100 ans après sa mort un message toujours actuel

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100 ans après sa mort un message toujours actuel Recueil de textes réalisé en commun Par les Petits frères de l’Évangile et les Petits frères de Jésus 1
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    13-Feb-2017
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  • 100 ans aprs sa mortun message toujours actuel

    Recueil de textes ralis en commun

    Par les Petits frres de lvangile et les Petits frres de Jsus

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  • Centenaire 1916 - 2016

    Le 1er dcembre, il y aura juste cent ans que Charles de Foucauld est tomb enterre comme le grain. l'occasion de ce centenaire, nous avons pens prparer unnumro spcial des Nouvelles des fraternits pour couter nouveau le son de lavoix de Charles nous parlant de thmes qui lui taient chers.

    Mais comment choisir ? C'est le pape Franois qui nous a inspir la rponse. plusieurs reprises durant l'anne 2015, le pape a fait une mention explicite deCharles de Foucauld : propos du travail, dans l'Encyclique Laudato si ; proposde l'vanglisation en contexte scularis, lors d'une retraite de prtres en juin. Larfrence Charles la plus rcente, on la trouve dans la mditation que le pape aprononce pendant la veille de prire, place Saint Pierre, la veille de l'ouverture duSynode sur la famille, le 3 octobre 2015. Un trs beau texte sur la faon dontCharles de Foucauld s'est nourri de la contemplation de la "Famille de Nazareth" etune invitation regarder la vie de la famille aujourd'hui la lumire de la famille deJsus. videmment nous sommes particulirement sensibles la faon dont le papes'exprime : impression qu'il a fait sienne profondment la pense de Charles aupoint de s'exprimer dans des termes qui sont trs proches de ceux de Charles.Nous commencerons donc par relire un long extrait de cette intervention du pape,

    puis nous reprendrons quelques uns de ses points cls, en les illustrant de textes de Charles de Foucauld.Ce numro des Nouvelles est spcial un autre titre : il a t prpar et il est publi en commun par lesPetits frres de Jsus et les Petits frres de l'vangile. Comme vous le savez, en 2015 "Rome" a approuvles statuts de la fdration que forment ensemble nos deux Fraternits. Publier en commun ce numro deNouvelles, est une faon, en cette anne du centenaire, de dire notre volont de cheminer ensemblecomme des frres qui boivent l'eau du mme puits.

    NB : Le langage de Charles est celui de son poque et il nous faut un peu d'effort pour rentrer dans sonstyle. Mais certains mots qu'il emploie ont chang de sens au cours du temps.Pour faciliter la lecture, nous les avons parfois remplacs par leur quivalent d'aujourd'hui. Nous donnonstoujours les rfrences pour retrouver l'original.

    ***Index

    Centenaire. 1916-2016 pag. 2

    Charles de Foucauld et la Famille de Nazareth pag. 3

    Nazareth, une vie avec Jsus et la sainte famille pag. 4

    Apostolat de la bont pag. 5

    Lamour de Dieu et l'amour des hommes pag. 8

    Se laisser vangliser par les pauvres pag. 9

    Le mystre de la Famille de Nazareth pag. 12

    Portrait de la famille pag. 13

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  • Charles de Foucauld et la Famille de Nazareth

    Extrait du discours du pape Franois, place saint Pierre, lors de la veille de prire en prparation l'ouverture du synode sur la famille (3 octobre 2015)

    Chaque , famille est toujours une lumire, bien que faible, dans lobscurit l'obscurit du monde.Lhistoire mme de Jsus parmi les hommes prend forme dans le sein d'une famille, l'intrieur delaquelle il restera pendant 30 ans. Une famille comme beaucoup, la sienne, situ dans un village perdu dela priphrie de l'Empire.

    Charles de Foucauld, peut-tre comme peu d'autres, a devin la porte de la spiritualit qui mane deNazareth.

    Ce grand explorateur abandonna en hte la carrire militaire, fascin par le mystre de la SainteFamille, de la relation quotidienne de Jsus avec ses parents et ses proches, du travailsilencieux, de la prire humble.

    Regardant la Famille de Nazareth, frre Charles discerna la strilit du dsir de richesse et de pouvoir ;il se fit tout tous par l'apostolat de la bont ; attir par la vie rmitique, il comprit qu'on ne grandit pasdans l'amour de Dieu en vitant la servitude des relations humaines. Parce que c'est en aimant les autresqu'on apprend aimer Dieu ; c'est en se penchant vers son prochain qu'on s'lve jusqu' Dieu.

    travers la proximit fraternelle et solidaire avec les plus pauvres et les plus abandonns, il compritque, finalement, ce sont eux qui nous vanglisent, en nous aidant grandir en humanit.

    Pour comprendre aujourd'hui la famille, entrons nous aussi- comme Charles de Foucauld - dans le mystre de la Famille de Nazareth, dans sa vie cache, ordinaire etcommune, comme celle du plus grand nombre de nos familles, avec leurs peines et leurs joies simples ;vie tisse de patience sereine dans les contrarits, de respect pour la condition de chacun, de cettehumilit qui libre et fleurit dans le service ; vie de fraternit qui surgit du fait de se sentir partie d'ununique corps.

    La famille est le lieu d'une saintet vanglique, ralise dans les conditions les plus ordinaires. Il s'yrespire la mmoire des gnrations et s'y enfoncent des racines qui permettent d'aller loin. C'est le lieu dudiscernement, o on s'duque reconnatre le dessein de Dieu sur sa propre vie et l'embrasser avecconfiance. C'est un lieu de gratuit, de prsence discrte, fraternelle et solidaire, qui apprend sortir desoi-mme pour accueillir l'autre, pour pardonner et se sentir pardonns.

