Filiatio · efficaces pour pouvoir récuser un juge mal inspiré, pour pouvoir contourner des...

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  • Filiatio

    11 FILIATIO - n1 - octobre 2011

    Edito P. 2Lu dans la presse P. 2-4Dossier P. 5-11Tmoignage P. 12-14

    Hors champ P. 15-17En lisant P. 18-19Tribunalits P. 20Humour-humeur P. 20

    Retrouvez-nous sur www.filiatio.beet sur les rseaux sociaux

    Hommes-femmes, drles de genresFiliatio revient sur les diffrences hommes-femmes

    P. 15

    Filiatio Ensemble, dfendons le lien intrafamilial.Mensuel n1 octobre 2011Ne parat pas en juillet et aotVers un cong de paternit europenQui sont ces pres qui veulent soccuper de leurs enfants ?

    P. 5

    Belgique-Belgi

    P.P.-P.B.

    1099BRUX

    BC31550

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  • 2 FILIATIO - n1 - octobre 2011 3FILIATIO - n1 - octobre 2011

    La garde partage,un modle standard ?

    IMPLICATION DES HOMMES

    La fondation franaise Terra Nova, dans son rapport sur les ingalits hommes-femmes, recommande de faire de la garde partage le modle standard en cas de sparation des parents. Quel rapport avec lgalit hommes-femmes ?

    Proposition numro 44 : faire de la garde partage le modle standard en cas de spa-ration des parents. La drogation ce modle devra tre justifie de manire objective.

    Si le rapport final du groupe de travail de la trs srieuse fondation Terra Nova aboutit cette recommandation, cest parce que ses auteurs considrent que la garde partage est un outil en faveur de lgalit des sexes. Il reste du travail accomplir, soulignent-ils, pour atteindre cette galit. Certaines revendications fministes devraient tre raffirmes: le dveloppement massif des modes de garde des enfants, lgalit de r-munration effective entre les hommes et les femmes, la revalorisation des retraites, la mixit des internats, la parit, figurent parmi les thmes mis en avant. Ce qui fait lorigi-nalit de ce rapport, cest quil propose des pistes dimplication des hommes dans lat-teinte des objectifs galitaires.

    La veille de la premire journe internationale de la Femme, un auteur amricain, M. S. Kimmel a crit un essai intitul Le fminisme pour les hommes . Il commenait par ces mots :

    Le fminisme permettra pour la premire fois aux hommes dtre libres.

    UN OUTIL FMINISTE

    Le principe : la paternit vcue mettra fin au patriarcat . En dautres termes, lorsque les hommes sapproprieront des fonction-nements qui, jusqu aujourdhui, appartien-nent aux strotypes fminins (lducation et le soin des enfants), le systme social de domination des femmes par les hommes seffondrera. Il serait vain dattendre que ce changement se fasse par lui-mme ; il faut, prconisent les auteurs, laccompagner par des mesures concrtes.

    Limplication des hommes passe non seule-ment par la lutte contre ces strotypes, par le partage des responsabilits domestiques, mais aussi par le rquilibrage entre vie pro-fessionnelle et vie familiale. Et ce rquili-brage doit se faire dans les deux sens, insiste le rapport : les mres vers la vie professionnelle, les pres vers la vie familiale. Cest ainsi que la recommandation numro 44 propose de faire de la garde partage le modle standard en cas de sparation des parents. Mais comment traduire standard en langage juridique ?

    Tribunal de la Famille et de la Jeunesse : oui mais

    Enfin ! La cration dun Tribunal de la Famille et de la Jeunesse a connu un coup dacclra-teur ces derniers temps. Propos par plusieurs parlementaires et inscris dans la Dclaration gouvernementale, ce projet avait t soumis en avril au Conseil dEtat par la commission de la Justice. Son verdict avait fait craindre le pire, tant donn le nombre lev de mo-difications et remarques formules. Mais les amendements se sont succd et le texte a finalement t adopt en commission de la Justice le 15 juillet, puis prsent en sance plnire la Chambre le 19 juillet.

    Au cur de ce projet, la simplification. Un seul dossier par famille trait par une seule juridiction, ce sera la rgle. Ce dossier re-groupera lensemble des procdures lies au droit familial et les accords lamiable

    seront privilgis, tout comme lcoute de lenfant. Prochaines tapes : ladoption par la Chambre et le Snat, avant une mise en place prvue pour 2013.

    B.D.

    DCRYPTAGE

    La simplification des procdures, mirage et pertinence !

    Le mieux-tre des familles spares ou di-vorces doit-il absolument passer par un tribunal unique des familles, symbole de transparence et de simplicit ? La com-plexit des procdures actuelles nest certes pas un modle de dmocratie. Cependant, ne soyons pas non plus nafs. La dmocratie ncessite un certain dosage de complexit pour garantir les droits de toutes les parties. La simplicit comme seul projet mne trs souvent la tyrannie. Dans le cadre du pro-

    cessus judiciaire, le fait de rassembler toutes les procdures autour dun seul juge peut conduire des effets pervers. Imaginons un parent oblig de se coltiner le mme juge pendant toute la dure du litige qui le lie son ex-compagne/compagnon, cest--dire bien souvent pendant plus de 15 ans. Ima-ginons que ce juge lait pris en grippe. Ima-ginons que ce parent ne dispose daucun moyen juridique pour contourner labus de pouvoir du juge. Aujourdhui, ce scnario ca-tastrophe peut encore tre vit. Demain, avec une simplification mal pense, cela ne sera presque plus possible.

    Filiatio dfend lide dune simplification des procdures mais demande de mettre en place des mcanismes de contrle bien plus efficaces pour pouvoir rcuser un juge mal inspir, pour pouvoir contourner des proc-dures sans publicit (huis-clos) et pour pou-voir attnuer la saisine (trop) permanente du juge de premire instance.

    K.M.

    LU DANS LA PRESSE

    RFRENCES

    Terra Nova : http://www.tnova.fr Think tank franais, politiquement plutt gauche, pro-europen, compos majoritairement de poli-tiques et de journalistes. Ses thmes de travail : af-faires sociales, conomie, emploi, rforme de lEtat, finances publiques, immigration, cologie et dve-loppement durable...

    Michael S. Kimmel, in : Lgalit de genre : pas seu-lement pour les femmes, Actes des confrences sur Les hommes et lgalit , 2005-2006, Institut pour lgalit des femmes et des hommes, Bruxelles.

    Michael S. Kimmel est un sociologue amricain, pro-fesseur lUniversit de lEtat de New Work. Il est spcialis dans les tudes de genre et en particulier dans lanalyse des nouveaux rles masculins et de la masculinit dans les socits contemporaines occi-dentales. Il dirige une association dhommes anti-sexistes aux Etats-Unis.

    Marie-Thrse Casman (coord.), Evaluation de linstau-ration de lhbergement galitaire dans le cadre dun divorce ou dune sparation, Recherche commandite par le Secrtariat dEtat la Politique des Familles, Uni-versit de Lige, Panel Dmographie Familiale, 2010.

    Voir la prsentation du livre Rsidence alterne : on arrte ou on continue ? en page 19.

    Pierre est dsabus. Ses trois grandes filles, il ne les voit presque plus, beaucoup moins que le temps prvu au moment de sa sparation.

    Vronique a d se battre pour maintenir ses deux garons dans le cap, aprs que son mari leut abandonne brutalement.Patrick se demande sil a encore droit lamour. Il lve seul ses enfants, et son amoureuse, elle-mme mre spare, ne dsire pas quils se regroupent.

    Trois histoires daujourdhui, trois tmoignages que vous dcouvrirez dans nos colonnes au fil des numros, trois bouleversements. Et puis il y a Vincent aussi, Maria, Georges Tant dautres exemples. Des milliers de pres, de mres, denfants, de grands-parents, de com-pagnons et de compagnes dcouvrent com-bien le lien intrafamilial peut se rvler fragile.

    Alors Filiatio a dcid de les aider. De les couter. De leur donner la parole. De les informer. Et de relayer leurs revendications auprs des politiques, des juges, des avocats et de tous les professionnels en charge de la famille, des rles parentaux, des processus dducation et de lgalit homme-femme.

    Dix fois par an, Filiatio approfondira les enjeux de lgalit parentale, ds le projet denfant. Il le fera de faon anti-sexiste, tolrante, hu-maniste et respectueuse, au-del des stro-types. Il le fera avec lambition dtre attendu par Pierre, Vronique, Patrick et tous les autres, et entendu par les dcideurs.

    Pour toucher le plus grand nombre, le journal Fi-liatio existe aussi en version digitale, accessible ds maintenant ladresse www.filiatio.be.Une page Facebook est dj active, ainsi quun compte Twitter. Enfin, une newsletter lec-tronique sera envoye rgulirement.

    Bienvenue donc dans notre univers : rempli de questionnements et de dbats, mais aussi (et surtout) doccasions de rendre nos vies plus douces et panouies.

    Bonne lecture,Benot Devuyst

    http://www.filiatio.be https://www.facebook.com/Filiatio

    http://twitter.com/Filiatio

    DITO

  • Une nouvelle approche des diffrences hommes-femmes ?

    DOSSIER

    4 FILIATIO - n1 - octobre 2011

    LHBERGEMENT GALITAIRE SINSTALLE PROGRESSIVEMENT

    En Belgique, la garde partage, ou alterne, galement appele hbergement galitaire, est tout dabord le reflet dune volution de la socit. Nouveaux pres, augmentation du nombre de divorces et de sparations, rle central de lenfant dans la famille: la garde partage sest installe progressivement dans le paysage familial, et la loi du 18 juillet 2006 prvoit que les juges la favorisent. La loi sin-titule prcisment Loi du 18 juillet 2006 tendant privilgier lhbergement galitaire de lenfant dont les parents sont spars et

    rglementant lexcution force en matire dhbergement denfant . Pour linstant, nous ne disposons pas de don-nes quantitatives sur lapplication de cette loi uniquement de donnes qualitatives. Selon ltude ralise en 2010 par luniversit de Lige visant valuer limpact de la loi, tendre privilgier ne suffit pas ; ni pour contenter les professionnel(le)s chargs de linterprtation de la loi, ni pour rpondre aux parents, qui savent quils dpendront de linterprtation dun juge.

