidences de la Religion.

  • 18prserver l'intgrit du Message de l'Islam, les biens matriels et tous les attraits de ce monde ne valent pas un sou, ou comme le disait l'Imam Ali (p), valent moins que "le pet ou l'ternuement de chvre" (ou en franais : "pet de lapin"21 22. Et comme beaucoup de textes scripturaires le soulignent, les Ahl-ul-Bayt (p) n'ont pas t crs pour ce bas-monde, mais c'est ce bas-monde qui a t cr pour eux et cause d'eux. La sainte Fatimah met donc en avant, l'usurpation de Fadak, sujet personnel, concret et affectif pour tout le monde, et facile en dmontrer l'injustice, par le recours massif au tmoignage du noble Coran, et ce afin de l'utiliser comme tremplin vers sa proccupation principale qui touche de trs prs le prsent et l'avenir du Message de l'Islam, savoir l'usurpation du califat ou la tentative de supprimer l'Imamat, prolongement naturel de la Prophtie. L encore, le passage de l'usurpation de Fadak l'usurpation du califat s'inscrit dans l'art du recours la progression dans la prsentation du message de la noble Fatimah. Il incarne la puret sur tous ses plans, sous tous ses aspects, tous ses niveaux et dans toutes ses sortes.

    21 a ne vaut pas un pet de lapin : cela n'a aucune valeur. 22 Le sermon connu sous le nom de "Chaq-chaqiyyah" :

    ...

  • 19Un autre trait saillant du sermon de la fille chrie du Prophte (P) est la prsence massive du noble Coran et l'art d'intgrer les concepts, les mots, les expressions, les termes et les citations coraniques dans son discours. A tel point qu'il serait mal comprendre ou saisir ce sermon que de ne pas remarquer cette prsence imposante pour un esprit veill ou un oeil scrutateur. On pourrait mme parler de l'art d'utilisation du Coran par Fatimah al-Zahra dans son sermon. Cette utilisation prend plusieurs formes. Tout d'abord on peut dire qu'un mot coranique ou driv d'un terme coranique n'est presque jamais absent dans ses phrases. Et ce tel point que les interprtes et commentateurs du sermon de Fatimah se rfrent souvent au Coran pour trouver la signification possible ou exacte d'un tel ou tel autre mot quivoque, d'un tel ou tel autre nonc polysmique23. Des exemples comme celui ci-dessous o elle interpose l'extrait d'un verset coranique, comme proposition subordonne, entre deux fragments de son discours, sont frquents : (vous tiez) serviles et bannis, craignant de vous faire enlever par des gens 24 autour de vous.

    23 A titre d'exemple, j'ai pris un passage de quatre lignes (30 mots) du sermon, expliqu par le savant al-Anr al-Tabrz, un des principaux interprtes de ce sermon, et j'ai not que ce dernier s'est rfr 40 fois au Coran pour expliquer les significations, les mots et les concepts que renferme ce passage. Cela nous donne une ide de la densit de la prsence du Coran dans ce sermon. 24 Segment du verset coranique (sourate al-Anfl / Le Butin) : 26. Et rappelez-vous quand vous tiez peu nombreux, opprims sur terre, craignant de vous faire enlever par des gens. Il vous donna asile,

  • 20Elle excelle ensuite dans l'art d'intgrer parfaitement un verset coranique ou un fragment de verset dans son discours ou entre ses phrases sans transition et sans liaison de sorte qu'on ne remarque pas qu'il s'agisse d'un lment extrieur ou d'une citation. En voil quelques illustrations : Dans les deux ou trois lignes suivantes, la parole de Fatimah emprunte des fragments de deux versets coraniques diffrents sans qu'on ne s'aperoive de rien : " Chaque annonce arrive en son temps et en son lieu, et bientt vous saurez."25 "sur qui s'abattra un chtiment qui l'avilira; et sur qui se justifiera un chtiment durable." 26 Et dans le passage suivant, Fatimah al-Zahra (p) extrait le fragment d'un verset coranique qui traite d'un sujet diffrent de celui qu'elle aborde ici, fragment qui par contre s'intgre parfaitement dans son texte et y fait corps. "Vous avez accouru (vers le califat) en prtendant que ctait par crainte de la sdition. "Or, c'est bien dans la sdition qu'ils

    vous renfora se Son secours et vous attribua de bonnes choses afin que vous soyez reconnaissants . 25 Sourate al-Anam / Les Bestiaux : 6 / 67.

    " " 26 Sourate al-Zumar / Les Groupes : 39 / 40.

    "

  • 21sont tombs; l'Enfer est tout autour des mcrants."27 Cet agissement est on ne peu plus tonnant de votre part! Quest-ce quil vous est arriv ! Pourquoi cette dviation de la Vrit?"

    Un autre exemple encore plus loquent : O fils dAbi Ghahfeh !28 Est-ce dans le Livre d'Allah que tu as trouv que tu hrites de ton pre et moi non?!! tu as fait une chose monstrueuse ! Ici, Fatima (p) se pose une question qu'elle adresse au Calife Ab Bakr, et elle y rpond sans transition par le fragment d'un verset coranique relatif un contexte totalement diffrent, qu'elle adapte parfaitement au contexte de sa question : "Puis elle vint auprs des siens en le portant [le bb]. Ils dirent: Marie, tu as fait une chose monstrueuse!" (sourate Maryam / Marie : 19 /27.

    Parfois, elle cite directement une rafale de versets ou des fragments de versets coraniques, pour corroborer ses arguments :

    27 Sourate al-Tawbah / Le Repentir :9: 49 Parmi eux il en est qui dit: Donne-moi la permission (de rester) et ne me mets pas en tentation. Or, c'est bien dans la sdition qu'ils sont tombs; l'Enfer est tout autour des mcrants. :

    .} {28 Surnom d'Ab Bakr ( ! )

  • 22

    Est-ce exprs que vous avez abandonn le Livre d'Allah en le laissant derrire vos dos, alors qu'il dit :

    " Et Salomon hrita de David"29 Et concernant l'histoire de Yahy et Zakariyy, il dit : " Accorde-moi, de Ta part, un descendant qui hrite de moi et hrite de la famille de Jacob."30 Et il dit : " Cependant ceux qui sont lis par la parent ont priorit les uns envers les autres, d'aprs le Livre d'Allah. Certes."31 Et il dit : "Voici ce qu'Allah vous enjoint au sujet de vos enfants: au fils, une part quivalente celle de deux filles..."32

    29 "Et Salomon hrita de David et dit: hommes! On nous a appris le langage des oiseaux; et on nous a donn part de toutes choses. C'est l vraiment la grce vidente."(sourate al-Naml / Les fourmis : 27/16.) 30 ."Je crains [le comportement] de mes hritiers, aprs mois. Et ma propre femme est strile. Accorde-moi, de Ta part, un descendant qui hrite de moi et hrite de la famille de Jacob. Et fais qu'il te soit agrable, mon Seigneur." (Sourate Maryam / Marie : 19 /5-6). 31 "Et ceux qui aprs cela ont cru et migr et lutt en votre compagnie, ceux-l sont des vtres. Cependant ceux qui sont lis par la parent ont priorit les uns envers les autres, d'aprs le Livre d'Allah. Certes, Allah est Omniscient." (Sourate al-Anfl / le Butin : 8 / 75.)

  • 23Et il dit : " On vous a prescrit, quand la mort est proche de l'un de vous et s'il laisse des biens, de faire un testament en rgle en faveur de ses pre et mre et de ses plus proches. C'est un devoir pour les pieux."33

    Cette prsence massive, harmonieuse et parfaitement intgre du Coran dans le tissu du sermon laisse tout d'abord deviner l'assimilation totale aussi bien du contenu que du vocabulaire du Livre d'Allah par cette Infaillible dont le pre (P) est le rceptacle de la Rvlation divine et qui fait partie des Ahl-ul-Bayt que le Messager d'Allah (P) a irrversiblement associs au Coran dans le clbrissime "Hadth al-Thaqalayn"34. Elle 32 . "Voici ce qu'Allah vous enjoint au sujet de vos enfants: au fils, une part quivalente celle de deux filles. S'il n'y a que des filles, mme plus de deux, elles alors deux tiers de ce que le dfunt laisse. Et s'il n'y en a qu'une, elle alors la moiti. Quant aux pre et mre du dfunt, chacun d'eux le sixime de ce qu'il laisse, s'il a un enfant. S'il n'a pas d'enfant et que ses pre et mre hritent de lui, sa mre alors le tiers. Mais s'il a des frres, la mre alors le sixime, aprs excution du testament qu'il aurait fait ou paiement d'une dette. De vos ascendants ou descendants, vous ne savez pas qui est plus prs de vous en utilit. Ceci est un ordre obligatoire de la part d'Allah, car Allah est, certes, Omniscient et Sage.." (Sourate al-Nis' : 4 / 11. 33 Sourate al-Baqarah / la Vache : 2 / 180. 34 Hadith al-Thaqalayn (les deux Poids) : Dans ce Hadhth associe les Ahl-ul-Bayt au Saint Coran et en fait les deux rfrences insparables de tout Musulman. On peut connatre dans ce chapitre surtout, les noms de tous les recueils de hadiths sains (ahh) sunnites et chi'ites -de "Musnad Ahmad" "ahh Muslim", en passant par al-iyt et al-Tirmith- qui citent ce hadith, et ceux de tous les Compagnons du Prophte, tels qu'Ab Tharr al-Ghifr, 'Abdullh ibn 'Omar, Ab Hurayrah, Umm Salma, etc. qui attestent l'avoir entendu.

