48772224 SARTRE Jean Paul • Sartre Cent Ans de Liberte Le Monde Des Livres Vendredi 11 Mars 2005

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  • LITTRATURES ESSAIS

    On commmore, oncommmore. Lesmagazines mettentSartre en couverturetout en se demandant

    sil faut le brler ou en affirmantquil ne suscite plus que lindiffren-ce, quand ce nest pas les deux enmme temps. Bref, ce mort insup-porte encore beaucoup. Pour laffi-che de lexposition de la Biblioth-que nationale de France, on a choisiun Sartre sans son habituelle cigaret-te la main, comme sil risquait deprcipiter encore une fois la jeu-nesse dans le vice ou au moins dansla transgression. Luvre, Dieu soitlou, reste lindex. Mais comme

    elle est voue loubli, on se conten-te dappeler mdiatiquement aurelev des fameuses erreurs deSartre qui la disqualifient.En fvrier 1940, Jean-Paul Sartre,

    jeune crivain prometteur, mobilisen Alsace dans cette drle deguerre qui nclate pas, sinterro-ge sur sa gnration : Y a-t-il euavant la guerre beaucoup de jeunesgens plus solides que nous ntions ?Plus solides que Nizan, que Guille,quAron, que le Castor [Simone deBeauvoir] ? Nous ne cherchions ni dtruire ni nous procurer des exta-ses nerveuses et insenses. Nous vou-lions patiemment et sagement com-

    prendre le monde, le dcouvrir etnous y faire une place. () Ceux den-tre nous qui voulaient changer lemonde et qui furent, par exemple,communistes, le devinrent raisonna-blement, aprs avoir pes le pour et lecontre. Et ce que je me rappelle lemieux, ce que je regretterai toujours,cest latmosphre unique de force etde gat intellectuelles qui nous enve-loppait. On a dit que nous tions tropintelligents. Pourquoi trop ? (Car-nets de la drle de guerre.)Oui, formidable gnration intel-

    lectuelle, dont cette anne marquele centenaire. Certes, Sartre la domi-ne, mais quon noublie pas Geor-ges Canguilhem, Daniel Lagache,

    ses camarades de promo-tion. Et Paul Nizan, bien sr,fauch par une balle alle-

    mande en 1940, avant davoir putenir toute sa place ; et RaymondAron qui, une fois Nizan et Camusdisparus, resta en dialogue avec Sar-tre. Y eut-il, en effet, y a-t-il aujour-dhui des jeunes gens plus solides,plus travailleurs, plus appliqusquils le furent ? A travers Sartre,cest toute une gnration quelon voudrait ici rendre simplementhommage, ft-ce pour la contester.Elle a puissamment contribu clairer le monde. On nest jamaistrop intelligent. Ou bien lintelligen-ce continue-t-elle doffenser ? Maiscelle de Sartre opre-t-elle encorepour notre temps ?

    Jim Crace ;Hubert Mingarelli ; Parti-pris :Philippe Djian,Ys Aillaudpage X

    Michel Onfrayet Rgis Debray,variations sur Dieu ;MoniqueCanto-Sperberpage XI

    RENCONTRES

    Sartre, cent ans de libertUn sicle aprs sa naissance, en 1905, lombre porte du petit homme , comme lappelaient ses amis de jeunesse, demeure considrable.

    Metteurs en scne de thtre et philosophes disent son actualit ainsi que celle de ses deux grands contemporains, Paul Nizan et Raymond Aron

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    LIVRES DE POCHE

    Grard Berrebyet laventuredes ditions Allia ;Armand Farrachi et LArt de la Fugue page XII

    FANTASTIQUEMais qui sacharne ainsi sur le Frre Mdard ? Les Elixirs du diable dE. T. A. Hoffmann, chef-duvre absoludu roman noirpage IX

    Vronique Bizot

    Une manire impressionnante de mlerle vraisemblable et l'absurde, la douleur etle cynisme, la cocasserie et la noirceur.

    Bernard Pivot de l'Acadmie Goncourt,Le Journal du Dimanche

    Les sangliers

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    Bal

    icki

    Stock NOUVELLES

    a Michel Contat

    DES LIVRESVENDREDI 11 MARS 2005

  • L'tre et le Net

    D e toutes les figures de Jean-Paul Sartre le penseur,lauteur, lhomme dactionet dengagement , cest celle delcrivain que la Bibliothque natio-nale de France (BNF) a choisi de pri-vilgier. Dune part, Sartre estdabord un homme de lcriture. Toutau long de sa vie, il na jamais cessdcrire, sauf la fin lorsquil est deve-nu aveugle. Dautre part, la BNF pos-sde un fonds exceptionnel demanus-crits , explique Mauricette Berne,commissaire de lexposition.La prsentation suit ce chemin

    dcriture, par tapes chronologi-ques, depuis la jeunesse jusqulaboutissement, LIdiot de lafamille, publi en 1971. Elle laisseaussi place aux uvres dartistesqui ont inspir Sartre, notammentLe Tintoret, ou ses proches, com-me Giacometti ou Wols.Ds lentre lEcole normale

    suprieure, en 1924, le jeune hom-menoircit des carnets. Il correspondavec Simone Jollivet (la Camille desMmoires de Simone de Beauvoir),future compagne dumetteur en sc-ne Charles Dullin. Elle contribue engager Sartre dans laventure duthtre.Dans une lettre de 1926, pr-sente la BNF, il lui crit : Jai sur-tout lambition de crer, () je nepeux pas voir une feuille de papier