    En effet, selon ltude, linstauration de cette lgislation est mal accepte du fait quelle in-

    siste sur laspect galitaire des rles parentaux. Il semblerait dans ce cas que lidal galitaire promu par la lgislation est en porte--faux avec le vcu des parents, la rpartition gali-taire des tches ntant alors que thorique . Ltude montre en effet que les familles o les tches sont les mieux partages entre les hommes et les femmes sont celles o les pa-rents font majoritairement le choix de la garde galitaire. De quoi renforcer la recommanda-tion de la fondation Terra Nova.

    B.D.

    DRLES DE

    Des femmes incapables de lire une carte routire, qui ma-trisent de naissance la technique des couches-culottes. Des hommes qui ignorent le mot rangement, qui ne savent pas communiquer. Des clichs, vraiment ? Filiatio revient sur les diffrences entre les sexes pour parler du genre , cette nouvelle faon denvisager les rles hommes-femmes et les pouvoirs dans la socit.Par Sabine Panet

    Sexe, assurance & discrimination

    Au coeur des proccupations visant garan-tir lquilibre entre les droits des hommes et des femmes, certaines dcisions peuvent sur-prendre.

    Ainsi, le rcent arrt de la Cour de justice europenne a fait leffet dune bombe dans le milieu des assurances auto. Ds le 21 d-cembre 2012, elles ne pourront plus pratiquer une tarification diffrencie selon quon soit conducteur ou conductrice. Les statistiques parlaient pour elles : 3 fois moins de risques dtre tues, 2 fois moins de risques dtre blesses... Il nen fallait pas plus pour que cer-taines femmes paient jusqu 45% moins cher leur assurance auto ! Une tendance encore

    plus nette chez les jeunes : pour son premier vhicule, un jeune homme devait payer une prime entre 50% et 100% suprieure celle paye par une jeune femme.

    Cest lassociation de dfense des consom-mateurs Test-Achats qui avait lanc le pav dans la mare en introduisant un recours en annulation contre une loi du 21 dcembre 2007, modifiant une prcdente loi datant de 2004. Cette loi transposait en droit belge une directive europenne instaurant le prin-cipe dgalit de traitement entre les femmes et les hommes dans la fourniture et laccs des biens et services. Jusque l, rien redire. Sauf que larticle.3 de la loi de 2007 permet une drogation en autorisant des diffrences proportionnelles en matire de primes et de prestations pour les assurs lorsque le sexe est un facteur dterminant dans lvaluation des risques, sur la base de donnes actuarielles et statistiques pertinentes et prcises.

    Drogation sans limite dans le temps, ce qui est contraire la ralisation de lobjectif dgalit de traitement entre les femmes et les hommes poursuivi par la directive en ques-tion, et incompatible avec les articles 21 et 23 de la charte des droits fondamentaux, comme le souligne larrt de la Cour.

    La Fdration europenne des compagnies dassurance a fulmin : une mauvaise nouvelle pour les clients des compagnies dassurance. En effet, on prvoit partir de fin 2012 une aug-mentation moyenne de 25% des contrats pour les femmes (jusqu 45% pour les 18-29 ans).

    B.D.

    DCRYPTAGE

    Pour ceux qui dfinissent le sexisme comme dlibrment discriminatoire vis--vis des femmes (comme le vieux Larousse que jai sous les yeux...), il serait impossible dtre sexiste vis--vis dun homme ! Pourtant, la Cour de justice europenne nous prouve le contraire. Les primes dassurances taient plus chres pour les hommes ; cela ne sera plus possible lavenir car discriminatoire. Nanmoins, notre inconscient collectif est tellement abreuv de cas contraires quil ne peut imaginer quil nen soit pas toujours ainsi. Cest pourquoi, de nombreux commen-tateurs, journalistes ou leaders dopinion, se sont rjouis trs - peut-tre trop - rapide-ment de cette nouvelle avance du combat contre le sexisme lgard des femmes. Car ici, pour ceux qui ne lont toujours pas com-pris, ce sont des hommes qui taient victimes de sexisme.

    K.M.

  • 6 FILIATIO - n1 - octobre 2011 7FILIATIO - n1 - octobre 2011

    LA DOMINATION MASCULINE

    Par cette expression, le sociologue Pierre Bourdieu entend un systme permanent, un habitus (un sys-tme de dispositions rgles dans la socit) qui a entran la domination des hommes sur les femmes dans la plupart des socit humaines. Pour Bourdieu, cest un processus qui a enferm la fois les femmes et les hommes dans une image impose.

    LA VALEUR DIFFRENTIELLE

    DES SEXES

    Lanthropologue Franoise Hritier pense que la diffrentiation, lexp-rience de la diffrence, est le prin-cipe fondamental des mouvements de notre perception et de notre rflexion. Elle pose que la diff-renciation entre les sexes est lar-chtype de toutes les diffrences, et que les deux ples, masculin et fminin, ne sont jamais gaux car le masculin est universellement considr comme le suprieur.

    RFRENCES

    John Gray, Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vnus, Michel Lafon, 1999.

    Allan & Barbara Pease, Pourquoi les hommes ncoutent jamais rien et les femmes ne savent pas lire les cartes routires, First (ditions), 2002 ou, par les mmes, non en-core traduit : Why Men want sex and Women need love ( pourquoi les hommes veulent du sexe et les femmes ont besoin damour ) peaseinternational.com.

    Margaret Mead, Moeurs et sexualit en Ocanie, 1928, Plon, 1955 (traduc-tion franaise).

    Pourtant, de nombreux enfants naissent inter-sexus, cest dire avec des organes gnitaux externes aty-piques . Et ces enfants, une fois adultes, peuvent reven-diquer une identit soit homme, soit femme, soit inter-sexe, et estiment que des assignations (en homme ou en femme ) quon leur a fait subir chirurgicalement la naissance ont t abusives. Eux ne se reconnaissent pas dans ce sexe biologique et dfendent une vision de la personne au-del de la distinction hommes-femmes. Un exemple concret : lOrganisation Internationale des Inter-sexus, reprsente par lASBL Genres Pluriels en Belgique, demande que la mention du sexe sur la carte didentit ou sur la carte SIS soit abolie. Avant den arri-ver l, mon pre aura srement eu le temps de stouf-fer avec sa carte routire. Il est en bonne route.

    Pour la mdecine, le sexe, homme ou femme, ce nest plus juste un appareil gnital. Entrent aussi en jeu des marqueurs chromosomiques ou hormonaux, la pr-sence de gonades (testicules et ovaires), des caractris-tiques physiques secondaires (poitrine, hanches... pilo-sit...). La matrialit de ces lments est difficilement contestable. Difficilement ? Oui, oui, on peut aussi contester a. On peut dire que les donnes sont biolo-giques, et que le travail dinterprtation de ces donnes est social. Mais on peut aussi avancer dans cet article, car il nous tarde de savoir ce qui sest pass pour que du sexe, on arrive au genre.

    Lisez plutt. Dans les annes 1930, une anthropolo-gue amricaine, Margaret Mead, observant de ma-nire participative les murs et la sexualit de po-pulations ocaniennes, a conclu de ses recherches que certains traits de caractre (comme la violence, la crativit, la douceur) pouvaient ne pas dcouler du sexe biologique, et taient construits de manire diffrente selon les socits. Mead a utilis le terme de rle social . Une gnration plus tard, en 1949, Simone de Beauvoir publie le Deuxime Sexe. On ne nat pas femme, on le devient : citation historique que, cinquante ans plus tard, toutes les adolescentes (au moins une) taguaient encore sur les murs de leur chambre aprs la naissance de leur conscience rvolutionnaire et de leurs premiers boutons. Ce nest quen 1970 quun psychanalyste amricain, Ro-bert Stoller, spare sexe (biologique) et genre (identification, exprience de soi) dans ses tudes sur la transsexualit. Ainsi le genre devient le sexe social . Cette premire acception se fait en mme temps que les luttes fministes des annes 1960 et 1970, et ce genre va nourrir la rflexion critique et politique selon laquelle le sexe est une division na-turelle de lhumanit, et le genre est une division sociale , contre laquelle il est possible dagir. Pro-blme : si le sexe correspond la nature et si le genre correspond la nature, alors la donne brute na-ture reste incontournable, primordiale. Le genre est dtermin par le sexe, et la division homme/femme,

    mle/femelle, est renforce. A ce stade, quelquun est visiblement en train de dchiqueter une carte routire coups dincisives.

    Cest ainsi que dans les annes 1990, les chercheurs ont dplac leur regard et le genre est apparu non plus comme un complment social du sexe, mais comme un rapport social en lui-mme. Cest cette comprhension qui domine aujourdhui : le genre comme une faon de voir les relations entre - et l(in)galit hommes-femmes avec des outils de distan-ciation, en prenant en compte lhistoire, la sociolo-gie, lducation, les murs, les coutumes, qui peu-vent tre lorigine dides reues. Derrire, lide que la diffrence des sexes est un rapport structu-rant : si on parle du masculin et du fminin, on parle de la socit dans son ensemble.

    LE MODLE DU CHASSEUR DE MAMMOUTHS

    Tenez, revenons Madame Cro-Magnon, qui jouis-sait dindniables attributs biologiques fminins. Se-lon la faon de penser les relations hommes-femmes qui prvaut une poque donne, un historien ou un anthropologue met en avant des lments tout fait diffrents pour trouver du sens lorganisation de nos anctres. Jusquau milieu du 20me sicle, on pensait que les hommes allaient effectivement chas-ser tandis que leurs dames vaquaient leurs domes-tiques occupations. Eh bien, non. Aujourdhui, des chercheurs, intresss par la femme prhistorique, montrent que Madame participait la chasse, quelle

    Lors des repas de famille, mon pre, qui a un solide sens de lhumour, prend un malin plaisir me citer tout bout de champ des extraits de traits grand public des diff-rences hommes-femmes, dans le style du fabuleux Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vnus, ou encore Pourquoi les hommes ncoutent jamais rien et les femmes ne savent pas lire les cartes routires. Ce nest pas parce jai compltement loup le test de reprsentation dans lespace propos par les dcrypteurs des diffrences de nature entre les hommes et les femmes que a me fait enrager. Cest autre chose. Morceaux choisis : Conduisez lentement et selon ses prfrences. Aprs tout, elle est assise lavant, juste ct de vous. Jai mon permis, moi, une bte femme, et dailleurs jaime rou-ler vite, avec la musique fond. En rentrant la maison, allez embrasser votre femme avant de faire quoi que ce soit dautre : car elle est l, cette brave fille, assise dans son petit fauteuil recouvert dun plaid en patchwork, les paules votes, occupe repriser les chaussettes de son gagne-pain dhomme. La Vnusienne, malgr dprouvantes tragdies do-mestiques (panne de four, aspirateur bloqu par des moutons de poussire, enfants turbulents...) se montre toute heureuse de retrouver son mari quand il rentre la maison.