    3

  • Nazareth, une vie avec Jsus et la sainte famille

    Ce grand explorateur abandonna en hte la carrire militaire,fascin par le mystre de la Sainte Famille, de la relationquotidienne de Jsus avec ses parents et ses proches, du travailsilencieux, de la prire humble.

    Sainte Vierge, saint Joseph, mettez-moi avec vous aux piedsde Notre-Seigneur. Faites-moi mener avec vous votre vie deNazareth, c'est--dire Sa vie de Nazareth, cette vie si perdue enDieu, si recueillie; toute la vie de Jsus a t galement perdueen Dieu, galement recueillie : Il n'a jamais perdu la prsence deson Pre ; Il le regardait sans cesse pour l'adorer sans cesse etfaire sans cesse sa volont :

    Ma nourriture est de faire la volont de mon Pre... Je nesuis pas seul, mon Pre est toujours avec moi, car je fais toujoursce qui Lui est agrable... Vous me laissez seul, mais je ne suispas seul, car mon Pre est avec moi Soit Nazareth, soit audsert, soit dans votre vie publique, votre vie intrieure atoujours t la mme, Jsus : toujours, partout, vous avez tgalement perdu, noy en Dieu... Extrieurement vosoccupations ont chang :[...] mais quoique vous fassiez parfaitement toutes les actions extrieures, vousne cessiez jamais intrieurement d'tre abm en Dieu ! Faites moi donc, Jsus, vivre de cette vieintrieure de contemplation continuelle qui ne cessera jamais d'tre la vtre et qui fut le principal, le fondde votre existence ; [ . . . ] vous m'avez donn une vie de prire, de lecture, d'humble travail o je parle unpeu, mais trs peu et o je mange, mais peu, pauvrement, simplement : c'est votre vie de Nazareth,recueillie, silencieuse, pauvre, efface, laborieuse Faites-moi, Jsus, la mener parfaitement, en Vous,par Vous et pour Vous !... Faites la mme grce tous vos enfants en vue de Vous !

    20 juillet 1898, Nazareth,Considrations sur les ftes de l'anne, page 486

    Soyez humbles, humbles dans vos sentiments, ayant de bas sentiments de vous-mmes, humbles en paroles, humbles en actions, humbles dans toute votre vie, aimant les petits et faisant d'eux votre socit, humbles dans vos manires, humbles en prenant partout et toujours la dernire place. Humilit toujours

    mars 1898, Nazareth, Crier l'vangile p.106

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  • L'apostolat de la bont Regardant la Famille de Nazareth, frre Charles discerna la strilit du dsir de richesse et de pouvoir; il se fit tout tous par l'apostolat de la bont.

    Craignons les richesses ; elles ne sont pas un mal en elles-mmes, puisque Dieu est infiniment riche,mais, vu notre faiblesse, elles sont un grand danger, car nous courons le risque de nous y attacher, ce quinous dtache autant de Dieu. Surtout, surtout, soyons pauvres par pur amour, pour ressembler Jsuspauvre ! Soyons aussi pauvres par obissance Sa parole, puisqu'il nous a tant recommand la pauvret,et tant dtourns de la richesse... Et soyons pauvres comme Il l'a t, n'ayant jamais ni en notrepossession, ni notre usage autre chose que ce que peuvent avoir de pauvres ouvriers.

    La bont de Dieu, p. 251

    Dans son carnet, Charles note les conseils qu'il a reus de l'abb Huvelin, lors de sa visite en Franceen 1909 :

    - Mon apostolat doit tre l'apostolat de la bont. En me voyant on doit se dire : Puisque cet hommeest si bon, sa religion doit tre bonne. - Si l'on demande pourquoi je suis doux et bon, je dois dire : Parce que je suis le serviteur d'un bien plusbon que moi. Si vous saviez combien est bon mon Matre JSUS. Le prtre est un ostensoir, son rle estde montrer JSUS ; il doit disparatre et faire voir JSUS ;

    - M'efforcer de laisser un bon souvenir dans l'me de tous ceux qui viennent moi.- Me faire tout tous : rire avec ceux qui rient, pleurer avec ceux qui pleurent, pour les amener tous

    JSUS. - Me mettre la porte de tous, pour les attirer tous JSUS.

    Carnets de Tamanrasset p. 188

    Hassons le pch, mais aimons les pcheurs pour qui le Christ estmort ; prions pour ces frres gars et soyons bons pour eux vous testous frres, vous avez un mme Pre qui est dans les Cieux ; peut-trecette bont, en portant vers nous nos frres gars, les portera-t-elle versnotre Matre. Tout chrtien est un ostensoir ; il doit, en lui, faire voir Jsus,surtout Jsus dans l'amour et la bont de Son Cur, autant que le peut lagrande misre humaine.

    Lettre Pierre Leroy, 24 mars 1916, Tamanrasset

    Dans de nombreux textes de la dernire priode de sa vie, Charles fait rfrence au rle vanglisateur de Priscille et Aquila, couple de lacs, collaborateurs de Saint Paul, modles de cet apostolat par la vie ordinaire imprgne de l'vangile, mle la population :

    Vendre de la cretonne et de la cotonnade bleue des prix raisonnables.Voil un moyen bien simple de faire venir tout le monde soi, de trouvertoutes les portes ouvertes, de rompre toutes les glaces...Qu'avec cela celuiqui vend soit une bonne me, la bonne impression sera faite, on aura desamis dans tout le pays, et c'est le commencement... D'honntes petitscommerants franais seraient accueillis avec bonheur par les autorits quirougissent de leurs compatriotes tablis dans le Sud : aucun Franais nevient s'tablir aux Oasis si ce n'est pour tre marchand d'alcool... c'est unehonte ! Il faudrait des chrtiens comme Priscille et Aquila, faisant le bien en silence en menant la vie depauvres marchands ; en relation avec tous, ils se feraient estimer et aimer de tous, et feraient du bien tous... Ils gagneraient leur vie sans peine, les autorits les recevraient bras ouverts; nul obstacle ; ilsuffirait de les trouver.