    blanc sans avoir envie dcrire quel-que chose dessus. A la mme prio-de, le normalien dcide densei-gner la philosophie pour avoir leloisir de se consacrer lcriture : Cette profession secondaire mof-frirait le monde intrieur qui seraitle sujet mme de mes ouvrages litt-raires. Il rsume ses ambitions : Je veux tre Spinoza et Stendhal. En 1939-1940, il rdige quinze

    carnets de son journal de guerre.Plusieurs des sept qui subsistentsont exposs, montrant une critu-re serre couvrant chaque centim-tre du papier prcieux en temps deguerre. A la Libration, Sartre, quia publi La Nause et les pices dethtre Les Mouches et Huis clos,fait dj partie du Tout-Paris deslettres. Son choix dune littrature engage apparat ds le pre-mier numro de la revue Les Tempsmodernes, paru en 1945.Une large slection des uvres

    qui tmoignent dun engagementsur les questions raciales et colonia-les est prsente dans lexposition.En 1945, les Etats-Unis invitentune douzaine de reporters fran-ais. Sartre y part pour le quoti-dien Combat dAlbert Camus, etaussi pour Le Figaro. A la une de cejournal, le 16 juin 1945, on peutlire le dbut de sa srie Retour

    des USA, ce que jai appris du pro-blme noir . Il devient membredu comit de patronage de larevue Prsence africaine, fonde en1947. Plus tard, la guerre dAlgrielui donne loccasion de radicaliserses positions en faveur des cou-rants indpendantistes. Une photomontre son appartement de la rueBonaparte plastiqu en 1962 parlOAS pour la deuxime fois.Plusieurs documents des annes

    1950 nludent pas ladhsion qua-si aveugle de Jean-Paul Sartre auParti communiste franais, jusqula rupture en 1956, aprs lcrase-ment de linsurrection Budapest.Bon nombre de photos tmoi-gnent des voyages de Sartre etBeauvoir sur des lignes de front delpoque : ils sont aux cts de CheGuevara Cuba, en 1960, ou Gaza en 1967. Lengagement pourla paix au Proche-Orient amnerala publication en 1977 dans LesTemps modernes des actes duncolloque runissant intellectuelspalestiniens et israliens chez lephilosophe Michel Foucault.

    espaces partTout au long de lexposition, la

    participation de Jean-Paul Sartre la vie thtrale est prsente dansdes espaces part, qui, entours

    de tentures rouges, font penser des loges. On y voit des films deses pices, des ditions originales,des livrets de reprsentations.Dans un texte indit extrait desarchives de Charles Dullin, il expo-se sa conception de lenseigne-ment de lart dramatique, axe surle travail de lacteur.La BNF prsente aussi un entre-

    tien indit, recueilli en 1967 pour latlvision canadienne par Madelei-ne Gobeil Nol et Claude Lanz-mann. En une heure, ce document(dit prsent en DVD) constitueune introduction vivante aux grandsthmes de luvre de Sartre.En exposant de nombreuses pi-

    ces du fonds Sartre, MauricetteBerne espre que lvnement sus-citera une curiosit qui permettrade faire ressurgir des manuscritsdisparus . Il nexiste par exempleplus aucune trace dumanuscrit ori-ginal de LEtre et le nant.

    Catherine Bdarida

    e Sartre, jusquau 21 aot. Biblioth-que nationale de France, quai Fran-ois-Mauriac, Paris-13e. Tl. :01-53-79-59-59.

    e Un catalogue qui suit litinrairede lexposition est publi (BNF/ Galli-mard, 292 p., DVD inclus, 48 ).

    LHRITAGE de Sartre et soncortge de questions hantent lasphre mdiatique. Et, par natu-re, les titres oscillent invitable-ment entre dnonciation ethagiographie. La Toile, quant elle, est plus froide. Elle est proc-cupe de lauteur et ne semblepas prise dans lemballement ducentenaire de la naissance delcrivain. Le fidle et imperturba-ble destrier Google, qui dhabitu-de se montre prompt dlivrerdes rponses dans lactualit ,nen fournit aucune. Il se conten-te, excusez du peu, de814 000 rfrences multilingues.Quant Technorati, moteur derecherche pour les blogs, il recen-se quelque 5 272 notes, dont ladernire, au moment de notreconnexion, remontait 38 minu-tes. La raison de cette froideurapparente est simple : sur leWeb, Sartre bouge encore. Lessillons laisss par son uvresont perceptibles, mais ils par-tent en tous sens, de lintroduc-teur de la phnomnologie enFrance lintellectuel engag ou lcrivain.

    influence internationalePour le nophyte, lencyclopdie

    ouverte en ligne Wikipedia nousparat la meilleure ressource. Sonarchitecture de liens permet effec-tivement de faire le tour sinon deluvre, du moins de la biogra-phie de Sartre. Sur le site Alalettregalement, une brve introduc-

    tion cet homme-sicle, de soninfluence sur la philosophie lareprsentation de lintellectueldans la vie publique. Ou encore,pour une premire approche, lesite Philonet rsume, en une sim-ple page, les racines et les apportsde la philosophie sartrienne. Maislune des meilleures biographies

    en ligne se trouve sur le site qu-bcois Encphi.Hors des dbats hexagonaux, le

    Web est un bon outil pour mesurerlinfluence mondiale de Sartre. Lundes sites les plus complets estlamricain Sartre Online. Divis ensept rubriques (biographie, cita-

    tions, influences, thses, articles,liens, forum), il brosse un vastetableau de la vie et de luvre delauteur. Il renvoie utilement unautre site qui sintresse plus spci-fiquement lexistentialisme ettablit une revue critique d