    Peu importe que ces reprsentations des rles hommes-femmes sentent la naphtaline : a sarrache sur les ta-lages des libraires, parce que (1) cest drle. Jen ai encore la larme lil, moins que ce soit lodeur dantimites. Et parce que (2) a nous aide nous comprendre entre nous, hommes et femmes, car nous sommes foncire-ment diffrents.

    Cest l que a cloche.

    Reprenons la leon. Si les femmes ont un rle intrieur (non, non, pas infrieur), une vision priphrique et un cerveau multi-tches, cest cause des cavernes. Si les hommes ont un rle extrieur, une vision de loin et une profonde incapacit changer les couches dun bb en mme temps quils passent un coup de tlphone, cest encore cause des cavernes. Sacres cavernes. Un petit sursaut de mmoire archaque : il y a, allez, quelques centaines de milliers dannes, les femmes ces tres faibles se terraient au plus profond des grottes pour prparer manger, soccuper des petits dhomme, spouiller mutuellement et entretenir le foyer. Leurs compagnons, physiquement dominants (muscls et protecteurs) partaient la chasse, profi-tant dune srie dattributs physiques qui allaient, dans les milliers dannes suivre, permettre une majorit de peuples de justifier la supriorit des hommes et donc, la fameuse domination masculine de Pierre Bourdieu, ou valeur diffrentielle des sexes (Fran-oise Hritier). De l, lexplication scien-ti-fique du be-

    soin naturel de lhomme de finir sa journe au bistro, histoire de dbriefer sur ses prises avec ses collgues chasseurs la bire ne moussant que pour la dco. De l, le besoin naturel de la femme de finir sa journe la maison en chantonnant, dlever les enfants que son mari lui a faits (ceux quelle a pondus) et surtout de grer la majeure partie des tches mnagres : les temps sont durs.

    a vous fait sourire ? Vous pensez que cest exag-r, mais quil y a, dans tout a, une part de vrit ? Dailleurs, vous-mme... Vous tes une femme, et vous aimez le rose. Vous tes un homme, et vous ai-mez le buf cru. Et vous avez raison. Le rose, cest joli et le buf, cest bon. Cest joli et cest bon, mais ce nest pas si simple (on y reviendra, au rose).

    Dj, cest un sujet important parce que ces relations, et lide que la socit sen fait, faonnent toute notre vie. Cest un sujet important parce que les hommes et les femmes sont tous les jours confronts des prju-gs qui les font se sentir incertains dans leur genre . Il y a des prjugs particulirement nervants : mon compagnon, par exemple, est gracieux. Quand il se dplace, il glisse avec souplesse sur le sol, comme un chat. Ainsi, lorsquil sest retrouv clibataire (avant de me rencontrer, bien sr), des amis ptris de bonnes in-tentions lui ont prsent... des garons homosexuels. Comme si on ne pouvait pas tre un homme ht-rosexuel et gracieux. Dailleurs, je connais des homo-sexuels poilus et patauds. Rgulirement, lorsque mon compagnon (qui, malgr sa dlicatesse, a fait un enfant avec une femme) se rend des consultations en p-diatrie avec notre petite fille, il sentend dire et vous indiquerez bien la posologie votre femme, et pour la prochaine fois, vous lui direz que... Comme si on ne pouvait pas tre un homme et prendre soin correcte-ment de son bb.

    Ces prjugs ont aussi des consquences graves. Dans le monde du travail, dans les tudes, dans lducation des enfants, dans les politiques familiales, dans la tra-duction quotidienne des rflexions sur la maternit et sur la paternit. Cest pour a qu Filiatio, nous avons voulu consacrer ce premier dossier aux drles de genres dans lesquels nous sommes souvent enferms.

    SEXE GALE GENRE?

    Il y a le sexe biologique : homme, femme. Mle, fe-melle. Pour la plupart dentre nous, indiscutable. Enfin, cest ce quon croit.

    comme si on ne pouvait pas

    htrosexuel et gracieuxtre un homme

  • 8 FILIATIO - n1 - octobre 2011 9FILIATIO - n1 - octobre 2011

    montr que seulement 10% des connexions entre les neurones (les synapses) taient prsentes la naissance : les autres 90% se construiraient ensuite. Vidal interprte ainsi les rsultats de ses recherches: On trouve certes des diffrences entre les cerveaux des hommes et des femmes dans les rgions qui contrlent la reproduction sexue. Mais concernant les fonctions cognitives , la diversit crbrale est la rgle. En fait, la variabilit du cerveau entre les indi-vidus dun mme sexe est tellement grande, quelle lemporte sur la variabilit entre les sexes. Donc, rien dtonnant de voir des diffrences entre les cerveaux dhommes et de femmes qui ne partagent pas forc-ment le mme vcu. A la naissance, le petit humain ne connat pas son sexe, il va devoir lapprendre. Cest linfluence du milieu familial, social, scolaire qui fait que lenfant va adopter des comportements corres-pondant aux strotypes masculins ou fminins.

    En parallle, des spcialistes des primates, parmi lesquels Sarah Hrdy, ont mis en vidence le fait que le pre (humain), lorsquil est en contact intime et prolong avec son bb, connait lui aussi un boule-

    versement hormonal presque comparable celui de la mre : des mcanismes se mettent en branle, qui lui permettent de dvelopper une empathie et donc, une capacit accrue au soin et lducation de len-fant. Cela signifie que non seulement les femmes ne seraient pas rductibles la maternit, mais aussi que les hommes seraient biologiquement capables de soccuper des enfants.

    Ainsi, on peut dire que je suis ne femme, mais que cest un caractre biologique comme une autre. Par ailleurs, je suis brune, jai les yeux clairs et je suis agile des doigts de pied. tre agile des doigts de pieds ne devrait pas mempcher pas de savoir lire une carte routire. Autrement dit : si je suis nigaude avec une carte routire, cest parce que je le suis devenue (Si-mone forever !).

    LA VIE EN ROSE

    En confrence de rdaction, alors que je prsentais avec enthousiasme le sujet de notre dossier et que

    est probablement lorigine de lagriculture, que sa part de cueillette contribuait de manire dcisive la nourriture du groupe. Bref, on peut relativiser le modle du chasseur de mammouth viril. Non seu-lement on trouve les femmes, cest--dire quon leur reconnat une histoire, mais on va plus loin : des chercheurs remettent en question le biologique de nombreuses diffrences auparavant considres comme indiscutables.

    Lanthropologue franaise Franoise Hritier explique : Pour diverses raisons, relevant du symbolique et non de contraintes biologiques, lalimentation des femmes a toujours t sujette des interdits. Notamment dans les priodes o elles auraient eu besoin davoir un surplus de protines, car enceintes ou allaitantes je pense lInde, des socits africaines ou am-

    rindiennes. Elles puisent donc normment dans leur organisme sans que cela soit compens par une nour-riture convenable ; les produits bons , la viande, le gras, etc, tant rservs prioritairement aux hommes. Ce nest pas tant loign que cela de nos manires hexagonales : dans les annes 40, dans ma famille paysanne auvergnate, les femmes ne sasseyaient pas table, mais elles servaient les hommes et mangeaient ce qui restait. Cette pression de slection qui dure vraisemblablement depuis lapparition de Nandertal, il y a 750 000 ans, a entran des transformations phy-siques . tonnant, nest-ce pas ? Quelque part, a me console sur le fait quil y a 750 000 ans, mon souple amoureux aurait pu se coltiner autant de cellulite quune femme. Pan, dans les dents.

    Et mes cartes routires, demande mon pre en mas-tiquant. Eh bien pour les cartes routires, ce serait comme pour les chasseurs de mammouths et le bou-din auvergnat. Beaucoup de progrs ont t raliss dans la comprhension des mcanismes du cerveau humain. La neurobiologiste Catherine Vidal, direc-trice de recherche lInstitut Pasteur Paris, a d-

    Filiatio : Est-ce que le genre (compris comme une re-lation de pouvoir entre les sexes) influence nos com-portements en matire de soin et dducation des enfants ?

    Nadine Plateau : Cela dpend de ce quon donne comme sens au mot genre. On peut reprendre ici votre dfinition de rapport entre les sexes carac-tris par des relations de pouvoir. Ce rapport-l est une construction sociale. Il y a une mme logique de re-production de la hirarchie des sexes qui traverse tous les champs de notre socit: le milieu familial, le march du travail, la culture, le monde politique et galement le milieu de lducation. Que ce soit au sein de la famille, dans les crches ou lcole, la socialisation seffectue en grande partie (et le plus souvent linsu des personnes concernes) confor-mment aux reprsentations traditionnelles concer-nant les sexes. Concrtement, ce qui pose problme,

    Rencontre avec Nadine Plateau, prsidente de la Commission Enseignement

    du Conseil des Femmes Francophones de Belgique.

    ce ne sont pas les diffrences, mais les ingalits, entre autres celles qui sont produites par le traite-ment diffrenci en fonction du sexe parce que ce traitement a des consquences sur les trajectoires des enfants. Quand on est parent(e), ducatrice, ducateur ou enseignant(e), on a des ides, des ju-gements, des attentes diffrentes pour les filles et les garons cause de reprsentations strotypes compltement intriorises. A condition den tre conscient(e), on pourra lutter contre ce processus de diffrenciation et dvelopper toutes les potenti-alits des enfants. Par exemple en encourageant les petites filles explorer lespace et les petits garons exprimer leurs sentiments. Sinon on enfonce le clou ! Et on renforce les rles traditionnels qui non seulement mutilent les enfants mais conduisent des ingalits entre eux. La question du genre doit donc absolument tre prise en compte dans le soin et lducation des enfants.