    Lettre au Pre Voillard, 13 dcembre 1905, Tamanrasset

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  • Tout chrtien doit tre aptre : [ . . . ] - tre aptre, par quels moyens ? Par les meilleurs, ens'adaptant ceux auxquels ils s'adressent : avec tous ceux avec qui ils sont en rapport sans exception, parla bont, la tendresse, l'affection fraternelle, l'exemple de la vertu, par l'humilit et la douceur toujoursattrayantes et si chrtiennes ; avec certains sans leur dire jamais un mot de Dieu ni de la religion,patientant comme Dieu patiente, tant bon comme Dieu est bon, aimant, tant un tendre frre et priant ;avec d'autres en parlant de Dieu dans la mesure qu'il peuvent le porter. [...] Surtout voir en tout humain unfrre -"vous tes tous frres, vous avez un seul pre qui est aux deux" - voir en tout humain un enfant deDieu, une me rachete par le sang de JSUS, une me aime de JSUS, une me que nous devons aimercomme nous-mmes et au salut de laquelle nous devons travailler. - Bannir loin de nous l'esprit militant :"Je vous envoie comme un agneau parmi les loups", dit JSUS... Combien il y a loin entre la manire defaire et de parler qui tait celle de JSUS et l'esprit militant de ceux qui ne sont pas chrtiens ou mauvaischrtiens et voient des ennemis qu'il faut combattre, au lieu de voir des frres malades qu'il faut soigner,des blesss tendus sur le chemin dont il faut tre le bon Samaritain.

    Lettre Joseph Hours, 3 mai 1912, Tamanrasset

    Que faisons-nous pour l'vanglisation de notre empire N W africain ? On peut dire : rien. [...] Ilfaudrait des bons prtres en assez grand nombre (non pour prcher : on les recevrait comme on recevraitdans des villages bretons des Turcs venant prcher Mahomet, [...] ; mais pour prendre le contact, se faireaimer, inspirer estime, confiance, amiti, oprer un rapprochement entre la population et eux, dfricher laterre avant de semer) ; il faudrait ensuite de bons chrtiens lacs des deux sexes, pour remplir le mmerle, prendre un contact plus troit encore, entrer l o le prtre ne peut gure entrer surtout chez lesmusulmans, donner l'exemple des vertus chrtiennes, montrer la vie chrtienne, la famille chrtienne,l'esprit chrtien ; il faudrait ensuite de bonnes religieuses, avec ou sans habit religieux, soignant lesmalades et levant les enfants, trs mles la population, parpilles par 2 ou 3 l o il y a un prtre etquelques chrtiens... Ne pas chercher de longtemps faire des conversions, mais aimer, tre bon, trevertueux, prendre un contact troit avec les Touaregs... Ceci se faisant, les conversions au bout d'un tempsvariable, 25 ans, 50 ans, 100 ans, viendront d'elles-mmes, comme mrissent les fruits, mesure quel'instruction se rpandra

    Mais si ces malheureux musulmans ne connaissent aucun prtre, ne voient comme soi-disant chrtiensque des exploiteurs injustes, tyranniques, durs, donnant l'exemple du vice, comment se convertiront-ils,comment ne prendront-ils pas en haine notre Sainte Religion, comment ne seront-ils pas de plus en plusnos ennemis ?

    [...] J'ajouterai un mot : c'est que, soit pour bienadministrer notre Empire d'Afrique, soit pour l'vangliser,il est ncessaire de connatre sa population. - Or nous laconnaissons extrmement peu : cela vient assurment enpartie des murs musulmanes : mais c'est un obstacle qu'onpeut vaincre. Il reste ce fait dplorable que nous ignorons un degr effrayant la population de notre Afrique : depuis32 ans je n'ai gure quitt l'Afrique du Nord (si ce n'estpendant 10 ans, de 1890 1900, temps que j'ai pass enTurquie d'Asie, Armnie et Terre Sainte) ; je ne voispersonne, ni officier, ni missionnaire, ni colon ou autre,

    connaissant suffisamment les indignes ; moi-mme je connais passablement mon petit coin de Touareg,mais trs superficiellement le reste... Il y a un vice auquel il faudrait remdier = il faudrait auxadministrateurs, aux officiers, aux missionnaires, un contact bien plus troit avec la population, de longssjours dans le mme poste (avec avancement sur place pour les administrateurs et officiers) afin qu'ilsconnaissent, puissent renseigner exactement leurs suprieurs et que ceux-ci connaissent par eux.

    Lettre Fitz-James, 11 dcembre 1912, Tamanrasset

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  • La confiance dont m'entourent les Touaregs du voisinage va

    croissant; les amis anciens deviennent plus intimes ; de nouvelles amitisse forment. Je rends service en ce que je peux, je tche de montrer quej'aime ; lorsque l'occasion semble favorable, je parle de religion naturelle,des commandements de Dieu, de son Amour, de l'union sa Volont, del'amour du prochain... Je ne crois pas qu'il faille aller vite : celacarterait... Les Touaregs ont le caractre de nos bons ruraux de France,des meilleurs de nos paysans. Comme eux ils sont laborieux, prudents,conomes, ennemis des nouveauts et pleins de mfiance envers lespersonnes et les choses inconnues... [] La vrit ne peut s'acqurir qu'aubout d'un long temps, par un contact intime, une grande vertu et labndiction divine.

