100 ans de combats pour la liberté des femmes

Click here to load reader

  • date post

    26-Mar-2016
  • Category

    Documents

  • view

    248
  • download

    3

Embed Size (px)

description

La question de l’égalité entre les femmes et les hommes est plus que jamais au cœur de l’actualité. Il ne se passe pas une journée sans que la parité ne soit évoquée par telle ou telle personnalité dans les médias, telle ou telle association, tel ou tel décideur public. Ce n’est pas seulement un enjeu d’histoire ; c’est aussi un enjeu du présent, un défi pour l’avenir et un enjeu majeur pour le XXIe siècle.

Transcript of 100 ans de combats pour la liberté des femmes

  • FRDRIQUE AGNS ISABELLE LEFORT

    PRFACE DE ROSELYNE BACHELOT

    DE COMBATS100 ANSpour la libert des femmes

  • LGALIT FEMMES-HOMMES, UN ENJEU MAJEUR POUR LE XXIE SICLE

    Les eurodputs viennent de rejeter un rapport sur lgalit entre les femmes et les hommes qui appelait garantir le principe fondamental de lgalit de rmunration travail gal .On se pince pour y croire. En 2014, nous en sommes encore l ! En France, depuis 1972, la loi impose le salaire gal travail gal, et pourtant dans les faits, les femmes continuent recevoir 28 % de moins que les hommes et percevoir une retraite infrieure de 42 %. Taratata, tout est dit.

    Isabelle Lefort

    Il ny a pas si longtemps, un de nos clbres contemporains disait Ministre de la condition fminine ? Et pourquoi pas un sous-secrtariat dtat au tricot ? .Je suis une fille des filles des annes 70, et je me bats lombre de ces grandes figures pour participer la construction dune socit o femmes et hommes ont une place, ensemble.Aujourdhui, entre conqutes et rgressions, la socit avance vers plus dgalit : lavenir se fera femmes et hommes runis, sinon, quel ennui !

    Frdrique Agns

    LES AUTEURES

  • LGALIT FEMMES-HOMMES, UN ENJEU MAJEUR POUR LE XXIE SICLE

    Les femmes sont les dlaisses de lhistoire. Les combats quelles ont mens pour leur compte ou aux cts des hommes sont minimiss. Bien souvent, elles ne sont, hlas, ni sujets ni objets dhistoire et cest la fois un contresens et une injustice.Notre combat, et cet ouvrage en est le tmoignage, se livre pour les femmes et non contre les hommes.Hommes et femmes, ce combat nous unira !

    Roselyne BachelotAncienne ministre, chroniqueuse ditoriAliste

    PRFACE

    Flammarion est heureux et fier daccueillir un tel projet dans son programme ditorial.Pour mieux cerner, combattre, rduire ces ingalits que la quasi totalit des Franais trouvent choquantes et absurdes, ce livre relate le chemin parcouru en cent ans de progrs.Du droit des femmes disposer de leur salaire, au droit de vote, de la loi Neuwirth la loi Cop Zimmerman, en passant par la loi Veil Frdrique Agns et Isabelle Lefort retracent les grands combats du sicle pass.

    Jean-Jacques Baudouin-Gautierdirecteur des beAux livres et des livres illstrs

    LHISTOIRE DES FEMMES,

    LHISTOIRE DUNE CONQUTE,

    LHISTOIRE DUN PARADOXE

  • De 1914 2014, au fil des pages, cest un sicle de lhistoire des femmes qui se dplie sous nos yeux. Du droit de vote, du droit lautonomie financire, la contraception, lavortement, le droit matrimonial mais

    aussi limage de la femme dans la publicit, lgalit salariale ou encore la parit politique, ce sont autant de revendications majeures que la socit franaise a enfin (ou presque) accordes aux femmes.

    A force dengagements sans faille et de revendications sans relche, les hommes et les femmes, militants de la cause fminine ont jalonn ces cent dernires annes dautant de conqutes socitales et de succs lgislatifs fondamentaux pour

    LE LIVRE TMOIGNAGE QUI RETRACE UN SICLE DVOLUTION

    DE LA CONDITION FMININE EN FRANCE

  • lgalit entre les femmes et les hommes. Des conqutes qui ont commenc ds la Grande Guerre quand les femmes jourent un rle crucial dans la dfense du pays et la gestion de larrire-front.A lheure o certains pays et certains mouvements ractionnaires tentent de rogner ces avances, cet ouvrage vient rappeler point nomm que les essentiels progrs de la condition fminine ne sont pas indfectiblement acquis. Si les devancires et les pionnires ont su ouvrir des brches dcisives dans une socit longtemps domine par les hommes, le statut de la femme nen demeure pas moins un enjeu actuel et jamais totalement achev. Cest en substance le cur du message et du mot dordre que ce livre entend porter haut et fort.

    Dans sa prface, Roselyne Bachelot le rappelle avec vigueur Nos filles et nos petites-filles ont cette assurance tranquille que ce combat ne leur appartient plus. Il est primordial de rappeler que ces conqutes de la plus prestigieuse la plus quotidienne voter, tre lue, disposer de son corps, avoir un chquier sans lautorisation de son mari -, ne datent que de quelques dizaines dannes. Quelles lisent les insultes dont a t abreuve Simone Veil quand elle se battait pour lIVG, elles comprendront alors que pour les femmes, la prhistoire nest pas si lointaine .

    LE LIVRE TMOIGNAGE QUI RETRACE UN SICLE DVOLUTION

    DE LA CONDITION FMININE EN FRANCE

  • Loin dtre un manifeste clivant, le livre relate au contraire serei-nement le chemin parcouru en cent ans travers les discours fondateurs, les rappels historiques cls et les clairages dacteurs et dactrices de la premire heure. Il revient sur les vnements marquants plus rcents comme le dner de lhtel de Lassay, la confrence du Grand Orient ou encore les Etats gnraux de

    lEgalit qui en 2013 ont tous uni leurs voix autour de lgalit entre femmes et hommes.

    Au-del de lpope chronologique, le livre de Frdrique Agns et Isabelle Lefort met en perspective les victoires galitaires avec un panorama trs exhaustif de la situation actuelle et des progrs quil reste accomplir comme, par exemple, les strotypes sexistes qui entretiennent les ingalits entre femmes et hommes ds la petite enfance. Pour sen convaincre, il suffit de garder lesprit que la France noccupe lheure actuelle que le 34me rang mondial en termes de fminisation de la reprsentation parlementaire. Un score qui place le pays entre la Tunisie et lAfghanistan et qui souligne si besoin tait, que la mobilisation pour lgalit femme-homme doit perdurer plus que jamais.

    Lautre grande force du livre rside dans la parole donne des femmes daujourdhui. Dhorizons culturels et de milieux sociaux extrmement varis, ces femmes anonymes ou connues (mais aussi des hommes) racontent leur vcu quotidien et leur vision de la condition fminine dans les univers o elles voluent. Marine, lycenne de 17 ans, Florence, charge daffaires de 36 ans et Claudette, pharmacienne biologiste de 67 ans partagent ainsi leurs parcours et leurs anecdotes aux cts de dirigeantes dentreprise comme Sara Ravella, membre du comit excutif de LOral, de journalistes comme Laure Adler, de scientifiques comme Catherine Vidal, neurobiologiste directrice de recherche lInstitut

  • Pasteur et de figures politiques comme Christine Lagarde, directrice du Fonds Montaire International ou encore Anne Hidalgo, lue 1re femme maire de Paris.

    Lhistoire de la prsence des femmes et de la Femme dans la socit franaise depuis un sicle, cest lhistoire dune conqute. Cest aussi lhistoire dun paradoxe. Cest ce fil directeur des reprsentations que nous voulons suivre pour retracer une pope sociale toujours en cours, une rvolution inacheve. La question de la place des femmes dans la socit franaise est un sujet central, au cur de lactualit. Ce nest pas seulement un enjeu dhistoire, cest aussi un enjeu du prsent et un dfi pour lavenir. Un enjeu pour le XXIme sicle

    estiment Frdrique Agns et Isabelle Lefort, les auteures de cette fresque fminine en perptuel mouvement.

    UNE POPE POURSUIVRE

  • 32

    LE DROIT DE VOTE DES FEMMES 21 AVRIL 1944

    dputs (la fleur signifie symboliquement ne moubliez pas ) Le 2 juin 1936, les militantes vont jusqu offrir des chaussettes aux snateurs sous une banderole qui indique : Mme si vous nous donnez le droit de vote, vos chaussettes seront raccommodes. Rien ny fait. Lon Blum tente damadouer Louise Weiss en lui offrant un poste ministriel, celle-ci lui rpond sans mnagement : Jai lutt pour tre lue, pas pour tre nomme. Redoutant linfluence clricale sur le vote des femmes, le prsident du Conseil russit toutefois convaincre trois femmes dentrer au gouvernement en tant que sous-secrtaires dtat : Ccile Brun-schvicg, prsidente de lUFSF, lducation natio-nale, Suzanne Lacore la Sant publique et Irne Joliot-Curie la Recherche scientifique.Le 30juillet 1936, par 495voix contre 0, la Chambre des dputs se prononce pour la sixime et dernire fois pour le vote des femmes, le gouvernement sabstient. Le Snat ninscrira jamais ce texte son ordre du jour. LORDONNANCE DU 21 AVRIL 1944Lentre dans la Seconde Guerre mondiale renvoie la question plus tard. Sous le rgime de Vichy, les femmes sont pries de sen tenir leur rle au foyer. Si chacun balayait devant sa porte, explique un responsable du gouvernement, la rue serait vite propre. Appliquons cela la socit et disons : Si chaque femme soignait, purifiait, refaisait sa mai-son, comme la patrie deviendrait belle ! La Rsistance a au contraire parfaitement conscience de limplication des femmes dans le combat contre loccupant. Elles aussi prennent des risques fous pour librer la France du nazisme. Sous limpulsion de De Gaulle, ds 1942, le mouvement prend fait et cause pour que les femmes accdent au mme titre que les hommes au su rage universel. Le 23juin, le Gnral a rme ainsi dans les journaux clandestins : Une fois lennemi chass du territoire, tous les hommes et toutes les femmes de chez nous liront lAssemble nationale qui dcidera souverainement des destines du pays. En janvier1944, installe Alger, lassemble consul-tative entame les dbats sur la future organisation des pouvoirs publics et soulve la question du vote des femmes. Le dlgu communiste Fernand Gre-nier, se rfrant aux dclarations du gnral de

    Gaulle, souhaite que lassemble sengage pour ce droit. Il dclare: La femme de France doit avoir le droit et le devoir de soccuper de la chose publique. Il serait mme de mon dsir que lassemble a rmt que la femme franaise est lectrice et ligible, a n que nous lui manifestions notre solidarit et notre volont de ne plus la traiter en mineure et en inf-rieure. Les discussions sont houleuses ; les radicaux font valoir limpossibilit dorganiser linscription sur les listes lectorales, les risques du dsquilibre lectoral du vote des femmes avant le retour des sol-dats et des dports.Le 24 mars, malgr les tensions, Fernand Grenier fait voter lamendement qui stipule : Les femmes seront lectrices et ligibles dans les mmes condi-tions que les hommes. Lordonnance du 21 avril 1944 instaure officiellement le suffrage universel des femmes par le gouvernement provisoire du g-nral de Gaulle. Les Franaises votent pour la pre-mire fois le 29 avril 1945, aux lections munici-pales, et le 21 octobre 1945, aux lgislatives, leur premier scrutin national.Le 27octobre 1946, le prambule de la Constitution inscrit dans les principes fondamentaux de la R-publique la mention suivante: La loi garantit la femme, dans tous les domaines, des droits gaux ceux de lhomme.

    LE 24 MARS 1944, FERNAND GRENIER FAIT VOTER LAMENDEMENT QUI STIPULE : LES FEMMES SERONT LECTRICES ET LIGIBLES DANS LES MMES CONDITIONS QUE LES HOMMES.