    F : Est-ce que le genre influence les politiques familiales ?

    N.P. : On est ici dans un autre registre : la politique, cest--dire les mesures prises par des gens lus partir de leur conception de ce quest ou devrait tre la famille. Ce sont des politiques genres : dune part, elles portent la marque de la socialisation des gens qui la font, dautres part elles ont des effets sur les familles par exemple en encourageant ou dcou-rageant la natalit.

    Au niveau fdral, il existe une politique de gender mainstreaming afin dintgrer de manire transver-sale la question de lgalit homme/femme. Cela si-gnifie quavant de prendre une mesure, on essaie den anticiper les effets sur lgalit homme/femme. Par exemple, dans le cas de laide mnagre aux personnes ges, on sest aperu que davantage dhommes que de femmes bnficiaient de ces services ( ge et han-dicap gaux), simplement parce que les hommes ne sa-vaient pas faire le mnage tout seuls ! Prenons la ques-tion du divorce : on a galis la situation hommes/femmes et on tend limiter les pensions alimentaires comme si les deux sexes taient symtriques. Mais, les femmes nont pas les mmes carrires ni les mmes ressources que les hommes et cela est d en partie au fait quelles ont donn la priorit leur compagnon et/ou leurs enfants. Les organisations fministes critiquent les politiques qui ne tiennent pas compte du fait que les hommes et les femmes ne sont pas

    galit relle sur le march du travail et quils et elles ne partagent pas galement les tches mnagres et familiales. Le gender mainstreaming pourrait corri-ger ces ingalits.

    F : Est-ce que les hommes, les pres, peuvent tre aussi victimes de discriminations de genre ?

    N.P. : Oui, on pense lattitude de certains juges qui donnent plus souvent la garde des enfants aux mamans, ce qui relve dune conception traditionnelle de la pa-ternit et de la maternit. Mais il faut savoir que ds que des lgislations se mettent en place pour combattre les ingalits qui touchent majoritairement les femmes, il y a des hommes qui portent plainte. A lInstitut pour lEgalit des Femmes et des Hommes, pour les 7 pre-miers mois de 2011, 6 plaintes pour sexisme ont t dposes par les hommes pour 24 dposes par des femmes, donc un sixime du total des plaintes.

    ON NE TRAITE PAS UNE FILLE COMME UN GARON

    Voir ici le dossier de la commission qui traite du traitement diffrenci

    des enfants dans le systme ducatif belge :

    http://www.cffb.be/images/stories/dossier%20egalite.pdf

    RFRENCES

    Claudine Cohen, La femme des ori-gines, Images de la femme dans la prhistoire occidentale, Paris, Belin-Herscher, 2003.

    Franoise Hritier, Masculin Fmi-nin, La pense de la diffrence. Paris, O. Jacob, 1996.

    Pierre Bourdieu, La domination masculine, le Seuil, 1998.

    INTERVIEW

    On peut relativiser le modle

    RFRENCES

    Catherine Vidal, Hommes, femmes, avons-nous le mme cerveau ?, Le Pommier, 2007.

    Sarah Blaffer Hrdy, Les Instincts Maternels, Payot, 2002.

    LE GENDER MAINSTREAMING

    Le gender mainstreaming, de langlais mainstream (courant majoritaire) - est, selon le Groupe de spcialistes pour une approche intgre de lgalit (EG-S-MS) du Conseil de lEurope : la (r)organi-sation, lamlioration, lvolution et lvaluation des processus de prise de dcision, aux fins dincorporer la perspective de lgalit entre les femmes et les hommes dans tous les domaines et tous les niveaux, par les acteurs gnralement im-pliqus dans la mise en place des politiques.

  • 10 FILIATIO - n1 - octobre 2011 11FILIATIO - n1 - octobre 2011

    je louvoyais en justifiant une taquinerie sur le rose et le buf cru, jai entendu parler dune tude qui avait montr que les diffrences de gots de couleur entre hommes et femmes taient... biologiquement expli-cables et avaient peut-tre une origine gntique.

    A luniversit de Newcastle, au Royaume-Uni, deux biologistes, Anya Hurlbert et Yazhu Ling, ont recrut 208 hommes et femmes entre 20 et 26 ans et les ont soumis une batterie de tests pour dterminer leurs prfrences visuelles. Parmi ces 208 personnes, un chantillon de 37 personnes chinoises devaient per-mettre de mettre en avant de possibles diffrences culturelles. Rsultat des tests : la couleur universel-lement prfre par les deux sexes tait le bleu, mais les femmes marquaient une prfrence trs distincte pour les bleus tendance rougetre ou rose. Idem chez les Chinois-es. Conclusion propose : il semble que les diffrences de gots hommes-femmes en ma-tire de couleurs sont dorigine biologique. Explication donne par Madame Hurlbert (directrice de linstitut de Neurosciences de luniversit de Newcastle, quand mme) : la division des tches entre les sexes, qui date du temps de, pfff, au moins Nandertal (nous y revoil!). Dans la fort, les femmes-cueilleuses sexer-

    aient distinguer les fruits rouges cachs entre les branches touffues des arbres prhistoriques. Du coup, aujourdhui, nous serions plus sensibles aux tonalits rouge-rose, et le marketing slectif en joue.

    Mais alors, me demande-je, si lexplication biologique propose par ces deux chercheuses est trouver du ct de la division du travail entre les sexes, mais alors : est-ce que cest parce que les femmes prfraient le rose (1) quelles se sont mises cueillir les fruits pour la subsistance du groupe (2), et que, en consquence, les hommes sont partis chasser les mammouths dune manire virile (3) ? Vous navez qu me voir dans un grand magasin, moi qui suis myope comme une taupe, je vous dgote une petite paire de chaussettes roses taille 22 en quelques secondes dun regard circulaire. Ou est-ce que, parce que les hommes avaient dcid de chasser les mammouths dune manire virile (1), les femmes ont pris lhabitude de la cueillette (2) et ont dvelopp une capacit accrue dceler le rose en fort et au supermarch (3) ? Cest idiot ?

    Cest le cur du dbat. Quand on regarde la relation entre les hommes et les femmes, entre le masculin et le fminin, on peut adopter deux postures.

    Premire posture : okay, il y a peut-tre des diff-rences. Il y a, par exemple dans ltude de la biologie des comportements, assez de matire qui montre que les hommes et les femmes auraient des gnes et des hormones diffrents vis--vis de lattitude face

    la reproduction , ou concernant lallaitement (mal-gr toute sa bonne volont, javoue que mon amou-reux na pas su allaiter notre fille). Mais le plus impor-tant, cest que ces diffrences puissent tre remises en cause et disparatre lorsquelles sont injustes en-vers un sexe ou lautre.

    Seconde posture : certes, il y a des ingalits, mais ce ne sont pas les diffrences des sexes qui en sont lorigine. Cest linverse : cest lingalit dans la rpar-tition des tches qui a caus les diffrences, mme physiques (se reporter au boudin auvergnat). Mais do a surgi cette ingalit dans la rpartition des tches ? Dans la jalousie des hommes dont le ventre ne sait pas fabriquer les enfants ? Dans une diffrence, donc... Encore plus loin, certains concluent que le discours bi-naire homme/femme, mme dans une dmarche de genre , de recherche dquit et dgalit, renforce la division des sexes et la diffrenciation . Et quil faut parler des individus, au-del des (d)rles de genre.

    Papa, continue dglutir avec prcaution, car je nai pas tout fait termin. Presque. La question du genre est importante, et ce dbat est fondamental, non

    seulement parce que nous y sommes confronts tous les jours, mais aussi parce que, dans le futur, nous de-vrons rpondre des questions essentielles : mater-nit (tre une mre, cest quoi ?), paternit (tre un pre, cest quoi ?), procration (qui fait les enfants ?).

    Si la maternit est LA diffrence essentielle entre hommes et femmes, lorigine de la valeur diffren-tielle des sexes, si la maternit continue renforcer les ingalits au sein des familles et dans la socit, alors peut-on envisager, comme solution, la concep-tion des enfants ailleurs quau cur de lutrus ma-ternel ? Rappelez-vous, en 1932, dans le Meilleur des Mondes, Huxley imaginait dj la gestation en dehors du corps humain. Dici une cinquantaine dannes, se-lon certains biologistes, ce sera une ralit. Vertigi-neux. Est-ce que cela quilibrera la parent ? Est-ce que ce sera la fin de la guerre des sexes ? Ou bien est-ce que ce sera une plonge dans le contrle du corps, dans le totalitarisme ?

    En attendant, nous, hommes et femmes et inter-sexus, continuons chercher le bonheur. Visible-ment, lhomme gracieux qui glousse en changeant les couches de ma petite fille la trouv.

    POURQUOI CERTAINS PENSENT-ILS QUE LE GENRE EST DANGEREUX?

    Il y a des adversaires au genre . Il y a ceux, dun ct, qui pensent que le genre ne va pas assez loin et ne fait que reproduire la division des sexes. Et puis, loppos, il y a ceux qui pensent que les hommes et les femmes sont leur place dans les strotypes et que, sans ces rles sociaux distincts, les hommes et les femmes ne peuvent pas se raliser dans leur masculinit ou dans leur fminit . Par exemple, le pape Benoit XVI a critiqu les tudes de genre lors dun discours la curie romaine en dcembre 2008 : lglise parle de la nature de ltre humain comme homme et femme et demande que cet ordre de la cration soit respect , et il prcise : ce qui est souvent exprim et entendu par le terme gender, se r-sout en dfinitive dans lautomancipation de lhomme par rapport la cration et au Crateur. Lhomme veut se construire tout seul et dcider toujours et exclusivement tout seul de ce qui le concerne. Mais de cette manire, il vit contre la vrit, il vit contre lEsprit crateur. A ct de la position du Vatican, nombreux sont ceux qui pensent que les hommes viennent vraiment de Mars, et les femmes vraiment de Vnus : ils pensent que si la diffrence des sexes nest pas respecte , alors les hommes et les femmes seront mal laise dans leur identit car ils ne pourront pas se raliser en tant quhommes ou en tant que femmes. Par exemple, un des reproches frquemment fait aux fministes de la seconde vague, dans les annes 70, est quelles ont favoris une sorte de crise de la masculinit en remettant en question la hirarchie et lordre traditionnel des sexes. Quen pense mon amoureux ? Est-ce quil risque gros dans son identit quand il passe laspirateur ?