  • 24constitue ensuite, comme nous le suggre l'auteur de cet essai, un message ceux qui s'adresse le sermon, leur signifiant : "Si vous avez des doutes concernant la volont et le testament du Prophte (P), pourquoi ne rfrez-vous pas, comme je le fais ici, au noble Coran pour vous guider !!?" Un autre trait saillant encore dans ce sermon c'est le fait que les mots, les expressions et les noncs sont souvent sujets diffrentes interprtations et pourraient avoir des significations diverses, mais qui cependant collent malgr leur diversit au contexte. Examinons titre d'illustration le passage suivant : 1-Et moi, j'atteste quil ny a pas dautre Dieu qu'Allah, Il est Unique et il na pas dassoci

    Wa ach-hada an l ilha illllhu wahdahu l charka lahu 2-Mot35 (l'Unicit) dont la signification rside dans la sincrit36

    kalimatun jaala-l-ikl tawlah 3-Et Il a confi aux curs sa perception inne

    Wa dhamana-l-qulbu mawlah 4-Et Il a clair l'esprit pour le saisir par le raisonnement

    35 Mot (Kalimah) ou formule, qui dsigne la phrase prcdente (l'attestation de Foi et l'Unicit).

    36

    .

  • 25Wa anra f-l-fikri maqlah,

    Ce qui nous intresse dans ce passage c'est surtout la troisime squence que les interprtes du sermon de Fatima (p) lui confrent quatre significations possibles : 1-Allah le Sublime a impos aux coeurs par le mot "tawhd / unicit" de ne pas rajouter ses Attributs de perfection tablis afin que la notion d'unicit ne soit pas dforme. 2- Il signifie que ce que l'intellect saisit de ce mot soit ressenti dans les curs grce leur nature inne qu'Allah a cre de telle sorte qu'elle conoive Son unicit dpourvue de tout associationnisme. 3- Il signifie qu'Allah n'exige pas des intellects (uql- aql) qu'ils parviennent assimiler tous les dtails du mot unicit ou l'interprter, mais d'accepter sa signification apparente et gnrale. 4- Le verbe parvenir a pour sujet les curs et non les intellects, ce qui veut dire qu'Allah n'a exig des curs que de parvenir ce qu'ils pourraient interprter de ce mot "unicit" ( et non pas une interprtation complte, intgrale, et parfaite). Un autre exemple des significations multiples que comportent beaucoup des nonces ou des expressions de Faima (p) dans son discours :

    Et vous avez prononc du bout des lvres le mot de lunicit

    Wa fuhtum bi-kalimat-il- ikhli

  • 26

    Devant un petit groupe dhommes aux visages blancs et aux ventres creux 37

    f nafarin min-al-bdh-il-khimi

    Dans ce passage c'est la seconde squence qui nous intresse, et plus particulirement les deux mots "bdh / blancs" et "khim / au ventre creux". Le sens courant du mot "bdh" est blancs, "bdh" est le pluriel de "abyadh" (blanc), comme Blanc (homme) par opposition Noir (homme). Tandis que "khim" est le pluriel de "kham" qui signifie "au ventre creux" ou "dpourvu d'aliments". On dit ainsi : "Untel est kham al-batn / au ventre creux" pour signifier que son ventre est dpourvu des biens des gens, c'estp--dire qu'il est intgre. Et l'expression "al-bdh al-khim / les blancs aux ventres creux" dsigne ici soit les Ahl-ul-Bayt (p) qu'Allah "a dpouills de toute souillure et les a purifis totalement"38, dcrits comme blancs cause de la blancheur de leurs visages, soit des hommes (asctiques) dont les ventres sont creux cause de jene et de leur peu de nourriture ou parce qu'ils s'abstiennent de manger illgalement les biens d'autrui, soit les non-Arabes convertis l'Islam comme Salmn al-Fresi. Car on appelle les Perses les blancs en raison de la blancheur de leur peau ou de leur monnaie (o prdomine

    37 Aux visages blancs, mtaphore de hommes purs et ventres creux mtaphore de des gens asctes qui ne mangent pas ce qui est harm, illgal. Et on dit que cette mtaphore dsigne les Ahl-ul-Bayt (p). 38 Sourate al-Ahzb (Les Factions) : S33/v33.

  • 27l'argent). Et tant donn que le sermon parle d'un petit groupe qui se distingue de la majorit, il est possible que Fatima dsigne une petite partie de ses interlocuteurs (les blans aux ventres creux" comme tant la Foi parfaite et ferme par opposition la majorit dont la Foi laisse dsirer.

    Comme on vient de le voir, l'expression "al-bdh al-khim / les Blancs aux ventres creux" offre plusieurs interprtations et diverses significations, l'instar de beaucoup d'autres propos polysmiques qui marquent le sermon.

    Encore un autre exemple de la diversit des significations auxquelles s'apprtent souvent des noncs du discours de la noble Fatima (p) :

    1-Il lanait son frre vers le fond des troubles pour les touffer39

    2-Et celui-ci ne sen retournait quaprs en avoir cras la luette avec les creux des (plantes) pieds l40 Fal tankafi' hatt yati' imkhih bi-akhmaihi

    3-Et teint leurs flammes avec son pe41 Dans la troisime squence l'expression ou la mtaphore "yati' imkhih bi-akhmaihi" peut se lire ou se comprendre de plusieurs faon. Le mot

    39 40 41

  • 28"imkh" signifie le trou de l'oreille ou l'oreille elle-mme. Et le mot "akhma" dsigne la partie (le creux) du pied qui ne touche pas le sol pendant la marche. Tandis que la mtaphore "wat' al-imkh bi-l-akhmi" signifie vaincre et dominer. L'auteur de cet essai suggre qu'il est possible que ce soit un emprunt aux linguistes ou un proverbe, car cette image est souvent utilise comme dans "al-dharb 'al--imkh / frapper (ou poser la main) sur l'oreille" pour symboliser le sommeil42 ou pour boucher l'oreille et empcher l'coute ou l'audition, ou encore pour craser sous le pied, comme c'est le cas dans l'nonc qui nous intresse ici. Tous ces cas de figure, ajoute-t-il, symbolise la conclusion victorieuse de la guerre grce l'intervention hroque de l'Imam Ali (p), et ce sens s'harmonise parfaitement avec ce qui prcde, savoir le verset coranique que Fatimah (p) avait cit juste avant ce passage :

    "Toutes les fois qu'ils allument un feu pour la guerre, Allah l'teint." 43

    42 On met la main sur l'oreille pour dire qu'on dort ou que je vais ou veux dormir etc 43 Cf sourate al-Midah (La Tabler servie) 5/ 64 : 64. Et les Juifs disent: La main d'Allah est ferme! Que leurs propres mains soient fermes, et maudits soient-ils pour l'avoir dit. Au contraire, Ses deux mains sont largement ouvertes: Il distribue Ses dons comme Il veut. Et certes, ce qui a t descendu vers toi de la part de ton Seigneur va faire beaucoup crotre parmi eux la rbellion et la mcrance. Nous avons jet parmi eux l'inimit et la haine jusqu'au Jour de la Rsurrection. Toutes les fois

  • 29

    Et avec ce qui suit : Et teint leurs flammes avec son pe44 Ce qui veut dire que son hrosme que le Prophte (P) avait compar l'adoration de "Thaqalayn"45 (Les djinns et les hommes), teint la guerre et la conclut en faveur des Musulmans, hrosme qu'il tire de la Puissance d'Allah tant donn qu'il "s'anantit dans Son Essence", comme nous l'indique la squence suivant ce passage :

    Sreintant pour la cause dAllah46 Cette diversit de significations possibles que comportent les mots, les expressions ou les noncs de Fatima (p) est-elle fortuite, ou due la nature de son discours, ou bien vise-t-elle universaliser le message dont son discours est porteur pour qu'il soit accessible une diversit de rcepteurs ?

    qu'ils allument un feu pour la guerre, Allah l'teint. Et ils s'efforcent de semer le dsordre sur la terre, alors qu'Allah n'aime pas les semeurs de dsordre.

