01buisson intro

download 01buisson intro

of 32

  • date post

    21-Oct-2014
  • Category

    Education

  • view

    1.116
  • download

    0

Embed Size (px)

description

 

Transcript of 01buisson intro

F Buisson - Introduction

1

LIRE CRIRE COMPTER LA PDAGOGIE OUBLIE

Choix darticles du Dictionnaire de pdagogie et dinstruction primaire

de Ferdinand BUISSON

Textes choisis et comments

par Michel DELORD et Guy MOREL

2

Michel Delord est professeur de mathmatiques en collge. lu au conseil

dadministration de la Socit mathmatique de France en 2002 et 2005, et membre de sa commission enseignement, il fait aussi partie aux USA du conseil scientifique du Third Education Group. Sa ptition pour la reconstruction des programmes du primaire, lance en 2002, a recueilli ce jour 2 500 signatures, dont celle de trois titulaires franais de la mdaille Fields et de mathmaticiens trangers de renomme internationale.

Guy Morel est professeur de lettres en lyce. Il a publi avec Daniel Tual-

Loizeau LHorreur pdagogique (Ramsay, 1999), et Le Petit Vocabulaire de la droute scolaire (Ramsay, 2000).

Tous deux sont membres du Groupe de rflexion interdisciplinaire sur les

programmes (GRIP) cr en aot 2003, dont les travaux sont consultables sur le Net http://grip.ujf-grenoble.fr/ Nota Bene : On trouvera dans cet ouvrage un double appareil de notes. Les appels numrots renvoient aux notes de bas de page. Les appels alphabtiques la recension en fin de chapitre des sources et complments regroups sur le site internet de Michel Delord.

3

4

Sommaire

AVANT-PROPOS Une rvolution pdagogique : le Dictionnaire de pdagogie et dinstruction primaire de Ferdinand Buisson, par Michel DELORD et Guy MOREL PREMIRE PARTIE. LES CHEMINS DE LA RAISON : LA METHODE INTUITIVE

Intuition et mthode intuitive Analogie Activit Abstraction Leons de choses Condillac Mmoire

DEUXIME PARTIE. CRIRE-LIRE : LA MTHODE DES MATRES RPUBLICAINS

Abcdaire Lecture criture-lecture Lecture : la mthode Schler Phonomimie Orthographe Dicte Grammaire

TROISIME PARTIE. COMPTER-CALCULER : LA CONNAISSANCE INTIME DU NOMBRE

Numration Boulier Calcul intuitif Calcul Calcul mental (1e partie) Calcul mental (2e partie) Arithmtique Division Problmes

5

Avant-propos

Une rvolution pdagogique oublie : Le Dictionnaire de pdagogie et dinstruction primaire

de Ferdinand Buisson par Michel DELORD et Guy MOREL

Les Franais disposent prsent des meilleures coles du monde.

Friedrich Engels, Lettre du 28 octobre 1885 August Bebel.

358 auteurs, 2 600 articles rpartis en deux fois deux volumes, un trait de pdagogie thorique (Premire partie) et un cours complet dinstruction primaire (Deuxime partie), au total 4 590 pages : le Dictionnaire de pdagogie et dinstruction primaire de Ferdinand Buisson1 achev en fvrier 1887, aprs dix annes de travail, est une somme impressionnante. la mesure de lambition de son matre duvre : doubler la dconfessionnalisation de lcole lmentaire, objectif idologique central des lois Ferry, dune profonde rvolution pdagogique.

Nomm en fvrier 1879 Directeur de lenseignement primaire, Ferdinand Buisson entend en effet fonder le nouvel ordre scolaire, esquiss par le monarchiste Guizot2 et revu par le rpublicain Jules Ferry, sur une conception moderne de linstruction, respectueuse de lenfant, confiante dans les potentialits de sa jeune intelligence , visant armer sa raison pour lui permettre de faire face lexpansion de la socit industrielle.

Le Dictionnaire tmoigne de cette volont de rupture. Il condamne sans appel les mthodes scolastiques et les pratiques coercitives et striles de la vieille cole remises lhonneur au milieu du sicle par Monsieur Thiers , rapporteur de la loi Falloux et porte-parole dun parti ractionnaire que rvulsait lide dun peuple instruit au-dessus de sa condition. Il analyse de manire critique les apports des prcurseurs de la pdagogie moderne, Rabelais, Montaigne, Comenius, 1 Ferdinand Buisson (1841-1932). Directeur de lenseignement primaire de 1879 1896, prsident de la Ligue de lenseignement de 1902 1906, fondateur de la Ligue des droits de lhomme, Prix Nobel de la paix 1927. 2 Ministre libral de lInstruction publique de Louis-Philippe de 1832 1837, Franois Guizot, par la loi du 28 juin 1833, oblige chaque commune ouvrir une cole publique de garons et entretenir un matre. La loi instaure par ailleurs un enseignement primaire suprieur, dispens dans les communes de plus de 6000 habitants et cre, ct du brevet lmentaire, un brevet suprieur. Pour la formation des matres, il est prvu douvrir une cole normale primaire par dpartement.