    DEMAIN, LE GENRE DANS NOS MANUELS SCOLAIRES ?

    En France, la polmique fait rage autour de lintroduction du genre dans les nouveaux manuels scolaires des premires (lquivalent de la 5me rnov en Belgique). La circulaire ministrielle lorigine de ce renouvellement stipule : si lidentit sexuelle et les rles sexuels dans la socit avec leurs strotypes appartiennent la sphre publique, lorientation sexuelle fait partie, elle, de la sphre prive. Traduction dans les manuels : une paire de phrases pour rflchir sur la diffrence entre lidentit complexe dune personne et le sexe biologique. Evident ? Visiblement, pas pour 80 dputs de la majorit UMP et des associations qui considrent que la thorie du genre porte atteinte la libert de conscience des pa-rents. Rponse du ministre de lducation, Luc Chatel : les programmes sont conformes ltat actuel des connaissances scientifiques en biologie.... Et en Belgique ? Interview par la RTBF dbut septembre, Conrad van de Werve, le directeur du Secrtariat gnral de lenseignement catholique en Communaut franaise et germanophone de Belgique (Segec), rpond : Il ny a pas rellement de dbat public pour linstant et la question na pas t tudie.

    POUR ALLER PLUS LOIN

    Laure Bereni, Sbastien Chauvin, Alexandre Jauneit, Anne Revillard, Introduction aux Gender studies, de Boeck, Bruxelles, 2008.

    1. Ined, n 461, Larrive dun enfant modifie-t-elle la

    rpartition des tches mnagres au sein du couple ?

    Populations et Socits, 2009.

    2. La cognition est le terme scientifique qui dsigne

    la pense. Les fonctions cognitives, ce sont les pro-

    cessus que le cerveau met en branle pour percevoir,

    traiter linformation, se dplacer, mmoriser, mais

    aussi pour ressentir des motions.

    3. Hurlbert AC, Ling Y. Biological components of

    sex differences in color preference. Current Biology

    2007, 17(16), R623-R625

    Ce dossier vous a intress-e ?Vous apprhendez maintenant lpreuve de la Saint Nicolas ? Vous craignez doffrir une robe de princesse votre fille (par peur du strotype), mais vous nirez pas jusqu en offrir une votre garon (par peur du ridi-cule) ? Les solutions dans notre dos-sier de novembre: Saint Nicolas : des livres dans vos petits souliers (mais pas nimporte lesquels) .

  • 12 FILIATIO - n1 - octobre 2011 13FILIATIO - n1 - octobre 2011

    Cest joli, Boitsfort. Cest la premire fois que je viens. Je dcouvre les entrelacs de ruelles, le chant des oiseaux sous les toits, la mousse qui carte vaillamment les pa-vs bossus, les tangs fleur de bitume. Cest joli mais il pleut, il pleut depuis un sicle. Cela nentame pas la bonne humeur de Vincent, qui vient me cher-cher larrt de bus et me conduit dans la maison o il vit avec ses deux filles. Une claircie dchire le ciel.

    Vincent rentre dun long voyage sur la route de la soie. Les carnets de notes sempilent sur sa table de travail et, sur des feuilles volantes, il consigne ses aventures dune criture haute et resserre. Il doit remettre un reportage dans les jours qui viennent, et a travaill cette nuit jusquau lever du jour. Il se frotte les yeux. Un chat file entre mes jambes pen-dant que nous nous installons au jardin, bravant les nuages sombres qui samoncellent nouveau.

    Il y a sept ans, Vincent et la mre de ses filles se sont spars. Avant, Vincent pensait que lamour pouvait durer toujours, ou quon pouvait se battre pour quil dure. Vincent et sa femme taient dans le schma de la famille classique. Un jour, elle ma dit combien la distance tait grande entre ce quelle avait projet de la vie, et la ralit. La ralit, ce nest pas la vie rve, le clich Disney . Disney il sourit en voyant que je prends note. Dans cette composition traditionnelle, lui-mme avait sa place. Il gagnait plus dargent que sa femme, qui travaillait mi-temps et qui tait donc, plus que lui, avec leurs enfants. Cest un rflexe traditionnel li la vision dune socit, vision la-quelle je ne souscris pas. Trs souvent, boulot gal, lhomme gagne plus que la femme. Cela pousse pri-vilgier la carrire de lhomme. Peut-tre quensuite, quand le couple a trouv son quilibre, cela peut de-venir un choix. Mais cette ingalit, au dpart, nest pas saine. Il aurait voulu, un temps, rester davantage la maison, et faire bouger cet quilibre, mais la s-paration est survenue.

    Les schmas classiques, a a aussi t la stratgie de la dfense. Quand on sest spar, la maman des filles a rapidement pris un avocat et ma conseill den prendre un. Secou par la sparation, jai cherch quelquun qui pouvait proposer de la fermet. Ctait de la tactique. Je me disais aussi que ce serait plus efficace si la personne qui me reprsentait tait une femme. Je ne regrette pas ce choix. Le plus difficile, pour Vincent, a t daccepter que la partie adverse soit dans un schma trs conservateur, aucune cra-

    tivit possible pour coller plus justement avec nos ralits nous, et non avec des schmas ancestraux. Et puis, ctait comme si javais, moi, payer la sparation. Comme si, du point de vue de la famille adverse, il fallait charger fort lautre pour le mettre lautre plat, comme sil y avait un honneur sauver

    Le conflit dont a souffert Vincent ntait pas li aux enfants, mais aux aspects financiers. Au moment de la sparation, on a considr et moi aussi que je continuerais mieux gagner ma vie quelle, et que nos arrangements pouvaient en tenir compte. Par exemple, fixer le domicile des enfants chez lun plu-tt que chez lautre... Vincent articule, avec sa voix pose, incisive. Ce quil y a, cest que moi, jai chang de vie depuis notre sparation. Donc le raisonnement de lpoque ne colle plus la ralit daujourdhui.

    Le grand bouleversement, la sparation. Tout ce quon pense, sur lamour, sur le couple, sur la vie : plus rien. Plus de schmas. Jai vcu le dcs de mon pre tant jeune. La sparation, cest une dou-leur au moins aussi grande , confie-t-il. Souvent, la sortie des tudes, on lance tout de front. La famille, la carrire. On cre sa propre unit. Avor-ter de ce type de projet, cest hyper douloureux, ce sont les fondements de base que lon touche.

    Aprs la sparation, vient le temps du rglement juridique. Une sparation, prcise Vincent, ce nest pas un rglement, a ne rgle rien, a napaise pas les conflits, a ne tait pas la souffrance : cest une mise distance, un recul. La difficult, cest dame-ner une autre vision. Je mentends encore dire, on nest pas dans Kramer contre Kramer ... souffle Vincent. Ses sourcils se froncent et un pli marque son front. Il ny a pas longtemps, je lui [son ex-conjointe], ndlr disais : tu te rends compte que ta maman sest adresse moi quelques mois aprs la sparation en me disant : et si tu avais les enfants moins souvent, a te laisserait plus de temps pour ta nouvelle vie ? a voulait dire : remettre en question la garde alterne. Cette suggestion mavait rvolt. Cette rflexion a particip au fait que je me batte et que je dise : a fait cinq ans que je suis pre, il ny a pas de raison pour que je le sois moins aujourdhui. Je continue ltre, cest important pour moi.

    Dans ces nouveaux schmas, Vincent se demande quoi ressembleront les familles de ses enfants. Bruxelles, cest quoi ? Prs de 60% des couples qui divorcent ? Mme si je suis entour de a, je nau-rais pas cru pouvoir dire, avant, quon naimait pas ncessairement la mme personne toute sa vie Il rit, regarde en lair, me regarde. Je me fais un peu plus cette ralit... Pourtant, il fait tout pour que ses filles croient encore en lamour, aprs lamour mort. Quand il a une amoureuse, il fait en sorte

    TMOIGNAGE

    Des schmas : les anciens dconstruire, les nouveaux questionner. Les rles parentaux, lavenir de lamour. Les hommes, les femmes. Les enfants. Dans tout a, trouver lquilibre, et surtout, ne pas avoir de regrets... Vincent, spar, papa de deux adolescentes, tmoigne.

    REGRETS

  • 14 FILIATIO - n1 - octobre 2011 15FILIATIO - n1 - octobre 2011

    Comment protger les jeunes parents ? Com-ment concilier au mieux vie professionnelle et vie prive, puisque larrive dun enfant dans une famille bouleverse la donne ? Pourquoi pas un allongement du cong maternit 20 semaines et une obligation de rmunration taux plein, suggrent des eurodputs la suite de la propo-sition de la Commission, en 2008, daugmenter la du-re minimale du cong maternit de 14 18 semaines proposition qui recommandait la rmunration taux plein. Beaucoup de parents belges ou franais qui ont d mettre leur bb de deux mois et demi/trois mois la crche (quand ils ont trouv une place...) envient les danoises ou les norvgiennes, dont le cong maternit est beaucoup plus long. Mais si la socit ne change pas, est-ce quallonger le cong maternit nest pas un risque dune plus grande discrimination des mres sur le march du travail ? Et combien cela coterait-il aux tats-membres ? Au Parlement europen, le dbat fait rage. Cots contre bnfices. Pourtant, comme le fait remarquer leurodpute nerlandaise Marije Cornelis-sen (Parti Vert Europen), les cots peuvent tre rsu-ms dans des chiffres concis, pas les bnfices.