    Lettre au Pre Voillard, 12 juillet 1912, Tamanrasset

    crivant un Pre Blanc aprs la mort de Mgr Gurin, son vque et ami, Charles le dcrit selon le modle d'vanglisateur qu'il s'est forg :Il convenait particulirement l'apostolat du Sahara. Si partout le prtre est un ostensoir, qui doit

    disparatre pour montrer JSUS, sans autre rle que de le faire voir, c'est plus vrai que nulle part en deslieux o on ne peut atteindre la plupart des mes,ni en leur prsentant le dogme, ni en les rapprochantlentement par l'cole, mais seulement en leur faisant voir comme un rayonnement de la bont de JSUS,et en tchant de leur faire dire puisque cet homme est si bon, sa religion doit tre bonne . Le RvrendPre Gurin tait fait pour cet apostolat de la bont, lui si humble, si doux, si fidle imitateur du CURde JSUS.

    Lettre un Pre Blanc, 29 juin 1910, Tamanrasset

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  • L'amour de Dieu et l'amour des hommes Attir par la vie rmitique, il comprit qu'on ne grandit pas dans l'amour de Dieu en vitant la servitude desrelations humaines. Parce que c'est en aimant les autres qu'on apprend aimer Dieu ; c'est en se penchant versson prochain qu'on s'lve jusqu' Dieu.

    Nous n'avons pas deux curs, comme on me l'a dit autrefois, l'un de feu pour Dieu, l'autre de glacepour les hommes; nous n'en avons qu'un, plus il sera chaud pour Dieu, plus il sera chaud pour ceux queDieu nous a donns aimer.

    Lettre L-J Balthasar, 30 avril 1893,Trappe d'Akbs

    Nous n'avons qu'un cur, le mme cur avec lequel nous aimons Dieu est aussi celui avec lequelnous aimons les hommes : si notre cur s'chauffe, s'enflamme, s'attendrit dans la pratique de l'amour duprochain, par l mme il se rend plus chaud, plus tendre pour aimer Dieu. Notre cur ne peut pas trede feu pour Dieu et de glace pour les hommes ; ni de feu pour les hommes et de glace pour Dieu. Il est deglace ou de feu, chaud ou froid ; s'il est chaud pour Dieu, il sera chaud pour les hommes ; s'il est chaudpour les hommes, il le sera pour Dieu. Ainsi plus notre cur gagne en chaleur en s'appliquant aimer leshommes, plus il se rend capable d'aimer Dieu. De sorte qu'on a dit avec raison que si l'on veut acqurirl'amour de Dieu, le meilleur moyen est de s'appliquer aimer les hommes. Ainsi l'amour du prochain estnon seulement un des signes les plus certains de l'amour de Dieu, mais encore un des moyens les plus srsde l'acqurir.

    Aux plus petits de mes frres, p. 137

    Pour mon installation immdiate 2 points me sembleraient habitables : 1 Les rochers situs au bord de la rive droite de l'oued, [...] 2 Le sommet de la gara de Tit (120 m. environ au dessus de la valle) [...]

    Le 2 point a l'avantage d'tre loin des hommes et du bruit et de procurer la solitude avec DIEU... Le 1er point a l'inconvnient d'tre prs des hommes et expos bien des visites. [...] Que l'poux

    daigne me dire lequel des deux endroits il veut pour moi aujourd'hui : Aujourd'hui et dans l'avenir, si tule peux, tablis-moi au 1er endroit dans ces rochers semblables ceux de Bethlhem et de Nazareth, o tuas la fois la perfection de mon imitation et celle de la charit ; pour ce qui est du recueillement, c'estl'amour qui doit te recueillir en moi intrieurement et nonl'loignement de mes enfants : vois moi en eux ; et comme moi Nazareth, vis prs d'eux, perdu en Dieu. Dans ces rochers o jet'ai conduit moi- mme malgr toi, tu as l'imitation de mesdemeures de Bethlhem et de Nazareth, l'imitation de toute mavie de Nazareth, la charit pour les habitants du lieu et lesvoyageurs tant leur porte; l'esprance de faire plus de bien entant plus en contact avec les mes, celle d'avoir un jour desfrres en occupant un lieu o ils peuvent se multiplier et devenirune fraternit rgulire; enfin, ce qui est immense, tu as laprsence du T.S. Sacrement au Tabernacle dans trs peu de temps,car en quelques jours tu peux installer l'oratoire.

    Carnet de Bni Abbs, 26 mai 1904

    Le devoir est simple aussi : aimer, aimer Dieu et le prochain, aimer le prochain pour arriver par l l'amour de Dieu, ces deux amours ne vont pas l'un sans l'autre : crotre dans l'un, c'est crotre dans l'autre.Comment acqurir l'amour de Dieu ? en pratiquant la charit envers les hommes.

    Lettre Louis Massignon, 31 aot 1910, Tamanrasset

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  • Se laisser vangliser par les pauvres travers la proximit fraternelle et solidaire avec les plus pauvres et les plus abandonns, il comprit que, finalement, ce sont eux qui nous vanglisent, en nous aidant grandir en humanit.

    toutes les tapes de sa vie, Charles note avec admiration ce qu'il a reu de l'exemple, de la gnrosit et de la simplicit spontane de ceux qui l'entourent :

    Hadj Bou Rhim, Bel Qasem el Hamouzi, qui m'avez, au risque de vos jours, protg dans le danger, vous qui je dois la vie, vous dont le souvenir lointain me remplit d'motion et de tristesse, o tes-vous cette heure ? Vivez-vous encore ? Vous reverrai-je jamais ? Comment vous exprimer ma reconnaissance et mon regret de ne pouvoir vous la prouver ?