    ( )64( 5/64(

    44 wa yakhmida lahabah bi-sayfihi 45 Le Prophte (P) dit : "La frappe (l'hrosme de Ali le jour de la Bataille du Foss (Khandaq) a plus de vertu que l'adoration des djinns et des hommes runis"

    makddan f tht-illh 46

  • 30Cette lecture ou comprhension diffrente qu'offrent souvent les propos de Fatima al-Zahra m'a fait penser aux rflexions de Jean Paul Sartre sur le rapport crivain-lecteurs ou plus prcisment sur le problme qui se pose l'crivain lorsqu'il sait qu'il aura affaire des lecteurs non homognes ou de mentalits et de cultures diffrentes. Pour souligner lintrt de la question de la relation entre lcrivain et son public, "Sartre prend pour point de dpart un exemple, celui de Richard Wright, crivain noir des tats-Unis qui avait pour ambition de dfendre les droits de ses compatriotes opprims. Deux points sont particulirement intressants. Wright sadressait certes en premier lieu aux noirs cultivs, mais, travers eux, il sadressait en fait tous les hommes (.) Le deuxime point relever chez Wright concerne la dchirure qui caractrisait son public : les noirs dun ct, les blancs de lautre. Ainsi, de chaque mot se dgage un double sens : il renverra certains concepts pour le Noir, dautres pour le Blanc."47 Dans son sermon Fatimah al-Zahra (p) s'adresse d'abord au pouvoir califal, puis aux Emigrants et Partisans, lesquels ne forment pas un groupe homogne mais sont de sensibilits diffrentes : les uns totalement acquis au pouvoir, d'autres le sont

    47Qu'est-ce que la littrature ? Essai de Jean-Paul Sartre publi pour la premire fois, en plusieurs parties, en 1947, dans la revue Les Temps modernes dirige par Sartre (et fonde par lui en 1945). L'essai forma en 1948 le volume Situations II chez Gallimard. http://fr.wikipedia.org/wiki/Qu'est-ce_que_la_litt%C3%A9rature_%3F

  • 31moins, d'autres encore s'taient rangs du ct de l'Imam Ali (p). Et au-del de ces contemporains, son message vise toutes les gnrations futures des Musulmans jusqu' la fin du Temps. Donc les diffrents sens qui se dgagent de ses expressions et mtaphores servent justement toucher la diversit du public auquel s'adresse son message.

    Un autre aspect remarquable de l'art littraire du sermon est le rapport signifiant-signifi ou l'harmonie et la correspondance entre le signifiant et le signifi, entre le sens du mot, son contenu (signifi) et son support graphique, le mot lui-mme, l'orthographe, ou plus prcisment entre le mot et le son ou la sonorit qu'il produit. Par exemple dans le passage suivant Fatima (p) dcrit l'action et l'hrosme de l'Imam Ali (p) dans le combat, elle choisit des mots comportant des sons durs : (h - t , kh- kh - ) qui confrent sa phrase un ton guerrier ou l'aspect d'un chant de guerre :

    Et celui-ci (Ali n) ne sen retournait quaprs en avoir cras la luette avec les creux des (plantes) pieds l

    48ihimakha-iah bkhima' tatt yahFal yankafi' Il en va de mme dans les deux noncs suivants o elle relate comment le Prophte (P) tait venu bout des mcrants (Dh - th - kh - th - dh ) :

    48

  • 32

    Supprimant leurs chefs Dhriban thabajahum

    touffant leurs souffles khithan bi-ak-dhmihim Dans le passage suivant, pour attirer l'attention sur la dfaite de Satan (chaytn ) lors de la venue de l'Islam, elle emploie plusieurs mots o le son (ch ) de chaytn se fait sentir fortement : Et que les langues des satans se soient tues

    Wa kharasat chaqchiq-uch-chaytni

    Et que les notables de lhypocrisie soient tombs

    Wa tha wachdh-un-nifqi

    Et que les forces de la mcrance et de la discord se soient dfaites

    -Wa-nhallat uqad-ul-kufri wa ch-chiqqi

    Ainsi, dans ce chef d'uvre de littrature orale o la rhtorique et l'loquence de style sautent aux yeux, on trouve tous les procds et tous les outils de l'art littraire pour faire passer le message mouvant et touchant de la Matresse des Femmes

  • 33du monde (p) : Les mtonymies, toutes les figures de rhtorique, les synecdoques, les figures de style, les symboles, les images, les mtaphores, les rythmes, les rimes, la cadence, les proverbes etc. Se trouvant subitement abandonne, trahie, lse, sans recours, aprs la disparition de son prestigieux pre (P) qui la chrissait tellement non en tant que sa fille mais en raison de sa haute position auprs d'Allah, Ftimah al-Zahr' (p), laisse le soin aux vers lgiaques suivants d'exprimer sa dtresse et sa grande affliction :

    Dis au disparu sous les couches de la terre : si tu entends mon cri et mon appel:

    Qul li-l-mughayyabi tahta atbq-ith-thar, in kunta

    tasmau arkhat wa nid'iy :

    Les malheurs qui sont tombs sur moi sont tels que s'ils taient tombs sur les jours, ceux-ci seraient transforms en nuits

    ubbat alayya ma'ibun, law annah,

    ubbat al-l-ayymi, irna layliy J'avais t sous protection, l'ombre de Mohammad qui, tant mon protecteur, je ne craignais aucune injustice ni ennui

    Qad kuntu thta himan bi-dhilli Muhammadin L akh-cha min dhaymin wa kna himan liy

  • 34Mais aujourd'hui, je suis soumise l'homme servile, et je me protge contre l'oppression et repousse mon oppresseur avec ma robe

    Fa-l-yawma akh-dhau li-th-thalli wa attaq

    dhaym wa adfu dhlim bi-rid'iy

    Si, la nuit, une tourterelle gmit de tristesse, sur une branche, le matin c'est moi qui pleure de chagrin

    Fa-ith bakat qamriyyatun f laylih,

    chajanan al ghunin, bakaytu abhiy

    Que la tristesse soit, aprs toi (oh mon pre), mon seul consolateur, et que les larmes que je verse sur toi soient mon charpe

    Fa-la-ajalanna-l-huzna badaka mu'nisi, wa-la-ajalanna-d-dama fka wachhiy

    Quoi donc ! Celui qui sent la terre de la tombe d'AHMAD (P), ne trouvera-t-il plus, le restant de sa vie, aucun parfum agrable?

    Mth al man chamma turbata ahmadin

    An l yachamma mad-z-zamni ghawliy Il est inutile de rappeler que l'amertume, l'abattement et les blessures que la Matresse des Femmes des Mondes ressentait taient dus moins son sort personnel qu' la dviation du Message de l'islam que son illustre pre (P) avait apport et

  • 35pour l'accomplissement duquel il avait subi tellement de perscutions et fait d'normes sacrifices, lui et tous les compagnons qui taient tombs en martyrs ou rests jusqu' la fin fidles la ligne qu'il avait trace. Fatima al-Zahra savait que son discours, ses blmes, ses reproches, et ses remontrances n'allaient renverser le courant ni corriger la dviation. Elle le dit elle-mme la fin de son discours :

    Sachez que j'ai dit ce que je viens de dire en sachant pertinemment la dfection qui vous a atteints49

    Mais c'est le dbordement de l'me, le soupir d'indignation et de colre, l'affaiblissement de la lance (le dpassement de la limite de la patience)50

    La sortie de ce qui ronge le cur, l'anticipation de ce qui ne laisse plus de prtexte51

    Reli au Feu d'Allah, qui monte jusqu'aux coeurs52

    49 50 . 51

    52 Cf. sourate al-Humazah / Le calomniateur : 104 / 6-7. .

  • 36Sachez que ce que vous tes en train de faire, vous le faites au su et au vu d'Allah: " Les injustes verront bientt le revirement qu'ils [prouveront]! "53 Et moi, je suis la fille de celui qui vous a prvenu d'un chtiment douloureux qui vous attend " Oeuvrez autant que vous pouvez. Nous aussi, nous oeuvrons. Et attendez. Nous aussi nous attendons!"54 Donc Fatima al-Zahra (p) a voulu mettre tous les rcepteurs de son message universel devant leur responsabilit pour que personne ne puisse dire un jour qu'il ne savait pas. Et cette conclusion me rappelle trangement ce que Jean Paul dira treize sicles plus tard concernant le message que tout l'crivain doit adresser ses lecteurs : ". crire, cest rvler. Rvler, cest faire en sorte que personne ne puisse ignorer le monde et, dernier pas, si on connat le monde, on ne saurait sen dire innocent cest exactement la mme situation que nous avons avec la loi, que chacun doit connatre afin de rpondre ensuite de ses actes."55

    53 Cf. Sourate al-Chu'ar' /Les Potes : 26 / 227: "227. part ceux qui croient et font de bonnes oeuvres, qui invoquent souvent le nom d'Allah et se dfendent contre les torts qu'on leur fait. Les injustes verront bientt le revirement qu'ils [prouveront]!"

    } { 54 Cf. Sourate Hd : 11 / 121-122. : "121. Et dis ceux qui ne croient pas: Oeuvrez autant que vous pouvez. Nous aussi, nous oeuvrons. 122. Et attendez. Nous aussi nous attendons!"

    .} { 55 Qu'est-ce que la littrature ? Op.cit.

  • 37Abbas Ahmd al-Bostani

  • 38

    L'analyse stylistique du 1er sermon de

    Ftimah al-Zahr (p) Le sermon commence par la nouvelle mthode

    introductive, apporte par le message de l'Islam et consistant dbuter le discours ou le texte par la louange Allah et "Les Deux Attestations de Foi" -al-chahdatayn)56, ce qui place Fatima al )Zahra, comme une devancire sur ce plan.