    NOUVEAUX PRES, GALIT PARENTALE

    Une rflexion sur la maternit entrane de nouvelles questions concernant le pre, acteur toujours plus en-gag dans le soin et lducation des enfants. Au nom de lgalit des sexes et de la conciliation entre vie fa-miliale et professionnelle, un rapport coordonn lan dernier par leurodpute portugaise Edite Estrela (So-cialistes et dmocrates) a appel linstauration dune rgle en Europe pour un cong paternit de deux se-

    maines minimum. Pour linstant, il ny aucune harmonie entre pays de lUnion. Cest dans le cadre de ce dbat que, sous le patronage de Mme Cornelissen, 17 organisa-tions de pres de 12 tats-membres ont officiellement fond, le 28 juin dernier Bruxelles, la Plateforme Euro-penne des Pres (PEF) : Platform of European Fathers.

    Lide de dpart des fondateurs de la PEF : lgalit parentale, soit le partage entre parents (mre, pre, co-mre ou co-pre) des obligations et des droits vis--vis des enfants, est dans lintrt la fois des enfants, des parents et de la socit. Les enfants bnficieront de limplication de leurs deux parents dans leur du-cation. Lgalit de genre en sera renforce, et la so-cit profitera dune plus grande intgration des mres sur le march de lemploi ; si la responsabilit des enfants est mieux partage, on peut penser que les pres simpliqueront galement plus dans les tches

    quelles se rencontrent, que ses filles voient aussi le positif de lamour .

    Ces dernires annes, Vincent a connu les ralits dautres femmes confrontes leur vie spare. Derrire les dehors de bonne entente entre les parents spars, dans lintimit, a reste conflictuel. Cest peut-tre l que nos enfants auront un schma qui permettra que a se vive autrement?

    Pour ma premire fille, il est trs important de res-pecter le rythme des semaines. Quand elle est chez sa maman, si on se croise, elle reste la fille de sa ma-man. Elle est dans sa semaine maman , remarque Vincent, alors que sa plus jeune fille, gracieuse comme un lutin, lappelle. Je voulais reconstruire un projet de famille. Aujourdhui, ma famille, et notre famille, elle est l. Et cest concret pour mes filles, daprs ce que je crois percevoir.

    Et pour les parents ? Lorsquon a un enfant, on est amen devoir composer avec quelquun [lex-conjoint-e], ndlr avec qui on na plus dintrts com-muns, puisquon na plus aucun vcu ensemble. Cest une des difficults de laprs. Le seul trait dunion, ce sont les enfants.

    Nouvelle parentalit, et nouvelle paternit. Jai des amis qui, du fait de leur schma, se sont coups dune part de leur paternit. Le fait davoir moins les enfants, le fait quau moins une partie des enfants ne soient pas domicilis chez eux, le fait que la mai-son des enfants devienne davantage la maison de maman... Tout a cre videmment de la douleur et naide pas la personne blesse se reconstruire. Une sparation ncessite du temps. Il faut accepter de le prendre.

    Lui, Vincent, il voulait tre fier : ne pas avoir de re-grets. On spare la famille, on spare les biens, tout cela est trs charnel et amne beaucoup de conflits. Pour nous, a a t trs conflictuel et je ne voulais pas avoir de honte en posant a posteriori le regard sur mon attitude pendant cette sparation.

    Je lui demande ce quil pense de la garde alterne. Je ne voulais pas que mes filles se sentent plus trangres chez moi , rpond-il. En voyant la petite cabane jouets barbouille au fond du jardin, je sais trs bien ce quil veut dire. Ses filles, il ne sait pas si elles souffrent de vivre avec des racines partages, mais il ne les considre pas divises ainsi.

    Dans tout a, on parle beaucoup des hommes. Com-ment tre heureux, homme, pre, comment trouver lquilibre ? Se recaser ? Les pres spars, on ne les voit pas. Jen connais, mais peu sont encore comme moi, nont pas reconstruit autre chose que ce que jai

    reconstruit avec mes enfants. La plupart se sont re-mis dans des schmas de couple et de vie de famille recre. Vincent se fait plus prcis : Par contre, je connais plein de femmes qui sont encore dans le mme schma que moi. Pourquoi ? je demande, intrigue. Parce quelles doivent plus soccuper des enfants, quelles ont arrt de travailler, quelles sont trop loin de lemploi ? Non, je ne crois pas , rpond Vincent avec prcaution. Quelles aient cru, ou non, au schma Disney, aujourdhui elles ont got leur indpendance ; elles ont dj des enfants, ont dj vcu la maternit, elles se sentent bien comme a, se raliser en tant que femmes Dans une relation, oui, mais indpendantes.

    Et alors, les hommes ? Ils ont plus de mal ? Visible-ment, oui, fait Vincent en hochant la tte. tre homme maintenant, ce nest pas facile. Jai claire-ment vcu cette difficult. Lhomme doit pouvoir rpondre tous les clichs : salaire, tre fort, prsent aux enfants, la femme, se raliser . Il a limpres-sion quaujourdhui, on accepte moins la limite chez lhomme que chez la femme. Selon lui, les femmes sont organises, solidaires. Pour les hommes, il ne voit rien. Peut-tre quil y a tous ces mouvements de dveloppement personnel, mais... en y rflchissant bien, en allant plus loin (Vincent, rflchir, il fait a tout le temps, et aller plus loin aussi), le tout au dveloppement du bien-tre cre une socit indivi-dualiste , et cette vision le fait trembler.

    Je quitte Boitsfort en frissonnant mais cest parce quil fait froid. Dans le bus, je repense notre conver-sation. Au fond, Vincent, ce qui le remue, cest la question de lamour lamour et lquilibre. Entre les hommes, les femmes, dans la famille, dans la socit. Comment aimer, tre soi-mme, comment changer soi-mme avec lamour ?

    S.P.

    HORS CHAMP

    VERS UN CONG DEPATERNIT EUROPEN

    Le 28 juin dernier Bruxelles, une plateforme europenne des pres a vu le jour sous limpulsion de leurodpute nerlandaise Marije Cornelissen. Mission : promouvoir lgalit parentale via notamment linstauration dun cong de paternit de 2 semaines minimum, dans chaque pays de lUnion. Qui sont ces pres qui veulent soccuper de leurs enfants ?

    ET EN BELGIQUE ?

    Depuis le 1er juillet 2002, un cong de paternit de 10 jours est en vigueur pour les tra-vailleurs du secteur priv ainsi que pour les travailleurs contractuels du secteur public. Depuis le 1er avril 2009, ces dix jours peuvent tre pris dans les quatre mois dater du jour daccouchement. Ils peuvent tre tals, pris temps partiel ou temps plein. Les trois premiers jours sont rmunrs 100%, charge de lemployeur. Les sept jours suivants, le pre peroit une allocation de 82% du salaire brut, plafonne, verse par la mutuelle. Mais la rglementation ne sapplique pas tous les pres ; rarement informs de leurs droits et de leurs obligations, pour diverses raisons, ils ne prennent pas tous les jours de congs auxquels ils ont droit.

    GALIT PARENTALE

    L galit parentale est un concept gnral, plus programma-tique que prescriptif, qui sous-tend notamment la notion juridique dautorit parentale conjointe des parents sur leurs enfants. Dans la so-cit civile, l galit parentale a t dfendue en particulier par les mouvements de pres divorcs ou spars. Au-del des aspects juri-diques stricts auxquels ce concept renvoie, Filiatio soulve limpor-tance dune rflexion globale sur lgalit et la rpartition des tches entre les parents ds le projet den-fant et tout au long de leur relation, quil y ait sparation ou non.

    Les tmoignages...... sont au cur du projet Filiatio. Nous informons, nous relayons, tout en restant lcoute des histoires qui nourrissent notre rflexion et motivent notre engage-ment. Sans porter de jugement, nous les partageons. Si vous souhaitez tmoigner et nous raconter une tranche de vie heureuse ou douloureuse, contactez-nous ladresse suivante : [email protected]

  • 16 FILIATIO - n1 - octobre 2011 17FILIATIO - n1 - octobre 2011

    domestiques, que les mres resteront moins au foyer et quelles se rinsreront plus facilement au travail.

    Jetons un il au Manifeste fondateur de la plate-forme. Le cong paternit est un aspect important de lgalit parentale, car : (1) un nombre croissant de pres veulent une part plus gale dans le soin des enfants et devraient y tre autoriss ds le dbut de leur paternit ; (2) limplication des pres immdia-tement aprs la naissance renforce leur implication tout au long de lenfance ; (3) assurer le droit un cong paternit transmet le message que lgalit parentale est un choix lgitime pour les personnes et pour la socit . Ainsi, la PEF rclame un cong paternit rmunr temps plein, afin dtre incita-tif pour les pres, et obligatoire, afin que les pres ne dpendent plus du bon vouloir de leur employeur.

    Cest donc un manifeste pour lgalit parentale. l-mentaire ? Pas si simple. Dabord, qui sont ces pres ? Des reprsentants dorganisations de dfense du droit des papas ? Quand on regarde de plus prs la liste des signataires du Manifeste apparat SOS Papa Belgique , lunique organisation signataire pour notre pays. Ainsi quon peut le lire, la PEF dfend lgalit de genre travers la promotion de lgalit parentale. Or le genre comme vous pouvez le dcouvrir dans notre dossier du mois est une faon de concevoir les rapports entre les hommes et les femmes dans le cadre de relations de pouvoir. Alors pourquoi aucune organisation de mres ne sest-elle jointe linitiative ?

    Et puis il y a le nerf de la guerre. Financirement, ces deux semaines de cong paternit obligatoire sont-elles viables ? Combien cela va-t-il coter aux pays et aux employeurs ? A ceux qui craignent les cots, on peut aussi rpondre quun pre qui a eu deux se-maines de cong paternit est plus efficace son re-tour au travail quun pre qui na pris quune journe pour aller chercher sa femme et son bb lhpital, et qui enchane au bureau alors que chez lui, la nuit, personne ne dort... Que psent les arguments pro-ductivistes face larrive dun enfant ?

    Et enfin, deux semaines. Deux petites semaines. A peine le temps de dclarer lenfant la commune, la mutuelle, de choisir les faire-part et de les envoyer. Est-ce que ces deux semaines auront une influence sur le reste de lducation des enfants ? Est-ce que ces deux semaines inciteront les pres prendre des congs parentaux, qui pour linstant sont un sas vers linacti-vit des femmes europennes ? On verra dans les pro-chaines annes ; en attendant, on se prend esprer que cette initiative contribuera mettre en lumire la ncessit de la protection du lien intra-familial.