    Enfin que tous ceux que je ne mentionne pas, non par oubli, mais parce que leur liste serait trop longue, reoivent l'hommage de toute ma gratitude.

    Introduction de Reconnaissance au Maroc, octobre 1887, Paris.

    Quand je raccommode les vtements des petits orphelins je me discombien je suis heureux de faire ce travail si commun dans la maison deNazareth, combien vous sentiriez le bonheur de le faire [...]. Figurez-vous quej'ai pendant trois jours, la semaine passe, eu un trange travail : la bonne desorphelins tant tomb un peu malade, on m'a charg de la remplacer pendant lejour, un autre la remplaait la nuit ; de 5h % du matin 6h Vi du soir, jegardais ces pauvres enfants sans les quitter d'une semelle ; vous pensez si celam'a paru trange de me trouver d'un coup la tte de 9 petits turcs de 6 15ans (ils ne sont que 9 en ce moment), je n'ai pu m'empcher de penser ceuxqui disent qu'on entre en religion pour viter les soucis de la vie quand je mesuis vu au milieu de cette petite famille [...]. Ces pauvres petits ont t aussi

    gentils que possible pendant mes 3 jours de garde, ils m'ont rendu ma tche on ne peut plus douce ; priezun peu pour eux, que deviendront-ils, pauvres enfants ?En 1913, St Jean de Luz, durant le voyage enFrance avec Ouksem.

    Lettre Marie de Bondy, 9 janvier 1893, Trappe d'Akbs

    Ces temps-ci je m'occupe un peu d'un bon novice maronite : en l'absence des 2 religieux qui saventbien l'arabe on me l'a confi pour lui dire quelques mots ; c'est un convers, de 30 ans, un bon travailleursans aucune instruction, mais fort comme un turc, c'est admirable de voir la simplicit, la confiance,l'humilit de cette belle me, et en mme temps les grces dont le bon Dieu le comble: il a un dond'oraison merveilleux; je vous en parle parce que sa vue m'difie et me fait rentrer en moi-mme : quandje vois la diffrence entre lui et moi c'est effrayant pour moi, en mme temps cela me fait toucher du doigtla vrit de la parole de NS qui "se rvle aux petits et aux humbles"... Que cela est vrai et que je le voisdevant les vertus, les grces, les dons de l'me de ce pauvre ouvrier !

    Lettre Marie de Bondy, 29 novembre 1993, Trappe d'Akbs

    Tu peux en confiance t'adresser moi pour donner de bonsrenseignements sur ton me : car je suis convaincu que tu serasun jour aussi chrtien que moi- je ne dis pas que tu seras ermite - St Louis ne l'tait pas - mais tuseras chrtien : tu l'es dj sans le savoir, tu es profondmentaffectueux et absolument dsintress; tu es parfaitement franc etloyal ; tu n'aimes que la vrit et la justice et tu marches droit otu les vois : tu es le courage mme et tout ce que tu vois de bien faire, tu le fais sans l'ombre d'hsitation : une me pareille est uneme chrtienne. Un cur affectueux, dsintress, droit esttoujours un cur chrtien

    Lettre Louis de Foucauld, 1er juillet 1897, Nazareth

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  • Je vous bnis d'avoir fait votre possible pour donner aux mes le bienfait de la vrit au sujet del'Islam, et pour les dlivrer de ce fardeau de fables qu'on entend chaque jour en gmissant. Est-il tonnantque les Musulmans se fassent de fausses ides de notre religion quand presque tout le monde parmi nousen a de si fantastiques de leurs croyances ?... Vous rtablissez la vrit sur ce qu'on appelle le destin laturque et le paradis de Mahomet, et vous avez admirablement dpeint cette extrme simplicit demurs qui est si belle, et cette grande dcence... Je ne puis m'empcher de le redire, j'ai t trs difi parvotre livre, y trouvant une foule d'exemples imiter

    Lettre Henry de Castries, 14 aot 1901, ND des Neiges

    Votre filleul me rend le plus grand service : il me sert la messe chaque matin, comme il peut ! tout engrignotant son petit djeuner ; grce lui, je puis clbrer la messe avant le rveil des troupes, avant lejour et le mouvement; c'est un vrai bonheur d'avoir du recueillement pendant ce temps-l

    Lettre Marie de Bondy, 12 septembre 1902, Bni Abbs

    Pardon de mon criture ; elle vient d'abord de ma faute mais aussi un peu du froid et surtout de votrefilleul qui, aprs s'tre install sur mes genoux, ne s'y tient pas une seconde tranquille ; il y chante et enmme temps y danse, et il me semble qu'il vaut mieux exercer votre patience et vos yeux, que chasserce pauvre petit de la place qu'il a prise. Il n'a pas t gt dans sa petite enfance et il faut lui rendre douxle toit de JSUS. Il est toujours trs gentil trs bien portant ; nous continuons vivre en communaut, lui,Paul et moi.

    Lettre Marie de Bondy, 29 novembre 1902, Bni Abbs

    Pardonnez de griffonner ainsi : outre que j'cris habituellement vite et mal, Abd Jesu se pend en cemoment mon cou et me mordille les oreilles; comme je suis seul compagnon de jeu, il faut bien lelaisser faire : il est gai comme un pinson, ce qui n'est pas un petit mrite, n'ayant d'autre socit que moi.