    LE DROIT DE VOTE DES FEMMES

    33

    21 AVRIL 1944

    MANPAR_P001P051.indd 32 07/03/2014 23:43

    32

    LE DROIT DE VOTE DES FEMMES 21 AVRIL 1944

    dputs (la fleur signifie symboliquement ne moubliez pas ) Le 2 juin 1936, les militantes vont jusqu offrir des chaussettes aux snateurs sous une banderole qui indique : Mme si vous nous donnez le droit de vote, vos chaussettes seront raccommodes. Rien ny fait. Lon Blum tente damadouer Louise Weiss en lui offrant un poste ministriel, celle-ci lui rpond sans mnagement : Jai lutt pour tre lue, pas pour tre nomme. Redoutant linfluence clricale sur le vote des femmes, le prsident du Conseil russit toutefois convaincre trois femmes dentrer au gouvernement en tant que sous-secrtaires dtat : Ccile Brun-schvicg, prsidente de lUFSF, lducation natio-nale, Suzanne Lacore la Sant publique et Irne Joliot-Curie la Recherche scientifique.Le 30juillet 1936, par 495voix contre 0, la Chambre des dputs se prononce pour la sixime et dernire fois pour le vote des femmes, le gouvernement sabstient. Le Snat ninscrira jamais ce texte son ordre du jour. LORDONNANCE DU 21 AVRIL 1944Lentre dans la Seconde Guerre mondiale renvoie la question plus tard. Sous le rgime de Vichy, les femmes sont pries de sen tenir leur rle au foyer. Si chacun balayait devant sa porte, explique un responsable du gouvernement, la rue serait vite propre. Appliquons cela la socit et disons : Si chaque femme soignait, purifiait, refaisait sa mai-son, comme la patrie deviendrait belle ! La Rsistance a au contraire parfaitement conscience de limplication des femmes dans le combat contre loccupant. Elles aussi prennent des risques fous pour librer la France du nazisme. Sous limpulsion de De Gaulle, ds 1942, le mouvement prend fait et cause pour que les femmes accdent au mme titre que les hommes au su rage universel. Le 23juin, le Gnral a rme ainsi dans les journaux clandestins : Une fois lennemi chass du territoire, tous les hommes et toutes les femmes de chez nous liront lAssemble nationale qui dcidera souverainement des destines du pays. En janvier1944, installe Alger, lassemble consul-tative entame les dbats sur la future organisation des pouvoirs publics et soulve la question du vote des femmes. Le dlgu communiste Fernand Gre-nier, se rfrant aux dclarations du gnral de

    Gaulle, souhaite que lassemble sengage pour ce droit. Il dclare: La femme de France doit avoir le droit et le devoir de soccuper de la chose publique. Il serait mme de mon dsir que lassemble a rmt que la femme franaise est lectrice et ligible, a n que nous lui manifestions notre solidarit et notre volont de ne plus la traiter en mineure et en inf-rieure. Les discussions sont houleuses ; les radicaux font valoir limpossibilit dorganiser linscription sur les listes lectorales, les risques du dsquilibre lectoral du vote des femmes avant le retour des sol-dats et des dports.Le 24 mars, malgr les tensions, Fernand Grenier fait voter lamendement qui stipule : Les femmes seront lectrices et ligibles dans les mmes condi-tions que les hommes. Lordonnance du 21 avril 1944 instaure officiellement le suffrage universel des femmes par le gouvernement provisoire du g-nral de Gaulle. Les Franaises votent pour la pre-mire fois le 29 avril 1945, aux lections munici-pales, et le 21 octobre 1945, aux lgislatives, leur premier scrutin national.Le 27octobre 1946, le prambule de la Constitution inscrit dans les principes fondamentaux de la R-publique la mention suivante: La loi garantit la femme, dans tous les domaines, des droits gaux ceux de lhomme.

    LE 24 MARS 1944, FERNAND GRENIER FAIT VOTER LAMENDEMENT QUI STIPULE : LES FEMMES SERONT LECTRICES ET LIGIBLES DANS LES MMES CONDITIONS QUE LES HOMMES.

    LE DROIT DE VOTE DES FEMMES

    33

    21 AVRIL 1944

    MANPAR_P001P051.indd 33 14/03/2014 19:52

    20

    LAUTRE FRONT LAUTRE FRONT

    21

    LAUTRE FRONT LAUTRE FRONT

    Quand clate la guerre de 1914-1918, les femmes vivent encore sous lautorit masculine. En France, le code Napo-lon est toujours en vigueur. Certes, les su ragettes revendiquent le droit de vote ; certes, Marie Curie est la pre-mire femme avoir reu, avec son

    poux, le prix Nobel de physique ; certes, le travail des femmes est limit dix heures par jour et elles bn -cient dun cong de maternit de huit semaines non rmunr ; certes, les institutrices peroivent le mme salaire que les instituteurs. Mais il sagit l dautant dexceptions. Dans lavant-Grande Guerre, la place d-volue aux femmes est celle du foyer. lhomme, le bois et les mtaux. la femme, la famille et les tissus : tout est dit dans cette tirade dun dlgu syndical.Quand le con it devient inluctable, mme les femmes les plus engages pour la conqute des droits, les militantes paci stes, mettent en sourdine leurs re-vendications et rallient lUnion sacre. Marguerite Durand lance un appel dans le journal La Fronde : Femmes, votre pays a besoin de vous, soyons dignes dtre Franaises. GARDIENNES DES CAMPAGNESLa guerre clate le 2 aot 1914. En deux semaines, prs de 3millions de Franais quittent leur foyer. La France, pays alors encore majoritairement rural, est en pleine moisson. Le prsident du Conseil Ren Vi-viani demande aux paysannes de remplacer les 1,5million detravailleurs qui viennent de quitter les fermes: Debout, femmes franaises, jeunes enfants, lles et ls de la patrie. Remplacez sur le champ de travail ceux qui sont sur le champ de bataille. Prpa-rez-vous leur montrer, demain, la terre cultive, les rcoltes rentres, les champs ensemencs ! Il ny a pas, dans ces heures graves, de labeur in me. Tout est grand qui sert le pays. Debout ! laction ! luvre ! Il y aura demain de la gloire pour tout le monde. Les femmes deviennent les gardiennes des campagnes. En 1918, 60 % des agriculteurs seront au combat. Ob-serves, pies quant leurs bonnes murs, les femmes sattellent elles-mmes la charrue pour rcolter les bls, les chevaux ayant aussi t rquisitionns. Le tra-vail est pnible. Du front, les hommes envoient des conseils par lettre, sinquitent du sort de leurs pouses: comment sen sortent-elles ? Comment vivent-elles ? Linquitude se mle la peur et labsence. Sais-je mon amour si tu maimes encore crit Apollinaire dans une lettre Lou, le 11mars 1915.

    MANPAR_P001P051_OK.indd 20 11/03/2014 21:30

    20

    LAUTRE FRONT LAUTRE FRONT

    21

    LAUTRE FRONT LAUTRE FRONT

    Quand clate la guerre de 1914-1918, les femmes vivent encore sous lautorit masculine. En France, le code Napo-lon est toujours en vigueur. Certes, les su ragettes revendiquent le droit de vote ; certes, Marie Curie est la pre-mire femme avoir reu, avec son

    poux, le prix Nobel de physique ; certes, le travail des femmes est limit dix heures par jour et elles bn -cient dun cong de maternit de huit semaines non rmunr ; certes, les institutrices peroivent le mme salaire que les instituteurs. Mais il sagit l dautant dexceptions. Dans lavant-Grande Guerre, la place d-volue aux femmes est celle du foyer. lhomme, le bois et les mtaux. la femme, la famille et les tissus : tout est dit dans cette tirade dun dlgu syndical.Quand le con it devient inluctable, mme les femmes les plus engages pour la conqute des droits, les militantes paci stes, mettent en sourdine leurs re-vendications et rallient lUnion sacre. Marguerite Durand lance un appel dans le journal La Fronde : Femmes, votre pays a besoin de vous, soyons dignes dtre Franaises. GARDIENNES DES CAMPAGNESLa guerre clate le 2 aot 1914. En deux semaines, prs de 3millions de Franais quittent leur foyer. La France, pays alors encore majoritairement rural, est en pleine moisson. Le prsident du Conseil Ren Vi-viani demande aux paysannes de remplacer les 1,5million detravailleurs qui viennent de quitter les fermes: Debout, femmes franaises, jeunes enfants, lles et ls de la patrie. Remplacez sur le champ de travail ceux qui sont sur le champ de bataille. Prpa-rez-vous leur montrer, demain, la terre cultive, les rcoltes rentres, les champs ensemencs ! Il ny a pas, dans ces heures graves, de labeur in me. Tout est grand qui sert le pays. Debout ! laction ! luvre ! Il y aura demain de la gloire pour tout le monde. Les femmes deviennent les gardiennes des campagnes. En 1918, 60 % des agriculteurs seront au combat. Ob-serves, pies quant leurs bonnes murs, les femmes sattellent elles-mmes la charrue pour rcolter les bls, les chevaux ayant aussi t rquisitionns. Le tra-vail est pnible. Du front, les hommes envoient des conseils par lettre, sinquitent du sort de leurs pouses: comment sen sortent-elles ? Comment vivent-elles ? Linquitude se mle la peur et labsence. Sais-je mon amour si tu maimes encore crit Apollinaire dans une lettre Lou, le 11mars 1915.

    MANPAR_P001P051_OK.indd 21 11/03/2014 21:30

    Lautre front Pendant la grande guerre, les femmes remplacent Les hommes au sein de lindustrie darmement et ailleurs. Ouvrires dans les fabriques dobus, conductrices de tramway, factrices... Mais leur retour, les rescaps reprennent leur place, les femmes sont renvoyes dans les foyers. Au sein des familles, lincomprhension grandit, nombre de drames se nouent. Mais la contribution majeure des femmes pendant la guerre marque jamais les esprits et augure leur future conqute de la sphre professionnelle.

    Le droit de vote des femmesIl y a soixante-dix ans, sous limpulsion du gnral De Gaulle et du dlgu communiste Fernand Grenier, les femmes obtiennent pour la premire fois le droit de vote en France. Il aura fallu un sicle pour que le suffrage universel devienne vraiment universel.

    2 3

    PENDANT LA GRANDE GUERRE, LES FEMMES REMPLACENT LES HOMMES AU SEIN DE LINDUSTRIE DARMEMENT. LEUR RETOUR, LES RESCAPS REPRENNENT LEUR PLACE, LES FEMMES SONT RENVOYES DANS LES FOYERS. AU SEIN DES FAMILLES, NOMBRE DE DRAMES SE

    NOUENT. MAIS LARRIVE EN NOMBRE DES FEMMES SUR LE MARCH DU TRAVAIL AUGURE LEUR FUTURE CONQUTE DE LA SPHRE PROFESSIONNELLE. EN 1920, LES INSTITUTRICES SERONT

    LES PREMIRES OBTENIR LGALIT DE RMUNRATION AVEC LES HOMMES.

    LAUTRE FRONT1914-1918

    MANPAR_P001P051.indd 18 07/03/2014 22:49

    18 19

    PENDANT LA GRANDE GUERRE, LES FEMMES REMPLACENT LES HOMMES AU SEIN DE LINDUSTRIE DARMEMENT ET AILLEURS. OUVRIRES DANS LES FABRIQUES DOBUS, CONDUCTRICES DE TRAMWAY,

    FACTRICES... MAIS LEUR RETOUR, LES RESCAPS REPRENNENT LEUR PLACE, LES FEMMES SONT RENVOYES DANS LES FOYERS. AU SEIN DES FAMILLES, LINCOMPRHENSION GRANDIT, NOMBRE DE

    DRAMES SE NOUENT. MAIS LA CONTRIBUTION MAJEURE DES FEMMES PENDANT LA GUERRE MARQUE JAMAIS LES ESPRITS ET AUGURE LEUR FUTURE CONQUTE DE LA SPHRE PROFESSIONNELLE.

    LAUTRE FRONT1914-1918

    MANPAR_P001P051_OK.indd 19 09/03/2014 10:29

    Un combat permanentDans le sillage de mai 68, les femmes

    descendent dans la rue pour bousculer la socit et faire valoir leurs droits. Simone de Beauvoir, Marie-Andre Lagroua Weill-Hall,

    Lucien Neuwirth, Gisle Halimi, Simone Veil et Franoise Giroud figurent parmi les pionniers

    et pionnires qui vont faire changer les mentalits et imposer les avances majeures

    des droits des femmes.