    Comme on va le remarquer, c'est un exorde subtil qui relie (sur le plan de la structure architecturale du texte) ses lments au sujet central, et ce travers des squences progressives qui remontent vers sommet, le thme principal sur lequel Fatimah al-Zahra (p) concentre son attention. Cet art ou procd littraire sublime n'est pas tonnant de la part de cette noble dame qui a hrit de son pre (P) et de son mari l'Imam Ali (p) les subtilits de ce style et bnfici avant tout de l'inspiration divine en sa qualit de l'une des Quatorze Infaillibles, qui Allah a inspir

    56 Les Deux Attestation de Foi" / al-Chahdatayn : ach-hadu an l ilha illllh, wahdahu l charka lahu, wa ach-hadu anna Muhammadan abduhu wa rasluhu = (J'atteste qu'il n'y a de Dieu qu'Allah, et j'atteste que Muhammad est Son serviteur et Son Messager).

  • 39l'infaillibilit "expressive" en plus de tous les autres aspects de celle-ci.

    Ce sermon est notablement marqu ( l'instar des sermons et des textes du Prophte (P) et de l'Imam Ali (p)) par l'omniprsence de l'image et de l'harmonie, lesquelles ne sont jamais absentes presque de tous les textes des Infaillibles, et sous toutes leurs formes : sermons, lettres, hadiths etc. tout comme la solide structure architecturale qui se traduit par une cohsion organique entre les diffrentes parties et leur dveloppement et leur enchevtrement avec les lments harmoniques et imagiers avec tout ce qui les accompagne d'outils de symtrie, d'identification, de narration, de dialogue, de rptition etc..

    Examinons maintenant le commencement de ce sermon :

    (1) (Louanges Allah pour Ses bienfaits)

    Alhamdu lillhi al m anama

    (Remerciements Lui pour ce qu'Il nous a inspir de connaissance)

    Wa lahu-ch-chukru al m alhama

  • 40(louanges redoubles Lui pour ce qu'Il nous a

    offert avant mme de l'avoir mrit) Wa-th-thanu bi-m qaddama

    )2( De tous les bienfaits dont Il a commenc nous

    faire grce Min ummi niamin ibtad'ah

    Pour la plnitude des bienfaits redoubls qu'il nous accorde

    Wa subghi lin asdh

    Et pour l'intgralit des grces qu'il n'a cess de nous offrir

    Wa tammi minanin wlh (3)

    (bienfaits) dont le nombre infini ne saurait tre dcompt

    jamma an-il-ihi adaduh

    Et dont l'infinit chappe toute possibilit de compensation

    Wa na an al-jazi amaduh

  • 41Et dont l'ternit dpasse la perception (ou

    l'entendement) Wa tafwata an al-idrki abadah

    (4) Et Allah les (Ses serviteurs) a incit L'en

    remercier pour qu'Il continue les (Ses grces) leur prodiguer infiniment

    Wa nadabahum li-stizdatih bi-ch-chukri li-t-tilih

    Et Il a demand aux cratures de Le louer pour qu'Il les (Ses grces) augmente

    Wa-s-tahmada il-l-khaliqi bi-ijzih

    Et Il les a pouss obtenir autant de grces dans l'au-del57

    Wa than bi-n-nudbi il amthlih

    Cette premire partie de lexorde est consacre

    la prsentation des louanges d'Allah, et sera suivie par une seconde partie qui prsente les

    57 Ou selon une autre interprtation : Il leur a demand d'obtenir encore de meilleures grces.

  • 42Deux Attestations de Foi. Par la suite nous aurons affaire aux autres parties qui incarnent le sujet central du sermon.

    La premire chose quon pourrait remarquer dans cette partie est sans doute la structure rythmique du texte qui comporte quatre segments dont chacun renferme trois units linguistiques et chacune de ces units est marque par une rime commune diffrente des autres.

    Naturellement, lesthtique de cette ordonnancement rythmique (lunit et la variation) ne se limite pas au son, mais sharmonise avec la signification aussi, comme on peut le remarquer dans notre lecture du texte.

    Les trois premiers fragments de lexorde se distinguent par un langage non figuratif pour une raison vidente : lvidence de la louange, du remerciement et des Deux Attestations de Foi dans la situation vidente prsente. En dautres termes louanger Allah, Le remercier et doubler Ses louanges pour les bienfaits quIl nous a offerts, tout ceci requiert une prsentation directe et simple, car il sagit de principes gnraux qui simposent l'esprit de tout un chacun. On n'a pas besoin de recourir des images ou mtaphores vocatrices pour frapper l'esprit de l'auditeur dans

  • 43le but de lui faire prendre conscience de ces vidences.

    Par contre les lments combinatoires qui adoptent la mtaphore, le symbole, lanalogie et toutes les combinaisons qui sappuient sur llment de limagination artistique , pourraient tre plus adquats dans les thmes prcis que les rcepteurs (lecteurs) du sermon tendnance interprter et analyser pour bien en assimiler les subtilits, car il sagit dans ce cas du sujet principal vis par le sermon.

    Comme nous venons de le dire, la premire partie de lexorde est consacre la louange dAllah, Son remerciement, et au redoublement de Ses louanges : chaque segment ou unit linguistique (la phrase ou les phrases syntaxiques qui abordent un fragment smantique) comme les trois premires phrases dont la premire parle de la louange, la seconde du remerciement, la troisime du redoublement de la louange, a une signification nuance qui la diffrencie des deux autres Ici il est ncessaire de rappeler on ne le rpte jamais assez- que le texte de lInfaillible diffre des autres textes en ceci quil nemploie jamais des synonymes dans une mme situation partielle C'est pourquoi limportance artistique de ces trois phrases rside en ceci que chacun des trois mots

  • 44principaux ( hamd / louange), ( chukr / remerciement), ( than / double louange) qui les sous-tendent marque une diffrence smantique subtil par rapport aux deux autres (58). En effet, selon les sources linguistiques (al-hamd / louange) est une louange par la parole-peu importe que cela soit relatif au savoir ou au bienfait- alors que le chukr / remerciement) est un acte plus gnral que la parole, le verbe ou la prsence du cur ou de lesprit, et se limite au bienfait, la diffrence de hamd qui couvre le bienfait et dautres, comme nous venons de le noter. Quant au than cest une louange par la langue, mais plus gnrale que le bienfait aussi, tout en diffrant du hamd par le fait quil le redouble, comme sil drivait de tathniyah / redoublement. Cest en effet ce que nous avons dduit lorsque nous avons remarqu que dans le sermon il y a niam / bienfaits et l : bienfaits redoubls aussi, et que les linguistes font la distinction entre ces deux mots en soulignant que l dont le singulier est aly signifie le redoublement des bienfaits. Et si nous mettons de ct la question de la non-

    58 Alors que pour un lecteur ou auditeur non averti, et surtout pour un traducteur, ou dans les dictionnaires ces trois mots sont plus ou moins synonymes.

  • 45utilisation des synonymes par un texte dInfaillible pour nous concentrer sur la structure smantique (laquelle constitue la plus importante caractristique de tout texte littraire) cest--dire la cohsion organique entre les parties dun segment dune part, et le dveloppement ou la progression dautre part, nous remarquerons que le segment commence par la louange dAllah pour Ses bienfaits en gnral, suivie par le remerciement dAllah pour avoir inspir lhomme la reconnaissance et la louange pour cet autre bienfait. Et la progression continue lorsque le texte mentionne le redoublement de la grce quAllah nous a offerte en commenant Ses bienfaits sans nous en demander une contrepartie, non seulement cela mais Il a redoubl Ses bienfaits (subgh-il-l), puis Il a poursuivi Sa grce, ne se contentant pas de ce redoublement, mais en continuant de nous en gratifier. Ainsi, nous constatons lascension du texte, sa progression et son dveloppement en commenant par la mention des bienfaits en gnral, la connaissance ou reconnaissance de ces bienfaits, le redoublement de nos louanges dAllah pour les avoir commencs sans contrepartie de notre part et ainsi de suite, comme nous venons de le voir.

  • 46Naturellement les troisime et quatrime

    segments suivent le mme procd aussi, puisque le troisime segment souligne limpossibilit de dcompter les bienfaits dAllah, et le quatrime la ncessit de Len remercier, et quon remarque les mmes dtails smantiques qui ont caractris les premiers et seconds segments, tant donn que le troisime note lillimite des bienfaits, limpossibilit de les compenser ou encore mieux den percevoir la limite. A noter aussi la diffrence entre " amad" et " abad"59 et entre " na" et tafwut"(60). Il en va de mme pour le "quatrime segment. Il est inutile de nous taler sur les autres dtails de ces deux segments, ayant dans le premier segment soulign les dtails et la prcision de la signification structurellement et linguistiquement. Mais sur le plan de la sonorit,

    59 Abad et amad sont smantiquement proches sans tre synonymes. Ils diffrent en ceci que le premier (abad) est une priode de temps qui n'a pas une limite dtermine et ne peut pas tre restreinte on ne peut pas dire un abad (ternit) de trois ans par exemple, alors que le second (amad) est une priode dont la limite est inconnue, mais qui peut tre restreinte on peut dire une priode (dlai) de 2 ans par exemple.

    .tafwut" : tre distance " na" : s'loigner; et " 60

  • 47on peut remarquer que ce segment de lexorde se caractrise par une rime spcifique

    anama, alhama, qaddama , ibtadh, asdh, wlh , adadah, amadah, abadah , li-t-tilih, bi-ijzlih, amthlih Il est noter que la formulation de cette

    variation rythmique ne se spare pas de la variation smantique (signification), car comme nous lavons vu, chacun des quatre segments aborde une ide prcise : le premier a trait la louange, le remerciement et le redoublement de la louange, le second aux bienfaits, et le redoublement des bienfaits, le troisime limpossibilit de dcompter ces bienfaits, le quatrime la ncessit de les apprcier.