    S.P.

    INTERVIEW

    POUR ALLER PLUS LOIN

    Le blog de la PEF : http://europeanfathers.wordpress.com/2011/06/28/20/

    Les amendements dposs en juin 2010 par la Commission des droits de la femme et de lgali-t de genres, portant notamment sur le cong maternit de 20 semaines et le cong paternit : http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//NONSGML+AMD+A7-2010-0032+001-081+DOC+PDF+V0//FR

    Ltude quantitative Cong paternit en Belgique : lexprience des travailleurs, Institut pour lEgalit des Femmes et des Hommes, dcembre 2010.http://igvm-iefh.belgium.be/fr/publications/de_ervaringen_van_werknemers_met_vaderschapsverlof_in_belgi_.jsp

    LA VOIX DES PRES DOIT TRE ENTENDUE Marije Cornelissen, eurodpute nerlandaise, lue dun parti cologiste,

    revient sur la cration de la Plateforme des Pres. Une ncessit, selon elle.

    Filiatio : Comment vous est venue lide de la cra-tion de cette plateforme ?

    Marije Cornelissen : Lun de mes thmes de travail au Parlement Europen est une dure minimum euro-penne de cong de paternit. Par exemple, aux Pays-Bas, les pres ont uniquement deux jours de cong la naissance de leur enfant. Cela ne leur laisse pas le temps de simpliquer vraiment dans les soins leur en-fant. Il mest apparu vident que les pres manquaient de soutien au niveau europen. Plusieurs pays abritent des organisations qui dfendent les droits des pres, mais sans reprsentation lchelle europenne. Avec lassociation nerlandaise Father Knowledge Center, nous avons contact diffrentes organisations natio-nales. Le besoin dune organisation ombrelle euro-penne pour les pres sest clairement rvl.

    F. : Vous tes active au sein du Comit Droits des Femmes et galit de Genre au Parlement Europen. Avez-vous rencontr des obstacles politiques dans votre projet ?

    M.C. : La plupart des ractions la cration de la Plateforme des Pres furent trs positives. Dans quelques cas seulement, jai d expliquer que d-fendre les pres ntait en rien conflictuel avec les droits des mres. Il y va de lintrt des femmes que les pres puissent partager avec elles les responsabi-lits de lducation de leurs enfants.

    F. : Lgalit parentale, cest un sujet de genre et un sujet de socit. Or la plupart des organisations qui compo-sent la PEF se dclarent masculines ou paternelles . Pourquoi avoir fait le choix de crer une plateforme des pres, et non pas une plateforme des parents ?

    M. C. : Je dois mentionner que la Plateforme des Pres est une organisation indpendante. Jen ai soutenu la cration, mais la PEF est politiquement indpendante. La PEF reprsente les organisations nationales de pres, de soutien la paternit et dgalit parentale. Lgalit parentale est une priorit dans lagenda de la PEF, et en particulier la promotion de politiques in-cluant les pres. Le rle des pres est, malheureuse-ment, souvent laiss de ct par les politiques. Je crois quil est important que leur voix soit entendue.

    F. : Que rpondez-vous ceux qui pensent que les efforts des pres sont gostes, dans le sens o les enfants auraient surtout besoin de leur mre ?

    M. C. : Je ne suis pas du tout daccord avec cet argument. Les parents sont tous les deux responsables du soin apporter leur enfant. Il est dans lintrt de lenfant quun parent responsable et aimant soccupe de lui.

    Que ce soit une famille traditionnelle, un pre, une mre, deux mres ou deux pres na pas dimportance.

    F. : Aujourdhui, on a limpression que les nouveaux pres sont arrivs galit avec les mres. Par exemple, en Belgique, la garde alterne est consid-re selon la loi comme la solution de garde privil-gier. Quen pensez-vous ?

    M.C. : Cest lun des thmes de lagenda de la PEF. Alors que la situation est rellement en train de samliorer, des pres, travers toute lEurope, sont toujours confronts des difficults lorsquil sagit de partager la garde aprs un divorce ou une spara-tion. La PEF permet aux pres europens dchanger des informations sur ce sujet. Cest particulirement important pour les pres non maris et pour les pa-rents qui vivent dans des pays diffrents.

    F. : Si vous deviez identifier trois actions prioritaires pour arriver lgalit parentale, quelles seraient-elles ?

    M.C. : Tout dabord, les deux parents doivent avoir la possibilit de combiner le soin apport leurs en-fants avec leur travail. Cest la raison pour laquelle le cong de paternit et le cong de maternit sont mes priorits. Une recherche a rcemment dmontr que le cong de paternit amne les pres simpli-quer davantage dans les activits de soin leur enfant pendant les premires annes aprs la naissance. Ce partage des responsabilits donne aux femmes plus de temps pour travailler, ce qui a des avantages finan-ciers pour les mnages. Des congs de paternit et de maternit gnreux auront galement dautres avan-tages. Cela rduira la diffrence entre les hommes et les femmes dans la prise en charge et le soin ( care gap en anglais, ndlr). Cela permettra galement aux femmes de slever des positions de prise de dci-sion. Et cela rpondra lun des besoins humains fon-damentaux : rester le plus prs possible de ceux quon aime lorsquils en ont besoin. Beaucoup dattention est porte aux diffrences hommes-femmes en ma-tire de salaire ( the so called gender pay gap ) : travail gal, les femmes sont toujours moins payes que les hommes. Mais je voudrais mettre la diffrence hommes-femmes dans la prise en charge des enfants au mme niveau de lagenda : les hommes soccupent moins de leurs enfants que les femmes. Je voudrais que hommes et les femmes europen(ne)s aient le droit de travailler mi-temps. Cela permettrait aux hommes, en particulier sils ont des employeurs peu convaincus ou conservateurs, de passer plus de temps soccuper de leurs enfants et pour les enfants, il y a galement des avantages. Par exemple, les hommes devraient galement profiter du droit utiliser les crches et garderies de la compagnie pour laquelle ils travaillent.

    Fathercare Knowledge Center Europe

    (http://fkce.wordpress.com), prsid par

    Peter Tromp : dfend lgalit parentale

    et limplication des deux parents dans la

    vie de leur enfant aprs un divorce ou une

    sparation.

  • 18 FILIATIO - n1 - octobre 2011 19FILIATIO - n1 - octobre 2011

    EN LISANT

    CLASSIQUE

    LE COUP DE LA MRE PARFAITE

    La ptillante revue Books de lt dernier sintitulait, en clin dil : Tout sur la mre . Les bonnes, les mauvaises, et les autres. Au menu : des mres coupables de tous les maux de leurs enfants. Des mres qui aiment leur mari plus que leur progniture. Des mres qui refusent dallaiter. Des mres-tigres, qui duquent leurs enfants la dure (des dures-mres). Dautres qui sen contrefichent. Des mres qui choisissent une carrire plutt quune famille. Des mres bio, qui lavent leurs couches et qui restent la maison, contre lesquelles sinsurge Elisabeth Badinter dans un article indit. A cette occasion, revenons sur le dernier ouvrage polmique de la philosophe, femme daffaires et mre de trois enfants.

    Il y a trente ans, Elisabeth Badinter drangeait. Linstinct maternel est-il naturel ? demandait-elle ses contemporains. Est-il exclusive-ment fminin ? Pourquoi se manifeste-t-il chez certaines femmes et pas dautres ? En utilisant lhistoire, la philosophie et la sociologie, son explosive rponse tait : non, linstinct maternel nest pas natu-rel . Cest un comportement social, qui varie selon les poques et les murs. Les mres ne sont pas normalement dvoues - comme les articles slectionns dans le dernier Books le montrent avec beaucoup dhumour : lamour, cest un plus, pas une donne de dpart ni une n-cessit. Il se tricote au fil du temps, et les faons dexprimer cet amour sont aussi multiples que les figures humaines.

    Une gnration plus tard, les pres ont pris une place grandissante dans le soin et lducation des enfants ; on pourrait croire la question rgle. Pourtant la philosophe sinquite (et drange encore). La so-cit remet la maternit au cur du destin des femmes, sinsurge Ba-dinter. De nouveaux discours naturalistes pousseraient la femme faire des enfants, rester la maison, au dtriment des avances galitaires des trente dernires annes.

    LE NATURALISME LA CHARGE

    tre une femme, tre une mre : ce nest pas la mme chose ? Ce sont deux tats qui peuvent tre conflictuels, car la maternit est ambi-valente. Depuis que les femmes maitrisent leur fcondit, on assiste la fois un dclin de la fertilit, la hausse de lge moyen de la maternit, laugmentation des femmes sur le march du travail et la diversification des modes de vie fminins, avec de plus en plus de femmes clibataires et de couples sans enfants. Pourtant, dans des temps conomiquement difficiles, la maternit constitue une va-leur-refuge. Rassurante, en particulier pour les femmes prcarises.

    Les sciences redcouvrent linstinct maternel : thories du lien (latta-chement au bb dans les semaines qui suivent la naissance), appel au maternage, discours culpabilisants pour les mres qui dcident de ne pas allaiter, et nouvelle vague fministe essentialiste. Lgalit sera un leurre, selon ce type de mouvement fministe, tant quon naura pas reconnu la diffrence de nature (dessence) entre les hommes et les femmes, une diffrence dont la maternit est le cur. Cest un danger, pointe du doigt Badinter, car le retour la bonne mre participera la stagnation, voire au recul de lgalit hommes-femmes. Limage de la femme, premire dispensatrice damour et de soin au nouveau-n et lenfant, est ancre dans notre histoire, et cette histoire est en train de changer. Nous sommes aujourdhui la recherche de nouvelles figures de la maternit, insiste Madame Badinter. Et largument de la nature est, selon elle, le plus grand danger.