    27

    IL Y A SOIXANTE-DIX ANS, SOUS LIMPULSION DU GNRAL DE GAULLE ET DU DLGU COMMUNISTE FERNAND GRENIER, LES FEMMES OBTIENNENT POUR

    LA PREMIRE FOIS LE DROIT DE VOTE EN FRANCE. IL AURA FALLU UN SICLE POUR QUE LE SUFFRAGE UNIVERSEL DEVIENNE VRAIMENT UNIVERSEL.

    LE DROIT DE VOTE DES FEMMES

    21 AVRIL 1944

    26

    MANPAR_P001P051.indd 26 14/03/2014 19:52

    27

    IL Y A SOIXANTE-DIX ANS, SOUS LIMPULSION DU GNRAL DE GAULLE ET DU DLGU COMMUNISTE FERNAND GRENIER, LES FEMMES OBTIENNENT POUR

    LA PREMIRE FOIS LE DROIT DE VOTE EN FRANCE. IL AURA FALLU UN SICLE POUR QUE LE SUFFRAGE UNIVERSEL DEVIENNE VRAIMENT UNIVERSEL.

    LE DROIT DE VOTE DES FEMMES

    21 AVRIL 1944

    26

    MANPAR_P001P051.indd 27 14/03/2014 19:52

    34

    ANNES 70, UN COMBAT PERMANENT ANNES 70, UN COMBAT PERMANENTPAROLES DE FEMMES

    UN COMBAT PERMANENT

    ANNES 1970

    35

    ANNES 70, UN COMBAT PERMANENT ANNES 70, UN COMBAT PERMANENTPAROLES DE FEMMES

    UN COMBAT PERMANENT

    ANNES 1970DANS LE SILLAGE DE MAI 68, LES FEMMES DESCENDENT DANS LA RUE POUR BOUSCULER LA SOCIT ET FAIRE VALOIR LEURS DROITS. SIMONE DE BEAUVOIR, MARIE-ANDRE LAGROUA WEILL-HALL, LUCIEN NEUWIRTH, GISLE HALIMI, SIMONE VEIL ET FRANOISE GIROUD FIGURENT PARMI LES PIONNIERS ET PIONNIRES QUI VONT FAIRE CHANGER LES MENTALITS ET IMPOSER LES AVANCES MAJEURES DES DROITS DES FEMMES.

    MANPAR_P001P051.indd 34 14/03/2014 19:52

    34

    ANNES 70, UN COMBAT PERMANENT ANNES 70, UN COMBAT PERMANENTPAROLES DE FEMMES

    UN COMBAT PERMANENT

    ANNES 1970

    35

    ANNES 70, UN COMBAT PERMANENT ANNES 70, UN COMBAT PERMANENTPAROLES DE FEMMES

    UN COMBAT PERMANENT

    ANNES 1970DANS LE SILLAGE DE MAI 68, LES FEMMES DESCENDENT DANS LA RUE POUR BOUSCULER LA SOCIT ET FAIRE VALOIR LEURS DROITS. SIMONE DE BEAUVOIR, MARIE-ANDRE LAGROUA WEILL-HALL, LUCIEN NEUWIRTH, GISLE HALIMI, SIMONE VEIL ET FRANOISE GIROUD FIGURENT PARMI LES PIONNIERS ET PIONNIRES QUI VONT FAIRE CHANGER LES MENTALITS ET IMPOSER LES AVANCES MAJEURES DES DROITS DES FEMMES.

    MANPAR_P001P051.indd 35 14/03/2014 20:12

    54

    ANNES 1970, UN COMBAT PERMANENT ANNES 1970, UN COMBAT PERMANENT

    SIMONEVEIL

    55

    ANNES 1970, UN COMBAT PERMANENT ANNES 1970, UN COMBAT PERMANENT

    MANPAR_P052P101_OK.indd 54 12/03/2014 22:13

    54

    ANNES 1970, UN COMBAT PERMANENT ANNES 1970, UN COMBAT PERMANENT

    SIMONEVEIL

    55

    ANNES 1970, UN COMBAT PERMANENT ANNES 1970, UN COMBAT PERMANENT

    MANPAR_P052P101_OK.indd 55 12/03/2014 22:13

  • LIMAGE DES FEMMES DANS LA PUBLICITLIMAGE DES FEMMES DANS LA PUBLICIT LIMAGE DES FEMMES DANS LA PUBLICITLIMAGE DES FEMMES DANS LA PUBLICIT

    123

    En tant que professionnelle de la com-munication, et parce que je suis per-sonnellement anime de la passion dclairer les sujets de socit et de les comprendre au-del des prjugs et des ides reues, je me suis intresse la faon dont les discours (intellec-

    tuels, politiques, publicitaires, artistiques, etc.) font progresser (ou reculer) les sujets cls de ce dbut de xxiesicle. Jai le privilge daccompagner la trajectoire de nom-breuses grandes associations, dont le Laboratoire de lgalit, qui est un catalyseur de changement socital. La manire dont on voque, dans lespace public, la question de la place quoc-cupent, ou devraient occuper les femmes, est lun des sujets fondamentaux de notre temps. Ces sujets nous renseignent mieux que tout autre sur ltat davancement dune socit. Sur le degr dvolution auquel nous sommes parvenus. Mais je suis bien place pour savoir que la communication, quel que soit le caractre fondamental des sujets de socit, reprend systmatiquement ses droits. La parit, lgalit sont aussi un objet de discours, un champ de concurrence, voire un terrain da rontement. Cette ralit, je ne peux pas la ngliger. Limage que lon donne des femmes, les reprsenta-tions en circulation ne sont pas des faits dconnects du rel. Ils en font partie. Ils psent sur la ralit et la font exister. Les mots et les images sont des choix, ils vhiculent des intentions. Ils ne sont jamais neutres. clairer ce sujet, cest clairer ce qui se joue dans les reprsentations. Faire droit au pouvoir des mots et de limage, cest donc dbuter ltude de la place des femmes dans notre socit et son histoire par lana-lyse de ses reprsentations. Il est facile de vri er que les reprsentations de la place des femmes (relle, souhaite, redoute, contes-te) sont un terrain da rontement symbolique de la plus haute importance. Strotypes, idalisations, audaces: toute ltendue des postures de discours nous montre que ce qui se joue dans le discours, ce nest

    ni plus ni moins que les avances ou les reculs dans les annes qui suivent. Le discours est annonciateur dune ralit nouvelle. Dans ce contexte, la publicit, la communication re tent un air du temps qui nest autre que linconscient collectif dune poque.Par sensibilit personnelle autant que par convic-tion, je pense que le sujet que reprsente la place des femmes dans la socit franaise est manier avec din nies prcautions, loin de toute posture

    catgorique, premptoire et ge dans la certitude militante. Il est pour cela deux conditions que je mimpose : envisager la question de la place des

    femmes avec une trs grande bienveillance, et placer le sujet dans une perspective forcment

    trs progressive.La bienveillance va de soi, car la question de la place des femmes mobilise non seule-ment des forces visibles au sein de la socit, mais encore tout un arrire-plan anthropo-

    logique et religieux, bien rel quoique par-tiellement prsent la conscience du plus

    grand nombre. Le progrs, pour tre durable, saccompagne ncessairement dune forme de

    consentement, dacceptation. Si les chocs et les rup-tures sont parfois indispensables, la conscience du temps long nous oblige r chir aux conditions du partage le plus large de la nouveaut.Le caractre progressif de cette volution est aussi essentiel : mon sens, il est impossible de com-prendre la place des femmes dans notre socit si lon omet de penser lvolution de ce sujet sur plu-sieurs dcennies. Les dbats actuels prennent tout leur sens, et ne sclairent que grce cette mise en perspective longue. Sil est vrai que les cinquante dernires annes ont marqu une acclration trs importante de la situa-tion des femmes par rapport au reste de la socit, rompant avec des hritages parfois sculaires, il nen reste pas moins vrai que lattention au dtail, aux dif-frentes tapes parfois contradictoires par lesquelles est pass ce grand mouvement de libration et dga-lisation est la condition pour comprendre honnte-ment ce qui se joue aujourdhui.

    LES FEMMES DANS LA PUB

    NOUS DONNENT UN CLAIRAGE

    IRREMPLACABLE.

    LE REFLET DE LINCONSCIENT

    COLLECTIFPAR FRDRIQUE AGNS

    MANPAR_P102P151.indd 122 09/03/2014 11:32

    LIMAGE DES FEMMES DANS LA PUBLICITLIMAGE DES FEMMES DANS LA PUBLICIT LIMAGE DES FEMMES DANS LA PUBLICITLIMAGE DES FEMMES DANS LA PUBLICIT

    123

    En tant que professionnelle de la com-munication, et parce que je suis per-sonnellement anime de la passion dclairer les sujets de socit et de les comprendre au-del des prjugs et des ides reues, je me suis intresse la faon dont les discours (intellec-

    tuels, politiques, publicitaires, artistiques, etc.) font progresser (ou reculer) les sujets cls de ce dbut de xxiesicle. Jai le privilge daccompagner la trajectoire de nom-breuses grandes associations, dont le Laboratoire de lgalit, qui est un catalyseur de changement socital. La manire dont on voque, dans lespace public, la question de la place quoc-cupent, ou devraient occuper les femmes, est lun des sujets fondamentaux de notre temps. Ces sujets nous renseignent mieux que tout autre sur ltat davancement dune socit. Sur le degr dvolution auquel nous sommes parvenus. Mais je suis bien place pour savoir que la communication, quel que soit le caractre fondamental des sujets de socit, reprend systmatiquement ses droits. La parit, lgalit sont aussi un objet de discours, un champ de concurrence, voire un terrain da rontement. Cette ralit, je ne peux pas la ngliger. Limage que lon donne des femmes, les reprsenta-tions en circulation ne sont pas des faits dconnects du rel. Ils en font partie. Ils psent sur la ralit et la font exister. Les mots et les images sont des choix, ils vhiculent des intentions. Ils ne sont jamais neutres. clairer ce sujet, cest clairer ce qui se joue dans les reprsentations. Faire droit au pouvoir des mots et de limage, cest donc dbuter ltude de la place des femmes dans notre socit et son histoire par lana-lyse de ses reprsentations. Il est facile de vri er que les reprsentations de la place des femmes (relle, souhaite, redoute, contes-te) sont un terrain da rontement symbolique de la plus haute importance. Strotypes, idalisations, audaces: toute ltendue des postures de discours nous montre que ce qui se joue dans le discours, ce nest

    ni plus ni moins que les avances ou les reculs dans les annes qui suivent. Le discours est annonciateur dune ralit nouvelle. Dans ce contexte, la publicit, la communication re tent un air du temps qui nest autre que linconscient collectif dune poque.Par sensibilit personnelle autant que par convic-tion, je pense que le sujet que reprsente la place des femmes dans la socit franaise est manier avec din nies prcautions, loin de toute posture

    catgorique, premptoire et ge dans la certitude militante. Il est pour cela deux conditions que je mimpose : envisager la question de la place des

    femmes avec une trs grande bienveillance, et placer le sujet dans une perspective forcment

    trs progressive.La bienveillance va de soi, car la question de la place des femmes mobilise non seule-ment des forces visibles au sein de la socit, mais encore tout un arrire-plan anthropo-

    logique et religieux, bien rel quoique par-tiellement prsent la conscience du plus

    grand nombre. Le progrs, pour tre durable, saccompagne ncessairement dune forme de

    consentement, dacceptation. Si les chocs et les rup-tures sont parfois indispensables, la conscience du temps long nous oblige r chir aux conditions du partage le plus large de la nouveaut.Le caractre progressif de cette volution est aussi essentiel : mon sens, il est impossible de com-prendre la place des femmes dans notre socit si lon omet de penser lvolution de ce sujet sur plu-sieurs dcennies. Les dbats actuels prennent tout leur sens, et ne sclairent que grce cette mise en perspective longue. Sil est vrai que les cinquante dernires annes ont marqu une acclration trs importante de la situa-tion des femmes par rapport au reste de la socit, rompant avec des hritages parfois sculaires, il nen reste pas moins vrai que lattention au dtail, aux dif-frentes tapes parfois contradictoires par lesquelles est pass ce grand mouvement de libration et dga-lisation est la condition pour comprendre honnte-ment ce qui se joue aujourdhui.