    La Deuxime partie : la seconde exorde

    Nous avons dit que lexorde subtilement compos du sermon sous sa forme nouvelle commence par le tahmd / faire la louange , puis les Deux Attestations de Foi (lUnicit et la prophtie)

    Ce qui doit capter notre attention ici aussi, est le contraste entre la locution directe ou simple de chacune des Deux attestations et les expressions

  • 48images-combines , qui suivent, comme dans la partie prcdente. En effet la premire attestation dbute par Jatteste quil ny a de Dieu quAllah, Il est Unique et sans associ et la seconde par Jatteste que mon pre Mohammad est Son serviteur et Son Messager . Si ces deux attestations sont exprimes dune faon directe sans passer par un style figur, lexplication de leur signification qui suit est par contre remarquablement riche en lments imags. Cet agencement de style direct suivi de dtails figurs constitue une esthtique sublime sur le plan smantique comme nous allons le remarquer.

    On peut justifier le style direct des Deux attestations par le fait que ce quelles visent cest dattirer lattention sur ces deux piliers de lIslam que tout musulman doit admettre sans dtour pour pouvoir affirmer son appartenance cette foi. Il en va de mme pour llment rythmique indpendant qui les caractrise ou plutt labsence dlments rythmique puisqu'elles sont formules avec une prose simple.

    En tout cas, si l'on met de ct le caractre bref et simple de lexorde 2 pour nous orienter vers les dtails des deux attestations, nous retrouvons clairement les lments mtaphoriques rythmiques qui caractrisent le sermon en gnral.

    Ainsi lorsque nous nous arrtons devant la premire attestation lunicit , nous nous trouvons face une srie de squences, qui commence comme suit (aprs la mention de jatteste quil ny a de Dieu quAllah ) :

  • 49

    Et moi, j'atteste quil ny a pas dautre Dieu qu'Allah, Il est Unique et il na pas dassoci.

    Wa ach-hada an l ilha illllhu wahdahu l charka

    lahu 1b Mot(61) (l'Unicit) dont la signification rside dans la sincrit62

    kalimatun ja ala-l-ikl tawlah

    Et Il a confi aux curs sa perception inne Wa dhamana-l-qulbu mawlah

    Et Il a clair l'esprit pour le saisir par le raisonnement

    Wa anra f-l-fikri maqlah,

    .

    2b

    61 Mot (Kalimah) ou formule (apposition), qui dsigne la phrase prcdente (l'attestation de Foi et l'Unicit),

    ) 1( 62

    .

  • 50

    Il (Allah) est celui que les vues ne peuvent voir

    Al-mumtanii min-al-abri ruyatuhu,

    Et que les langues ne peuvent dcrire

    Wa min-al-alsuni ifatuhu

    Et que l'imagination et les spculations ne sauraient en percevoir l'Essence

    Wa min-al-awhmi kayfiyyatuhu.

    .

    3b Il a cr les choses non partir de quelque chose qui aurait exist avant

    Ibtadaa-l-achya l min chayin kna qablih

    Et Il leur a donn existence sans imiter des modles semblables

    Wa anchaah bal-htithi amthilatin imtathalah

    4b Il les a constitus par Son Pouvoir,

    Kawwanah bi-qudratihi,

  • 51

    et les a crs selon Sa Volont

    wa tharaah bi-machyyatihi

    5b sans avoir besoin de les constituer

    Min ghayri hjatin minhu il takwnah,

    Et sans qu'Il ait eu un quelconque intrt les faire figurer,

    wa l fidatin lahu f tawrah

    6b Si ce n'est pour affirmer (dmontrer) Sa Sagesse

    ill tathbtan li-hikmatihi

    Et prvenir (Ses serviteurs) de l'obligation de Lui obir,

    Wa tanbhan al tatihi,

    Et des chtiments pour quiconque Lui dsobit

    wa wadhaa-l-iqba al maiyatihi

    Pour viter Ses serviteurs Ses chtiments thiydatan li-ibdihi min niqmatihi

  • 52

    Et pour les pousser vers Son Paradis

    wa hiychatan lahum il jannatihi.

    Cest la section consacre lattestation de lunicit. Elle comprend des groupes smantiques dont chacun renferme trois ou parfois deux phrases ou units linguistiques. Deux dentre elles ne comportent pas de rimes tout en ayant des finales et des rythmes bien assortis. Bien entendu cette diffrence et cette uniformit rythmiques ont leur justification artistique et smantique comme nous allons le voir.

    Commenons par lanalyse, lexplication et lapprciation de ces groupes introductifs propres lunicit sur le plan de lesthtique des images qui les sous-tendent.

    Le premier groupe compos de trois phrases ou units ou images sappuyant sur un axe, en loccurrence kalimah (mot), kalimat al-tawhd (le mot de lunicit) . Ce mot kalimah est ici un symbole charg dvocations diverses puisque le texte a fait du concept de tawhd - unicit un mot / kalimah qui constitue une image reprsentative pouvant dsigner plus dune signification, puisque dune part il est le symbole de lunicit en tant que concept spirituel doctrinal , ce qui lui octroie le sens de

  • 53philosophie ou position idologique , et dautre part le texte la charg dune signification sensorielle savoir le mot prononc, le signifiant, cest--dire la prononciation de la formule Jatteste quil ny a de Dieu quAllah . Cest pourquoi nous remarquons que le sermon lie la prononciation au tawl / hermneutique, exgse en faisant de ikhl - puret de lintention lexplicateur de ce mot prononc, et non pas sa simple prononciation (de ce mot). Si nous considrons le mot tawl / hermneutique / exgse dans son sens tymologique qui signifie soit linterprtation ou lexplication du sens cach et non apparent du mot, soit la multiplicit de sa signification (quivoque), la mtaphore ou limage en question signifie que notre prononciation du mot : il ny a de Dieu quAllah na de sens que si elle est accompagn de likhl / lintention pure, la sincrit , et ds lors le tawl / hermneutique exgse devient linterprte intrieur de lapparence du mot. Ce rsultat auquel nous sommes parvenu saccorde avec limage qui vient tout de suite aprs, savoir dhammana-l-qulb mawlah = fait en sorte que les coeurs parviennent instinctivement saisir le sens de lunicit dans sa puret , tant donn que le cur est le rceptacle du concept de la sincrit-

  • 54puret. Ainsi la seconde image est un dveloppement organique de la premire puisquelle est charge dexpliquer que pour faire parvenir la puret-sincrit la signification vise par le sermon, cest le cur qui renferme le sens de la sincrit associe ou inhrente au mot Unicit . Quant la troisime image, elle est le couronnement ou l'claircissement du concept de la sincrit dans lunicit car elle lui confre sa signification relle requise. C'est pourquoi elle a utilis la mtaphore de la lumire pour indiquer que la signification relle de lUnicit a t claire travers les oprations intellectuelles que lhomme effectue pour parvenir au concept de lUnicit.

    Ensuite un nouveau groupe de phrases sapplique dvelopper organiquement le premier groupe, puisque les images de celui-ci a clairci le concept de lunicit, et celles du second va lucider les Attributs de lUnique (Allah, le Sublime).

    Par la suite nous rencontrons trois groupes dont chacun se compose de deux images ( la diffrence des groupes qui les prcdent ou les suivent, lesquels comportent trois images ou plus, comme nous allons le voir la fin de cette partie.

  • 55Ces groupes traitent de la cration dAllah Le

    Trs-Haut- de lUnivers et terminent par une srie qui aborde les thmes de "thawb / rcompense ou rtribution spirituelle".

    Concernant la cration du Trs-Haut (IL a cr), le sermon dit quIl a cr les phnomnes sans un modle existant, et sans en avoir besoin (tant donn quIl est auto-suffisant), mais Il la fait uniquement pour montrer la Sagesse divine.

    La dmonstration de cette Sagesse est laisse au soin de la dernire partie, laquelle indique que la cration des phnomnes engendre la rcompense spirituelle et la punition par ladite Sagesse divine.

    [1] Les Deux Attestation de Foi" / al-Chahdatayn : ach-hadu an l ilha illllh, wahdahu l charka lahu, wa ach-hadu anna Muhammadan abduhu wa rasluhu = (J'atteste qu'il n'y a de Dieu qu'Allah, et j'atteste que Muhammad est Son serviteur et Son Messager). [2] Ou selon une autre interprtation : Il leur a demand d'obtenir encore des meilleures grces. [3] Alors que pour un lecteur ou auditeur non averti, et surtout pour un traducteur, et dans les dictionnairces ces trois mots sont plus ou moins synonymes. [5] Mot (Kalimah) ou formule, qui dsigne la phrase prcdente (l'attestation de Foi et l'Unicit).