    CONTREPOINTS

    Dans Books, la spcialiste des primates et anthropologue Sarah Hrdy juge la position dElisabeth Badinter irresponsable : considrer les scientifiques et en particulier les biologistes comme des ennemis, cest se priver dimportants moyens de se comprendre soi-mme et de comprendre le dveloppement cognitif et motionnel ainsi que les besoins du bb humain. Elle cite une phrase extraite du Conflit : le bb est le meilleur alli de la domination masculine. Au-del de la provocation, Badinter veut montrer que la faon dont linstinct et lamour maternel ont t instrumentaliss au profit dune vision sexiste de la socit a permis la perptuation de la domination masculine. Mais Sarah Hrdy dplore que Badinter nait pas pris soin de se rensei-gner sur les changements de paradigme de lanthropologie de lvolu-tion : il ny a pas de raison, explique-t-elle, que lhomme ne simplique pas presque autant que la mre dans l levage des enfants (cest bien une primatologue qui sexprime !). En effet, depuis une dizaine dannes, les biologistes ont montr que le mle humain (autrement dit : lhomme...) comme dans les autres espces pratiquant llevage coopratif, lorsquil cohabite avec la mre et est en contact troit avec le bb, subit une transformation hormonale . Il y a la place, conclut Hrdy, pour un panouissement de lhomme qui dveloppe son poten-tiel dempathie lgard des tout-petits.

    Cest aussi la position que soutient lessayiste et romancire Nancy Huston : Si les pres taient plus impliqus dans les soins des tout-petits, la misogynie pourrait peut-tre commencer sattnuer , in-dique-t-elle dans une interview La Vie. Qui sait ? En tous les cas, soutient-elle, ce nest pas en cherchant exclusivement saligner sur les comportements masculins que les femmes rsoudront le problme de lingalit. En effet, si Badinter dplore les consquences des conceptions visant tenir le pre lcart de la dyade mre-enfant, elle ne propose pas de piste concrte pour que les hommes devien-nent plus actifs dans les premiers mois suivant la naissance dun enfant et dans les annes qui suivent. Nancy Huston continue : Certes, il est dangereux de nos jours pour une femme de sloigner du mar-ch du travail. Mais la carrire dun homme uniquement absorb par sa propre promotion, est-ce vraiment ce quil y a de plus dsirable dans la vie ? Une rflexion ncessaire, alors que le Parlement europen nar-rive toujours pas se dcider en faveur de lallongement obligatoire des congs parentaux.

    S.P.

    RSIDENCE ALTERNE, QUELLE EST LA BONNE DCISION?

    En complment de lactualit de ce mois, Filiatio revient sur un ouvrage sorti lan dernier, co-crit par une pdopsychiatre et une journaliste sp-cialiste de la famille (dj co-auteur de Russir la garde alterne Profiter des atouts, viter les piges, avec le Dr. Grard Poussin, Albin Michel, 2004).

    Aprs plusieurs annes de loi favorable la rsidence alterne, o en sommes-nous ? Si les chiffres valent pour la France (mais ressemblent aux ntres), les questions de fond se posent tout aussi bien pour la Belgique. Lalternance propose, aprs une rupture, la moins mauvaises des solutions en offrant un quilibrage des rles auprs de lenfant, expliquent les auteurs. Pourtant les rsistances au changement ont la peau dure et la pratique est encore limite : pourquoi est-elle toujours conteste ? Quelles seront les difficults rencontres par les enfants, ge par ge ? Et par les parents ? En essayant de se tenir aussi loin que possible de la polmique, cet ouvrage clair et synthtique prsente tout dabord les avantages de la rsidence alterne ainsi quils ont pu tre valus dans le temps, et montre que les procs intents par des experts lalternance sont bien souvent fonds sur des mauvaises rai-sons. On a centr le dbat sur la rsidence paritaire (en particulier du nourrisson) : cest un raccourci diabolisant, car on ne prsente que les extrmes. On a mis en avant limportance de lattachement du bb et de lenfant sa mre. Comment alimenter le lien pre-enfant si lon ne voit son tout-petit que quelques heures par semaine, au domicile de son ex ? Dautant plus que lon sait aujourdhui que les hommes sont, presque autant que les femmes, capables de prendre soin et dduquer les enfants. Sans tomber dans la dfense de lalternance tout crin, les auteurs apportent des rponses constructives aux arguments anti les plus courants. Limportance de la co-parentalit, le problme de la parole des experts, celui de la parole des enfants ; comment construire lalternance si lun des deux parents sy oppose, pourquoi lalternance prend du temps se construire: autant de thmes abords avec une grande souplesse, du bon sens et sans ides reues. A lire, quand est pour, quand on est contre, quand on ne sait pas et quon en a assez des manuels de penses prcuites.

    S.P.

    POUR ALLER PLUS LOIN

    A. Badinter, Lamour en plus, Histoire de lamour maternel XVII-XXme sicle, Flammarion, 1980.

    Yvonne Knibiehler, Histoire des mres et de la maternit en Occident, PUF, collection Que Sais-je, 2002.

    Sarah Blaffer Hrdy, Les Instincts maternels, Payot, 2002.

    Ne en 1946 aux Etats-Unis, Sarah Hrdy a fait sa thse de doctorat de prima-tologie sur linfanticide dans les colonies de singes langur, en Asie. Elle est lauteur de nombreuses publications scientifiques qui ont contribu renou-veler sa discipline au niveau international. Elle sest galement intresse l instinct maternel , chez les primates et chez les humains ; elle est enfin une fervente avocate de la disponibilit et laccessibilit des crches.

    La socit remet la maternitau cur du destin des femmes.

    PRATIQUE MAGAZINE

    disponible en ligne: www.booksmag.fr

  • 20 FILIATIO - n1 - octobre 2011

    TRIBUNALITS

    Filiatio est un priodique publi par Smala!* Il est envoy chaque mois aux parlementaires, aux avocats, aux juges et aux professionnels en charge de la famille, des rles parentaux, des processus dducation et de lgalit hommes-femmes. Il est aussi disponible pour le grand public par abonnement. Pour plus dinfos, pour tmoigner, ragir ou agir, rendez-vous sur www.filiatio.be.Ont collabor ce n : Sabine Panet, Benot Devuyst, Koen Mater, Justine Reheul

    HUMOUR-HUMEUR AU SOMMAIRE DU PROCHAIN NUMRO Actualits : Cette anne, les vieux ont de lavance!Dossier : Saint Nicolas : des livres dans vos petits souliers(mais pas nimporte lesquels)Tmoignage : Vronique ou la combattante

    Hors champ : Laccouchement sous X en questions

    * LASBL Smala! soutient la parentalit et la famille au sens large, lgalit hommes-femmes au sein de la famille et dans la socit travers toutes activits dducation, daccompagnement, de plaidoyer, de communication et de recherche.

    Editeur responsable: Dominique BrichetAdresse: rue de lt 53 1050 Bruxelles BelgiqueContact: [email protected] ou www.filiatio.be

    Filiatio est imprim chez Massoz sur Cyclus Print, papier 100% recycl blanchi sans chlore. N dagr. : P913051

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    VIVE LA RENTRE ? 1er septembre, la rentre scolaire est l. Et si lon pourrait croire que ce cap se passera mieux pour les parents que pour leur progniture, ce nest malheureusement pas toujours le cas. En effet, certains parents sont confronts ce jour-l un problme de taille : leur enfant na pas t scolaris dans lcole de leur choix ! Non pas parce quil ny avait pas de place mais tout bonnement parce que lautre parent a chang lenfant dcole sans len avertir !

    Or le principe de lautorit parentale conjointe devrait permettre dviter cet cueil puisque les coles sont censes faire signer le formu-laire dinscription de lenfant par les deux pa-rents, que ces derniers soient maris ou non. Mais un constat simpose : les coles ne sont pas toutes aussi regardantes ! Et cest alors au tribunal de trancher le plus souvent en r-

    fr- sur lcole que devra frquenter lenfant.Cette situation pourrait paratre anecdotique et pourtant, rien que sur la journe dhier, jai t confront trois parents dans le cas. Un finira par cder, conscient que cest son fils qui ptit le plus de cette situation ; les deux autres vont aller en rfr dans les prochains jours pour faire entendre leur colre et imposer lcole qui avait t choisie avant les vacances scolaires.

    Mais que dcidera le tribunal ? Difficile de le dire lavance, tant chacune des parties croit avoir les arguments infaillibles pour justifier son choix. Quoi quil en soit, une chose est certaine : cest lenfant qui sera la principale victime de ce conflit puisquimmanquable-ment, un de ses parents se sentira flou par la dcision rendue par le tribunal, ce qui nam-liorera pas le climat familial.

    Et si le tribunal dcide que lenfant doit tre scolaris dans lautre cole (par exemple parce quelle est une distance plus raison-

    nable des domiciles respectifs des parents, ou parce que cest lcole o lenfant avait t inscrit au pralable par les deux parents avant un volte-face de lun deux), ce sera lenfant de sadapter ce changement, en dbarquant dans quelques jours voire semaines- dans sa nouvelle classe, quil ne connat pas toujours !

    La rentre est-elle donc si rjouissante ? Bof vous diront certains !

    Isabelle Scrve,Avocate au Barreau de Bruxelles

    DCRYPTAGE

    Les professionnels du Droit ne sont-ils pas dmunis face au mal-tre des enfants pris dans un conflit parental grave. Que devraient-ils faire ? Se lamenter ? Faire la morale aux

    parents ? Dans ce dernier cas, nest-ce pas le moins manipulateur des parents qui cdera le premier, oubliant alors lintrt de lenfant long terme ?

    Le roi Salomon proposa une solution. Face deux mres qui revendiquaient le mme enfant, il trancha violemment le litige par une formule reste clbre. Quon le coupe en deux !

    Lune des mres prfra donner lenfant plu-tt que de le voir sacrifi. Lautre sen satisfit. Salomon, alors, dcida de donner lenfant la premire, celle qui avait su renoncer. Il avait par l vrifi concrtement les projets ducatifs de chaque partie, par la confrontation, sans tom-ber dans le pige de la manipulation.

    K.M.

    benoitNoteajouter un point d'interro

    benoitNoteun peu perdu... plus grand STP, t'as encore de la marge!

    benoitNotePour solutionner, je propose d'crire: TRIBUNALITS: DCRYPTAGE

    benoitNoteJ'alignerais tout gauche

    benoitNotele N d'agrg. n'a pas de rapport avec le papier recycl > aligner gauche Cf. retse du bloc txt

    Sans titre