    LIMAGE DES FEMMES DANS LA PUBLICIT NOUS DONNE UN CLAIRAGE

    IRREMPLACABLE.

    PUBLICIT : REFLET DE LINCONSCIENT COLLECTIF

    PAR FRDRIQUE AGNS

    MANPAR_P102P151_OK.indd 123 12/03/2014 00:55

    90

    HISTOIRE DU MANIFESTE DES 331HISTOIRE DU MANIFESTE DES 343

    PHOTOCLAUDINE

    SERRE

    CE QUI EST IMPORTANT, CEST DE HIRARCHISER

    CE QUI VA DANS LE SENS DE LA LIBERT SANS EMPITER

    SUR CETTE LIBERT.

    91

    HISTOIRE DU MANIFESTE DES 331

    Le Manifeste des 331 a t initi par le Groupe information sant (GIS). Cr en 1972, il runit des mdecins et tudiants en mdecine, militants dextrme gauche qui revendiquent une mdecine plus respectueuse de lhumain. Les militants expliquent devant les mdias comment ils pratiquent les avortements : soit domicile, selon la mthode de laspiration, soit en se rendant en bus ltranger, en Angleterre, notamment, ces voyages collectifs tant considrs comme des oprations militantes. Parmi les signataires du manifeste fi gure lobsttricien Ren Frydman, futur pre du premier bb prouvette. Quarante ans aprs, loccasion de lhommage rendu par le Forum des images son ami cinaste Charles Belmont, Ren Frydman revient sur cette priode dengagement *.

    lpoque, on essayait de regarder un peu diffremment lvolution de la sant. Au sein du GIS, on considrait les anciens et futurs patients comme autonomes, ce qui impliquait quon pouvait leur tenir un discours quilibr, pas celui des mandarins, mais comme un change entre celui qui sait plus, certes, de la maladie, mais qui a besoin de dialoguer avec celui qui est atteint, pour connatre sa vie, ses antcdents, ses attentes.

    Cest aussi lpoque du Secours rouge au sein duquel les jeunes mdecins que nous tions tentaient de croiser la pratique de la mdecine avec les proccupations sociales.Pour pratiquer les avortements, alors que la loi linterdisait encore, nous agissions en binmes, il y avait un tudiant en mdecine et une conseillre, une militante, qui faisait le lien et accompagnait la jeune femme qui venait se faire avorter. lpoque, nous pratiquions les avortements sous ce que nous appelions lanesthsie verbale. Il fallait donc vraiment une prsence pour que la douleur ne soit pas prdominante. Nous ne voulions pas nous installer dans la prennit, mais bel et bien faire bouger les lignes, et cest ce qui a t le cas, ensuite, avec la loi Veil, au dbut de 1975. Ce qui est important, cest de hirarchiser ce qui va dans le sens de la libert sans empiter sur cette libert. Bien sr, on peut objecter quen pratiquant un avortement on empite sur la libert dun individu qui pourrait venir. Sauf que lon ne peut pas faire lun sans lautre. Il y a primaut, on ne fabrique pas des enfants en machine. Pour faire un enfant, il faut un projet. Sil ny a pas de projet, il ny a pas denfant.

    * Vido Histoires dA., cest du Balzac, 2012.

    NOUS PRATIQUONS DES AVORTEMENTS, INCULPEZ-NOUS, SI VOUS LOSEZ !

    Le 3 fvrier 1973, Le Nouvel Observateur publie une ptition

    signe par 331mdecins qui revendiquent pratiquer illgalement des avortements. Le manifeste interpelle le conseil de lOrdre des mdecins, rclame un avortement libre et rembours par la Scurit sociale. En avril, lappel est suivi par la naissance du Mouvement pour la libert de lavortement et de la contraception (Mlac).

    HISTOIRE DU MANIFESTE DES 343

    REN FRYDMAN

    MANPAR_P052P101_OK.indd 90 11/03/2014 21:35

    90

    HISTOIRE DU MANIFESTE DES 331HISTOIRE DU MANIFESTE DES 343

    PHOTOCLAUDINE

    SERRE

    CE QUI EST IMPORTANT, CEST DE HIRARCHISER

    CE QUI VA DANS LE SENS DE LA LIBERT SANS EMPITER

    SUR CETTE LIBERT.

    91

    HISTOIRE DU MANIFESTE DES 331

    Le Manifeste des 331 a t initi par le Groupe information sant (GIS). Cr en 1972, il runit des mdecins et tudiants en mdecine, militants dextrme gauche qui revendiquent une mdecine plus respectueuse de lhumain. Les militants expliquent devant les mdias comment ils pratiquent les avortements : soit domicile, selon la mthode de laspiration, soit en se rendant en bus ltranger, en Angleterre, notamment, ces voyages collectifs tant considrs comme des oprations militantes. Parmi les signataires du manifeste fi gure lobsttricien Ren Frydman, futur pre du premier bb prouvette. Quarante ans aprs, loccasion de lhommage rendu par le Forum des images son ami cinaste Charles Belmont, Ren Frydman revient sur cette priode dengagement *.

    lpoque, on essayait de regarder un peu diffremment lvolution de la sant. Au sein du GIS, on considrait les anciens et futurs patients comme autonomes, ce qui impliquait quon pouvait leur tenir un discours quilibr, pas celui des mandarins, mais comme un change entre celui qui sait plus, certes, de la maladie, mais qui a besoin de dialoguer avec celui qui est atteint, pour connatre sa vie, ses antcdents, ses attentes.

    Cest aussi lpoque du Secours rouge au sein duquel les jeunes mdecins que nous tions tentaient de croiser la pratique de la mdecine avec les proccupations sociales.Pour pratiquer les avortements, alors que la loi linterdisait encore, nous agissions en binmes, il y avait un tudiant en mdecine et une conseillre, une militante, qui faisait le lien et accompagnait la jeune femme qui venait se faire avorter. lpoque, nous pratiquions les avortements sous ce que nous appelions lanesthsie verbale. Il fallait donc vraiment une prsence pour que la douleur ne soit pas prdominante. Nous ne voulions pas nous installer dans la prennit, mais bel et bien faire bouger les lignes, et cest ce qui a t le cas, ensuite, avec la loi Veil, au dbut de 1975. Ce qui est important, cest de hirarchiser ce qui va dans le sens de la libert sans empiter sur cette libert. Bien sr, on peut objecter quen pratiquant un avortement on empite sur la libert dun individu qui pourrait venir. Sauf que lon ne peut pas faire lun sans lautre. Il y a primaut, on ne fabrique pas des enfants en machine. Pour faire un enfant, il faut un projet. Sil ny a pas de projet, il ny a pas denfant.

    * Vido Histoires dA., cest du Balzac, 2012.

    NOUS PRATIQUONS DES AVORTEMENTS, INCULPEZ-NOUS, SI VOUS LOSEZ !

    Le 3 fvrier 1973, Le Nouvel Observateur publie une ptition

    signe par 331mdecins qui revendiquent pratiquer illgalement des avortements. Le manifeste interpelle le conseil de lOrdre des mdecins, rclame un avortement libre et rembours par la Scurit sociale. En avril, lappel est suivi par la naissance du Mouvement pour la libert de lavortement et de la contraception (Mlac).

    HISTOIRE DU MANIFESTE DES 343

    REN FRYDMAN

    MANPAR_P052P101.indd 91 07/03/2014 23:56

    Limage des femmes dans la publicit

    La communication nous fournit un clairage passionnant sur la place des femmes dans la socit. Une

    campagne de publicit est parfois tout ce que lon retient, au moins superficiellement, dune poque.

    Elle en dit une part de vrit. La Femme avant 1960 tait prise

    entre une idalisation inaccessible (la star) et une ralit concrte

    (la mnagre). Un demi-sicle plus tard, la mutation est considrable.

    Le temps des manifestesLa presse relaie les revendications des femmes. Manifeste des 343, manifeste des 331, manifeste des dix pour la parit Le nouvel Observateur et LExpress se font les porte-voix des femmes, des mdecins et des politiques qui rclament le droit lavortement et militent pour la parit.

    La longue marche lgislativeLa conqute de lgalit professionnelle est un long et lent cheminement qui sappuie sur les textes de loi. Ces dernires dcennies, le droit des femmes a fait un bond en avant grce des femmes, des hommes, dput(e)s, snateurs et snatrices, ministres et politiques, qui ont fait adopter des projets et des propositions de loi majeurs.

    LIMAGE DES FEMMES DANS LA PUBLICITLIMAGE DES FEMMES DANS LA PUBLICIT

    126

    NE SOYONS PAS NAFS: LA FEMME A TROP

    FRQUEMMENT PTI DE LA COMMUNICATION

    PUBLICITAIRE.

    Les images de la publicit agissent comme autant de rvlateurs : ce sont les avances, les lignes de fractures, les zones sensibles du corps social qui sont mises en vidence.

    QUAND LA PUB MET EN SCNE LES FEMMES, CEST UN PEU FAITES ENTRER LACCUSE Ne soyons pas nafs: la femme a trop frquemment pti de la communication publicitaire. Celle-ci a t accuse, trop souvent juste titre, de vhiculer caricatures, clichs sexistes, images dgradantes, rvoltantes, avec des dispositifs de communication parfois, mais pas toujours, rattraps par lhumour. Au point que lon a pu se demander si le sexisme tait une arme de sduction massive du consom-mateur. Si la femme ntait pas la victime toute dsigne dune industrie et dune profession qui seraient intrinsquement machistes, rgies par des hommes, pour des hommes. Et cest vrai, on le sait, leur dossier est lourd, tant elles drapent dans certains cas. Mais sindigner, accuser ne suffit pas. Il faut aussi comprendre. Parce que la ralit est bien plus complexe. Et surtout parce que la com-munication et la publicit peuvent aussi servir tout autre chose. Les publicitaires ne reprsentent pas un ensemble machiste qui utiliserait limage des femmes uniquement pour les maltraiter. Le rle de la publicit est de humer lair du temps et de le restituer pour mieux sensibiliser lopinion. En analysant lvolution de la place des femmes dans lunivers publicitaire au fil des dcennies, on com-prend lvolution de la place des femmes dans la socit.

    LIMAGE DES FEMMES DANS LA PUBLICITLIMAGE DES FEMMES DANS LA PUBLICIT

    127

    CINQ DCENNIES, CINQ VOLUTIONS RADICALES DE LA SENSIBILIT

    La priode qui va de 1960 jusqu nous est en e et celle du triomphe de la communication de masse, corollaire indissociable de lavnement de la socit de consom-mation. Comme un fait exprs, cela correspond exac-tement au moment historique o se modi ent de manire radicale les reprsentations des femmes.

    LES ANNES 1960: DU CONSUMRISME TRIOMPHANT LA CONTESTATIONCes annes 1960 sont celles dune acclration incroyable de lhistoire, notamment en matire socitale. Le dbut de la dcennie, cest le monde des Mad Men : enthousiasme consumriste, conser-vatisme des murs, hirarchie sociale, normativit esthtique. Cest dailleurs cette incroyable cohrence esthtique qui est lune des cls du succs de la srie. Sur la jaquette du DVD, on peut lire ceci : Quand les hommes taient des hommes, et que les femmes portaient des jupes. Tout est dit. En France, la mme poque, le bn ce propos aux femmes est simple : quand Moulinex libre la femme , cest que le robot mnager la ranchit des tches pratiques que des gnrations de femmes ont connues avant elle. Cet optimisme un peu bat ne tarde pas tre remis en question, au cours mme de la dcennie.

    DANS LA DEUXIME MOITI DE LA DCENNIE, TOUT CHANGE, TOUT SACCLRE En France, comme peu prs partout dans le monde, la contestation sampli e, les murs traditionnelles sont remises radicalement en cause, la loi Neuwirth autorise la contraception en 1968, cette anne sym-bole. Le consumrisme est durement critiqu, mais, paradoxalement, il spanouit comme jamais. Surtout, le fait essentiel, cest que la communication sapprte faire sortir les femmes de la sphre du foyer laquelle elles taient jusque-l rattaches. La mnagre dispa-rat progressivement au pro t dun acteur plus auto-nome de la socit de consommation.