    *********

  • 56Maintenant nous abordons la partie qui prsente la seconde attestation de Foi :

    J'atteste que mon pre Muhammad que la Prire d'Allah soient sur lui et sur sa progniture-

    est Son serviteur et Son Messager

    Wa ach-hadu anna ab Muhammadan all-llhu

    'alayhhi wa lihi, abduhu wa rasluh-u

    Il l'a choisi et lu avant de le missionner

    ikhtrahu wa-ntajabahu qabla an arsalahu

    et Il l'a slectionn avant de l'avoir envoy

    wa-tafhu qabla an ibtaathahu

    Et Il l' nomm avant de l'avoir cr wa sammhu qabla an

    ijtabhu

    alors que toutes les cratures taient en tat latent dans le monde de Mystre

    ith-il-khaliqu bi-l-ghaybi maknnatun

    Et maintenues sous le voile des affres de l'inexistence

    wa bi-sitr-il-ahwli

  • 57manatun

    Et lies l'extrme limite du nant

    wa bi-nihyat-il-adami maqrnatun

    Allah le Sublime, sachant pertinemment les sorts finals des affaires

    ilman min-Allhi Tal bi-mayil-il-umr-i

    Et tant parfaitement au courant des pripties des temps

    Wa ihtatan bi-hawdith-id-duhr-i

    Et au fait des situations de ce qui est prdtermin (ou du destin)

    Wa marifatan bi-mawqi-il-maqdr-i

    Allah l'a envoy pour complter Son Message ibataathahu-llhu tal

    itmman li-amrihi

    Et appliquer avec dtermination Son Ordre

    Wa azmatan al imdhi hukmihi

  • 58Et excuter les destines de Son Destin

    . Wa inqthan li-maqdiri rahmatihi

    Il a vu alors les peuples suivre diffrentes religions

    Fa-ra'-l-umama firaqan f adynih

    .

    Clous devant leurs feux

    ukkafan 'al nirnih

    Adorant leurs idoles

    bidatan li-awthnih

    Reniant Allah malgr leur connaissance inne ou dmontre de Son Existence inne

    munkiratan lillhi maa irfnih.

    Allah a clair alors par la lumire de Mohammad (P) leurs tnbres

    a-anra-llhu bi-ab Muhammadin allllhu alyhi wa

    lihi dhulamah

    Et Il a dissip des curs leurs voiles Wa kachafa an-il-qulbi

    buhamah

  • 59Et enlev des yeux leurs nuages

    Wa jal an-il-abri ghumamah

    Il s'est appliqu apporter la guidance Wa qma f-n-nsi bi-l-

    hidyati,

    Et il les a ainsi sauvs de la dviation fa-anqathahum min-l-

    ghawyati

    Et il les a sortis de l'aveuglement vers la lucidit wa baarahum min-l-

    amyati

    Et il les a guids vers la religion juste

    wa hadhum il-d-dn-il-qawm

    et les a appels la Voie droite wa dahum il-t-tarq-il-

    mustaqm

    Puis Allah a rappel son me par mansutude et selon son choix63

    thumma qabadhahu-llhu ilayhi qab-dha ra'fatin wa-khtiyrin

    63 Voir livre 1 pp 170-171

  • 60

    Et par dsir et prfrence

    ,rinthwa raghbatin wa i

    Maintenant Mohammad (P) est en repos, libr de la fatigue, de ce monde

    fa-Mohammadun (P) min ta'abi hthihi-d-dri f rhatin,

    Il est entour des anges bienfaisants qad haffa bi-l-mal'ikat-il-

    abrri

    Et jouissant de l'agrment du Seigneur, le Pardonneur

    wa ridhwn-ir-rabb-il-ghaffri

    Et de la proximit du Roi, le Grand wa mujwarat-il-malik-il-

    jabbri

    Que les prires d'Allah soient sur mon pre, Son Prophte

    all-llhu 'al ab nabiyyihi,

    Et Son confident pour la Rvlation, et Son lu

  • 61wa amnihi al wahyihi wa

    afiyyihi

    Le meilleur de Sa cration et le plus agr par Lui wa khiyaratihi min khlaqihi

    wa radhiyyihi

    Et que le salut soit sur lui, ainsi que la Misricorde et les bndictions d'Allah

    wa-s-salmu 'alayhi wa rahmat-ullhi wa

    baraktuh-u

    .

    Cette Attestation de Foi parat longue, compare la prcdente, beaucoup plus courte. La raison en est probablement que la prophtie a elle-mme la charge du Message divin, et cest elle qui est concerne prsent ( lpoque du sermon) par sa continuit travers lImamat, car cette partie du sermon explique comment le Prophte (P) avait amen la socit obscurantiste (prislamique / jhilyyeh) des tnbres vers la lumire, alors que cette merveilleuse transforamtion a t renie par la nouvelle position rvisionniste cre aprs le dcs du Messager (P) par le refus du testament de ce dernier en faveur de lImam Ali (p). En tout cas le sermon dveloppe progressivement avec un art subtil ce fait, comme nous allons le voir maintenant :

  • 62Cette partie commence par un prologue qui dpeint la personnalit du Prophte (P) et relate sa selection comme Messager par Allah le Trs-Haut, auprs de lhumanit. Il est notable que le sermon a utilis des mots prcis qui sarticulent autour du sens de la slection (ou pour exprimer la slection), mais qui diffrent les uns des autres, ce qui dcle linfaillibilit linguistique de lauteur du sermon. Ces mots (ikhtrahu, intajabahu, ijtabhu, itafhu) qui paraissent avoir des significations semblables ou mme des synonymes pour un lecteur ordinaire, ont chacun un sens diffrent des autres. Ainsi likhtiyr infinitif de ikhtrahu drive de ce qui est khayr / bien, itif renvoie ce qui est limpide ou pur, ijtib cest faonner une chose la nature inne de lhomme, et intijb vient de najb cest--dire ce qui est prcieux dans une chose, ou ce qui a une garande valeur et ainsi de suite. Ces traits divers dans la personnalit du Prophte (P) et son envoi vers lhumanit, arm de telles nobles qualits indiquent quAllah a observ en lui les nobles qualits tous les niveaux, puis la missionn auprs de cette humanit. Il ne fait pas de doute que cette slection fonde sur ces hautes qualits a trait aux positions et vnements qui se dessinent, en plus du fait que le Message lui-mme requiert ladite slection pour servir de bon modle aux autres. L, le sermon dessine le linament de la socit prislamique en sappuyant sur tous les deux styles : direct et imag, selon les exigences de la

  • 63situation. Concernant la soict en gnral, le sermon indique quAllah le Sublime, excutant son verdict, a envoy Mohammad (P) cette socit dont les linaments s'bauchent comme les a vus ce dernier (P) et comme nous venons de le voir plus haut : Il a vu alors les peuples suivre diffrentes religions, Clous devant leurs feux, Adorant leurs idoles, Reniant Allah malgr leur connaissance inne ou dmontre de Son Existence, Allah a clair alors par la lumire de Mohammad (P) leurs tnbres Et Il a dissip des curs leurs voiles Et enlev des yeux leurs nuages

    Puis elle dit :

    -Maintenant Mohammad (P) est en repos, libr de la peine, de ce monde, -Il est entour des anges bienfaisants, -Et jouissant de l'agrment du Seigneur, le Pardonneur, -Et de la proximit du Roi, le Grand,

    -Que les prires d'Allah soient sur mon pre, Son Prfophte, -Et Son confident pour la Rvlation, et Son lu, -Le meilleur de Sa cration et le plus agr par Lui,

  • 64-Et que le salut soit sur lui, ainsi que la Misricorde et les bndictions d'Allah

    Ainsi se termine lattestation de foi relative au Prophte (P) et le sermon entre dans le vif du sujet vis, lorsque la Noble Fatimah se tourne vers les gens prsents qui elle sadresse de la faon que nous allons voir un peu plus loin. Mais avant daborder cet aspect du sermon, nous voudrions attirer lattention sur la partie prcdente pour y observer les indices et les traits esthtiques qui se manifestent par un style tantt direct (simple) tantt imag selon la situatation, comme nous lavons dj signal. Par exemple la sainte Fatimah parle du dcs du Prophte (P) avec un langage direct et clair comme Puis Il Allah le Trs-Haut a pris son me , ou Que la Prire dAllah soit sur mon pre, Son Prophte, Son confident pour la Rvlation et Son lu". Elle dcrit dans la mme clart et simplicit de langage la socit prislamique adorant leurs idoles, restant en permanence prosterns devant les feux Reniant Allah le Trs-Haut malgr leur connaissance inne de Lui . Les exemples de ce style se caractrisent par une clart vidente, exprime travers des phrases trs rythmes qui confrent au langage un aspect trs esthtique, tandis que nous avons affaire dans une autre partie un langage imag, surtout lorsquil sagit de dcrire le changement social remarquable de ladite socit sur le plan intellectuel ou idologique grce au Message de Mohammad (P) : Allah le Trs-Haut a illumin par Mohammad (P) leur

  • 65tnbres (ignorance), enlev des coeurs les croyances douteuses, et des yeux les voiles" Comme on peut le constater ce segment est riche en mtaphores dune densit remarquable, car la nature du changement social immense (ladhsion la religion musulmane) impose le choix dun langage signification profonde, dense, renfermant tout ce qui est riche en sens, et cest cet lment imag qui sen charge. Ainsi, le symbole indiquant quAllah a illumin par son pre Mohammad (P) les tnbres des socits dchires, paennes, adoratrices de feux etc signifie que le Prophte (P) les avait sauves des tnbres et propulses vers la lumire. De mme le symbole indiquant quil (P) a enlev des curs les croyances douteuses qui les habitaient veut dire quil (P) a ouvert leurs curs aprs quils taient ferms, incapables de saisir correctement les vrits. De mme encore, le symbole dnotant que Mohammad (P) a loign des yeux leurs voiles signifie quil en a enlev les brouillards qui les empchaient de voir la lumire, cest--dire la lumire de lIslam. En tout tat de cause, le sermon, aprs avoir dessin les linaments du nouveau changement social, puis le dcs du Prophte (P), se dirige, comme nous lavons dit, vers lexposition du sujet principal, en sappuyan sur des outils artistiques subtils comme nous allons le voir maintenant : Pour aborder le sujet vis, le sermon commence par sadresser lassemble de compagnons,

  • 66compose de anr / Partisans) et de Muhjirn / migrants), aprs un prliminaire savamment formul dans lequel la sainte Fatima leur rappelle ingnieusement ce qu'ils sont censs tre :

    vous tes les protecteurs de la religion et les confidents dAllah le Trs-Haut et Ses

    missaires auprs des nations ,

    Antum ibd-ullhi nabi amrihi wa nahyihi wa hamalatu

    dnihi wa wahyihi,

    et un hritage quIl a laiss comme Son lieutenant auprs de vous

    Wa baqiyyatun istakhlafah alaykum

    .