    Lettre Marie de Bondy, 30 mars 1903, Bni Abbs

    J'ai reu il y a quelques jours du Commandant Laperrine une lettre contenant le passage suivant : Lorsdu massacre de la mission Flatters, une femme touargue de famille noble a eu une trs belle attitude,s'opposant ce qu'on achve les blesss, les recueillant et les soignant chez elle, refusant l'entre de samaison Attissi, qui, revenu bless du combat d'Amguid contre Dianoux, voulait les achever lui-mme,et, aprs gurison, les faisant rapatrier Tripoli. Elle a maintenant 40 43 ans, passe pour avoir beaucoupd'influence et est renomme pour sa charit.

    Cette me n'est-elle pas prte pour l'vangile ? N'y aurait-il pas lieude lui crire simplement pour lui dire que la charit qu'elle pratique sanscesse et celle avec laquelle elle a recueilli, soign, dfendu, rapatri lesblesss de la mission franaise, il y a 22 ans, sont connues de nous et nousremplissent de joie et de reconnaissance envers Dieu

    Dieu a dit : Le 1 e r commandement de la religion est d'aimer Dieu detout son cur. Le 2 m e est d'aimer tous les humains sans exception commesoi-mme. Dieu a dit aussi : Vous tes tous frres. Vous avez tous unmme pre. Dieu ; et Le bien et le mal que vous faites aux hommes,vous le faites Dieu . Admirant et rendant grce Dieu de vous voir sibien pratiquer la charit envers les hommes qui est le second devoir, lepremier tant l'amour de Dieu, nous vous crivons cette lettre pour vousdire que chez les chrtiens, o des centaines de milliers d'mes, hommes

    et femmes, renonant au mariage et aux biens terrestres, consacrent leur vie prier, mditer la parole deDieu et pratiquer la bienfaisance, tous les religieux et religieuses qui entendront parler de vous, vousbniront, loueront Dieu de vos vertus, et Le prieront de vous combler de grces en ce monde et de gloiredans le ciel... Nous vous crivons aussi pour vous demander trs instamment de prier pour nous, certainsque Dieu, qui a mis dans votre cur une si ferme volont de l'aimer et de le servir, coute les prires quevous lui adressez, nous vous supplions de le prier pour nous et pour tous les hommes, afin que tous nousl'aimions et Lui obissions de toute notre me. Lui gloire, bndiction, honneur, louange, maintenant ettoujours. Amen.

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  • Je vais envoyer copie de ce projet de lettre Mgr Gurin, en lui demandant s'il veut crire lui-mme,ou s'il veut que j'crive - et en lui offrant - si les relations se nouent - si je reste seul - si ce moment celaparat la volont de Dieu - d'aller faire une visite, pdestrement, cette dame.

    Carnet de Beni-Abbs, 21 juin 1903

    Mon bien-aim et trs vnr Pre,Je suis oblig, encore une fois, de changer tous mes projets. Le motif, c'est un assez gros accroc de santdont je vous confie le secret vous [...] Je ne sais pas trop ce que cela a t ; il y a eu d'abord une grossefatigue gnrale avec perte complte d'apptit, puis je ne sais quoi la poitrine, ou plutt je crois au cur,qui me rendait tellement haletant au plus petit mouvement que c'tait croire la fin proche. J'ai gard et jegarde encore l'immobilit absolue, j'ai interrompu tout travail, on m'a cherch toutes les chvres ayant unpeu de lait dans cette terrible scheresse quatre kilomtres la ronde ; et le bon Dieu a voulu qu'aprsavoir descendu la pente, grce au lait, l'immobilit, par sa Volont plutt que grce des moyenshumains, je la remonte videmment. L'apptit revient, je vais videmment beaucoup mieux, je crois quece n'est pas cette fois que se fera entendre l'appel de lpoux.

    Lettre Mgr Gurin, 24 janvier 1908, Tamanrasset

    On a t trs bien pour moi ici, parmi les Touaregs, quand j'ai t malade fin janvier; je voudrais fairequelques petits cadeaux d'amitis certains, cela fait trs bien en ce pays o on est si pauvre, celaapprivoise et fait faire connaissance.

    Lettre Marie de Bondy, 8 mars 1908, Tamanrasset

    Vous me demandez si je ne suis pas bien isol etcomment je m'arrange pour la nourriture. Il a un peu plu :deux petits groupes de deux tentes chacun sont venuss'installer proximit : l'un 3/4 d'heure,l'autre 1 h 1/2 de l'ermitage, dans des ravins voisins ; cesont de trs braves gens qui sont devenus, surtout le groupele plus rapproch, de vrais amis. Il ne se passe pas deuxjours sans qu'on ne vienne me voir ; hier j'ai eu la visite dela grand maman, une trs brave femme, mre de 6 enfants,dont la plupart sont maris

    Lettre Marie de Bondy, 19 octobre 1911, Asekrem

    Quand le bon Dieu fera pleuvoir, le lait abondera ne savoir qu'en faire, et mes voisins m'en apporteront chaque jour sans accepter de paiement.

    Marie de Bondy 19 janvier 1912, Tamanrasset

    J'ai ici au moins quatre "amis", sur qui je puis compter entirement. Comment se sont-ils attachs moi ? Comme nous nous lions entre nous. Je ne leur ai fait aucun cadeau, mais ilsont compris qu'ils avaient en moi un ami, que je leur tais d- vou, qu'ils pourraient avoir confiance en moi et ils m'ont rendu la pareille de ce que j'tais pour eux... Je puis leur demander n'importe quel conseil,renseignement, service, je suis sr qu'ils me le rendront de leur mieux.