    MANPAR_P102P151_OK.indd 126 12/03/2014 19:01

    LIMAGE DES FEMMES DANS LA PUBLICITLIMAGE DES FEMMES DANS LA PUBLICIT

    126

    NE SOYONS PAS NAFS: LA FEMME A TROP

    FRQUEMMENT PTI DE LA COMMUNICATION

    PUBLICITAIRE.

    Les images de la publicit agissent comme autant de rvlateurs : ce sont les avances, les lignes de fractures, les zones sensibles du corps social qui sont mises en vidence.

    QUAND LA PUB MET EN SCNE LES FEMMES, CEST UN PEU FAITES ENTRER LACCUSE Ne soyons pas nafs: la femme a trop frquemment pti de la communication publicitaire. Celle-ci a t accuse, trop souvent juste titre, de vhiculer caricatures, clichs sexistes, images dgradantes, rvoltantes, avec des dispositifs de communication parfois, mais pas toujours, rattraps par lhumour. Au point que lon a pu se demander si le sexisme tait une arme de sduction massive du consom-mateur. Si la femme ntait pas la victime toute dsigne dune industrie et dune profession qui seraient intrinsquement machistes, rgies par des hommes, pour des hommes. Et cest vrai, on le sait, leur dossier est lourd, tant elles drapent dans certains cas. Mais sindigner, accuser ne suffit pas. Il faut aussi comprendre. Parce que la ralit est bien plus complexe. Et surtout parce que la com-munication et la publicit peuvent aussi servir tout autre chose. Les publicitaires ne reprsentent pas un ensemble machiste qui utiliserait limage des femmes uniquement pour les maltraiter. Le rle de la publicit est de humer lair du temps et de le restituer pour mieux sensibiliser lopinion. En analysant lvolution de la place des femmes dans lunivers publicitaire au fil des dcennies, on com-prend lvolution de la place des femmes dans la

    LIMAGE DES FEMMES DANS LA PUBLICITLIMAGE DES FEMMES DANS LA PUBLICIT

    127

    CINQ DCENNIES, CINQ VOLUTIONS RADICALES DE LA SENSIBILIT

    La priode qui va de 1960 jusqu nous est en e et celle du triomphe de la communication de masse, corollaire indissociable de lavnement de la socit de consom-mation. Comme un fait exprs, cela correspond exac-tement au moment historique o se modi ent de manire radicale les reprsentations des femmes.

    LES ANNES 1960: DU CONSUMRISME TRIOMPHANT LA CONTESTATIONCes annes 1960 sont celles dune acclration incroyable de lhistoire, notamment en matire socitale. Le dbut de la dcennie, cest le monde des Mad Men : enthousiasme consumriste, conser-vatisme des murs, hirarchie sociale, normativit esthtique. Cest dailleurs cette incroyable cohrence esthtique qui est lune des cls du succs de la srie. Sur la jaquette du DVD, on peut lire ceci : Quand les hommes taient des hommes, et que les femmes portaient des jupes. Tout est dit. En France, la mme poque, le bn ce propos aux femmes est simple : quand Moulinex libre la femme , cest que le robot mnager la ranchit des tches pratiques que des gnrations de femmes ont connues avant elle. Cet optimisme un peu bat ne tarde pas tre remis en question, au cours mme de la dcennie.

    DANS LA DEUXIME MOITI DE LA DCENNIE, TOUT CHANGE, TOUT SACCLRE En France, comme peu prs partout dans le monde, la contestation sampli e, les murs traditionnelles sont remises radicalement en cause, la loi Neuwirth autorise la contraception en 1968, cette anne sym-bole. Le consumrisme est durement critiqu, mais, paradoxalement, il spanouit comme jamais. Surtout, le fait essentiel, cest que la communication sapprte faire sortir les femmes de la sphre du foyer laquelle elles taient jusque-l rattaches. La mnagre dispa-rat progressivement au pro t dun acteur plus auto-nome de la socit de consommation.

    MANPAR_P102P151_OK.indd 127 12/03/2014 00:56

    72 73

    LA PRESSE RELAIE LES REVENDICATIONS DES FEMMES. MANIFESTE DES 343, MANIFESTE DES 331, MANIFESTE DES DIX POUR LA PARIT

    LE NOUVEL OBSERVATEUR ET LEXPRESS SE FONT LES PORTE-VOIX DES FEMMES, DES MDECINS ET DES POLITIQUES QUI RCLAMENT

    LE DROIT LAVORTEMENT ET MILITENT POUR LA PARIT.

    LE TEMPS DES MANIFESTES

    MANPAR_P052P101.indd 72 07/03/2014 22:53

    72 73

    LA PRESSE RELAIE LES REVENDICATIONS DES FEMMES. MANIFESTE DES 343, MANIFESTE DES 331, MANIFESTE DES DIX POUR LA PARIT

    LE NOUVEL OBSERVATEUR ET LEXPRESS SE FONT LES PORTE-VOIX DES FEMMES, DES MDECINS ET DES POLITIQUES QUI RCLAMENT

    LE DROIT LAVORTEMENT ET MILITENT POUR LA PARIT.

    LE TEMPS DES MANIFESTES

    MANPAR_P052P101.indd 73 07/03/2014 22:53

    114

    LA LONGUE MARCHE LGISLATIVE VERS LGALIT PROFESSIONNELLE

    1907 UN SALAIRE RIEN QUE POUR ELLES La loi accorde aux femmes maries la libre disposition de leur salaire.

    1946 LGALIT DANS LA CONSTITUTIONLe principe de lgalit entre les femmes et les hommes est dsormais inscrit dans le prambule de la Constitution.

    1965 FIN DE LAUTORISATION MARITALELa loi autorise les femmes exercer une profession sans autorisation maritale et grer leurs biens propres.

    1972 TRAVAIL GAL, SALAIRE GALLa loi n 72-1143 dfi nit la rmunration comme le salaire ou traitement ordinaire de base ou minimum et tous les autres

    avantages et accessoires pays, directement ou indirectement, en espces ou en nature.

    1975 PAS DE DISCRIMINATION LEMBAUCHELa loi interdit de rdiger une offre demploi rserve un sexe, de refuser une embauche ou de licencier en fonction du sexe ou de la situation de famille, sauf motif lgitime.

    1976 GALIT DES TRAITEMENTSLa directive europenne du 9fvrier introduit labsence de toute discrimination fonde sur le sexe [] par rfrence notamment ltat matrimonial ou familial et vise labrogation [des] dispositions discriminatoires lgales, conventionnelles, contractuelles ou statutaires.

    AU COMMENCEMENTLES FEMMES ACCDENT AU MARCH DU TRAVAIL

    ET REVENDIQUENT LEURS DROITS.

    1907

    LA LONGUE MARCHE LGISLATIVE

    115

    VERS LGALIT PROFESSIONNELLE

    LOI ROUDYELLE INSTAURE LE PRINCIPE

    DGALIT PROFESSIONNELLE DANS LENTREPRISE.

    La loi n 83-635 du 13 juillet 1983 (dite loi Roudy) oblige les branches professionnelles et les entreprises effectuer un bilan de leur situation en matire dgalit. Faisant suite ladoption de la directive europenne n 76/207 du 7 fvrier 1976 relative lgalit de traitement entre les hommes et les femmes pour laccs lemploi, la formation et la promotion professionnelle et les conditions de travail, la nouvelle loi vise faire passer en France le droit des femmes dune logique de protection une logique dgalit . Elle introduit un principe gnral de non-discrimination entre les sexes dans les relations de travail et dote la promotion de lgalit professionnelle dans lentreprise de trois instruments.

    Llaboration par lemployeur, dans les entreprises dau moins 50salaris, dun rapport annuel sur la situation compare des conditions gnrales demploi et de formation des femmes et des hommes dans lentreprise. La signature dun plan dgalit professionnelle entre la direction et les syndicats prsents dans lentreprise visant, par des mesures temporaires de rattrapage, remdier aux ingalits existant en matire dembauche, de formation, de promotion ou de conditions de travail. Une aide fi nancire de ltat aux plans dgalit professionnelle comportant, dans le cadre dun contrat dgalit professionnelle pass avec ltat, des actions exemplaires en faveur des femmes dans lentreprise.

    1983

    MANPAR_P102P151.indd 115 09/03/2014 22:11

    116

    LA LONGUE MARCHE LGISLATIVE VERS LGALIT PROFESSIONNELLE

    LOI GNISSON & LOI AMELINEELLES RENDENT OBLIGATOIRE LA NGOCIATION SUR

    LGALIT PROFESSIONNELLE ET EXIGENT DES MESURES DE SUPPRESSION DES CARTS DE RMUNRATION.

    LA LOI DU 9 MAI 2001, DITE LOI GNISSON, du nom de la dpute Catherine Gnisson, prcise et complte la premire loi sur lgalit professionnelle entre les femmes et les hommes du 13 juillet 1983 (loi Roudy). Elle est dune importance capitale pour les femmes qui travaillent en entreprise, puisque ce nouveau texte dveloppe le dialogue social sur lgalit professionnelle. Cette galit est dsormais aborde lors des ngociations annuelles obligatoires au sein des entreprises. Elle prend en compte la rmunration, la formation et lorganisation du travail. Ces ngociations se font grce un rapport de situation compare devant tre crit par les entreprises afi n danalyser les besoins de ces dernires.

    LA LOI DU 23 MARS 2006 (LOI AMELINE) vise la suppression des carts de rmunration avant le 31 dcembre 2010. Ses objectifs: Aboutir la suppression des carts de rmunration entre les femmes et les hommes avec la prise en compte obligatoire de cet objectif dans les ngociations ouvertes au niveau des branches ou des entreprises. Renforcer les droits des femmes en cong de maternit, avec majoration de lallocation de formation en dehors du temps de travail pour les salaris devant engager des frais de garde denfants, et aide aux petites entreprises pour le remplacement des salaris en cong de maternit ou dadoption. Acclrer laccs des femmes la formation et lapprentissage en incitant les partenaires du secteur promouvoir la mixit.

    20012006

    LA LONGUE MARCHE LGISLATIVE

    117

    VERS LGALIT PROFESSIONNELLE

    LOI COP-ZIMMERMANN & LOI SAUVADET

    ELLES IMPOSENT LA REPRSENTATION DES FEMMES DANS LES DIRECTIONS DES GRANDES ENTREPRISES ET INITIENT

    LGALIT PROFESSIONNELLE DANS LA FONCTION PUBLIQUE.

    LA LOI DU 27 JANVIER 2011 (LOI COP-ZIMMERMANN) introduit lobligation pour les entreprises de plus de 500 salaris dune reprsentation quilibre des femmes et des hommes au sein des conseils dadministration et de surveillance (20 % dici 2014 et 40 % dici 2016). La proportion des administrateurs de chaque sexe ne peut tre infrieure 40 % dans les socits dont les actions sont admises aux ngociations sur un march rglement et, lissue de la plus prochaine assemble gnrale ayant statuer sur des nominations, dans les socits qui, pour le troisimeexercice conscutif, emploient un nombre moyen dau moins 500salaris

    permanents et prsentent un montant net de chiffre daffaires ou un total de bilan dau moins 50millions deuros. Dans ces mmes socits, lorsque le conseil dadministration est compos au plus de huit membres, lcart entre le nombre des administrateurs de chaque sexe ne peut tre suprieur deux. LA LOI DU 12 MARS 2012 (LOI SAUVADET) impose que, dans la fonction publique, les nominations dans lencadrement soient pourvues par au moins 20 % de femmes, puis 30 % en 2015 et fi nalement 40 % en 2018. En revanche, les quotas ne sappliquent pas la gendarmerie.