    Le Livre parlant dAllah Kitb-ullh-il-ntiq

    Le Coran vridique Wa-l-qurn-al-diq etc.

    et la Lumire brillante Wa-n-nr-as-sti'a

    Et la Lueur clatante.

    Wa-dh-dhiy'-al-lmi'a

  • 67

    Ses arguments sont vidents

    Bayyinatun ba'irihi

    Ses intentions (significations) profondes (sotriques) sont dvoiles

    Munkachifatun sar'irihi

    Ses significations apparentes sont clairement dcouvertes

    Mutajalliyatun dhawhirihi

    Ses adpetes en sont heureux Mughtabitatun bihi achiy'ihi

    Il guide vers le contentement ceux qui le suivent

    Q'idun il-r-ridhwni ittib'ahu

    Lcouter conduit au salut Mu'addin il-n-najti ism'ahu .

    Cette constellation d'images et bien d'autres que nous omettons de mentionner ici demeure en ralit des prologues artistiques au sujet principal, car recourir aux citations coraniques pour laisser entendre que cette assemble de compagnons reprsente ce que le Livre d'Allah a laiss comme hritage pour la Communaut, vise mettre ces

  • 68gens devant leur responsabilit, responsabilit qui leur a t dvolue par le noble Coran, surtout que la sainte Fatimah parle de ce sujet dans un langage clair mais imag, pour souligner la symtrie entre les arguments coraniques qui brillent de clart et ceux du droit lgitime de l'Imam Ali (p) la succession du Prophte (P). Le sermon a fait recours des images qui refltent ce qui est "parlant / ntiq", "vridique / diq", "clatant /sti' ", "brillant /lmi' ","clair/bayyin", "dvoil /munkachif", "patent / jaliyy", puisque la vracit, la brillance, la clart, l'clat etc sont des vocables soigneusement choisis pour dsigner l'vidence de la preuve (argument) et l'vidence de la situation. Et avec ces deux vidences, il ne reste aucune excuse pour la dcision injuste d'ignorer la continuit de l'Imamt de l'Imam Ali (p) aprs la disparition du Prophte (P). Ici nous voudrions attirer l'attention du lecteur sur l'importance de ce type de la prsentation du linament du noble Coran, lequel se caractrise par des traits qui touchent tous les aspects : dogmatiques, thiques, sociaux, conomiques, scientifiques etc. Toutefois le sermon n'a pas abord tous ces traits, mais un seul d'entre eux savoir "la clart, la brillance, la vracit, l'vidence etc." du saint Livre d'Allah, pour lier entre la clart de toutes les vrits prcites et l'vidence de la situation que les compagnons prsents ne doivent pas ignorer. Ce style incarne, nous le rptons, l'une des formes de la structure artistique la plus solide en raison de

  • 69l'enchevtrement des sujets et leur lien organique, comme nous l'avons expliqu. Nous devrions projeter la lumire sur cette image assimilative pour plusieurs raisons. La premire raison en est que les images ont t choisies ici assimilatives et non mtaphoriques ni analogiques, comme les images suivantes et contrairement celles du second sermon o la mtaphore constitue l'lment dominant. La raison en est que l'image assimilative se compose de deux phnomnes dont l'un est le mme que l'autre ou sert le dfinir. Ainsi lorsque nous disons par exemple que "le Coran est une lumire clatante", la signification en diffre de l'nonc "le coran est comme la lumire clatante" ou encore "la lumire du coran", remplissent une fonction diffrente de celui "le Coran est une lumire clatante", puisque l'analogie ou la comparaison "le coran est comme la lumire clatante", dnote l'existence d'un objet de pense commun entre le Coran et la lumire, et que la mtaphore "la lumire du Coran" confre au Coran le caractre de la lumire, alors que l'assimilation "Coran est une lumire clatante", dfinit le Coran comme tant la lumire, c'est dire que le Coran est 'incarnation, assimilation, intgration de la lumire, ou unification, fusion avec elle, et non pas comme la lumire ou qu'il revt le caractre de celle-ci. Quant la justification artistique du choix de l'assimilation mme, c'est que le sermon vise dfinir le noble Coran comme tant un livre "parlant", "vridique", "clatant", "brillant", etc. Et toutes ces expressions

  • 70forment une dfinition de la vrit du Coran. C'est pourquoi les images doivent tre assimilative pour que le sujet s'identifie ou s'assimile la nature de l'image artistique. En tout tat de cause , le sermon aprs avoir termin de prsenter les images du Coran travers les images "assimilatives", s'oriente vers la prsentation d'autres types d'images "assimilatives", mais cette fois-ci pour offrir "des dfinitions ou des images assimilatives" non sur le plan de la clart des arguments coraniques, mais pour insrer les Principes divins (les statuts lgaux / ahkm, les croyances / 'aq'id, la morale / akhlq tout en insistant sur les statuts lgaux). La raison artistique qui se cachent derrire ce procd est que les les vocables prsents sont l'incarnation des principes qu'avait apports Mohammad (P) et qui ont sauv la socit en la sortant des tnbres vers la lumire, mais que ces gens (l'actuel quipe califale de l'poque) ont ignors et renis aprs le dcs du Messager d'Allah. Examinons maintenant quelques exemples de ces nouvelles images assimilatives :

    -(Aussi Allah a-t-Il fait de la Foi pour vous une purification du polythisme )

    Fa-jaalallhu-l-mna tat-hran lakum min-ach-chirki

    -Et de la Prire, un loignement de l'orgueil)

  • 71

    (Wa--alta tanzhan lakum an-il-kibri)

    - (Et du zakt, un assainissement de l'me et une augmentation de la subsistance)

    Wa-z-zakta tazkiyatan li-n-nafsi wa nam'an f-r-rizqi

    (et du jene, un raffermissement de la sincrit) Wa--iyma that-btan li-l-ikhli

    (et du Plerinage, une dification de la Religion) Wa-l-hajja tachydan li-d-dni

    (et de la Justice, une harmonisation des curs) Wa-l- 'adla tansqan li-l-qulbi

    - (et du fait de nous obir un systme pour la nation)

    Wa t'atin nidhman li-l-millati

    - (et de notre imamat une scurit contre la division)

    Wa immatan amnan min-al-firqati

    Etc..

  • 72Comme on peut le constater, cette srie dimages assimilatives incarne la dfinition des Principes divins, commencer par la Foi, en passant par la Prire, le Zakt, le jene etcpour parvenir lobissance aux hl-ul-Bayt (p) et lImamat , lesquels constituent, ne le perdons pas de vue, les deux incarnations du sujet principal vis par Al-Zahra (p) dans son sermon, lobissance la Famille purifie du Prophte (P) qui forme lun des Deux Poids (al-Thaqalayn incarnant le systme ou lOrdre de la Umma, et limamat, lassurance contre la division.

    Il est clair que le systme signifie la raliasation de lquilibre social de la nation (lequel ne se ralise que par lobissance aux Ahl-ul-Bayt, selon lexcpression de la noble al-Zahr), alors que lImamat est le couronnement de cet quilibre social puisquil est lassurance contre la division, donc un appui audit quilibre. Et effectivement le non-respect de ces deux principes essentiels (obissance et Imamat) a conduit, comme on le sait, la division lpoque du Saqfah et jusqu nos jours, comme la si bien prdit la Noble Fatimah.

    Le sermon poursuit lexpos dune srie des principes islamiques tel que le commandement de faire le bien (al-amr bi-l-ma'arf), la bienfaisance envers les parents, le talion, la fidlit etc.et il conclut ce passage par :

  • 73

    (Craignez Allah comme Il doit tre craint. Et ne mourez qu'en pleine soumission) 64 Et obissez Allah pour ce quIl vous a ordonn..