    Lettre Garnier, 23 fvrier 1913, Tamanrasset

    Personne ne vient moi si mon Pre ne le tire ... [...] Si Vous aviez appel d'abord les riches, lespauvres n'auraient pas os approcher de Vous, ils se seraient crus obligs de rester l'cart causede leur pauvret [...] Ne mprisons pas les pauvres, les petits ; non seulement ce sont nos frres enDieu, mais ce sont ceux qui imitent le plus parfaitement Jsus dans Sa vie extrieure : ils nousreprsentent parfaitement Jsus, l'Ouvrier de Nazareth... [...] Ils furent la compagnie habituelle deJsus, de Sa naissance Sa mort ; eux appartenaient et Marie et Joseph et les aptres et ces bnisbergers... Bien loin de les mpriser, honorons-les. [...] Au lieu de les ddaigner, admirons-les, envions-les... Et que notre admiration et notre envie soient fructueuses et qu'elles nous portent les imiter...

    (Mditation Nazareth sur Le 2,8-20, La bont de Dieu, p. 214)

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  • Le mystre de la Famille de Nazareth

    Pour comprendre aujourd'hui la famille, entrons nous aussi - comme Charles de Foucauld - dans lemystre de la Famille de Nazareth, dans sa vie cache, ordinaire et commune, comme celle du plusgrand nombre de nos familles, avec leurs peines et leurs joies simples ; vie tisse de patience sereinedans les contrarits, de respect pour la condition de chacun, de cette humilit qui libre et fleuritdans le service ; vie de fraternit qui surgit du fait de se sentir partie d'un unique corps.

    ... et il descendit avec eux, et il vint Nazareth (Le 2,50)Il vint Nazareth, le lieu de la vie cache, de la vie ordinaire, de la vie de famille, de prire, de travail,

    d'obscurit, de vertus silencieuses pratiques sans autre tmoin que Dieu, ses proches, ses voisins, de cettevie sainte, humble, bienfaisante, obscure, qu'est celle de la plupart des humains, et dont il donna l'exemplependant trente ans

    20 juin 1916, Voyageur dans la nuit p.208

    Jsus t'a tabli pour toujours dans la vie de Nazareth : les vies de missions et de solitude ne sont, pourtoi comme pour lui, que des exceptions : pratique-les chaque fois que sa volont l'indique clairement : dsque cela n'est plus indiqu, rentre dans la vie de Nazareth. - Souhaite l'tablissement des Petits-Frres etdes Petites-Surs du Sacr-Cur de Jsus. Suis-en le rglement comme on suit un directoire sans t'enfaire un devoir strict, et seulement en ce qui n'est pas contraire la vie de Nazareth; prends, soit tantseul, soit tant avec quelques Frres jusqu' ce qu'il y ait rellement possibilit de mener parfaitement lavie de Petit-Frre et Petite-Sur dans un Nazareth qui ait la clture, pour objectif la vie de Nazareth, entout et pour tout, dans sa simplicit et sa largeur, en ne te servant du rglement que comme d'un Directoiret'aidant pour certaines choses entrer dans la vie de Nazareth (par exemple jusqu' ce que les Petits-Frres et les Petites-Surs soient dment tablis, pas de costume comme Jsus Nazareth - ; pas declture - comme Jsus Nazareth - ; pas d'habitation loin de tout lieu habit, mais prs d'un village, -comme Jsus Nazareth - ; pas moins de 8 heures de travail par jour (manuel ou autre, autant quepossible manuel) - comme Jsus Nazareth - ; ni grande terre, ni grande habitation, ni grandes dpenses,ni mme larges aumnes, mais extrme pauvret en tout - comme Jsus Nazareth... - En un mot en tout :Jsus Nazareth. Sers-toi du rglement des Petits-Frres pour t'aider mener cette vie, comme d'un livrepieux ; carte-t-en rsolument pour tout ce qui ne sert pas l'imitation parfaite de cette vie. Ne cherche pas organiser, prparer l'tablissement des Petits-Frres du Sacr-Cur de Jsus : seul, vis comme si tudevais toujours rester seul. Si vous tes deux, trois, quelques-uns, vis comme si vous ne deviez jamais treplus nombreux. Prie comme Jsus, autant que Jsus, faisant comme lui toujours place trs grande laprire... Comme lui aussi, fais grande place au travail manuel, lequel n'est pas un temps t la prire,mais donn la prire ; le temps de ton travail manuel est un temps de prire. Dis fidlement chaque jourle Brviaire et le Rosaire. Aime Jsus de tout ton cur, et ton prochain comme toi-mme pour l'amour delui... Ta vie de Nazareth peut se mener partout : mne-la au lieu le plus utile pour le prochain.

    Carnets de Tamanrasset, 22 juillet 1905

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  • Portrait de la famille

    La famille est le lieu d'une saintet vanglique, ralisedans les conditions les plus ordinaires. Il s'y respire lammoire des gnrations et s'y enfoncent des racines quipermettent d'aller loin. C'est le lieu du discernement, o ons'duque reconnatre le dessein de Dieu sur sa propre vie et l'embrasser avec confiance. C'est un lieu de gratuit, deprsence discrte, fraternelle et solidaire, qui apprend sortirde soi-mme pour accueillir l'autre, pour pardonner et sesentir pardonnes.