    20112012

    MANPAR_P102P151.indd 117 11/03/2014 21:45

    118

    LA LONGUE MARCHE LGISLATIVE VERS LGALIT PROFESSIONNELLE

    LE PROJET DE LOI VALLAUD-BELKACEM

    EN JANVIER 2014, LES DISCUSSIONS LASSEMBLE NATIONALE AUTOUR DU PROJET DE LOI SUR LGALIT RELLE

    ENTRE LES FEMMES ET LES HOMMES SONT HOULEUSES, NOTAMMENT EN CE QUI CONCERNE LAMENDEMENT

    SUPPRIMANT LA NOTION DE DTRESSE POUR LAVORTEMENT. MAIS LA CONCORDE RPUBLICAINE RENFORCE LES DISPOSITIONS POUR LGALIT PROFESSIONNELLE.

    2014

    LA LONGUE MARCHE LGISLATIVE

    119

    VERS LGALIT PROFESSIONNELLE

    ET DEMAIN ?

    Aprs son adoption en premire lecture le 17septembre 2013, au Snat, le projet de loi sur lgalit relle entre les femmes et les

    hommes a t adopt, le 28 janvier, une trs large majorit, en premire lecture lAssemble nationale. QUE PRVOIT-IL ? La ngociation annuelle sur les salaires devra dsormais suivre la mise en uvre des mesures dcides par les ngociations de laccord sur lgalit professionnelle. Reprenant des dispositions prvues dans laccord national interprofessionnel du 1ermars2004 (art.13) mais jamais transposes, le projet de loi prvoit que si des carts de rmunration sont constats lors des ngociations quinquennales sur les classi cations, la ngociation devra conduire corriger les facteurs lorigine de ces di rences de rmunration. La rduction des ingalits professionnelles et salariales: reprenant les dispositions de laccord national interprofessionnel du 19juin2013 sur la qualit de vie au travail, le projet de loi renforce le cacit de la ngociation en matire

    En sance, le 24 janvier 2014, lAssemble nationale, lors des discussions sur larticle18 du projet de loi de lgalit entre les femmes et les hommes, une question dterminante a t pose par Catherine Coutelle, prsidente de la Dlgation des droits aux femmes. Extrait.

    Larticle premier de la Constitution favorise laccs des femmes aux postes de responsabilit. Cette terminologie remonte la loi Jospin sur la parit et rsulte dun compromis. En priode de cohabitation, et pour que le Snat vote cette rforme, il a t jug prfrable dcrire: la loi favorise lgal accs des femmes et des hommes aux mandats lectoraux et fonctions lectives, plutt que: la loi garantit lgal accs. Mais ds quune rforme constitutionnelle se prsentera, je peux vous assurer que la Dlgation aux droits des femmes a lintention de prsenter une nouvelle modifi cation de cet article premier, allant dans ce sens.

    Pourquoi nous battons-nous pour la parit ? Parce quil sagit dun droit, alors que les femmes reprsentent la moiti de la sphre publique. Au nom de la parit, il faut partager le pouvoir en deux. Il ny a aucune raison que les femmes soient cartes et prives de responsabilits dans des pans entiers de la vie conomique et politique. []

    Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes, lui a rpondu:

    madame la prsidente de la Dlgation aux droits des femmes, je voudrais dire que jai bien entendu ses propositions en matire constitutionnelle: la Constitution prvoit aujourdhui que la loi favorise la parit. Elle doit prvoir demain que la loi garantit la parit. Il serait en effet utile que votre dlgation porte une telle proposition de rforme constitutionnelle. Cela nous facilitera sans doute la tche pour aller encore plus loin, si besoin en tait.

    dgalit professionnelle. Elle devient globale et se donne pour objet de d nir les mesures de rattrapage des ingalits de rmunration. Lextension des quotas de femmes dans les conseils dadministration (40 % dici 2017). Ces quotas, qui concernaient auparavant les socits cotes en Bourse et les entreprises publiques, devront tre appliqus par les entreprises de plus de 250salaris ou dont le chi re da aires est suprieur 50 millions deuros. Lexemplarit de la commande publique: les entreprises de plus de 50 salaris ne pourront y candidater que si elles sont en mesure dattester quelles respectent leurs obligations lgales en matire dgalit professionnelle. Cette exigence sappliquera aux marchs publics, aux contrats de partenariat et aux dlgations de service public. Les marchs pourront galement prvoir des conditions dexcution visant promouvoir lgalit professionnelle. La protection des collaboratrices et collaborateurs libraux: une priode de suspension de contrat et de protection contre la rupture unilatrale est prvue pour scuriser lactivit professionnelle des collaboratrices et des collaborateurs qui souhaitent prendre, selon le cas, leur cong de maternit, leur cong de paternit et daccueil de lenfant ou le cong en vue de ladoption dun enfant. Lexprimentation des dispositifs pour faciliter larticulation des temps de vie: titre exprimental, un nouveau cas de dblocage des sommes pargnes sur un compte pargne temps pourra tre cr par accord dentreprise a n de nancer des prestations de services (garde denfants, mnage ou aide domicile...) dans le cadre du chque emploi service universel. La gnralisation progressive de la parit: celle-ci sera instaure dans les conseils conomiques et sociaux rgionaux, les chambres dagriculture, les chambres des mtiers dici dix ans, ainsi que dans toutes les autorits administratives indpendantes collgiales et les commissions et instances consultatives et dlibratives de ltat. Un accs facilit aux prts et aux nancements en fonds propres pour les femmes auprs de la Banque publique dinvestissement.

    MANPAR_P102P151.indd 118 11/03/2014 21:45

    LA LONGUE MARCHE LGISLATIVE

    VERS LGALIT PROFESSIONNELLE

    113

    LA LONGUE MARCHE LGISLATIVE

    VERS LGALIT PROFESSIONNELLE LA CONQUTE DE LGALIT PROFESSIONNELLE EST UN LONG ET LENT CHEMINEMENT QUI SAPPUIE

    SUR LES TEXTES DE LOI. CES DERNIRES DCENNIES, LE DROIT DES FEMMES A FAIT UN BOND EN AVANT GRCE DES FEMMES, DES HOMMES, DPUT(E)S, SNATEURS ET SNATRICES, MINISTRES

    ET POLITIQUES, QUI ONT FAIT ADOPTER DES PROJETS ET DES PROPOSITIONS DE LOI MAJEURS.

    MANPAR_P102P151.indd 112 07/03/2014 22:56

    LA LONGUE MARCHE LGISLATIVE

    VERS LGALIT PROFESSIONNELLE

    LA LONGUE MARCHE LGISLATIVE

    VERS LGALIT PROFESSIONNELLE LA CONQUTE DE LGALIT PROFESSIONNELLE EST UN LONG ET LENT CHEMINEMENT QUI SAPPUIE

    SUR LES TEXTES DE LOI. CES DERNIRES DCENNIES, LE DROIT DES FEMMES A FAIT UN BOND EN AVANT GRCE DES FEMMES, DES HOMMES, DPUT(E)S, SNATEURS ET SNATRICES, MINISTRES

    ET POLITIQUES, QUI ONT FAIT ADOPTER DES PROJETS ET DES PROPOSITIONS DE LOI MAJEURS.

    MANPAR_P102P151_OK.indd 113 12/03/2014 19:01

  • 136

    HTEL DE LASSAY

    Nous connaissons tous les mauvaises nou-velles, et dautres en parleront mieux que moi. Les ingalits persistantes de salaires, les strotypes, la misogynie, le harclement, le manque de femmes dans les postes haute responsabilit, la liste est encore trop longue. Ces mauvaises nouvelles, il faut videmment ne pas les oublier. Il faut les connatre et les mesurer, comme la loi le rappelle pour mieux construire les outils qui favorisent lgalit.

    Cette soire, organise grce la force et la conviction de Frdrique Agns, fondatrice de Mediaprism, de Ca-therine Carradot de lassociation nationale des DRH, de Clarisse Reille de Grandes coles au fminin, de aima

    CLAUDE BARTOLONE PRSIDENT DE LASSEMBLE NATIONALE

    Samman de Women in Leadership et dOlga Trostians-ky, notre militante du Laboratoire de lgalit, est une bonne nouvelle. Car, ce soir, nous sommes tous runis ici, appartenant des mondes di rents, habitus se croiser, voire sopposer, mais rares sont les occasions de prendre le temps de r chir ensemble et de partager nos expriences lors dun moment convivial. Ce soir, pour-tant, nous sommes tous rassembls, mobiliss et rsolus agir en faveur de lgalit professionnelle en sengageant ensemble lAssemble nationale, cur battant de la d-mocratie, intellectuels, chercheurs, responsables dorga-nisations syndicales et patronales, dputs, journalistes, prsidents dassociations professionnelles des ressources

    HTEL DE LASSAY

    137

    humaines, grands dcideurs de lconomie, la diversit et la qualit des participants font de cette soire une ren-contre exceptionnelle. Cest la premire fois que tant dacteurs de renom se runissent pour agir pour lgalit professionnelle. Je suis donc particulirement heureux daccueillir cette mobilisation sans prcdent et je sais que de vos di rences, de cette richesse, natra un bouil-lonnement dides.

    Je crois aux symboles et lexemplarit. Nous avons dj men des actions, mis en place des dispositifs, adop-t des lois, mobilis des ressources, ralis des tudes pour garantir lgalit professionnelle. Nous devons au-jourdhui capitaliser ces bonnes pratiques, cristalliser la conscience de ces avances pour anticiper les progrs raliser lavenir concernant lgalit entre les femmes et les hommes dans tous les domaines. Ce dner doit tre loccasion de faire connatre ces pratiques vertueuses, dy r chir et de formuler ensemble, si possible, des pro-

    LASSEMBLE NATIONALE EST LE

    LIEU O LGALIT DES SEXES EST DEVENUE UNE QUESTION POLITIQUE DE PREMIRE IMPORTANCE.

    positions applicables pour tous. Cette ambition, je suis certain que nous allons la partager ce soir.

    Le lieu dans lequel nous sommes runis est tout un symbole, lAssemble nationale, l o la loi scrit et o lgalit des sexes est devenue une question politique de premire importance. Les rponses que nous y appor-tons dessinent un choix de socit, une conception de notre dmocratie, et une vision de lhumanit que nous voulons porter haut et er.

    Mesdames et messieurs, trouvez ici un lieu privilgi de dbat, contribuez y forger les objectifs de demain, car cest ici que la dmocratie doit pouvoir se voir et sen-tendre, ici et maintenant.

    Les runions comme celle-ci sont trop rares et nous devons en pro ter. Nous devons essayer den tirer le meilleur parti. Ce dner doit tre, certes, un moment de convivialit, comme je vous le disais il y a quelques instants, mais il doit tre aussi un message, celui de la volont dutiliser tous les instruments entre nos mains pour faire changer les perceptions des femmes dans le monde du travail, et renforcer partout une vraie culture de lgalit. Il doit tre un symbole, celui de lappropria-tion des valeurs rpublicaines et du passage de lgalit formelle lgalit relle.

    Il doit en n tre un choix, celui de la socit que nous voulons, une socit o les femmes ont la mme place que les hommes. Pas pour apporter une nouvelle sensibi-lit, comme on peut le lire parfois, mais par unique souci de justice.

    Lgalit entre les femmes et les hommes nest pas un enjeu de discrimination positive. Lorsque lon constitue la moiti de lhumanit, on nest pas une communaut, une minorit, un groupe. Lorsque lon constitue la moiti de lhumanit, on nattend pas de concession frileuse ou des mesures dassistance ou de bienveil-lance, on aspire la justice et lgalit.

    MANPAR_P102P151.indd 136 09/03/2014 10:41

    136

    HTEL DE LASSAY

    Nous connaissons tous les mauvaises nou-velles, et dautres en parleront mieux que moi. Les ingalits persistantes de salaires, les strotypes, la misogynie, le harclement, le manque de femmes dans les postes haute responsabilit, la liste est encore trop longue. Ces mauvaises nouvelles, il faut videmment ne pas les oublier. Il faut les connatre et les mesurer, comme la loi le rappelle pour mieux construire les outils qui favorisent lgalit.