    Comme on peut laprecevoir, cette conclusion se lie organiquement ce que la noble Dame a dit, savoir que lobissance aux Ahl-ul-Bayt (p) est un systme pour la Communaut, que lImamat est une assurance contre la division et que le commandement du bien est lun des principes de la Religion. Et la voli qui met en pratique ce principe (le commandement du bien) travers ce sermon et rclame lobissance Donc la fin de cette srie dimages assimilatives marque une progreession ou un dveloppement organique de ce quelle (la srie) avait nonc, dveloppement par lequel elle va entrer dans le vif du sujet ou le sujet vis, lorsque la noble Dame sadresse lassemble ainsi : Sachez que je suis Fatimah, et que mon pre est Mohammad (P), je le dis du dbut la fin

    644/102 Sourate le Imarn : 4/102 :

    } {

  • 74

    Et : Mon pre et pas le pre daucune de vos femmes, et le frre de mon cousin et pas le frre d'aucun de vos hommes . et il a communiqu le Message. 65 Etc

    Mais avant de dire cela elle a pris soin de souligner:

    Et je ne dis pas ce que je dis tort, ni ne fais ce que je fais indment

    L aqlu m aqlu ghalatan, wa l af'alu m af'alu chatatan

    Ces types dallusions au lien de parent et avant au fait quelle ne parle pas tort ni nagit indment, constituent un outil artistique pour faire passer un message spcial quelle vise en vue de prparer le terrain la prsentation de quelque chose encore plus important En outre lvocation du lien de parent de cette faon spciale le frre de mon cousin et non daucun de vos hommes en parlant de son pre (P), cest--dire en liant entre son pre et lImam Ali (p) et en lappellant le frre du cousin est une subtilit artistique trs significative. De mme le fait dvoquer son lien de parent avec son pre en prcisant quil est son pre lexclusion de toute

    65

    .

  • 75autre femme va dans le mme sens, puisque ce lien de parent senchevtre dans le concept de lImamat pour renforcer sa position et montrer quelle sait petinemment ce quelle dit (et non pour mettre la parent en vidence en tant que telle).

    En tout cas le sermon revient, comme elle le dit, pour lier son pre au fait quil avait sorti la socit prislamique des tnbres vers la lumire, car elle est consciente quartistiquement la rptition dune mme chose ne convient lloquence de la situation que dans un contexte particulier. Cest pourquoi elle a dclar ds le dbut quelle revient (pour rpter) sur une parole relative son pre et aux gens de lassemble, savoir quil a sauv la socit dvie, mais dans ce contexcte nouveau, elle parle du sauvetage de la socit par le jihd, alors qued dans le contexte prcdent le sauvetage se passait par la mise en vidence des donnes avantageuse du Message. Cest pourquoi elle dit de lui et de son jihad contre les polythistes, quil a transmis le Message dAllah, le Sublime :

    Il a communiqu le Message, en affichant lavertissement

    Fa-ballagha-l-rislati dian bi-n-natharati

    Se dtournant de la voie tortueuse des polythistes

  • 76

    Milan an madarajat-il-muchrikn

    Supprimant leurs chefs

    abajahum thDhriban

    touffant leurs souffles

    khithan bi-akdhmihim

    Appelant (les gens) au sentier de son Seigneur par la sagesse et la bonne

    exhortation66 Diyan il sabli rabbihi bi-l-hikmati wa-l-mawidhat-il-hasanati

    Il brise les idole Yuksir-ul-anma

    Et jette leurs ttes par terre

    wa yankuth-ul-hma

    66 Cf sourate al-Nahl / Les Abeilles : 16 / 125 :" Par la sagesse et la bonne exhortation appelle (les gens) au sentier de ton Seigneur. Et discute avec eux de la meilleure faon. Car c'est ton Seigneur qui connat le mieux celui qui s'gare de Son sentier et c'est Lui qui connat le mieux ceux qui sont bien guids".

  • 77

    Jusqu ce que le groupe (des polythistes) se dfasse et senfuie

    Hatt-nhazama-l-jamu, wa wallaw ad-dubra

    Jusqu ce que les tnbres de la nuit67 se soient dchires, laissant apparatre la

    lumire matinale68 Hatt tafarr-l-laylu an ubhihi

    Et que la Vrit ait dvoil sa puret Wa asfara-l-haqqu na mah-dhihi

    Et que le leader de la Religion ait parl Wa nataqa zam-ud-dni

    Et que les langues des satans se soient tues Wa kharasat chaqchiq-

    uch-chaytni

    Et que les notables de lhypocrisie soit tombs

    Wa tha wachdh-un-nifqi

    Et que les forces de la mcrance et de la discorde se sont dfaites

    67 De lobscurantisme prsilamque 68 De lIslam

  • 78

    Wa-nhallat uqad-ul-kufri wa-ch-chiqqi

    Puis elle fait le lien entre le jihad et la dviation dans laquelle vivaient ces gens :

    Et vous tiez au bord dun foss de feu69 wa kuntum 'al chaf hufratin min-an-nr

    Prts tre avals par le premier assoiff

    mathaqqat-ich-chribi

    Et loccasion dtre la proie de tout convoiteur

    wa nuhzat-at-tmii

    Un brandon, bon pour tre ramass par tout passant press

    wa qabsat-al-'ajlni

    Et trace des pieds (bons pour tre pitins)

    wa mawti'-il-aqdmi

    Vous buviez les eaux stagnantes arqa t-ta-tachrabn

    Et vous vous nourrissiez des feuilles

    69 Ou vous tiez au bord de lEnfer cause de votre mcrance.

  • 79

    wa taqttn-al-waraqa

    Serviles et bannis

    athillatan khsi'n

    "craignant de vous faire enlever par des gens "70 Cest alors quAllah Le Trs-Haut vous a sauvs par Mohammad que la Prire dAllah soit sur lui et sur sa famille aprs tant defforts et de difficults.

    .} {

    "Takhfna an yatakhattafakum-un-nsi min hawlikum", fa-anqathakum-ullhu tabraka wa tal

    bi-Muhammadin allllhu alayhi wa lihi

    Elle sapplique par la suite faire connatre lidentit des ennemis que Mohammad a combattus, en les dcrivant ainsi :

    Et aprs quil eut t confront aux hros parmi les hommes, les loups des arabes et les arrogants des gens du livre

    70 Segment du verset coranique (sourate al-Anfl / Le Butin) : 26. Et rappelez-vous quand vous tiez peu nombreux, opprims sur terre, craignant de vous faire enlever par des gens. Il vous donna asile, vous renfora se Son secours et vous attribua de bonnes choses afin que vous soyez reconnaissants .

  • 80Wa bada an muniya bi-buham-ir-rijli wa thu'bn-il-

    arabi wa maraddati ahl-il-kit[abi

    Puis elle bauche une nouvelle situation comme suit :

    "Toutes les fois qu'ils allument un feu pour la guerre, Allah l'teint"71

    } {"Kullam awqad nran li-l-harbi at-fa'ah-llhu

    Ou quapparat la corne de satan

    Aw najama qarnun li-ch-chaytni

    71 Cf sourate al-Midah (La Tabler servie) 5/ 64 : Et les Juifs disent: La main d'Allah est ferme! Que leurs propres mains soient fermes, et maudits soient-ils pour l'avoir dit. Au contraire, Ses deux mains sont largement ouvertes: Il distribue Ses dons comme Il veut. Et certes, ce qui a t descendu vers toi de la part de ton Seigneur va faire beaucoup crotre parmi eux la rbellion et la mcrance. Nous avons jet parmi eux l'inimit et la haine jusqu'au Jour de la Rsurrection. Toutes les fois qu'ils allument un feu pour la guerre, Allah l'teint. Et ils s'efforcent de semer le dsordre sur la terre, alors qu'Allah n'aime pas les semeurs de dsordre.

    )5/64 ( .

  • 81

    Et quun groupe des polythistes se met en avant72

    Wa fa-gharat f-ghi-ratun min-al-muchrikna

    Il lanait son frre vers le fond des troubles pour les touffer

    Qathafa akhhu f lahawtih

    Ici nous nous arrtons au tournant de cette structure artistique du sermon pour nous apercevoir les niveaux de la formulation tonnante de la situation sur les plans smantique , rythmique, mtapohorique .

    Sur le plan structural, le sermon a tabli subtilement un lien entre le jihad de son pre (P) et lImam Ali (puisquil vise parvenir au droit prioritaire de lImam Ali diriger la Umma), lorsque la sainte Fatimah dit : Il lanait son frre vers le fond des troubles pour les touffer. Ainsi, son frre, lImam Ali (p) entre dans le champ du texte (sermon) dune faon trs naturelle, puisquelle avait dit que Ali (p) est le frre du Prophte (P) lorsquelle avait commenc la troisime partie, juste aprs la prsntation des Deux Attestations de Foi : lUnicit et la

    72 Ou quun serpent des polytheistes ouvre sa bouche pour mordre les Musulmans.

  • 82Prophtie : Vous trouvez mon pre lexclusion de toutes vos femmes et le frre de mon cousin lexclusion de tous vos hommes . Et le revoil le frre qui sintroduit dans le sermon une seconde fois.. Quand ? Il y entre aprs une srie de prsentation de laction du Prophte (P) :

    "Il a communiqu le Message, en affichant lavertissement, se dtournant de la voie tortueuse des polythistes, Supprimant leurs chefs"

    Et aprs quil eut subi les preuves des misreux des Arabes et les orgu