    Mon Dieu, vous m'avez ramen dans cette famille, objet de l'attachement passionn de monenfance... Vous leur avez inspir de me recevoir comme l'enfant prodigue qui on ne fait mme pas sentirqu'il a abandonn le toit paternel. Vous leur avez donn pour moi la mme bont que j'aurais pu attendresi je n'avais jamais failli... Je me serrai de plus en plus contre cette famille bien aime... J'y vivais dans untel air de vertu que ma vie revenait vue d'il : c'tait le printemps rendant la vie la terre aprs l'hiver

    8 novembre 1897, Retraite Nazareth

    Fais-tu des Pques une fte pour tes enfants ? Je le souhaite, c'est bon de garnir leur mmoire desouvenirs qui chauffent leur cur... - Nous sentons par nous-mmes la douceur de ces souvenirs... et puisc'est bon pour les enfants d'ajouter aux ftes religieuses une joie de famille, la famille touche de si prsau bon Dieu !... - Pour nous les ftes sont une grande chose, comme il est juste ; elles aident tant entrerdans la vie de N.S. et de la Ste-Vierge et sont un hommage si juste de notre part !

    Lettre sa sur Mi mi, 3 mai 1892, Trappe d'Akbs

    Quand la vie est profondment tablie sur Dieu, elle est aussi fonde sur le bonheur, car c'est Lui quiest le Souverain Bien, et quand tous les membres de la famille sont unis dans une vraie foi, il existetoujours des moments de paix et de consolation profondes... [] Vous avez pu vous runir et passerensemble ces jours o il fait si bon retrouver ceux que le bon Dieu nous a si troitement unis ; c'est unevraie joie de vous sentir si prs l'un de l'autre, si unis ; c'est une telle force et une telle douceur ; c'est sibon et pour vous et pour vos enfants ; on conserve les souvenirs du pass, celui des tres chris qui nesont plus ; on s'entraide pour le prsent ; on prend des forces en commun pour l'avenir

    Lettre a Raymond de Blic, 17 janvier 1894, Trappe d'Akbs

    Combien je serai avec toi en ces jours de fte qui deviennent de plus en plus des ftes mesure que tafamille augmente, [...] C'est une douce chose que la famille, elle met du bonheur dans toutes les bonneschoses

    Lettre sa sur Mimi, 29 juillet 1894, Trappe d'Akbs

    Puisse ta famille tre aussi une sainte famille, ma bonne Mimi, je le dsire de tout mon cur, et je ledemande de mon mieux au bon Dieu... [...]Tu es bien heureuse, d'avoir un mari pieux comme Raymond,d'avoir tes enfants chez les Jsuites lve-les pieusement... Si tu les lves pour le bon Dieu ils serontpour Lui, si tu les lves pour le monde, il y aura bien craindre hlas qu'ils soient mondains

    Lettre sa sur Mimi, 6 janvier 1898, Nazareth

    J'espre que tu fais tes enfants unecrche et un arbre... Ce sont de doux souvenirs qui font du bientoute la vie... Tout ce qui fait aimer Jsus, tout ce qui fait aimer le foyer paternel est si salutaire !... Cesjoies de l'enfance o s'unit la religion dans ce qu'elle a de plus doux la vie de famille dans ce qu'elle a deplus attendrissant font un bien qui dure jusqu' la vieillesse

    Lettre sa sur Mimi, 17 dcembre 1898, Jrusalem

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  • Vous vous prparez tous aux vacances et vous vous en rjouissez. Que JSUS vous les donne douces,saintes, parfaites, selon Son CUR, non seulement bonnes pour le prsent, mais bonnes pour l'avenir,enracinant dans le cur des enfants cet amour de la famille, de la vie de famille, du toit paternel, duclocher, qui est une telle sauvegarde pour l'avenir, qui rend jamais insparables la vision du bien et celledu bonheur, qui fait qu'on ne peut pas aimer le mal parce qu'une vision pure et belle rayonne au fond denotre me... fais-toi aimer d'eux, ma chrie, fais-les s'aimer entre eux, fais-leur aimer les douces runionso vous tes tous les 8 ensemble, fais-leur aimer votre maison de Barbirey, et surtout fais-leur aimer votreglise solitaire, votre tabernacle, et son Hte divin

    Lettre sa sur Mimi, 13 juillet 1903, Bni-Abbs

    Que JSUS te protge et protge les tiens ! Qu'il fasse de votre nid de Barbirey un autre Nazareth, deta famille une imitatrice de la Ste-Famille, de vous tous des enfants de la T. Ste-Vierge et de St Joseph, devrais et fidles frres et surs de JSUS ! Que du tabernacle de votre glise, si proche de votre toit,JSUS tende sur vous tous Sa bndiction !

    Lettre sa sur Mimi, 7 janvier 1904, Bni-Abbs

    C'est durant ces mois de vacances que tu leur inculqueras avec Raymond l'esprit de famille, l'esprit dedevoir, l'esprit chrtien... Quand ils taient plus jeunes ils comprenaient moins, n'tant pas assezdvelopps ; ils apprciaient moins de si bons parents, un si doux foyer, n'ayant pas eu la peine d'en treprivs... Maintenant ils sont mieux en ge de comprendre, mieux prpars estimer : ...c'est le momentd'imprimer jamais dans leur cur et leur esprit l'amour, le culte, le got de tout ce qui est bon et bien

    Lettre sa sur Mimi, 25 juin 1904, environs d'Insalah

    Les sjours qu'on fait chez vous sont bien, bien doux ; [] La vie dans votre intrieur non seulement est d'une douceur extrme mais encore rend meilleur, par l'air affectueux et calme qui s'y respire. J'espre que je pourrai revenir bientt. Lettre son beau-frre,

    Raymond de Blic, 26 septembre 1887, Paris

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