    Cette soire, organise grce la force et la conviction de Frdrique Agns, fondatrice de Mediaprism, de Ca-therine Carradot de lassociation nationale des DRH, de Clarisse Reille de Grandes coles au fminin, de aima

    CLAUDE BARTOLONE PRSIDENT DE LASSEMBLE NATIONALE

    Samman de Women in Leadership et dOlga Trostians-ky, notre militante du Laboratoire de lgalit, est une bonne nouvelle. Car, ce soir, nous sommes tous runis ici, appartenant des mondes di rents, habitus se croiser, voire sopposer, mais rares sont les occasions de prendre le temps de r chir ensemble et de partager nos expriences lors dun moment convivial. Ce soir, pour-tant, nous sommes tous rassembls, mobiliss et rsolus agir en faveur de lgalit professionnelle en sengageant ensemble lAssemble nationale, cur battant de la d-mocratie, intellectuels, chercheurs, responsables dorga-nisations syndicales et patronales, dputs, journalistes, prsidents dassociations professionnelles des ressources

    HTEL DE LASSAY

    137

    humaines, grands dcideurs de lconomie, la diversit et la qualit des participants font de cette soire une ren-contre exceptionnelle. Cest la premire fois que tant dacteurs de renom se runissent pour agir pour lgalit professionnelle. Je suis donc particulirement heureux daccueillir cette mobilisation sans prcdent et je sais que de vos di rences, de cette richesse, natra un bouil-lonnement dides.

    Je crois aux symboles et lexemplarit. Nous avons dj men des actions, mis en place des dispositifs, adop-t des lois, mobilis des ressources, ralis des tudes pour garantir lgalit professionnelle. Nous devons au-jourdhui capitaliser ces bonnes pratiques, cristalliser la conscience de ces avances pour anticiper les progrs raliser lavenir concernant lgalit entre les femmes et les hommes dans tous les domaines. Ce dner doit tre loccasion de faire connatre ces pratiques vertueuses, dy r chir et de formuler ensemble, si possible, des pro-

    LASSEMBLE NATIONALE EST LE

    LIEU O LGALIT DES SEXES EST DEVENUE UNE QUESTION POLITIQUE DE PREMIRE IMPORTANCE.

    positions applicables pour tous. Cette ambition, je suis certain que nous allons la partager ce soir.

    Le lieu dans lequel nous sommes runis est tout un symbole, lAssemble nationale, l o la loi scrit et o lgalit des sexes est devenue une question politique de premire importance. Les rponses que nous y appor-tons dessinent un choix de socit, une conception de notre dmocratie, et une vision de lhumanit que nous voulons porter haut et er.

    Mesdames et messieurs, trouvez ici un lieu privilgi de dbat, contribuez y forger les objectifs de demain, car cest ici que la dmocratie doit pouvoir se voir et sen-tendre, ici et maintenant.

    Les runions comme celle-ci sont trop rares et nous devons en pro ter. Nous devons essayer den tirer le meilleur parti. Ce dner doit tre, certes, un moment de convivialit, comme je vous le disais il y a quelques instants, mais il doit tre aussi un message, celui de la volont dutiliser tous les instruments entre nos mains pour faire changer les perceptions des femmes dans le monde du travail, et renforcer partout une vraie culture de lgalit. Il doit tre un symbole, celui de lappropria-tion des valeurs rpublicaines et du passage de lgalit formelle lgalit relle.

    Il doit en n tre un choix, celui de la socit que nous voulons, une socit o les femmes ont la mme place que les hommes. Pas pour apporter une nouvelle sensibi-lit, comme on peut le lire parfois, mais par unique souci de justice.

    Lgalit entre les femmes et les hommes nest pas un enjeu de discrimination positive. Lorsque lon constitue la moiti de lhumanit, on nest pas une communaut, une minorit, un groupe. Lorsque lon constitue la moiti de lhumanit, on nattend pas de concession frileuse ou des mesures dassistance ou de bienveil-lance, on aspire la justice et lgalit.

    MANPAR_P102P151.indd 137 09/03/2014 10:41

    Agir pour lgalit professionnelleLAssemble nationale est le lieu o lgalit des sexes est devenue une question politique de premire importance.

    Le Grand Orient En 2010, quelque 1 200 reprsentants des loges du Grand Orient de France, la principale obdience maonnique du pays, ont dcid 51,5 % que ne peut plus tre refus qui que ce soit dans lobdience pour quelque discrimination que ce soit, y compris de sexe . Louverture de linitiation aux femmes est une dcision historique.

    Les tats gnraux de lgalitLe 12 septembre 2013, Le Laboratoire de

    lgalit et Frdrique Agns, fondatrice de Mediaprism, orchestrent au Conseil

    conomique, Social et Environnemental une journe pour faire le point sur lgalit entre

    les femmes et les hommes en temps de crise, autour de quatre grands dbats et de

    tmoignages.

    Les strotypes Les comptences, pas plus que lintelligence ou limagination crative, nont de sexe , explique Franoise Hritier. Pour lutter contre les strotypes, il importe de construire ds la petite enfance une culture de lgalit. Et de combattre chaque jour dans les reprsentations de la femme les ides reues qui entretiennent les ingalits dans linconscient collectif.

    134

    HOTEL DE LASSAY

    135

    HOTEL DE LASSAY

    HTEL DE LASSAY DNER-DBAT AGIR POUR LGALIT PROFESSIONNELLE

    6 MARS 2013

    MANPAR_P102P151.indd 134 07/03/2014 22:58

    134

    HOTEL DE LASSAY

    135

    HOTEL DE LASSAY

    HTEL DE LASSAY DNER-DBAT AGIR POUR LGALIT PROFESSIONNELLE

    6 MARS 2013

    MANPAR_P102P151.indd 135 07/03/2014 22:58

    146

    GRAND ORIENT

    147

    GRAND ORIENT

    LE GRAND ORIENTEN 2010, QUELQUE 1 200 REPRSENTANTS DES LOGES DU GRAND ORIENT DE FRANCE, LA PRINCIPALE OBDIENCE MAONNIQUE DU PAYS, ONT DCID 51,5 % QUE NE PEUT PLUS TRE REFUS QUI QUE

    CE SOIT DANS LOBDIENCE POUR QUELQUE DISCRIMINATION QUE CE SOIT, Y COMPRIS DE SEXE . LOUVERTURE DE LINITIATION AUX FEMMES EST UNE DCISION HISTORIQUE. PAR LE PASS, LES

    FRANCS-MAONS, FIDLES LEUR QUTE DUNIVERSALISME, ONT ACCOMPAGN LMANCIPATION DES FEMMES, LEXEMPLE DE MARIA DERAISMES. LE 12JUIN 2013, LE GRAND MATRE A INVIT

    FRDRIQUE AGNS, BRIGITTE GRSY, OLGA TROSTIANSKY ET MARIE-JO ZIMMERMANN CHANGER SUR UNE CULTURE COMMUNE DE LGALIT FEMMES-HOMMES AU TEMPLE ARTHUR GROUSSIER.

    MANPAR_P102P151_OK.indd 146 14/03/2014 19:54

    146

    GRAND ORIENT

    147

    GRAND ORIENT

    LE GRAND ORIENTEN 2010, QUELQUE 1 200 REPRSENTANTS DES LOGES DU GRAND ORIENT DE FRANCE, LA PRINCIPALE OBDIENCE MAONNIQUE DU PAYS, ONT DCID 51,5 % QUE NE PEUT PLUS TRE REFUS QUI QUE

    CE SOIT DANS LOBDIENCE POUR QUELQUE DISCRIMINATION QUE CE SOIT, Y COMPRIS DE SEXE . LOUVERTURE DE LINITIATION AUX FEMMES EST UNE DCISION HISTORIQUE. PAR LE PASS, LES

    FRANCS-MAONS, FIDLES LEUR QUTE DUNIVERSALISME, ONT ACCOMPAGN LMANCIPATION DES FEMMES, LEXEMPLE DE MARIA DERAISMES. LE 12JUIN 2013, LE GRAND MATRE A INVIT

    FRDRIQUE AGNS, BRIGITTE GRSY, OLGA TROSTIANSKY ET MARIE-JO ZIMMERMANN CHANGER SUR UNE CULTURE COMMUNE DE LGALIT FEMMES-HOMMES AU TEMPLE ARTHUR GROUSSIER.

    MANPAR_P102P151_OK.indd 147 14/03/2014 19:54

    LE GRAND ORIENT

    Par ce quelle ressemble un grand uvre inachev, lgalit femmes-hommes ne peut que parler directement aux maons. Lheure est venue non seulement de progresser sur ce terrain, mais aussi dclairer ce dbat de socit avec tout le sens de lengagement, le sens critique et,

    par-dessus tout, la conviction dans le progrs de la socit dont nous sommes capables.

    Plus que jamais, la vocation profonde du Grand Orient de France est de semparer sans tabous des grands sujets de socit. En accord profond avec notre identit progressiste, notre rle prend tout son sens au cur de la Cit.

    Nous sommes ers de notre initiation, qui est au centre de notre identit ; pour autant, notre devoir est dclairer les sujets de socit.

    Nous sommes aujourdhui ers de les renouveler avec un thme aussi structurant pour notre socit que les dbats dvelopps, titre dexemple, dans le cadre de ladoption de la loi sur le mariage pour tous.

    Mais cette vocation clairer un dbat de socit et sortir de notre rserve dans une vise prospective ne prend son sens quen fonction de notre foi dans lgalit, le progrs, la raison, cest--dire dans ce qui en France se nomme la Rpublique. Cest la boussole qui nous guide, cest la lumire qui nous claire, cest le feu qui nous alimente. Ajoutons que linstrument qui nous mne bon port, comme toutes les poques qua traverses le Grand Orient, demeure la rationalit critique, lesprit des Lumires.

    Comment tolrer les ingalits, les injustices, les discriminations, commencer par celles qui sanctionnent une partie de lhumanit au pro t dune autre ? Ce sont les modernes visages des prjugs, de la superstition et du fanatisme que nous avons toujours combattus. Sans

    compter que prolonger ces ingalits, cest se priver de faon trs concrte de ressources prcieuses dont notre pays a tant besoin en cette priode de crise: les comptences nont pas de sexe. Au nom de nos convictions humanistes, nous voulons contribuer faire voluer la socit franaise dans un sens plus juste.

    Nous sommes la fois ambitieux et conscients de linertie propre aux a aires humaines. Nous ne sous-estimons pas la somme des combats mener. Nous ne prtendons pas quil faille tout rvolutionner dun coup, mme si nous savons bien que, certains moments de lhistoire, des avances spectaculaires sont indispensables.

    Prparer les succs de demain, cest aussi poser convenablement les questions en jeu ds aujourdhui. Cest avoir le courage de dsigner les problmes, de faire tomber quelques masques, de dnoncer les injustices les plus choquantes, mais aussi celles qui sont plus dissimules.

    En ce sens, le temps court de cette journe du 12juin 2013 rejoint la ncessaire prise en compte du temps long qui est celui du vrai combat. La conscience de la dure, intrinsquement lie la culture de la patience partage au Grand Orient, est la matrice du vrai progrs, universellement partag. Associer rellement hommes et femmes luvre commune tous les niveaux de la socit, cest vritablement faire de la fraternit une ralit, cest faire de lide rpublicaine une pratique.

    Au sein du Grand Orient de France, la mixit nen est qu ses dbuts. Elle progressera au rythme choisi par chaque Loge. Mais dores et dj, elle pr gure le nouveau visage de lObdience sur la dure du sicle qui commence. Dautres viendront pour dire en quoi la prsence des femmes aura fait voluer notre travail, la manire de concevoir la dmarche maonnique. Cest en tout cas une nouvelle page du Grand Orient de France que hommes et femmes, placs sur le signe de lgalit, ont dcid dcrire ensemble.

    DANIEL KELLERGRAND MATRE DU GRAND ORIENT DE FRANCE

    CONSTRUIRE ET PARTAGER UNE CULTURE COMMUNE DE LGALIT

    ENTRE LES HOMMES ET LES FEMMES

    153

    LE GRAND ORIENT

    MANPAR_P152P201_OK.indd 152 11/03/2014 21:54

    LE GRAND ORIENT

    Par ce quelle ressemble un grand uvre inachev, lgalit femmes-hommes ne peut que parler directement aux maons. Lheure est venue non seulement de progresser sur ce terrain, mais aussi dclairer ce dbat de socit avec tout le sens de lengagement, le sens critique et,

    par-dessus tout, la conviction dans le progrs de la socit dont nous sommes capables.