6

Condillac, Rousseau ou Pestalozzi. Il invite, sans a priori politique, les meilleurs spcialistes de lpoque, en grammaire, mathmatique, histoire, gographie, littrature, sciences naturelles dgager les lments de leur savoir pour les transmettre aux lves de lcole publique. Il dresse linventaire des procds denseignement les plus efficaces et les plus formateurs expriments en Europe et aux Etats-Unis dont les object lessons qui deviendront les clbres leons de choses. Il indique la marche suivre pour faire accder lenfant labstraction et lui ouvrir les portes de la connaissance.3

Conu pour tre linstrument organique de la politique dinstruction publique voulue par les Rpublicains la fin du XIXe sicle, il est livr par fascicules, au rythme de sa rdaction, ceux qui sont chargs de la mettre en uvre, ces premiers instituteurs lacs que Pguy baptisera hussards de la Rpublique . Sadressant eux dans la prface de la Deuxime partie, Buisson leur donne, propos de lenseignement du calcul, le mode demploi de ce viatique :

Veulent-ilsentreprendre tout dune haleine la rvision dun ordre quelconque denseignement, de

larithmtique par exemple ? Ils se reporteront larticle Arithmtique ; cet article contient un

programme ou un plan du cours qui leur indiquera la succession mthodique des leons et le mot

auquel ils trouveront chacune delles : dabord Numration, puis Addition, Soustraction, etc., et ainsi

de suite jusquaux Logarithmes, aux Amortissements, et aux questions de Banque. [...]

Et plus loin, il condense en quelques lignes la philosophie ducative qui doit inspirer leur action : Le Dictionnaire leur donnera ordinairement plus quils nauront eux-mmes enseigner : mais

cest lesprit mme des rformes scolaires contemporaines de ne pas proportionner la culture du

matre aux ncessits troites de son enseignement journalier, mais ce quil doit savoir lui-mme

pour tre en tat de choisir, parmi les connaissances et parmi les mthodes, celles qui rpondent

aux besoins et aux facults de ses lves.4

Libert pdagogique permise par une culture tendue, attention porte llve, objectifs ambitieux et progressions gradues (des quatre oprations aux applications pratiques des suites gomtriques !), tels sont donc sont les lments constitutifs de la rvolution ducative impulse par le Directeur de lenseignement primaire de Jules Ferry.

Quelle traduise sur le plan scolaire un idal de transformation sociale qui excde les vues du ministre fait peu de doute. Les liens de Buisson et de son secrtaire, James Guillaume, avec la premire Internationale et le mouvement ouvrier franais, mme sils restent claircir, sont avrs5. Par ailleurs, si le Dictionnaire est un compromis et en tant que tel reflte invitablement la mentalit des cercles dirigeants du temps de la colonisation et du capitalisme entreprenant, lindpendance [de Buisson] vis--vis des attitudes colonialistes de Ferry-Tonkin 6 est un fait tabli. 3 Nous nous en tenons ici la premire dition du Dictionnaire. Lanalyse des variations entre celle-ci et le Nouveau dictionnaire publi en 1911, ainsi dailleurs que celle de lvolution des positions de Ferdinand Buisson aprs la guerre, nentre pas dans le cadre du prsent ouvrage. 4 Ide apparemment simple mais capitale et nouvelle lpoque. En effet, tant que lenseignement est rduit au rudiment, lenseignant na pas savoir plus que ce quil enseigne. De mme si, comme cest la tendance aujourdhui, lenseignement ne consiste plus qu inculquer des procdures. 5 Martine Brunet, La cration du premier tablissement dducation laque : LOrphelinat des Batignolles http://www.inrp.fr/she/fichiers_rtf_pdf/buisson_brunet.rtf 6 Vous avez dit pdagogie, n 17, novembre 1989, page 16.

7

En tout cas, la russite est incontestable. Dans une France alors majoritairement rurale et largement patoisante, et malgr les rsistances obstines lobligation scolaire7, la langue nationale finit de simposer, et lanalphabtisme, dj en rgression, devient marginal : en 1829, 50 % des conscrits ne savaient ni lire ni crire, en 1905, ce pourcentage tombe 5 %. Les lettres des Poilus de 14-18 tmoignent, pour ce qui est de la langue, de cette rvolution culturelle dont le second aspect tout aussi important est la vulgarisation du calcul et du raisonnement mathmatique.

Lire, crire, compter : la formule est reste dans la mmoire collective comme le symbole de luvre ducative de la Troisime Rpublique. Frappante certes, mais rductrice car ampute dun quatrime terme sans lequel les trois premiers sont vids de leur sens : penser.

Paradoxe : le bilan de lennemi acharn dun enseignement rudimentaire que fut Buisson est ramen par ce fameux triptyque la gnralisation des rudiments de linstruction. Du coup, lobjectif central du patron de Dictionnaire, la dmocratisation de lapprhension rationnelle des choses, passe la trappe. Et avec lui ses thses si novatrices sur le plan pdagogique, et si hardies dun point de vue social.

Cette simplification explique en partie loubli dans lequel est tomb lapport du