    Plus que jamais, la vocation profonde du Grand Orient de France est de semparer sans tabous des grands sujets de socit. En accord profond avec notre identit progressiste, notre rle prend tout son sens au cur de la Cit.

    Nous sommes ers de notre initiation, qui est au centre de notre identit ; pour autant, notre devoir est dclairer les sujets de socit.

    Nous sommes aujourdhui ers de les renouveler avec un thme aussi structurant pour notre socit que les dbats dvelopps, titre dexemple, dans le cadre de ladoption de la loi sur le mariage pour tous.

    Mais cette vocation clairer un dbat de socit et sortir de notre rserve dans une vise prospective ne prend son sens quen fonction de notre foi dans lgalit, le progrs, la raison, cest--dire dans ce qui en France se nomme la Rpublique. Cest la boussole qui nous guide, cest la lumire qui nous claire, cest le feu qui nous alimente. Ajoutons que linstrument qui nous mne bon port, comme toutes les poques qua traverses le Grand Orient, demeure la rationalit critique, lesprit des Lumires.

    Comment tolrer les ingalits, les injustices, les discriminations, commencer par celles qui sanctionnent une partie de lhumanit au pro t dune autre ? Ce sont les modernes visages des prjugs, de la superstition et du fanatisme que nous avons toujours combattus. Sans

    compter que prolonger ces ingalits, cest se priver de faon trs concrte de ressources prcieuses dont notre pays a tant besoin en cette priode de crise: les comptences nont pas de sexe. Au nom de nos convictions humanistes, nous voulons contribuer faire voluer la socit franaise dans un sens plus juste.

    Nous sommes la fois ambitieux et conscients de linertie propre aux a aires humaines. Nous ne sous-estimons pas la somme des combats mener. Nous ne prtendons pas quil faille tout rvolutionner dun coup, mme si nous savons bien que, certains moments de lhistoire, des avances spectaculaires sont indispensables.

    Prparer les succs de demain, cest aussi poser convenablement les questions en jeu ds aujourdhui. Cest avoir le courage de dsigner les problmes, de faire tomber quelques masques, de dnoncer les injustices les plus choquantes, mais aussi celles qui sont plus dissimules.

    En ce sens, le temps court de cette journe du 12juin 2013 rejoint la ncessaire prise en compte du temps long qui est celui du vrai combat. La conscience de la dure, intrinsquement lie la culture de la patience partage au Grand Orient, est la matrice du vrai progrs, universellement partag. Associer rellement hommes et femmes luvre commune tous les niveaux de la socit, cest vritablement faire de la fraternit une ralit, cest faire de lide rpublicaine une pratique.

    Au sein du Grand Orient de France, la mixit nen est qu ses dbuts. Elle progressera au rythme choisi par chaque Loge. Mais dores et dj, elle pr gure le nouveau visage de lObdience sur la dure du sicle qui commence. Dautres viendront pour dire en quoi la prsence des femmes aura fait voluer notre travail, la manire de concevoir la dmarche maonnique. Cest en tout cas une nouvelle page du Grand Orient de France que hommes et femmes, placs sur le signe de lgalit, ont dcid dcrire ensemble.

    DANIEL KELLERGRAND MATRE DU GRAND ORIENT DE FRANCE

    CONSTRUIRE ET PARTAGER UNE CULTURE COMMUNE DE LGALIT

    ENTRE LES HOMMES ET LES FEMMES

    153

    LE GRAND ORIENT

    MANPAR_P152P201_OK.indd 153 11/03/2014 21:54

    LES TATS GNRAUX DE LGALITLES TATS GNRAUX DE LGALIT

    324

    considre en e et que, pour les gnrations nes dans les annes1970, les carts de pension de retraite entre les hommes et les femmes, si lon ne fait rien, resteront de lordre de 20 %. Je pourrais presque partir de ce seul chi re, tellement il nous oblige traiter lensemble des dimensions des ingalits entre les femmes et les hommes. Venir bout de ces 20 % aujourdhui, cest en ralit mener de front plusieurs chantiers: supprimer les carts de rmunration, rduire la prcarit des salaris temps partiel, annuler la pnalit dans la rmunration et dans la carrire des femmes, qui est souvent consti-tue par la prise de congs familiaux longs, corriger

    lingalit dans la distribution des temps de vie, la fameuse heure et demie dcart chaque jour dans les activits domestiques entre les hommes et les femmes, et compenser les carts qui se sont crs malgr tout, les ingalits de retraite donc. Voil nos enjeux cono-miques, voil lurgence, mais pour y arriver, je crois quil est ncessaire aussi de repositionner le dbat. Je suis, comme vous tous ici, trs attache lgalit et je vois dans lgalit femmes-hommes en particulier un vritable moteur de transformation de la socit qui est synonyme de progrs social et de justice, mais je ne veux pas non plus que nous nous laissions enfer-mer par ceux qui voudraient rduire notre combat pour lgalit entre les femmes et les hommes une question sociale parmi dautres, avec videmment toutes les arrire-penses que lon devine: Des ques-tions sociales, il y en a beaucoup, rtablissons la crois-sance dabord et tout a se rsoudra ensuite, gagnons la bataille de lemploi et nous verrons pour le reste. Je crois quil ne faut pas accepter cette rhtorique. Non seulement on ne peut pas laisser faire la fameuse main invisible qui rglerait spontanment les pro-blmes, parce quon sait bien quen fait elle entretient et ampli e les ingalits, mais en plus, notre combat pour lgalit entre les femmes et les hommes dans la vie conomique est justement au cur de la stratgie de croissance, au cur du combat pour la compti-

    tivit, pour linnovation, pour lemploi et le redresse-ment de notre conomie. Les chi res, que ce soient ceux de lOCDE ou de la Commission europenne sur le potentiel daugmentation de PIB que nos socits pourraient connatre si on avait un taux demploi qui-valent entre les femmes et les hommes, ne doivent vi-demment pas nous laisser indi rents. Derrire, il y a des enjeux trs concrets, comme par exemple lune des questions dont nous nous sommes saisis rcemment, celle de la cration dentreprise au fminin. Quand on sait quaujourdhui peine 3 % des Franaises dune gnration de 18 64ans ont cr ou repris une entre-prise sur lanne qui vient de scouler, contre 10 % aux tats-Unis, quand on sait quaujourdhui, parmi les entreprises innovantes qui se crent chaque anne, il y en a peine 10 % qui sont le fait de femmes, on prend conscience du gchis, un gchis titre personnel pour ces femmes, mais aussi un gchis pour toute la socit. Alors, il va falloir accompagner lgalit profession-nelle dans les entreprises. Il reste malgr tout une question immense : comment fait-on prcisment pour faire de cette question de lgalit un enjeu part entire qui ne se laisse pas ballotter au gr de la crise ou au gr des vnements ? Dabord, il faut arrter den faire une question qui serait la marge, la priphrie et la remettre en permanence au cur des priorits et en particulier des priorits du gouvernement. Je sais que vous avez entendu des ministres et mme une ancienne Premier ministre sexprimer aujourdhui. Elles ont d vous dire combien il nest pas toujours ais de porter ce type de sujets dans un gouvernement et ce nest pas un hasard si jai dcid, lorsque je suis arrive au ministre qui est le mien, dorganiser des sances de sensibilisation lgalit entre les femmes et les hommes destina-tion de mes collgues ministres. Je pense que la bonne faon de rpondre aux ingalits, cest dagir partout. Puisque les ingalits ne se sont interdit aucun terrain, il ne faut pas nous-mmes nous en interdire. Pour agir partout, il faut soutiller, cela veut dire avoir des statis-tiques pour dbusquer, convaincre. Et il faut utiliser la loi quand elle est indispensable. Le projet de loi que je prsenterai la semaine prochaine en est une illustra-tion, mais il faut aussi utiliser dautres types doutils, comme les conventions qui mobilisent un certain nombre dacteurs, dentreprises et permettent de les faire adhrer des principes et les faire sengager sur des volutions. Cette faon de procder, cest par

    PUISQUE LES INGALITS NE SE SONT INTERDIT AUCUN TERRAIN, IL NE FAUT PAS NOUS-MMES NOUS EN INTERDIRE.

    LES TATS GNRAUX DE LGALITLES TATS GNRAUX DE LGALIT

    325

    exemple ce que jai mis en uvre quand jai propos lensemble du gouvernement, administration par administration, de sengager nommer en son sein un haut fonctionnaire en charge de lgalit entre les femmes et les hommes, organiser au mois de sep-tembre de chaque anne des confrences de lgalit, un peu sur le mode des confrences budgtaires qui prcdent la construction dun budget. Ces conf-rences de lgalit permettent au ministre des Droits des femmes de recevoir tour tour lensemble des autres ministres pour passer en revue les e orts faits ou qui restent faire dans leur secteur. Ce dialogue, nous le reprenons en ce mois de septembre parce quil ny a pas de pause dans le combat et quil faut sadapter aux acteurs pour les accompagner. Parce que je crois que lgalit ne se dcrte pas, ou, plus exac-tement, il faut la dcrter mais cela ne su t pas. Elle ne sobserve pas de loin, il faut aussi rentrer dans la ralit des acteurs pour les aider la raliser et cest ce que nous avons voulu faire, par exemple, en crant des outils pour faire en sorte que les entreprises soient aides dans la mise en uvre des obligations qui sont les leurs, si tant est quelles nen aient pas su samment les moyens. Par exemple, vous connaissez le fameux

    rapport de situation compare mis en place par Yvette Roudy. Il a t trs insu samment utilis, faute pour un certain nombre dentreprises davoir su dgager du temps, de lhumain pour pouvoir sen occuper. Dsor-mais, nous les accompagnons dans la rdaction et nous allons continuer.Le deuxime principe qui me semble trs important, aprs le fait dagir partout, cest davoir une approche intgre. Il faut a rmer que lgalit entre les femmes et les hommes est un tout, un systme, un ensemble cohrent avec des causes et des consquences, et cet ensemble cohrent part de lducation des enfants et va jusquaux violences, en passant par lgalit pro-fessionnelle, par limplication des femmes et des hommes dans la sphre prive, par les responsabi-lits politiques, sociales ou professionnelles. Cest donc aux dfaillances de ce continuum, en quelque sorte logique, quil faut sattaquer. Dans le projet de loi que je prsenterai, nous avons dcid de nous xer quatre priorits. Certains considreront peut-tre que cest un texte dans lequel on fourre un peu tout, mais non, lide est de sattaquer tout la fois avec une premire priorit qui est lgalit professionnelle, une deuxime priorit qui est la lutte contre la prcarit des femmes, une troisime priorit qui est la lutte contre les violences et une quatrime priorit qui est la parit. Cest la premire fois en France que nous avons un texte qui traite de faon aussi transversale les droits des femmes, car au fond, l encore, les articulations entre chaque thmatique doivent tre soulignes. Par exemple, le fait de favoriser lgal accs des femmes et des hommes au pouvoir par la parit, cest une ques-tion de justice dans labsolu, mais cest aussi utile pour bousculer les habitudes, les organisations de travail, pour changer lordre des priorits et laisser davantage de place la lutte contre les ingalits professionnelles.Cette approche transversale, cest aussi celle des acteurs eux-mmes. Je pense que lgalit entre les femmes et les hommes ne doit pas tre le sujet du seul tat. Il faut bien veiller ce que toute la socit

    COMMENT EST-CE QUON FAIT PRCISMENT POUR FAIRE DE CETTE QUESTION DE LGALIT UN ENJEU PART ENTIRE QUI NE SE LAISSE PAS BALLOTTER AU GR DE LA CRISE OU AU GR DES VNEMENTS ?

    NOUS AVONS DCID DE FIXER QUATRE PRIORITS : LGALIT PROFESSIONNELLE, LA LUTTE CONTRE LA PRCARIT DES FEMMES, LA LUTTE CONTRE LES VIOLENCES ET LA PARIT.

    MANPAR_P302P351.indd 324 09/03/2014 13:16

    LES TATS GNRAUX DE LGALITLES TATS GNRAUX DE LGALIT

    324

    considre en e et que, pour les gnrations nes dans l